Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Pavillon des Régates

Pavillon des Régates à l'exposition de Paris 1867

Quand la grande ville se met en fête pour souhaiter la bienvenue à ses hôtes, la compagne toujours fidèle du vieux Paris devait aussi tenir à honneur de se montrer hospitalière, — se parer de ses plus beaux atours et leur faire bon accueil.

En ces jours de solennité, la Seine, grâce à l’actif concours de la société des régates et de son infatigable président M.Benoît-Champy si bien secondé par M. A. Fleuret et M. G. Viard, ne faillira à aucun de ses devoirs, et, puisqu’il faut employer les termes un peu sévères en usage à l’Exposition, les classes 49, 66 et 66 bis installées en partie sur la berge du fleuve sont venues se prêter un fraternel concours, pour donner un nouvel attrait au grandiose spectacle que présente le Champ de Mars ou plutôt la cité nouvelle, la Ville de fer s’élevant au milieu des fleurs et de la verdure, et faisant flotter dans les airs les banderoles et les bannières du tournoi pacifique, les pavillons de tous les peuples de l’univers.

Si, du haut de l’escalier immense qui s’étend sur les pentes doucement inclinées, où se dressait il y a quelques jours à peine la colline abrupte du Trocadéro, le regard s’abaisse vers le Palais de l’Exposition, il est tout d’abord arrêté par les élégantes constructions qui bordent la rive, des deux côtés du pont d’Iéna. Là se trouvent déjà installés, non loin du restaurant où les promeneurs fatigués viendront, en réparant leurs forces, chercher le frais de l’eau, les instruments de pêche et les appareils pour respirer et travailler sous l’eau de la classe 49, — le matériel de navigation et de sauvetage de la classe 66, — les colossales machines des vaisseaux le Marengo et le Friedland, des grues énormes, d’autres chaudières et d’autres machines d’une force qui se compte par milliers de chevaux, et que l’établissement impérial d’Indret, les forges et chantiers de la Méditerranée, les forges et chantiers de l'Océan, les Fraissinet, les Berendorf, et de d’autre côté du port, sur la même rive, les constructeurs anglais semblent vouloir montrer aux habitants de la terre ferme, comme un gage de confiance et de sécurité, si jamais un destin fatal les condamnait à traverser la mer, pendant que non loin de là les bateaux et les engins de la société de sauvetage rappellent les périls de la tempête et les naufrages. Auprès de la cale de débarquement, contre le pont en acier, on voit une tourelle en fer que surmonte un feu de port, et, dans la Seine, en face d’un gracieux pavillon en bois renfermant les modèles et les produits divers, les bouées du, bassin réservé de la navigation de plaisance, cette classe 66 bis qui sera le mouvement et la vie, l’élégance et la gaieté du fleuve.

Pour la première fois, en effet, le sport nautique prend parmi nous la place qui lui est due et qu'il a su conquérir par les progrès de tous genres dont il est l’origine et la source depuis quelques années. — Aliment d’une industrie importante, le yachting, puisque nous avons dû commencer par emprunter à l’Angleterre le terme même qui la désigne, tout en répandant l'habitude des exercices physiques, fait pénétrer dans les classes aisées le goût de la navigation; et agent indirect mais actif, attire l’attention des capitalistes de nos villes de l’intérieur vers les placements et les affaires maritimes — 4696 bateaux inscrits dans les circonscriptions maritimes — 5776 amateurs ou matelots classés — plus de huit mille embarcations de plaisance sur les rivières, témoignent assez de l’importance acquise par ce qu’il est permis d’appeler l'institution nouvelle qui a su mériter le patronage si flatteur et si précieux de S. M. l’Impératrice.—En daignant s’inscrire au nombre des exposants et envoyer un caïc et une gondole, que l’on admirera dans quelques jours sous une tente élégante dressée en avant du pavillon central, S. M. l’Impératrice a donné un témoignage de sa haute bienveillance et montré tout l’intérêt qu’elle prenait à l’œuvre accomplie par la société de navigation.

Les inventions utiles, les curieux résultats obtenus, les produits même recueillis par des embarcations de plaisance dans des explorations lointaines, comme celles du capitaine Girard remontant en Afrique le Niger, sur son sloop de vingt-huit tonneaux, le Joseph-Léon, formeront l’objet d’une étude spéciale, et nous parlerons également des expériences comparées de sauvetage avec les engins de tous les pays, que doit poursuivre une commission, présidée par M. Benoît-Champy, à laquelle ont été adjoints des ingénieurs et des officiers des ministères de la guerre et de la marine; mais maintenant le port à flot, et les luttes, l’animation et le spectacle que va présenter la Seine, nous réclament. Laissons donc de côté les hangars des bateaux à sec, les gracieux et charmants spécimens d’architecture navale qu’ils renferment, les caïcs du sultan et de S. A. le prince Mustapha, qui seront là dans toutes leurs splendeurs, et descendons au port réservé par ces étroits sentiers taillés le long des talus couverts de fleurs. Déjà les eaux reprennent leur niveau accoutumé et vont permettre à la flottille à voile et à vapeur de s’amarrer sur les bouées. — Le canot à vapeur la Mouche, appartenant au prince Napoléon, son cotre de plaisance à voiles l Epervier, seront là au premier rang, en tête de sept ou huit bateaux à vapeur ou yachts étrangers, auprès des chaloupes hollandaises de la Société royale du sport nautique de la Meuse à Liège, non loin de la Sirène, charmante goélette à M. Lafond de Rouen ; de l'Epreuve, sloop de plaisance à M. Lahure du Havre; de l'Africaine, à M. Languille, et de bien d’autres encore au milieu desquelles passeront et repasseront les mille embarcations de toutes formes et de toutes grandeurs : yoles, baleinières, gigs, outreiggers, skiff dépassent à peine le bord de l’eau, élancés et rapides, qui volent sous l’impulsion d’un seul rameur; périssons, pirogues, canots de toutes races et de tous pays, depuis le modeste bateau de famille, rendu insubmersible par des boîtes à air qui permettent d’y mener les enfants sans crainte d’accidents, jusqu’à la pirogue du sauvage que la moindre oscillation fait chavirer. Ce sera donc le spectacle aquatique du monde entier, et, pour le rendre plus vivant encore, les bateaux à vapeur, chargés de passagers, les Mouches, élégantes et rapides, courront d’une extrémité de Paris à l’autre ; de Bercy au pont d’Iéna et à Billancourt. Par les belles soirées du printemps ou les chaudes heures d’une nuit d’été, il sera délicieux de se laisser voler sur le fleuve inondé de lumières ; de faire ainsi un voyage de découverte dans Paris ou par un brûlant après-midi, assis à l’ombre d’un tente épaisse, d’assister sans fatigue à cette fébrile activité et au spectacle nouveau que présenteront les eaux jusqu’ici si tranquilles de la Seine. A coup sûr, pour les Parisiens eux-mêmes, ce ne sera pas une des moins curieuses surprises que préparent les splendeurs de l’Exposition de 1867.

A certains jours, le fleuve prendra un aspect plus animé encore. — Au mois de mai les lutteurs à voiles seront convoqués dans des régates internationales, — d’autres régates à l’aviron, auxquelles tous les pays prendront part, auront aussi lieu à divers intervalles, et des fêtes merveilleuses doivent être données pendant les belles soirées d’été.

Puisqu’il en est ainsi, laissons-nous donc doucement aller au cours de l’eau. C’est le parti le plus sage; abandonnons-nous en toute confiance à la direction de M. Benoît-Champy, l’intelligent et actif président de la Société des régates et de la classe 66 bis qui nous ménage bien des étonnements et plus d’un spectacle, dont le Paris d’autrefois ne se doutait guère. — Déjà l’on s’entretient d’une- réunion nautique en l’honneur de S. M. l'Impératrice. Le jour où ces embarcations viendraient prendre possession de leur tente magnifique, tous les yachts à voiles et à vapeur, la flottille entière, les embarcations et les canots de tous genres, pavoisés et en fête, défileraient un à un, saluant l’auguste Souveraine, dont l’esprit actif et l’énergique bonté s’occupent avec passion de toutes les œuvres qui peuvent, sous quelque forme que ce soit, contribuer à la grandeur et à la gloire de l’Empereur et de la France.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée