Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Maison norvégienne

Maison norvégienne à l'exposition de Paris 1867

Près de la maison de Gustave Wasa, exposée par la Suède, la Norvège, dans la partie du parc qui lui est réservée, nous offre un spécimen de ses maisons, dont la construction complètement en bois et d’une forme gracieuse, séduit et fixe l’attention. En voyant le modèle exposé, il ne faudrait pas croire que toutes les maisons en Norvège sont aussi luxueuses, car beaucoup sont loin de l’égaler en élégance et en confort.

Quoique par ses forêts la Norvège produise beaucoup de bois très-recherchés pour la construction, il est facile de se rendre compte, par la quantité qu’il a fallu employer et malgré son bon marché primitif, que la construction de la maison norvégienne est encore d'un prix assez élevé pour ne pas être à la portée de toutes les classes.

En Norvège, généralement chacun habite sa propre maison ; elle est plus ou moins importante, selon la fortune de celui qui l’a fait construire : aussi en existe-t-il beaucoup qui ont dû rester dans des limites plus restreintes, mais toutes parfaitement construites pour les rendre impénétrables à l'air. La maison norvégienne, tout en nous donnant le style exact des constructions de bois, sert d’annexe aux produits qui n’ont pu trouver place dans le palais et qui sont encore assez nombreux.

C’est ainsi que là nous retrouvons du matériel de pêche , des engins, des échantillons réduits à de petites dimensions d’habitations de différents genres de construction, mais dans lesquelles le bois est toujours largement employé. Un certain sentiment qui anime les familles norvégiennes, les fait vivre isolées et c’est ainsi que leurs habitations sont assez distancées les unes des autres.

Chaque famille vit isolément, et selon son importance possède plusieurs maisons en bois, et c’est leur réunion qu’on désigne dans le pays sous le nom de gaard, c’est-à-dire maison décomposée.

Dans l’une de ces maisons couchera toute la famille, souvent nombreuse ; dans une autre, où se trouveront réunies quelquefois la cuisine et la salle à manger, tous les membres, à des heures déterminées, se réunissent pour prendre leur repas en commun.

Puis d’autres constructions toujours en bois, servent ensuite comme grenier, magasin, où les ustensiles de péche sont apprêtés ou réparés, et les poissons préparés, afin d’être ensuite expédiés aux nouveaux pays qui les recherchent pour leur alimentation ou pour une nouvelle réexportation. Ainsi donc le village est la réunion des familles, le gaard est essentiellement la famille réunie , coopérant en commun à l’œuvre collective.

Si les travaux extérieurs ne peuvent les occuper que peu de jours, est dans ces maisons de bois que les paysans norvégiens s’occupent à ces petits objets en bois sculptés, si recherchés pour la finesse du dessin et le goût particulier qui le caractérise, et qu’ils fabriquent pour diverses industries spéciales.

Par la maison de Gustave Wasa et la maison norvégienne, la section suédoise et norvégienne, nous aura fourni deux modèles qui véritablement nous auront complètement initiés au mode de construction usité dans ces pays.

En sachant gré aux hommes intelligents qui en ont eu la pensée, nous sommes heureux de pouvoir constater qu’ils ont non-seulement éclairé l’opinion, mais qu’ils l’ont amplement satisfaite.

Pour ceux qui auront suivi la Suède et la Norvège depuis nos dernières expositions, ils constateront avec nous, que ces deux pays ont réalisé des progrès sérieux. Du reste, les encouragements donnés aux arts et à l’industrie en Suède et en Norvège ne sauraient être plus nombreux, et dans de telles conditions avec des richesses qui leur sont propres, ces deux pays mériteront toujours d’être signalés.

L’emploi exclusif du bois dans la construction n’appartient en Europe qu’aux races indo-germaniques. Aussi, dans le midi de la France, en Espagne, en Italie, c’est-à-dire dans les pays soumis depuis longtemps aux mœurs romaines, ne voit-on presque jamais de maisons construites uniquement avec du bois.

Dans le nord de la Gaule, au contraire, chez les Francs et chez les Normands, on se servit, pendant plusieurs siècles, de divers bois pour construire les maisons soit dans les villes, soit dans les campagnes, et cet usage exclusif du bois se conserva pendant toute la durée des époques mérovingienne et carlo-vingienne.

Les habitants de la Suède et ceux de la Norwége se servent presque exclusivement de bois pour construire leurs habitations des champs.

La maison de Gustave Wasa, que nous avons reproduite précédemment, et la maison norwégienne qui figure dans le numéro de ce jour, peuvent nous donner une idée de l’art qui préside à ces constructions, qui ne soit pas aussi primitives que l’on pourrait le croire.

La maison norwégienne est séparée du sol par un soubassement de pierre offrant deux avantages: le premier d’isoler la maison du sol lui-même, qui presque toujours pendant l’hiver est recouvert de glace ou de neige; le second, de ménager dans le sous-sol une sorte de cave extrêmement utile. Les parois de la demeure sont composées de sapins, dont deux côtés seulement sont légèrement équarris. Ces sapins sont placés horizontalement les uns sur les autres, les côtés équarris posés à plat et les surfaces arrondies tournées vers le dehors et le dedans. Les sapins sont embrevés sur les angles à de longues tiges soit de fer, soit de bois qui montent jusqu'à la toiture.

Quoique le modèle exposé n’ait qu’un seul étage, en Norwége, les maisons semblables sont divisées en deux étages. D’ordinaire l’escalier est placé en dehors dans une cage élégante. Le premier, comme le rez-de-chaussée, se compose presque toujours d’une seule pièce, celle du haut se trouve éclairée par de nombreuses ouvertures donnant sur une galerie circulaire plus ou moins ornée : la maison de l’Exposition nous offre une galerie élégante formée de pilastres byzantins très-gracieux. L'étage supérieur sert de chambre à coucher ou plutôt de dortoir à toute la famille ; on y réserve toujours un gîte pour l’étranger. Dans ces contrés hospitalières, durant les beaux jours, ce gîte est souvent occupé; car les paysages imposants de la Norwége attirent beaucoup de touristes. Au-dessus de la pièce s’élève le toit, semblable à celui d’un chalet suisse, et qui s’avance en auvent sur deux côtés de la maison.

Telle est cette construction qui nous donne une idée très-exacte des habitations norwégiennes dans les pays montagneux. Ce n’est pas, bien entendu, la demeure du pauvre, mais celle du fermier, du cultivateur à l’aise. Malgré les nombreuses forêts de la Norwége, et les prix relativement modiques de ses bois, le pauvre ne saurait se donner une habitation aussi belle, aussi grande que la ma son exposée.
Mais le riche fermier norwégien ne se contente pas d’un seul bâtiment comme celui que nous voyons, son habitation se compose, comme nos grandes fermes, de plusieurs maisons qui servent de remise, d’abris, de magasins ou d’étables.

La maison de Norwége, tout en nous initiant au mode de construction usité dans ce pays, sert d’annexe aux produits norwégiens qui n’ont pas pu trouver place dans l’enceinte du Palais.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée