Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Moulins à vent

Moulins à vent à l'exposition de Paris 1867

Il y a de tout au Champ de Mars, même des paysages dont la nature n’a pas précisément fait les frais, où l’on voit l’eau tomber en cascades à travers des rochers que surmontent des tours en ruine, et où des moulins à vent tournent leurs ailes changeantes.

Le vent est un moteur qui ne coûte rien, et qu’ on prend dans l’atmosphère comme l’électricité. Il y a seulement cette différence entre ces deux agents naturels, que l’un est docile, quoique inégal; tandis que l’autre, quoique inépuisable et constant, résiste à la domination de l’homme. Pour emmagasiner l’électricité comme force motrice, il faut dépenser plus qu’elle ne rapporte. Le jour où la science aura trouvé le moyen de dompter cet agent rebelle, la vapeur si coûteuse, et menacée d’épuisement, sera remplacée comme moteur, comme elle l’est déjà par l’air comprimé dans le percement des Alpes.

Le vent, je l’ai dit, est un agent plus docile. Le principe qui fait tourner la roue d'un moulin à vent est le même que celui qui dirige une voile sur la mer. La science des courants est trouvée sur la terre et sur les eaux; il faut la chercher dans les airs par l’aviation mécanique.

C’est à cette double conquête des courants atmosphériques et de l’électricité que la science est appliquée en ce moment.

Un moulin à vent! Ne vous imaginez pas ces tours rondes perchées sur les hauteurs et faisant mouvoir à l’horizon leurs grands bras que le chevalier de la Manche prenait pour des épées de géant. Les moulins à vent ne sont plus guère employés aujourd’hui à la mouture des grains, pour laquelle ils ne peuvent lutter contre la puissance économique des moteurs hydrauliques. Mais en changeant d’emploi, ils n’en sont devenus que plus utiles. Aujourd’hui, ils n’ont d’autre fonction que de servir à l’élévation des eaux. On leur doit l’assainissement des côtes immergées de la Hollande. Le long des digues néerlandaises on voit se succéder une interminable file de tourelles à roues, construites en fer, assez basses et assez solides pour résister aux plus grands vents. On leur doit l'assainissement et la fécondité de presque tout le littoral des Pays-Bas.

Dans quelques parties de la France, dans le Nivernais principalement, on se sert des moulins à vent pour l’irrigation des prairies et leur bon résultat les fait partout se multiplier.

Mais c’est surtout dans les parcs et les jardins que leur emploi se propage et que leur utilité se manifeste. On les pose au bord des puits; et au moindre appel du vent, et sans que le jardinier s’en mêle, l’eau monte dans les bassins d’arrosage.

Les deux moulins à vent exposés dans le Champ de Mars représentent assez fidèlement l’effet pittoresque qu’on peut obtenir dans les parcs avec de pareilles constructions.

Le plus apparent est aussi le plus élégant. L’appareil en est également plus compliqué, plus fini : c’est une véritable horlogerie. Le moteur est double. Les deux roues dont il se compose sont garnies de petites ailes ou portions d’hélice. Un double gouvernail force l’appareil à toujours venir sous le vent. Le mouvement se transmet au moyen d’engrenages coniques. Une chaîne à godets articulée sert à faire monter l’eau aspirée par l’appareil. Les godets, de petite dimension, reçoivent eux-mêmes leur mouvement de deux tambours, l’un en haut, l’autre en bas de la tourelle, en s’enroulant sur ces tambours. L’eau ainsi élevée se déverse dans un réservoir supérieur d'où, au moyen de tubes et conduites, elle est distribuée à volonté et suivant les besoins.

L’effet utile est de la force d’un cheval-vapeur. Ce système, à cause de ses complications même, se prête, aux motifs de décoration. Son prix, du reste, 25000 francs, si je ne me trompe, ne le rend applicable que comme objet d’agrément.

L’autre moulin, plus modeste, arrive aux mêmes effets utiles avec moins de complications et surtout moins de dépenses, ce qui est l’essentiel pour la vulgarisation industrielle. Sa simplicité attire l’attention : on en saisit le mécanisme du premier coup d’œil. Il s’oriente et se règle seul, suivant le vent.

Le premier modèle de cette machine a fonctionné aux Champs-Elysées en 1860, lors du concours universel agricole, entre le Palais de l’Industrie et la Seine.

Depuis lors 150 moulins ont été installés sur ce modèle tant en France et en Europe qu’en Afrique, et même en Amérique, où ils fonctionnent avec un succès remarqué.

Le grand avantage de ce système, je le répète, est dans son bon marché.

L’établissement de tout le mécanisme ne dépasse pas 600 francs.

Le principal organe du mécanisme est une pompe ordinaire aspirante, comme dans tous les moulins à vent. L’extrémité de la tige, qui est une véritable bielle, est mobile autour de son axe de rotation, indépendamment du mouvement de va-et-vient de l’appareil qui porte les ailes. Cet appareil peut donc tourner suivant le vent et obéir toujours à sa direction. Chacune des six ailes dont se compose l'appareil est munie d’un écoute automatique en acier, véritable ressort qui mesure son action à la force du vent. La toile s’incline comme une voile, suivant l’intensité du vent, de façon à se tourner dans le plan même de sa direction, pendant les grands ouragans, ce qui rend presque impossibles les détériorations de l’appareil.

Quant à l’entretien, il est presque nul : il suffit de graisser de temps à autre le mécanisme. Dans les campagnes, et pour le service de l’agriculture, on peut se contenter d’établir l’appareil moteur sur quatre poteaux, ou montants inclinés reliés à leur sommet par une plate-forme. Dans les parcs et jardins, où plus de luxe est exigé, il suffit de cloisonner l’espace compris entre les quatre poteaux; et on a ainsi un kiosque ou tonnelle, dont le balcon est formé par la plate-forme.

Avec 600 francs de dépense comme avec 25 000 francs, le rendement d’un moulin à-vent est le même; par un vent moyen, la force est d’environ un cheval-vapeur. Le rendement par heure varie de 10 à 20 mètres cubes jusqu’à 6 mètres de hauteur; — de 3 à 10 mètres cubes, depuis 6 à 25 mètres de hauteur. On obtient encore 600 litres d’eau par heure, à 60 mètres de hauteur.

Les moulins à vent, je l’ai déjà dit, ne sont pas des moteurs dociles comme les machines à vapeur : ce n’est pas à la volonté de l’homme qu’ils obéissent; c’est au caprice des courants. Mais si l’industrie, qui a besoin de forces constantes et à heure fixe, ne peut s’accommoder du service des moulins à vent, il est certain que l’agriculture peut retirer de grands avantages de ces moteurs capricieux mais économiques pour l’assainissement des terres submersibles comme en Hollande, pour l’irrigation des terres sèches comme dans le Nivernais, et surtout pour l’alimentation des maisons, fermes, cours et jardins.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée