Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Exposition de Billancourt

Exposition de Billancourt à l'exposition de Paris 1867

L’île de Billancourt dont nous donnons aujourd’hui l’aspect général avait été primitivement destinée par la Commission impériale à servir de champ d’expérience aux machines agricoles exposées au Champ de Mars.

Dans la suite, en présence des réclamations d’un grand nombre de constructeurs de machines et d’éleveurs d’animaux, qui, vu l’exiguïté de l’espace réservé aux classes de l’agriculture n’avaient pu être admis dans le Champ de Mars, il fut décidé qu’une annexe agricole serait établie dans l’île de Billancourt. Cette décision fut accueillie avec empressement par le public, et, ainsi que l’on pourra en juger par cette courte description, le nombre et la nature des demandes permirent d’y établir une exposition d’agriculture complète.

L’île de Billancourt, d’une contenance d’environ 23 hectares, est située à un kilomètre et demi en aval de Paris, dans une situation charmante, et, pour la beauté de son site, elle peut lutter avantageusement avec Saint-Cloud, Saint-Germain, Bougival, qui sont pendant l’été le rendez-vous de la population de Paris. Ses abords sont des plus faciles, car elle est traversée par une route et reliée à la terre ferme par deux ponts d’une construction remarquable.

L’exposition agricole est donc divisée en deux parties par la route dont nous venons de parler; mais on peut facilement communiquer de l’une à l'autre par des passages qui ont été réservés sous les ponts.

En entrant par la porte principale, on est frappé au premier abord par l’aspect du champ d’expérience, vaste surface entièrement libre, destinée aux essais des machines agricoles, et qui est mise à la disposition des exposants afin qu’ils puissent faire fonctionner leurs instruments devant le public. Cet endroit de l’île sera donc ordinairement animé par les attelages qui mettront en mouvement les charrues, herses, rouleaux, semoirs et autres engins qui donnent à la terre toutes les façons qu’elle peut exiger. Cette partie de l’exposition offrira le plus grand intérêt pour les acheteurs sérieux qui désirent voir fonctionner un instrument avant d’en faire l’acquisition, et pour le public ordinaire qui ne demande qu’à se rendre compte des procédés agricoles; ce sera l’application d’une idée qui avait été souvent mise en avant; mais qui n’avait pu être réalisée jusqu’ici dans les expositions de cette nature.

Avant d’arriver au champ d’expérience et en suivant la route qui fait le tour de cette partie de l’île dans laquelle nous nous trouvons, nous avons à gauche une exposition d’arboriculture; les arbustes qui la composent ont été disposés en massifs au milieu d’un jardin qui va jusqu’à la Seine, qui est fort bien dessiné et qui renferme une remarquable collection de statues et de vases en fonte propres à l’ornementation des parcs.

A droite une exposition de viticulture renferme des spécimens des différents procédés de culture de la vigne dans les principaux centres de production du vin. A côté, et tout près de l’endroit où ils doivent fonctionner, se trouve rangée une vaste collection des instruments qui sont surtout destinés à la préparation du sol; enfin, en approchant de l’extrémité de l'île, nous trouvons une surface de terrain consacrée à une exposition de cultures types; ce sont de petits champs cultivés suivant les méthodes les plus perfectionnées. Cette exposition ne pourra être appréciée que par les personnes expertes en ces matières; mais les noms de MM. Decrombecque, Vallerand, Harry, Brigon, Vilmorin, etc., qui ont entrepris là une démonstration pratique de leurs systèmes répondent de l’intérêt qui s’y attachera.

Avant de quitter l’endroit dont nous venons de faire la description, nous devons au moins mentionner les intéressants procédés de culture du houblon, du tabac, qui y sont installés, les nombreux systèmes de clôture, quelques installations d’appareils hydrauliques, qui ont été placés au bord de l’eau.

Passons maintenant devant une construction rustique qui sert de bureau, et arrivons en prenant la passerelle ménagée sous la route dans la partie de l’île qui est située en amont du pont. Bien qu’elle soit beaucoup plus petite que la précédente, elle offre cependant un intérêt beaucoup plus considérable, puisqu’elle renferme presque toutes les machines agricoles, et les étables dans lesquelles ont lieu les expositions d’animaux.

On peut dire qu’en cet endroit sont réunis tous les instruments qui, dans les différentes régions, peuvent servir à la culture du sol et à l’exploitation de ses produits. — Sauf une petite portion de terrain réservée à une exposition d’arboriculture fruitière, et à l’exception de celui qui est réservé aux allées, le sol est entièrement couvert d’instruments. Les uns, qui n’ont pas à craindre les intempéries, et qui sont surtout destinés à manœuvrer dans' les champs, sont rangés en plein air; les autres, qui doivent servir à la préparation des aliments du bétail, au battage des grains, etc., et qui fonctionnent ordinairement dans les fermes, sont disposés sous des hangars d’une construction élégante et légère. Cette partie de l'Exposition est des plus complètes et renferme des instruments admirables. Les exposants anglais, qui occupent une superficie considérable, ont amené là les puissantes machines dont l'agriculture anglaise a pour ainsi dire seule su tirer parti jusqu’à ce jour, et, dans ce nombre, il faut citer les charrues à vapeur de Fowler et de Howard, les machines à battre de Ransomes, de Clayton, etc.

En général, les fabricants anglais se font remarquer par la précision et le soin qu’ils mettent dans l’exécution de leurs machines et dans les détails de leur fabrication. Leurs machines sont polies, peintes, vernies, elles ont un aspect coquet qui réjouit l’œil, et que l’on ne retrouve pas dans les machines de fabrication française, qui offrent une apparence plus grande de rusticité.

Notre but n’est pas d’indiquer la supériorité des unes ou des autres, nous devons cependant dire en faveur des exposants français, qu’ayant amené leurs machines dans le but de les faire fonctionner, ils n’ont pas cru devoir les décorer comme s’ils avaient dû les exposer en étagères ou en trophées comme cela a lieu généralement dans les expositions. En somme, à côté des expositions anglaises de MM. Howard Clayton et Shuttleworth, Fowler, Garett, Ransomes, etc., les expositions françaises de MM. Pinet, Peltier, Gérard, Protte, Paulvé, Millot, etc., font très-bonne figure.

L’exposition de viticulture, dont nous avons parlé tout à l’heure, est complétée par une exposition de charrues, de herses vigneronne, et en général de tous les instruments destinés à cultiver la vigne.

Un grand nombre de pressoirs de différents modèles rangés à l’extrémité du premier hangar forment un ensemble intéressant et montrent les différents procédés d’extraction du vin; on peut donc dire que la viticulture, l’une des branches les plus importantes de l’agriculture française est ici représentée dans tous ses détails.

Par le fait même de sa situation dans une île, l’Exposition devait offrir des emplacements commodes pour l’établissement des machines hydrauliques et propres à leur permettre de fonctionner facilement. Une vaste plate-forte sur la berge du grand bras de la Seine est couverte de norias, de pompes d’irrigation, de pompes à purin et en général de machines qui offrent un caractère spécialement agricole. M. Thiébaut, dont le nom est célèbre comme fabricant de pompes, se fait remarquer en cet endroit par l’importance de son exposition.

Si les frais d’établissement n’avaient été aussi considérables, ou si comme compensation l’administration avait pu dégrever des droits ordinaires, les alcools, bières et autres produits qui auraient été fabriqués dans l’enceinte de l’exposition, un certain nombre de constructeurs eussent volontiers établi des spécimens d'usines agricoles, telles que brasseries, distilleries, sucreries, moulins à huile, etc., que l’on établit aujourd’hui en si grand nombre dans les fermes même de médiocre importance. C’est en effet maintenant un complément presque indispensable de toute exploitations agricole bien dirigée, puisque en commençant par tirer parti de la farine, de la betterave, des graines oléagineuses, et en général des matières alimentaires destinées à nourrir les animaux, on arrive à produire la viande à meilleur marché. Il est donc fâcheux que l’on n’ait pas pu réunir dans l’exposition agricole, tous les spécimens de ces industries si utiles, et que cette partie qui eût été si intéressante se borne à une féculerie et à une distillerie pour petites exploitations.

Au bout de l’exposition et sur le bord de l’eau s’élèvent quatre jolis bâtiments d’une construction rustique et d’un effet pittoresque; ils ont un air champêtre qui s’adapte parfaitement au caractère de l’exposition. Ils sont bien aérés, un grand nombre de portes y ont été ménagées, les dégagements y sont faciles, ils renferment chacun cinquante stalles environ ; enfin ils peuvent être donnés comme des modèles d’étables pour les concours agricoles ; c’est l’opinion que l’Empereur a émise lorsqu’il les a vues pour la première fois. C’est là que se tiennent les expositions d’animaux qui doivent se continuer jusqu’au mois d’octobre.

C’est là que pendant six mois vont se succéder les plus beaux échantillons de nos différentes espèces d’animaux domestiques. Les races bovines laitières ou de travail, les races ovines à viande ou à laine, les chevaux de luxe et de travail, les animaux de basse-cour, les chiens, etc., etc., y trouveront place tour à tour.

Chaque exposition durera dix à douze jours sera terminée par la vente d’un certain ombre des animaux exposés.

Ainsi donc, cultures, instruments, animaux, c’est-à-dire tout ce qui constitue l'agriculture, est plus ou moins largement représenté à Billancourt ; c’est un ensemble complet où tout le monde peut s’instruire et où les plus savants peuvent apprendre. Cette annexe de l’Exposition universelle sera certainement très-appréciée lorsque viendront les chaleurs, lorsque l’on éprouvera le besoin de quitter la poussière du macadam et le rayonnement de l’asphalte pour la verdure, l’ombre et la fraîcheur de l’eau que l’on est habitué à trouver aux environs de Paris ; à ce point de vue l’exposition agricole de Billancourt aura une supériorité sur tous les endroits où le public a l’habitude de se diriger, puisqu’à l’attrait d’une exposition intéressante, utile à connaître et dont la composition se renouvellera en partie chaque quinzaine, elle aura l’avantage d’offrir tous les genres d’établissements que le public recherche, comme indispensables au succès d’une partie de plaisir. Aussi nous ne serions pas complet dans notre description, si nous ne parlions des restaurants qui sont presque achevés et dont un notamment, déjà ouvert au public, offre de sa terrasse une des plus belles vues qui se puissent imaginer; l’œil embrasse d’un côté l’ensemble de Paris avec le magnifique pont du Point-du-Jour au premier plan, et de l’autre côté, le bois de Boulogne, les coteaux du Bas-Meudon, de Sèvres, de Saint-Cloud sur lesquels se détachent les magnifiques villas qui y sont construites, la lanterne de Diogène, les palais de Saint-Cloud etc., et enfin tout le cours de la Seine continuellement sillonnée de nombreuses embarcations.

La route qui traverse l’île est bordée de deux rangées de boutiques où l’on vendra tout ce qui peut être utile et amusant et où seront établis les jeux de toutes sortes qui sont un des éléments du succès des fêtes champêtres. Un grand nombre d’autres petites boutiques éparses le long des chemins principaux contribueront à jeter de la gaieté dans toutes les parties de l’exposition. Enfin, presque tous les dimanches, des régates auront lieu devant les berges, qui seront alors certainement trop petites pour contenir le nombre des curieux qu’amène ce spectacle, qui a de jour en jour et à un plus haut degré le don d'intéresser le public parisien.

Nous devons en dernier lieu signaler l’installation d’un atelier photographique qui donnera aux exposants la faculté de faire reproduire leurs instruments ou leurs animaux.

Il n’est pas inutile, avant de terminer, d’indiquer à nos lecteurs quels sont les moyens de se rendre à Billancourt, c’est le meilleur service que nous puissions leur rendre; car on est toujours embarrassé à ce sujet quand on n’a pas l’habitude de se rendre sur un point. Le moyen le plus commode, est de prendre le chemin de fer de ceinture qui part chaque demi-heure et dont la station du Point-du-Jour est à une distance d’environ 1500 mètres de l’exposition. Bientôt même, il se rendra, par un embranchement que l’on termine en ce moment, jusqu’à l’exposition elle-même. La station de Meudon qui domine l’île de Billancourt est un second moyen d’y accéder par les voies ferrées. Il y a ensuite les bateaux à vapeur qui partent toutes; les heures du Champ de Mars, et qui feront un service plus fréquent quand la saison amènera à Billancourt un plus grand nombre de visiteurs. Il y a enfin les omnibus américains de Sèvres et de Saint-Cloud qui déposent les voyageurs à environ 400 mètres de l’île. Ces différents moyens de communication sont plus que suffisants pour répondre à toutes les exigences, et l’empressement du public à se rendre à l’exposition agricole justifiera le surnom que l’on a donné à Billancourt, de maison de campagne de l’Exposition.

Nous n’avons voulu donner aujourd’hui qu’une idée générale de l'exposition agricole; nous comptons en donner un jour une description détaillée, et une livraison spéciale sera consacrée à l’examen des instruments et des animaux qui auront obtenu les principales récompenses.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée