Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Bains turcs

Bains turcs à l'exposition de Paris 1867

Passons maintenant aux bains turcs qui s'élèvent à peu de distance, à gauche en sortant de la mosquée.

Il existe entre les bains en usage dans l'Orient et ceux qu’avaient adoptés les anciens une si remarquable analogie, qu’on serait tenté de se demander si leur origine ne serait pas due à un échange d’idées et de procédés entre deux civilisations. Mais la tendance à remonter aux causes donne naissance à plus d'une erreur, et nous pensons qu’il est plus rationnel d’attribuer dans beaucoup de cas l'identité des habitudes à la similitude des besoins auxquels elles ont mission de satisfaire. Quoi qu’il en soit, nous croyons devoir faire ressortir le parallèle entre les bains répandus parmi toutes les populations musulmanes et ceux qui faisaient les délices de Rome, en décrivant brièvement les deux méthodes qui présentent de si nombreux points le contact.


L’appartement des bains se composait à Rome d’une petite cour entourée de portiques sur trois de ses faces; sur la quatrième était un bassin servant à prendre le bain froid en commun ; ce bassin appelé baptisterium, quelquefois assez grand pour qu'on pût y nager, était couvert d’un toit supporté par des colonnes en saillie.

On trouvait ensuite le frigidarium, autre bain froid, mais dans une pièce ferqiée, au n dieu de laquelle était une vaste cuve, pouvant contenir plusieurs personnes à la fois: à proximité de ces bains, l'Apodyptère ou vestiaire, dans lequel des esclaves, après avoir déshabillé les baigneurs, pliaient leurs vètements et les serraient dans des cases ou armoires disposées à cet effet. Venait ensuite le Tepidarium, bain chaud : on y trouvait ordinairement plusieurs baignoires ; mais la pincipale, dans laquelle on descendait par des degrés en marbre, était placée auprès d'un hémicycle garni de deux rangs de gradins.


Plus loin était le Caldarium ou sudatorium, étuve; cette pièce, assez ordinairement circulaire, était entourée de trois rangs de gradins en marbre ; au centre, était un bassin d’eau bouillante, d’où sortait une nuée ou vapeur semblable à un nuage épais, qui, s’élevant au milieu de la salle, s’échappait par une ouverture étroite ménagée au sommet de la voûte. On se plaçait en entrant sur le premier gradin, puis sur le second, et enfin sur le troisième, pour s’accoutumer par degrés à
la température de ce dernier, qui, en raison de sa situation, éprouvait une chaleur plus élevée que les autres. Indépendamment de cette vapeur, le pavé, les gradins, les revêtements de la salle, et même les corridors adjacents, étaient chauffés par des fourneaux souterrains ainsi que le tepidarium. En sortant de l’étuve, on rentrait dans le bain chaud pour s’accoutumer insensiblement à l’air extérieur; là, des esclaves grattaient légèrement la peau des baigneurs avec des strigilles, espèces de spatules d’ivoire ou de métal, d’une forme propre à suivre les contours des muscles et de toutes les parties du corps, pour en extraire la sueur ; on les essuyait ensuite avec des étoffes de lin ou de coton, et on les couvrait, selon Pétrone, d’une gausape, espèce de manteau de laine fine à longs poils ; venaient ensuite les Alipili ou épileurs, chargés aussi de couper les ongles, et enfin les claco-thesii, qui oignaient la peau d’huiles et d’essences parfumées.

Voici maintenant comme sont aménagés en général les bains orientaux :
Dans l’intérieur de la première pièce règne une galerie formée de deux ou trois entre-colonnements, élevée sur un soubassement de quatre pieds de hauteur environ, dans lequel sont pratiquées de petites niches à fleur du sol: le plafond de la partie du-milieu, qui est beaucoup plus élevé que celui des galeries, est éclairé par une lanterne ; au centre de la pièce est une vasque de laquelle sort un jet d’eau : le baigneur dépose sa chaussure dans les petites niches et se déshabille sous la galerie dont le sol est couvert de nattes ou de tapis. La seconde pièce, bien que carrée, est surmontée d’une coupole supportée par des pendentifs ; elle est percée d’une infinité de petites ouvertures rondes par lesquelles la lumière pénètre à travers de petites cloches de verre fixées à la coupole.

Au centre de la salle est une grande cuve surmontée de colonnes ; elle est semblable à celle précédemment décrite : du milieu de la cuve s’élève une petite vasque d’où jaillit une gerbe d’eau chaude ; c’est sur cette espèce de soubassement que le baigneur se fait masser; de plus, des baignoires de marbre de trois ou quatre pieds de hauteur sont placées dans les niches sur trois côtés de la salle. Du milieu de ces niches s’échappe une petite nappe d’eau sous laquelle se présente le baigneur.

Indépendamment de ce bain chaud, on trouve une étuve, pièce très-petite, voûtée et éclairée comme la précédente : elle est chauffée, non-seulement par une gerbe d’eau bouillante qui s’élève au centre, mais encore par des conduits de chaleur établis sous le pavé et sous les gradins qui entourent la pièce.

C’est en sortant de l’étuve, et en rentrant dans le bain chaud que des esclaves massent les baigneurs ; on les frictionne ensuite avec des brosses assez rudes et des gants en poil de chameau ; enfin on les parfume avec des essences et des huiles odoriférantes.

On sait combien les peuples musulmans attachent de prix aux molles délices des bains de vapeur. Aussi, l’établissement qui leur est affecté est-il en Asie et dans l’Afrique septentrionale le rendez-vous favori des hommes, le lieu de récréation des femmes et le théâtre de prédilection où les conteurs placent leurs scènes les plus animées. On n’a qu’à songer aux histoires des Mille et une Nuits pour vérifier l’exactitude de cette assertion, et nous engageons nos lecteurs à ne pénétrer dans cette partie du Parc qu’après avoir évoqué devant leur souvenir les charmantes légendes arabes ; ce sera le véritable moyen de restituer aux monuments leur caractère et de passer une demi-heure agréable avec l’imagination, cette sœur jumelle de la raison que celle-ci nous fait peut-être trop délaisser.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée