Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Temple de Xochicalco

Temple de Xochicalco à l'exposition de Paris 1867

Ce monument, tel qu'il est reproduit avec ses formes sévères et primitives, avec ses faces couvertes de bas-reliefs hiéroglyphiques, n’est point un édifice de fantaisie, mais bien la restitution fidèle d’un monument qu’on trouve à environ 25 lieues sud-est de Mexico, et qui a été déjà vaguement décrit par le Père Alzate, par MM. de Humboldt, Nebel, le colonel Dupaix, etc., avant que M. Léon Méhédin, le savant et ingénieux explorateur, nous l’eût restitué par le moulage, tel que nous le voyons au Champ de Mars.

Il existait donc une vie sociale et un art au Mexique, avant que les Européens y eussent mis le pied !

Les contemporains de la conquête nous avaient déjà raconté quelque chose des sacrifices atroces qu’on célébrait dans les temples, de ces holocaustes humains dont avaient soif les divinités indigènes du Nouveau Monde. Faut-il rappeler le déchaînement des Espagnols contre ces autels, sans cesse altérés de sang, où les compagnons de Fernand Cortès étaient égorgés misérablement par centaines! Ces temples redoutables, dont tous les narrateurs parlent avec horreur et dans un desquels un officier espagnol compta jusqu’à soixante mille crânes, disposés en motifs de décoration, ne représentaient à notre imagination aucune forme tangible, avant que M. Léon Méhédin eût élevé le monument du Champ de Mars. Rien n’y manque cette fois, ni les crânes rangés sous l’architrave, ni les hiéroglyphes bizarres, ni le rideau éblouissant brodé de plumes et qui ferme l’entrée du temple.

Si l’on soulève ce rideau, apparaît la pierre des sacrifices sur laquelle cinq prêtres forcenés égorgeaient savamment les victimes dont le cœur ensanglanté était offert en holocauste au soleil.

Devant ce billot, rendu aussi fidèlement que possible d’après les descriptions du Père Sahagun, Prescott et autres, se dresse la statue colossale retrouvée à Téotihuacan et que M. Méhédin pense être la statue du soleil, puis une autre statue moulée au musée de Mexico et appelée Téoyaomiqui, véritable vampire altéré de sang humain; enfin, les cuves en pierre où l’on recueillait les cœurs réservés à la communion des grands prêtres. Le cadavre était rejeté, comme chose vile, en bas des degrés du temple, pour servir aux festins de cannibale dont tout le monde a entendu parler.

Aux abords du temple, on voit un monolithe de la plus haute importance, reproduit en plâtre d’après les moules faits sur place : c’est le grand zodiaque de Tenotchtitlan, qui présente une superficie quatre fois égale a celle du zodiaque de Dendérah, et offre de hauts-reliefs d’une grande perfection.

Une statue de femme mexicaine, habilement rendue par M. Soldi, met sous les yeux du visiteur un tableau de ces temps éloignés: elle est couchée au bord d’une fontaine, rêvant à son enfant endormi dans un berceau aérien. A côté de la femme antique sont les hommes du Mexique moderne, qui gardent le musée dans leur brillant costume national zarapé sur l’épaule et pantalon guilloché ouvert par le bas.

L’étage supérieur, ayant été trouvé presque détruit, a pu cependant être estampé pierre par pierre et reconstitué ainsi sans aucun possibilité d'erreur, grâce aux débris retrouvés intacts et en grande quantité dans les fouilles de l’éboulement.

Quatre modifications, essentielles à noter, ont été introduites dans la reproduction au Champ de Mars du temple de Xochicalco :
1° le grand escalier, très-raide dans le monument original, a été établi sur une pente plus douce, afin d'en rendre l’accès plus facile aux visiteurs ;
2° la terrasse sur laquelle le temple repose, et qui forme terre-plein maçonné à Xochicalco, est restée vide ici sous son enveloppe de charpente, et a été utilisée pour une exposition, où M. Méhédin a réuni tous les objets par lui rapportés de ses missions scientifiques en Crimée, en Égypte, en Italie et au Mexique;
3° dans le temple lui-même, des vitraux, peints d’après des manuscrits du temps, forment anachronisme pour obtenir des effets de lumière dont on aurait pu se passer sous un soleil plus éclatant
4° enfin, les parois intérieures du salon sont tapissées de moulages égyptiens rapportés de Thèbes en 1860.

Toute cette curieuse collection porte sur un écusson le titre suivant : Missions scientifiques et artistiques de Léon Méhédin dans les deux mondes.

Pourquoi le temple de Xochilcalco est-il l'exposition particulière de M. Méhédin et non la commission scientifique du Mexique? Pourquoi y a-t-il là des tourniquet, au lieu d'entrées gratuites?

C'est que les fonds ont manqué, je ne sais pour quelle cause, et que M. Duruy, ministre de l'instruction publique, qui avait eu l’heureuse initiative de l’envoi d’une commission scientifique au Mexique, n’a pas obtenu l'argent nécessaire pour faire, des résultats obtenus par cette commission, l'objet d’une grande exposition au Champ Mars.

Tou cela est fâcheux. Il est regrettable que M. Méhédin ait dû faire cette exposition à ses frais, et prélever, par conséquent, un péage pour s’indemniser.

Si M. Duruy, qui montre un zèle si infatigable pour les entreprises de l’intelligence et qui avait organisé la commission scientifique du Mexique, avait pu prendre l’exposition méxicaine du Champ de Mars au compte du ministère de l’instruction publique, l’espace ne lui aurait pas été sans doute marchandé comme à un simple concessionnaire et, à côté de la précieuse collection de M. Méhédin, nous aurions eu celle de ses compagnons explorateurs, de M. Edmond Guillemin pour la minéralogie, de M. Beaucourt pour la zoologie, de MM. Dolfus, de Montserrat et Pavie pour la géologie, de M. Bourgeaud pour la botanique, et enfin de tous les autres membres de cette mission qui ont recueilli au Mexique les matériaux les plus complets et des collections considérables en tout genre.

A quoi tiennent les destinées! Voici des hommes dévoués à la science, qui partent comme des abeilles pour recueillir au loin le miel des pays inconnus : ils reviennent chargés de butin, trouvent à leur retour une occasion unique pour faire connaître au monde ce qu’ils ont recueilli et butiné.... La place manque, et l’argent aussi; et il faut qu'un ministre de l’instruction publique, aussi pauvre qu’intelligent, trouve dans son propre jardin un coin pour y faire une exposition réduite qui console un peu les explorateurs. Supposez pourtant qu’il y ait dans la commission mexicaine des hommes de même trempe que les savants illustres qui composaient la commission égyptienne! Qu’en saurons-nous?

Quoi qu’il en soit, et tel qu’il est, le temple de Xochicalco est fait pour attirer l’attention des savants et des curieux. C’est autre chose que tout ce que l’on connaît; et il reste dans la mémoire comme un spectacle étrange et bizarre, et comme la révélation d’un monde disparu.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée