Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Restaurant des ouvriers

Restaurant des ouvriers à l'exposition de Paris 1867

En 1862, une heureuse pensée fit envoyer à l'Exposition de Londres quelques délégués des ouvriers de Paris et de Lyon, nommés au suffrage de leurs camarades. A peine connut-on le programme de l’Exposition de 1867, où tout un groupe, le groupe X, était chargé d’étudier tout ce qui a rapport à l’amélioration matérielle, morale et intellectuelle de la population, que les ouvriers de toute l’Europe songèrent à profiter de cette occasion solennelle pour venir étudier sur place les questions sociales qui les intéressaient au premier chef.

Déjà la réunion des bureaux du 10e groupe avait réuni les éléments de l’enquête du travail dans les principaux établissements industriels de l'Europe, œuvre à laquelle l’auteur de ces lignes se félicite d’avoir contribué, lorsqu’un décret nomma un haut jury spécial pour le nouvel ordre des récompenses, et qu’un arrêté ministériel convoqua une Commission d'encouragement pour les études des ouvriers.

Cette Commission, présidée par l’honorable M. Devinck, fut chargée de convoquer les ouvriers de toute la France à l’élection de leurs délégués à l’Exposition, et de pourvoir à leur logement et à leur nourriture dans les meilleures conditions possibles, en même temps que d aider dans leurs études les délégués qui auraient recours à ses bons offices. Ce qu’il y a de remarquable dans cette Commission nommée administrativement, c’est qu'elle a été prise en dehors du personnel administratif, et qu’elle est uniquement composée d’industriels notables et de quelques journalistes.

Le restaurant que l’on voit représenté dans un de nos dessins est une création de la Commission d’encouragement. Il a, parallèlement à l’avenue Lamothe-Piquet, cent mètres de façade, formant une longue galerie de sept mètres de large, dans laquelle huit cents consommateurs peuvent trouver place à la fois. Du côté du Champ de Mars, on a juxtaposé à cette galerie, vraiment monumentale, une rotonde, sous laquelle sont situées les cuisines et les caves du restaurant.

Ce vaste établissement peut servir huit mille repas par jour, au prix moyen de 1 fr. 25, vin compris. Je ne crois pas qu’une seule plainte se soit élevée jusqu’ici-sur la nourriture qu’on y distribue à ce prix réduit, tant il est vrai que la loi des grands nombres exerce sa bienfaisante et miraculeuse puissance, ici comme ailleurs.

L’agglomération des infiniment petits, qui arrive à faire sortir, du sein des eaux, des lianes, des îles et des continents, crée ici l’abondance dans le bon marché, au sein d’une ville où la marée des prix monte sans cesse.

Ce n’est pas seulement un restaurant omnibus que la Commission d’encouragement, a fondé, c’est aussi une vaste construction où I 200 lits trouveront place, au seuil même de la porte Rapp. Si les voyageurs du salaire abondent, comme c’est à croire, la sollicitude le la Commission d'encouragement leur a ménagé des couverts pour 5 000 lits. Elle leur a ménagé aussi des professeurs éminents dans chaque spécialité qui conduiront les délégués à travers les classes de l’Exposition, autant vaut dire à travers le monde, leur faisant des conférences démonstratives et ambulatoires.

Ah ! quel bien on peut faire, en voulant le bien ! Notre cher et honoré président, M. Devinck, doit le savoir, lui qui résume le mieux dans sa belle âme les vertus de la bourgeoisie intelligente, et les généreux et libres instincts de la démocratie en quête du progrès.

Je désire que ceci soit un témoignage durable pour le bien qu’il a fait et qu’il poursuit sans jamais se lasser, autant que pour le respectueux dévouement que je lui porte.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée