Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Mosquée

Mosquée à l'exposition de Paris 1867

Nous voici devant la mosquée, profitons-en pour nous rendre compte des circonstances qui se rattachent à ce genre de monuments religieux.

Le nom de mosquée nous est venu de l’arabe mesdclid (lieu de prières) par l’intermédiaire de l’italien moschea. Les détails les plus caractéristiques de ces édifices sont les coupoles qui les surmontent ainsi que les tours décorées de demi-lunes à leur faîte, connues sous la dénomination de minarets, et du haut desquelles un crieur, le muezzin, convoque les fidèles à la prière. Les mosquées sont généralement de forme carrée; elles sont précédées ordinairement par des cours munies de tout ce qui est nécessaire pour les affûtions qui jouent un si grand rôle dans le culte de l'Islam. L’intérieur n’est orné que d’arabesques mêlées de versets du Coran. On sait que les musulmans qui suivent les traditions orthodoxes proscrivent absolument la représentation d’objets animés ou inanimés, et leurs imans racontent à ce sujet qu’au jugement dernier les figures tracées par les dessinateurs, les peintres ou les statuaires, viendront demander à leurs auteurs de leur donner une âme sous peine de l’enfer. — Le sol de la mosquée est couvert de tapis et de nattes; comme dans les églises espagnoles, on n’y trouve jamais de sièges. Au sud-est de l'édifice s’élève une chaire pour l’iman, et les fidèles doivent toujours tourner les yeux dans la direction de la Mecque qui leur est indiquée par une sorte de niche. Les musulmans seuls peuvent entrer dans les mosquées; toutefois en Turquie, en Algérie et dans les Indes orientales cette règle subit journellement des infractions, mais pas autant qu’il s’en commettra au Champ de Mars, bien entendu. Ajoutons qu’à chaque mosquée sont adjoints un certain nombre d'établissements de bienfaisance, tels que des écoles, des hôpitaux, des cuisines pour les pauvres. Les frais du culte et des aumônes sont couverts par le revenu de certains fonds de terre que, pour cette cause, on exempte d’un grand nombre de redevances.

La mosquée du Champ de Mars n’est qu’une réduction, sur une petite échelle, de la Mosquée verte de Brousse. Tous les détails d’ornementation ont été copiés avec un soin scrupuleux sur ceux de ce dernier édifice. Quant à ses proportions, elles ont été rigoureusement établies d’après les principes adoptés pour le tracé du tombeau dit Yéchil-Turbé, construit à la même époque que la mosquée de Brousse par le sultan Mohamed Ier, celui des souverains ottomans qui, à l’exemple de ses prédécesseurs Mourad et Bagezid, a le plus contribué, par de nombreuses fondations pieuses, à constituer l’art turc, tant architectural que décoratif.

Conformément à l’usage, le plan de la mosquée du Champ de Mars est carré. L’édifice est surmonté d’une coupole dont les pendentifs sont détaillés par une combinaison de losanges raccordant la partie circulaire au carré qui leur sert de base. La salle principale est précédée d'un vestibule destiné à recevoir les chaussures des fidèles, car on ne peut entrer que pieds nus dans le lieu saint. Le pavillon situé à droite et à l’angle de la façade contient la fontaine (zebil), et dans celui de gauche qui lui fait pendant, près du minaret, sont placées des horloges pour indiquer les heures de prières.

Le minaret qui surmonte la mosquée du Champ de Mars ne donne qu’une bien faible idée de celui de la mosquée de Brousse, qui surplombe la ville et la campagne de 220 pieds de hauteur.

A l'intérieur de la salle principale, on voit le Mihrab vers lequel on se tourne pour l’adoration, et le Miraber, où l’Iman lit à haute voix les versets du Coran. Les murs sont couverts d'inscriptions, mais ne peuvent, on le sait, recevoir aucune image, aucun objet sensible et matériel.

Les mosquées sont, dans toutes les contrées d’Orient, des fondations particulières dues à la bienfaisance privée : elles sont, par conséquent, très-variées dans leurs proportions, aussi bien que dans la richesse de l’ornementation, suivant la fortune de leurs fondateurs.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée