Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Ferme hollandaise

Ferme hollandaise à l'exposition de Paris 1867

Ce titre seul indique tout un monde de travaux, d’idées, d’industries réunies.

C’est surtout dans la métairie que le caractère hollandais s’est bien manifesté. Là régnent, avec la propreté, le bien-être et le confortable, l’intelligence, l’ordre et l’activité, ces trois précieuses qualités qui ont su faire des habitants de ce petit coin de terre, qu’on nomme la Néerlande, un peuple à la fois grand par l’industrie et par l’agriculture.

Parlons surtout de cette dernière branche qui rentre plus particulièrement dans notre domaine aujourd’hui, et qui nous intéresse d’autant plus que les difficultés à vaincre ont été plus considérables.

Certes, ce sont nos maîtres en agriculture, ceux qui, du sol le plus ingrat du monde, ont pu faire ces fertiles plaines dont les Pays-Bas sont fiers à juste titre.

Mais avant de les suivre dans leur ferme-modèle, signalons cette propreté remarquable des Hollandais, propreté sans laquelle, dans un climat pour le moins aussi brumeux que celui de Londres, les maladies les plus terribles ne tarderaient pas à exercer de cruels ravages parmi les populations.

Le drapeau hollandais, qui flotte au sommet du toit de chaume, nous invite à promener d’abord nos regards à l’extérieur.

Ici pas de luxe, mais une propreté tellement coquette qu’elle fait presque paraître luxueuses les choses les plus simples.

La métairie se compose de deux maisonnettes de bois peint en jaune et imitant, sur certaines façades, les constructions de pierres; les colonnes de chaque angle sont badigeonnées en blanc; et ce contraste de couleurs ne manque pas d’originalité.

Aux fenêtres comme aux portes, pas d’ornement, pas de sculptures. La simplicité est la maîtresse du logis, si la propreté en est l’hôte assidu.

Une seule cheminée s’élève au-dessus de chaque aile de ce bâtiment. Chacune de ces deux cheminées est surmontée d’une girouette représentant l’une un cheval, l’autre un bœuf, ces deux animaux si utiles, pour ne pas dire indispensables, à la prospérité de l’agriculture dans les Pays-Bas.

Enfin, après avoir jeté un dernier coup d’œil sur les arbres qui entourent la ferme et sur la meule à foin qui se trouve à côté, frappons; et d'aimables fermières, vives et alertes, viendront nous ouvrir sans nous fair-longtemps attendre.

Commençons, si vous le voulez bien, par la salle de la machine à fromage. Elle mérite bien quelque attention de notre part, car
le fromage entre pour une grande part dans le commerce hollandais.

C'est une salle bien simple, dont les murs sont en comme le reste de la maison. Le plancher en brique. D’un côté une pompe avec une auge, de l’autre; la machine au fromage qui, pour tout dire en un mot, ne diffère guerre des autres engins destinés au même usage.

A côté se trouve la grande étable pour les vaches. Ces citoyennes ne sont, ma foi, pas à plaindre ; et il y a tel vagabond des barrières de Paris qui serait bien fier d’avoir une si belle chambre à coucher.

Plus loin une autre étable, celle des messieurs dont les jambons fumés ornent nos festins les jours de fête.

Cette dernière étable est contiguë à une écurie capable de contenir deux chevaux et par laquelle on monte au grenier.

Mais laissons de côté les salons des animaux domestiques pour pénétrer dans celui des maîtres.

C’est une salle assez grande, bien décorée, où l’on passe des plaisirs de la villégiature à ceux de la conversation.

Si vous voulez continuer à nous suivre, chers lecteurs, dans nos pérégrinations, nous vous mènerons vers un fourneau.

Oh ! ce c’est pas un haut-fourneau que celui-là : il n’a pas l’orgueilleuse prestance de la hante cheminée des usines. Il est plus simple, plus modeste et cependant bien plus utile : c’est le fourneau à pain.

Visitons enfin la dernière salle du rez-de-chaussée.

Elle n’a rien de remarquable en elle-même ; son plancher est des plus simples; faut-il le dire?... Eh bien! il n’y en a pas. C’est là qu’un paisible cheval frison, — probablement borgne, — tourne du matin au soir autour d ’un poteau mobile qui, par suite d’engrenages en bois, communique avec le tonneau où le beurre se sépare du lait.

Le tonneau en question est au moins aussi important chez ces braves gens-là, que la cuve au raisin de Bourgogne. Jugez!

Cette salle communique avec un endroit qu’on prendrait volontiers pour un poulailler, si ce n’était un grand espace laissé entre les grillages de bois.

Là, les fermières lavent leurs ustensiles, leurs seaux, leurs boîtes à lait et leur donne ce vernis de propreté que vous savez.

Mais du reste, si vous doutez, lecteur incrédule, descendez avec nous à la cave. Faites attention, par exemple : car l’escalier hollandais n'a qu’une seule propriété infaillible, c’est de rompre les reins à celui qui les descend ou les monte sans prendre les précautions les plus grandes.

Aussi les Hollandais sont-ils des gens prudents, très-prudents.

Nous y voilà.

Commençons d’abord par les boîtes à lait : elles étincellent de mille feux dorés et reflètent à profusion la faible lueur que laisse pénétrer le soupirail.

Au lieu d’être, comme chez nous, en fer-blanc (et quel blanc!) les boîtes à lait des Hollandais sont en laiton, ce qui ne les rend certainement pas plus laides que les nôtres, bien au contraire : seulement elles sont entretenues, polies et nettoyées beaucoup mieux que les nôtres.

Çà et là, des produits hollandais, étagés sur les rayons ; des petits tonneaux de beurre, des fromages, etc.; puis, des seaux en bois cerclés de cuivre; et, si vous êtes bien curieux desavoir ce que c’est que cette branche de bois terminée par deux chaînes de cuivre, la châtelaine de céans vous l’expliquera facilement, pas en français bien entendu. C’est un joug à lait. La laitière, qui va porter le matin sa marchandise dans les villes, passe son cou au milieu du demi-cercle formé par le bois du joug, et elle accroche ses boîtes aux crochets qui terminent chaque chaîne. Cela vous étonne, bons Parisiens; mais nous ne sommes pas à Paris.

Les laitières se suivent et... grâce pour le reste.

Avant de quitter la cave, regardez donc dans ce petit coin, là-bas, cette boule solitaire qui a l’air de bien s’ennuyer. C’est un fromage fabriqué à Schiedam, Schiedam!... la ville des bons fromages, le Neufchâtel, mais en même temps et surtout le Cognac des Pays-Bas. Quel bon genièvre!... Goûtez-en plutôt et vous verrez.

Mais je crois que pour aujourd’hui nous pouvons arrêter notre promenade. Nous avons tout vu dans la ferme, et il ne nous reste plus qu’à remercier du plus profond de notre cœur l’aimable fermière qui, à défaut de connaissance de notre langue, possède cette grâce hospitalière qu’on rencontre presque toujours dans les métairies néerlandaises.

Avant de quitter la section des Pays-Bas, disons un mot de la fabrique à tailler le diamant. Cet établissement est fort curieux et mérite d'être bien visité.
Un mot encore sur l’école hollandaise dont les toiles sont exposées dans un bâtiment voisin de la ferme. Il y a là d’assez jolies choses, il y en a aussi d’assez laides. C’est comme partout. Mais nous ne voulons pas terminer sans féliciter M. C. Simons sur sa toile. Agar et Ismaël est une œuvre qui assure d’avance à son auteur un succès certain.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée