Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Taillerie de diamants

Taillerie de diamants à l'exposition de Paris 1867

L’Exposition de 1867 nous fournira l’occasion de donner quelques détails d’une nature toute particulière sur l’exploitation et la manipulation de cette pierre précieuse dont le nom seul étincelle de toutes les convoitises du luxe, et réveille dans l’imagination les contes fantastiques des Mille et une Nuits.

Nous devrons donc nous borner aujourd’hui à donner à l’occasion de la taillerie de diamant dont notre gravure représente l’extérieur, quelques particularités intéressantes sur cet élément si rare et si apprécié de notre joaillerie moderne.

Les savants qui sont habitués à dire le nom des choses, ont simplement trouvé dans le diamant du charbon cristallisé.

Cette manière d’envisager froidement ce foyer de rayons lumineux que l’homme attache à ses plus pompeux ornements, tout en étant parfaitement exacte, n’en est pas moins infiniment peu poétique, et nous rejette bien loin du point de vue de Patin un autre savant aussi), qui voulait que le diamant fût une concrétion de la matière lumineuse, de même que le charbon n’était pour lui que du feu fixé.

A l’état brut, le diamant est ordinairement rugueux à sa surface et faiblement translucide.

Longtemps, on ne put connaître sa valeur réelle. A l’époque de Pline, elle n’était que récemment appréciée, c’est du moins ce que l’on peut conclure de la manière dont il s’exprime à ce sujet.

Toutefois certains diamants, même à l’état naturel, présentaient un éclat si vif que l’attention fut attirée sur eux, et que les dames, comme les grands seigneurs, natures facilement captivées par ce qui brille, s’en firent des ornements et des marques de distinction. Au quatorzième siècle, le roi de Portugal en possédait un presque aussi gros qu’un œuf et le portait fièrement tout brut et tout informe à son chapeau les jours de grande fête.

Ce fut seulement vers la fin de 1470, que se manifesta l’importante découverte qui consiste à tailler le diamant, à le polir et à lui donner ces facettes qui le rendent si magnifique.

Comme toutes les inventions, celle-ci a sa légende.

Voici ce que l’on rapporte à ce sujet :
Le comte de Charolais, qui devint plus tard le farouche Charles le Téméraire, avait un penchant très-prononcé pour les pierres précieuses, et en possédait une assez jolie collection.

Un diamant d’une grosseur remarquable était surtout l’objet de sa prédilection.

Ce diamant qui n’est autre que le Sancy, dont le nom est devenu célèbre, était sans forme et presque sans éclat.

Le prince, qui se trouvait alors à la Cour de son père Philippe le Bon, à Bruges, fit faire un grand nombre d’essais, pour donner à son précieux joyau tout l’éclat qu’il pouvait contenir, lorsqu’un jeune homme, un joaillier, dont les descendants exercèrent la même profession à Paris sous Henri III, nommé Louis de Berquen, vint à supposer que, puisque l’acier le plus dur était impuissant à entamer le diamant, il pourrait essayer comme derrière ressource d’opposer à la pierre revêche, le frottement et la dureté de la pierre elle-même.

Il tente l’essai; l’essai réussit. L’art de tailler le diamant était trouvé.

Ébloui de son succès, Louis de Berquen le communiqua à Charles, et obtint la faveur de tailler son gros diamant, qui, comme je l’ai dit, devait s’appeler le Sancy. Un nouveau succès, succès éclatant cette fois, couronna son travail, et lui valut une récompense de trois mille ducats.

Louis de Berquen conserva d’abord son secret et devint en peu de temps immensément riche.

La chronique s’empara à son tour du jeune et célèbre joaillier et le dépeignit pauvre, amoureux de la fille d’un riche bijoutier qui, avare et orgueilleux, ne voulait (tout comme au dix-neuvième siècle) donner sa fille en mariage qu’à un homme qui eût de l’or.

Louis de Berquen aurait dans ce but dirigé ses recherches sur le secret de tailler le diamant, ayant souvent entendu dire au père de celle qu’il aimait, que celui-là deviendrait opulent qui découvrirait cet art difficile. Tous ses efforts avaient d’abord échoué. Il apprit enfin à un certain moment que sa fiancée allait être donnée à un autre. Cette nouvelle le surprit au milieu de ses travaux, et, en colère, il aurait violemment froissé entre ses mains deux diamants sur lesquels il tentait ses expériences. Une petite poussière s’échappa; les diamants conservèrent les traces du frottement violent qu’il leur avait fait subir et il put s'écrier comme Archimède : Eurêka !


Le Sancy a eu bien des péripéties.

Trouvé par un soldat sur le cadavre de Charles le Téméraire tué à Nancy en janvier 1477, il fut vendu moyennant un écu à un curé, aussi ignorant que le soldat.

Un marchand l’acheta trois ducats au curé, et le revendit douze au duc de Florence. De là il passa aux mains du roi de Portugal, don Antonio, lequel s’en défit en France où il s’était réfugié.

Nicolas de Harlay, sieur de Sancy, le paya 70 000 fr., et depuis cette époque le nom de Sancy resta attaché au précieux diamant.

Henri IV, gêné dans ses finances, tenta de le vendre aux Suisses, par l’intermédiaire d’un fidèle serviteur, qui attaqué par des voleurs avala le diamant et expira sans se laisser dépouiller. On retrouva le diamant dans le corps de ce courageux et fidèle domestique.

Ce fut alors que Henri III mit le Sancy en gage chez les juifs de la ville de Metz. Ici on perd la trace de ses aventures et on ne le retrouve que sous Louis XIV qui l’acheta 600 000 fr. : il le portait à sa couronne le jour de son sacre. Le Sancy resta en possession de la maison de France jusqu’à Louis XVIII, puis il disparut encore; et il s’est trouvé en 1830 appartenir au prince de la Paix.

Depuis Louis de Berquen l’art de tailler diamant a fait d’immenses progrès, et ainsi que nous le disions plus haut nous auront l’occasion de revenir sur les procédés et les mécanismes employés de nos jours.


En thèse générale, voici la manière dont on opère :

On commence par le dégrossir en frottant deux diamants bruts l’un contre l’autre, : s’en détache une poudre très-fine que l'on recueille avec le plus grand soin.

L’ébauche de la forme ainsi donnée, on le scelle à l’étain dans une coquille en cuivre maintenue elle-même dans une tenaille en acier. On soumet ensuite le diamant ainsi monté à un frottement circulaire, dû à un mouvement de rotation très-rapide imprimé à une plate-forme en acier doux sur laquelle on a préalablement répandu de la poussière de diamant et de l’huile d’olive.

L'usure se produit sur chacune des faces présentées à la plate-forme; et on arrive enfin à tailler et polir complètement la pierre précieuse.

Les gisements de diamant sont rares, d’une exploitation extrêmement difficile et par conséquent coûteuse. Les principaux se trouvent aux Indes, dans le Dekan, et particulièrement dans les vallées du Pannar et de la krichna; à l'île Bornéo, au Brésil, et enfin depuis 1829 en Sibérie.

Le diamant est en général disséminé et en petite quantité : fréquemment il se trouve enveloppé d'une pellicule terreuse assez adhérente qui nécessite un lavage, et c’est seulement après ce lavage que l’on peut plus facilement le reconnaître.

La quantité de diamants fournie annuellement au commerce par le Brésil ne s’élève pas à plus de 6 à 7 kilogrammes environ, en volume deux litres. Cette quantité qui est presque la représentation totale des mouvement commerciaux du diamant nécessite une somme annuelle de plus d’un million de frais d'exploitation.

Les diamants reconnus défectueux se vendent encore 156 fr. le gramme ou 12 fr. environ le karat qui équivaut à 212 milligrammes.

Jusqu'à 50 milligrammes, le chiffre que nous venons d'indiquer croît uniformément; mais au-dessus la proportion est bien plus considérable; car un diamant brut pesant un gramme, soit environ cinq karats, vaut mille francs, et un diamant taillé du même poids arrive à 3500 fr.

Donnons, en terminant, la nomenclature des diamants les plus célèbres par leur grosseur et leur façonnage.
Les voici par ordre de poids:
Celui d'Agrah, pesant environ......133pr.
Celui de rajah de Mattan, à Bornéo. ... 78
Celui de l'ancien empereur du Mogol. . . 63
Celui de l'empereur de Russie.......41
Celui de l'empereur d’Autriche...... 29 53
Celui duroi de France, appelé le Régent. 29 89

Un simple calcul peut établir le chiffre des sommes fabuleuses atteintes par ces précieuses pierres, qui, par leur valeur même, sont à l’abri du vol ; quoiqu’il en soit, si la progression du luxe et des transactions commerciales suit toujours la même marche ascensionnelle, il ne serait pas surprenant que le diamant devînt la haute monnaie de l’avenir, surtout depuis que la gravure cette pierre précieuse a été rendue possible par Claude Briagues. Les fortunes seraient alors plus facilement transportables; et si comme le dit Lessing, « une goutte de rosée de soleil est aussi belle et coûte moins cher," il n’en est pas moins vrai qu’il est impossible d'emmagasiner la rosée et le rayon de soleil qui la fait reluire, tandis qu’on peut toujours emmagasiner le diamant.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée