Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Annexe du Portugal

Annexe du Portugal à l'exposition de Paris 1867

De l’Espagne en Portugal, il n’y a que la frontière, frontière difficile, si difficile que visiteurs prennent souvent la voie de mer pour aller plus vite. Mais à l’Exposition universelle tout le monde se touche la main.

Vous admirez le fier hôtel espagnol, regardez un peu à votre droite. Ce bâtiment albuquerquien, — pardonnez cet horrible néologisme, — est l’annexe portugaise. Vous sentez ici du premier, regard l’alliance des arts de l’extrême Orient et de l’Occident. La découverte des Indes, la fréquentation des pays musulmans ont déjà influé sur cette conception. Elle est galante, hardie, aventureuse comme le génie portugais; elle ne ressemble à aucune autre. Ce que l’on appelle le style Manoëlesque est là dans toute sa pureté. Quel ne serait pas son effet, si l’édifice avait toute la grandeur qu’il devrait avoir!

Ce roi Emmanuel mérita vraiment son nom de fortuné. Il fut presque contemporain de notre François Ier, puisqu’il régna de 1495 à
1551 et imprégna, de son génie à la fois sage et magnifique, toute la renaissance portugaise. Il n’y a pas, sous lui, en Portugal, que les Vasco de Gama, les Cabrai, les Albuquerque, les Corte-Real. Les savants, les poêles, les peintres, les architectes, illustrent la nation, alors grande par excellence, celle qui recule à l’orient les bornes du monde.

Quel tableau que ce règne!

La Commission portugaise, pour rappeler la gloire de son pays, ne pouvait être mieux inspirée qu’en empruntant une page architecturale à une pareille époque. Il y a du nabab dans ces formes si élégamment renflées. L’or doit ruisseler dans ces appartements que baigne la lumière. La vie, le commerce, les conceptions hardies, doivent s’y donner rendez-vous, et l’on se prend à voir, en pensée, les illustres aventuriers portugais gravir les perrons, tenant à la main leurs toques diamantées et heurtant aux degrés leurs épées renfermées dans des fourreaux étincelants de pierreries.

Le Portugal, lui aussi, n’a plus qu’une très-faible partie de ses colonies. Mais ce qui lui reste est d’une originalité sans pareille; c’est Madère, la terre des Guanches, c’est Porto-Santo, ce sont les îles du Cap-Vert, ce sont les noirs établissements du Congo, d’Angola de la Sénégambie, c’est Mozambique, ce sont les îles Saint-Thomé et du Prince; c’est encore, en Asie, Goa, jadis si superbe, c’est Diù, c’est Macao la Chinoise, et par delà, en Océanie, Sabrao, Solor et Timor. De telles perles valaient bien la peine qu’on mît en lumière leur mérite.

Les productions de ces colonies sont en effet aussi variées que nombreuses. Le Portugal, habitué déjà aux Expositions, a su choisir habilement les spécimens. A la dernière exposition de Porto, en 1866, il y avait 3911 exposants venus de tous les points du globe. Le Portugal a envoyé chez nous, par réciprocité, 1026 exposants. Ils sont répandus, comme ceux de l’Espagne, dans presque toutes les classes. C’est dans le cinquième groupe qu’ils affluent surtout. Là aussi les associations ont donné sur toute la ligne. Les commissions que l’on appelle districtales, les commissions nommées filiales, les compagnies, les administrations, les chambres municipales, et au-dessus le Conseil des colonies, ont dirigé, activé les envois. Les échantillons des bois d’Angola, de Mozambique, de Thomé,de Timor, proviennent de ce Conseil. Les directions des travaux publics, comme celle de Santarem et d’autres, se sont distinguées. L'exposition du matériel de navigation montrera que les Portugais ne renoncent pas à cultiver l’art de diriger et de sauver les vaisseaux. Les poteries de Coïmbre et une quantité d’autres objets de l’industrie portugaise soutiendront leur renommée populaire. Il n’y a pas moins de 125 exposants dans la classe des céréales, de 30 dans celle des corps gras, de 75 dans celle des légumes, de 21 dans celle des condiments, de 123 dans celle des boissons fermentées, et cela sans compter les produits coloniaux. C’est une exposition agricole et viticole hors ligne. Les maïs, le riz, les sorgho, les cafés, le cajanus indien, le phaseolus, pour ne pas prononcer le mot prosaïque de haricot, le manioc, le cacao, la cannelle de Goa, le safran, les épices, notamment le poivre, s’étaleront avec magnificence dans le palais Munoëlien.

Nous avons montré dans la multiplicité des envois du Portugal la main des-commissions, des associations et des directions; il faut y voir aussi l’impulsion puissante d’un roi connu par son amour des arts et du progrès. La Commission portugaise a montré d’ailleurs beaucoup de goût dans ses installations intérieures, que l’on peut classer parmi les installations originales. Les envois de peinture et de sculpture témoignent aussi des encouragements donnés aux arts. Dans quelques-unes des toiles exposées, comme dans quelques-unes des toiles espagnoles, nous retrouvons le génie national. Les exposants sont cependant peu nombreux. Nous ne comptons que vingt-trois peintres et vingt-cinq sculpteurs ou graveurs : sous ce rapport, l’exposition de Porto était beaucoup plus riche en nombre.

Mais le Portugal, dans toute son histoire, a toujours prouvé qu’il n’était pas besoin d’être un peuple nombreux pour être un grand peuple. Quoique petit, il a trouvé moyen de semer par le monde des essaims considérables. Tel est le Brésil.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée