Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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L'ensemble

L'ensemble à l'exposition de Paris 1867

Il faut avoir connu le Champ de Mars du temps que l’Empereur y passait des revues, pour apprécier le miracle qui s’est fait dans ce petit coin. Figurez-vous une étendue de macadam naturel, fangeux en hiver, poudreux en été, et calculez ce qu’il a fallu de temps, de travail et d’argent, pour opérer une telle transformation. Or le temps manquait; quant à l’argent, la Commission Impériale, qui ne dédaigne ni les grandes ni les petites économies, ne se souciait pas d’enterrer des millions dans un jardin qui doit vivre six mois. Et pourtant le sol s’est transformé, les vallées se sont creusées, les collines se sont élevées, l’eau court dans les ruisseaux et se repose dans le lac; plus de quarante constructions, dont quelques-unes sont des chefs-d’œuvre, sont sorties de terre à la fois ; les plantes les plus belles et les plus précieuses du monde sont accourues pour former des groupes harmonieux. De grands vieux arbres, et entre autres un platane et un marronnier gigantesques, ont voyagé sans accident jusqu’ici.

L’auteur de cette féerie est un homme très-modeste et très-doux, comme tous les talents supérieurs. Il se nomme M. Barillet, et il est le grand chef des plantations de la ville. M. Alphand, ingénieur en chef, avait, comme il convient, la direction de l’ensemble, mais cet illustre président de la Commission consultative n’a guère eu qu’à sanctionner les plans de M. Barillet.

Je ne crois pas qu’il fût possible de mieux faire et à meilleur marché. M. Barillet a réuni les divers exposants dont l’industrie s’exerce sur le sol des jardins, les constructeurs de serres, les fabricants de kiosques, les faiseurs de ponts rustiques, les horticulteurs, pépiniéristes, etc., etc. ; et il s’est entendu avec chacun d’eux pour les faire contribuer à la décoration de son œuvre. Sauf le terrassement et quelques menus détails, tout est exposition dans le jardin réservé. Le lit de lave fusible qui s’étend au fond du lac et de la rivière est l’exposition d un industriel français ; la grille qui ferme le jardin est l’exposition collective de plusieurs usines métallurgiques; chaque corbeille de fleurs est l’œuvre et la propriété d un exposant.

Chacun trouve son compte à cette ingénieuse combinaison. La dépense se répartie sur les intéressés; les ouvrages divers se font valoir l’un l’autre; le jardin embellit les chalets et les volières qui font l'ornement du jardin; les diverses industries qui s’étaient donné rendez-vous comme dans un tournoi coopèrent fraternellement à l’œuvre commune et se fondent pour ainsi dire dans une vaste solidarité. Le jardin tout entier est le résultat d'une association entre des travailleurs en tous genres, qui prêtent leurs produits en public et se payent en publicité, sans préjudice des autres récompenses.

Mais il fallait que M. Barillet eût la tête solide pour que la pression de tracas si multiples et si divers ne l’ait pas fait éclater. Le jardin est ouvert depuis tantôt un mois; et l’on rencontre encore à chaque pas des gens qui se demandent :
« Savez-vous où est M. Barillet? J’ai besoin de lui parler tout de suite.
— Et moi aussi, je le cherche, parbleu! » Tout le monde le cherche et tout le monde le trouve, et il est impossible de trouver un homme plus patient, plus obligeant, plus infatigable, plus dévoué à cette œuvre impossible qui, dans huit jours, sera conduite à bonne fin.

Son bureau, toujours ouvert, est occupé par cinq employés d’une rare complaisance; tant il est vrai que le séjour des jardins adoucit les mœurs de l'homme en détendant ses nerfs! Ils se nomment, par ordre hiérarchique, MM. Lavialle, Quénat, Lemichez, Viollet et Morel.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée