Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Écuries du Tsar

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En face de l’Izba russe s’étendent les écuries destinées à loger les chevaux de l’empereur Alexandre II. Ce bâtiment, construit comme le premier avec des poutres rondes, est beaucoup plus vaste et orné avec plus d'élégance.
Il est divisé en une vingtaine de compartiments, dont chacun doit être occupé par un cheval. Ces boxes sont séparés les uns des autres par des cloisons en planches, dont le haut forme un grillage finement découpé à jour. Ce qui assure la libre circulation de l’air, sous un plafond de sept à huit mètres d’élévation.

Autour du toit, court une véritable guipure en bois, dont les festons et les astragales sont peints en blanc, et derrière laquelle s’ouvre une rangée de petites fenêtres en mansarde, au cadre coquettement sculpté et rehaussé d’ornements de bois blanc, semblable à celui qui forme la bordure du toit.

Les chevaux de l’empereur appartiennent à cette admirable race que reproduit incessamment ce grand haras qui s’appelle l’Ukraine; c’est là que la cavalerie russe recrute ses montures, dont la beauté est devenue proverbiale en Europe; c’est là que les Mazeppa ont pu accomplir leurs tragiques odyssées équestres, au milieu des steppes interminables. Le cheval de l’Ukraine est le héros familier des légendes cosaques; il est l'ami de la famille; il sauve son maître à l’occasion par la rapidité de sa course, égale à celle du vent; et quand il meurt, il est pleuré. Que d’honnêtes gens qui ne peuvent eu espérer autant !

Cependant ii existe en Russie une autre race d’agiles coursiers à peu près inconnus en France : ce sont les chevaux finnois. Leur taille ne dépasse guère celle du serviteur aux longues oreilles que nous nous plaisons à railler. Les ânes ne peuvent s’acclimater dans l’empire moscovite ; ce sont les chevaux finnois qui les remplacent dans les fermes, où l’on peut apprécier leur sobriété vraiment remarquable et leur infatigable activité. Ce sont eux enfin qui font le plus souvent le service de la poste. Leur pied fin et délié vole sur la neige sans presque y imprimer de trace, tandis que la chaude fourrure qu’ils revêtent chaque hiver et qu’ils secouent chaque été, comme une fée déguisée secoue ses guenilles , les préserve merveilleusement du froid.

On les attelle aux traîneaux par trois ou quatre de front, quelquefois même en plus grand nombre. Deux suffisent quand le traîneau est petit et qu’il s’agit simplement d’une promenade, mais on en ajoute volontiers du côté droit un troisième et on le bride de façon qu’il soit forcé de tenir sa tête tournée comme s'il se disposait à prendre la fuite. Il semble ainsi courir plus fort que les deux autres, parce qu’il soulève plus de neige. Aussi le nomme-t-on le trotteur.

Cet attelage est charmant : quand ces petits animaux si vifs, si légers, si ardents, à la tête fine incessamment fouettée par leurs longues crinières, sont lancés à travers un chasse-neige, linceul mouvant de l’espace, ou au milieu d une bande de loups affamés aux yeux rouges, ils font véritablement l’effet, d’un tourbillon fantastique.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée