Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Kiosques, ponts et grilles

Kiosques, ponts et grilles à l'exposition de Paris 1867

Quand je cherche à calculer approximativement le poids eu fer qui est entré dans ce jardin j’arrive à des millions de kilogrammes. Mais c’est par réflexion qu’on y pense. Cette orgie de ferraille n’est pas partout enivrante, mais elle n’a rien qui choque les yeux.

Les grilles sont généralement belles. J’aimerais mieux qu’il n’y en eût point et que le péage secondaire fût supprimé, mais la Commission n’entend pas de cette oreille : elle a même affermé les chaises du jardin. En sorte que s’il vous plaît de vous asseoir au milieu des arbres, vous avez dix centimes à donner pour la chaise et cinquante pour les arbres. C’est une cascade d’inhospitalier, et la moins heureuse de toutes, mais je laisse aux étrangers le plaisir de critiquer nos petitesses.

La grande grille de cour d’honneur, signée Barbezat, me paraît être la pièce majeure. C’est un morceau qui fait honneur à la ferronnerie française. La grille de M. Roy, vient après, par ordre de mérite. Celle de M. Gandillot, moins artistique, a l’avantage de coûter moins cher : elle est en fer creux. Je goûte infiniment le travail de M. Maury, ce jour ménagé dans la clôture pour permettre au public de voir gratis le beau jardin. M’est avis qu’il serait juste et bon d’ouvrir partout de semblables échappées en faveur des honnêtes gens qui n’ont pas un franc dans leur poche. La cherté qui résulte de l’Exposition se fait sentir aux pauvres comme aux riches : c’est bien le moins qu’ils se dédommagent un peu par les yeux.

Le plus beau kiosque en fer forgé paraît être celui de M. Grassin Balédans ; celui de M. Tronchon est joli, d’un travail délicat mais d’un style indécis et d’une couleur malencontreuse. Jamais, au grand jamais, ce bleu ne s’enlèvera bien sur un fond vert. Le pavillon de M. Carré, la volière de M. Thiry jeune et ses deux kiosques sont des ouvrages d’un mérite incontestable, et le kiosque en fer rustique pour la vente des bouquets ne s’annonce pas mal. Mais s’il faut absolument dire ce que j’en pense, le plus beau kiosque en fer forgé ne dit rien à mes yeux ni à mon cœur. Dans les choses de pur agrément, tous mes instincts résistent au plus résistant des métaux. Que l’on forge les clôtures et les grilles d’entrée, rien de mieux : il s’agit de défendre une propriété. Que les chaises et les bancs du jardin soient en 1er plus ou moins élastique; il le faut, car lu pluie corromprait toute autre matière. Mais un kiosque est un lieu de repos qui doit satisfaire a deux conditions : il faut qu’on y soit bien, et que la construction décore le paysage. Or, le fer n’est pas seulement froid, dur, anguleux, inconfortable par essence ; il ne peut donner que des lignes grêles qui hachent le paysage comme chair à pâté, sans offrir un seul plan où le regard se pose. J’admets les ponts de fer, même dans un jardin, et les parapets de fer aussi, car on ne saurait être trop prudent; je n’admets pas que le fer se déguise en bois, et surtout en bois rustique. Chaque matière a son utilité propre et sa beauté particulière ; le fer peint en bois m’a toujours semblé aussi ridicule que le bois peint en fer.

Quant aux ponts et aux kiosques de ciment, coûtent-ils sensiblement moins cher que le bois?

Durent-ils beaucoup plus longtemps? Si oui, nous les recommanderons aux propriétaires gênés ou économes; si non, on s’en tiendra à ce charmant petit reposoir de vrai bois, vraiment rustique, qui fait honneur au goût de l’exposant.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée