Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Salemlik

Salemlik à l'exposition de Paris 1867

Le Salemlik de S. A. le vice-roi d’Égypte a été préparé par la Commission égyptienne dans l’espoir que Son Altesse viendrait cet été à Paris, afin qu’elle put s’y reposer de ses visites à l’Exposition et y recevoir les personnes qui auront l’honneur d’être admises auprès d’elle.

Cet espoir sera réalisé. On annonce comme très-positif le prochain voyage de S. A. le vice-roi d’Egypte. Il sera probablement ici pendant le mois de mai. C’est le moment le plus brillant de Paris, et si, comme on le dit, plusieurs têtes couronnées se donnent rendez-vous à l’Exposition universelle pour la même époque, cela nous promet un printemps à nul autre pareil.

Le vice-roi d’Égypte est un prince très-jeune et très-aimable; il a fait son éducation à Paris; ses études ont été poussées très-loin, puisqu'il a suivi les cours de notre École polytechnique à titre d’élève étranger. Il parle admirablement le français et la plupart des langues européennes; il apprécie hautement nos arts et nos sciences, dont il propage les bienfaits dans le beau pays qu’il gouverne.

Son Altesse ne pouvait laisser échapper cette occasion unique de voir, en un seul point du globe, la réunion de tout ce qu’il y a de plus intéressant ou de plus beau dans le monde. Elle y trouvera le bonheur si doux de revoir les lieux où s’écoulèrent les plus belles années de sa première jeunesse, exempte des soucis et des graves responsabilités du pouvoir suprême.

Le Salemlik de Son Altesse est un charmant pavillon surmonté d’une coupole du style arabe le plus pur, ainsi que les porte et les ornements qui ornent les plafonds, les chambranles et les frontons.

Sur celui de la porte d’entrée, dont le travail est fort remarquable, on voit une belle inscription en écriture arabe empruntée au Koran. C’est une invocation à Dieu qui signifie :
« O vous qui ouvrez les portes, ouvrez nous la porte du Bien. »

Cette inscription est mise fréquemment sur la demeure des Mahométans.

Les artistes arabes n’ont pas eu de grandes ressources pour orner leurs monuments parce que leur religion interdit absolument la reproduction de tout être vivant. Cette interdiction du prophète répondait à une grande pensée. Voulant ramener ses adeptes à la croyance la plus pure d’un Dieu seul et unique, et éviter que sous aucun prétexte l’adoration des fidèles ne pût se détourner de l’Être suprême ni créer de nouvelles idole, il proscrivit la reproduction d’aucun être vivant. Il atteignit parfaitement son but; ca-rien ne peut donner une juste idée de la simplicité imposante d’une mosquée où, comme dans le cœur d'un musulman, il n’y a qu’un seul objet de culte et d adoration, Allah !

Il semblerait au premier abord que cette interdiction devait empêcher le développement du goût et de l’art en général : il n’en fut rien pourtant. Les artistes, réduits à quelques fleurons ou à quelques lignes géométriques ont su en tirer un parti merveilleux; ils ont même profité de la beauté de l’écriture arabe pour la faire figurer dans toutes leurs frises, mêlant ainsi le respect des textes sacré et le charme de la poésie à l’effet de leurs monuments. Ils ont imaginé des enlacements et des enchevêtrements empreints du plus grand génie inventif et du goût le plus raffiné. Leurs œuvres font l’admiration de nos peintres d’ornements et leur servent souvent de modèle. Quoi de plus beau que les dessins et les sculptures de l’Alhambra!

Cet art, aujourd’hui très-dégénéré, est resté le patrimoine de quelques ouvriers arabes qui ne sont pas dépourvus d’un certain talent. Nous avons vu sous nos yeux des artistes tunisiens, découpeurs déplâtré, travailler dans le parc du palais du bey de Tunis avec une grande habileté.

Partout où la religion musulmane a étendu son empire, les meubles, les étoffes, les peintures, les tapis, les châles, les armes, les harnachements, tout en un mot obéit à la même loi qui interdit la reproduction de tout être vivant, et l’on doit reconnaître que dans art de grouper les enlacements et d'harmoniser les couleurs, les artistes orientaux n’ont pas été dépassés. Les magnifiques échantillons de l’Exposition sont là pour l’attester.

Les ornementations du Salemlik du vice-roi d’Égypte, sculptées par les artistes français de la maison Bernard et Mallet, sont des spécimens fort remarquables de cet art particulier qu’ils ont reproduit dans un très-beau style.

Par une délicate attention de la Commission égyptienne, l’intérieur du Salemlik rappelle la chambre dans laquelle Son Altesse est née. Rien ne pouvait donner une idée plus exacte de la vie orientale actuelle. Les meubles, les tentures, les sculptures et peintures du plafond, le parquet de marbre, la fontaine établie au milieu dans une vasque peu profonde, les deux gracieuses terrasses qui donnent accès sur le jardin et les riches accessoires réunis dans ce pavillon sont une image fidèle du luxe oriental, tel qu'il existe aujourd’hui. Autour de la pièce principale, éclairée par un joli dôme et par les larges fenêtres des balcons, règnent quatre cabinets dans lesquels S. A. pourra se retirer pour travailler ou pour se reposer. Les portes qui ferment ce pavillon sont faites au Caire par des artistes arabes; elles sont ornées de serrureries et d’appliques en métal découpé, véritablement anciennes; les bois seuls ont été refaits mais copiés exactement. Les murs extérieurs sont peints de grandes bandes blanches et bleues a la mode orientale.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée