Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Industries textiles

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Nous passons au milieu, ou du moins au dessus des machines employées au filage et au tissage, c’est-à-dire de celles au moyen desquelles on fait avec une matière textile minérale, végétale ou animale) un fil, et avec un fil un tissu. Lyon pour la soie, Rouen pour le coton, Lille pour le lin et le chanvre, Elbeuf et Sedan pour les draps, l’Alsace pour le coton, la laine cardée, la laine peignée et la bourre de soie, Troyes pour la bonneterie, Paris pour toutes ces branches d’une même industrie, ont contribué à réunir le matériel que nous avons sous les yeux. Nous voyons les curieux se presser autour de l’appareil où le cocon dévidé donne la soie grége. Une machine plus nouvelle est celle qui produit des fils de laine, non par filage, mais par feutrage. Parmi les métiers à tisser nous avons plusieurs exemples de la substitution du papier au coton sur la mécanique Jacquart, mécanique employée, personne ne l’ignore, au tissage des étoffes faconnées.

Avant Jacquart, les tissus à dessins se : faisaient en Europe comme ils se font encore dans l’Inde.

Il fallait un liseur, un tireur et un tisserand.

Auprès du métier, on plaçait un tableau divisé par deux séries de lignes en une multitude de petits carreaux, comme la table de multiplication dite de Pythagore. C’était le modèle du tissu à exécuter. Les lignes horizontales répondaient à la chaîne, les autres à la trame; les petits carreaux figuraient les points que les fils d’une étoffe forment en s’entre-croisant. Un signe indiquait s'il fallait élever ou abaisser le fil de la chaîne. Le liseur devant le modèle commandait la manœuvre.

Le tireur se tenait prêt à lever les fils de la chaîne, et le tisseur, assis devant le métier, avait sous la main les navettes chargées de différentes couleurs qui devaient servir à former la trame; tous deux attendaient les ordres du liseur.

Celui-ci, suivant de droite à gauche une rangée de carreaux, disait au tireur : « Levez tel ou tel fil, » et quand le tireur ou plutôt la tireuse avait levé les fils indiqués, le liseur disait au tisserand : « Lancez telle couleur, » et le tisserand lançait la navette chargée de la couleur désignée.

Telle était l’enfance de cette industrie quand vint Jacquart. Il conçut l’idée de régler mécaniquement les mouvements d’élévation et d’abaissement des fils de la chaîne, et chargea de ce soin des morceaux de carton attachés bout à bout, percés de trous convenablement disposés et combinés avec un système d’aiguilles et de griffes. Un carton percé remplace les yeux du liseur et les doigts du tireur.

Mais ces merveilleux cartons dont le toucher est si délicat, dont l’œil est si sûr, ont un inconvénient : ils ont l'inconvénient d’être des cartons, c’est à-dire d’être lourds, encombrants et dispendieux. On ne songeait pas à le leur reprocher, quand il s’agissait de leur faire faire la besogne du tireur et du liseur ; maintenant qu’on a l’habitude de leurs qualités, on voit leurs défauts. Il faut, pour faire un dessin, autant de cartons qu’il entre de fils de trame dans ce dessin ; s’il en entre 500 ou 1000, il faut 500 ou 1000 cartons; aussi le carton de tel dessin fait-il le chargement d’une voiture, tandis que ce même dessin piqué dans du papier est facilement transporté par un homme. On estime que le papier procurera au fabricant une économie des 11/12e de la dépense afférente à ces articles ; ce serait pour la France entière un gain de près de 15 millions. L’idée est déjà ancienne. Sa mise en pratique a rencontré de grandes difficultés. Le succès en est dû principalement à l’initiative et à la persévérance de M. Acklin.

Nous voyons forces machines pour bonneterie. Il en est une, c’est un métier à bas qui offre, dit-on, une application nouvelle de l'électricité; ce sera à examiner. Nulle part peut-être les progrès de la mécanique n’ont produit des résultats si saisissants : les premiers métiers pour bonneterie étaient des métiers droits, ils marchaient à la main et faisaient 5000 mailles à la minute; devenus automatiques, ils en ont fait 10 fois plus. Les métiers circulaires sont dix fois encore plus actifs. 500000 mailles par minute; trente millions par heure; quelles tricoteuses! Ces gros chiffres font penser à ceux qui expriment les distances et les vitesses des corps célestes.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée