Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Isba Russe

Isba Russe à l'exposition de Paris 1867

L’Izba russe.


Quelle est donc tout d’abord cette coquette construction en bois qui ressemble à un chalet suisse?

Si nous nous approchons, nous reconnaîtrons facilement l’Izba russe à ses murailles formées de grosses poutres qui s’emboîtent les unes dans les antres par de profondes entailles mordues à chacune de leurs extrémités.

Pour empêcher l’air, le vent et la neige de s’insinuer à travers les étroits interstices qui s’ouvrent nécessairement entre les poutres, on les calfate comme la coque d’un navire et l’on revêt l’intérieur de planches lissées et luisantes qui en cachent la nudité; puis on peint ces planches de diverses nuances et on les décore de bordures qui n’attestent pas toujours chez le peintre un talent de premier ordre, mais qui amusent le regard alors même qu’elles ne le charmeraient pas.

Au reste, avant de pénétrer dans ce double bâtiment, nous allons d’abord en décrire l’aspect extérieur.

L’Izba est composée de deux maisons, reliées l’une à l’autre par une sorte de hangar, dont le dessus des portes est sculpté.

On monte à l’une de ces habitations par un perron de quatre marches qui forme avec un gentil balcon et de fines colonnettes, soutenant une marquise en bois, comme tout le reste, la plus mignonne terrasse du monde.

Une dentelle d’ornements à jour couronne le sommet d’un toit pointu, décoré de deux têtes de chevaux. Chaque porte et chaque fenêtre sont surmontées de chapiteaux sculptés et garnis d’élégants volets.

L’autre maison n’a pas de terrasse au rez-de-chaussée. En revanche, un balcon artistement découpé s’étend devant son premier et unique étage, tandis que les planches du toit forment au-dessus une espèce d’auvent qui l’abrite à la fois contre la pluie, les tourbillons de neige et les rayons d’un soleil qui n’a pas de temps à perdre.

Nous ignorons si ce toit de planches sera peint, comme celui de la plupart des Izhas russes, en jaune, en rouge ou en vert; il est encore vierge de ce peinturlurage qui produit dans les steppes et au milieu des forêts de bouleaux de si pittoresques effets.

Tout cela fournit un ensemble assez gracieux, mais auquel manque encore la vie. Ce sont des jouets d’enfants vus au microscope. Mais viennent les beaux jours et nous regarderons avec plus d’intérêt ces maisons qui seront alors, suivant l’usage russe, tapissées de vases de fleurs du haut en bas de leur façade.

Il nous plaira alors de peupler par la pensée la terrasse aux frêles colonnettes d’un groupe de fraîches paysannes moscovites avec leur sarafane richement galonné, leur chemise de toile échancrée sur la poitrine et leurs bras blancs étincelant à travers la mousseline des larges manches ! Le pavoïnik brodé d’or sera fermé sur la tête des femmes mariées dont il cache jalousement les cheveux et ouvert sur celle des jeunes filles, dont il laisse flotter en liberté les longues tresses ornées de rubans.

Pour compléter ce tableau, quelques mougiks se mêleront au groupe des femmes : les vieillards enveloppés de grands caftans de draps boutonnés depuis le menton jusqu’aux pieds, et serrés autour du corps par une ceinture de soie de diverses couleurs, parfois étoilée d’or; les jeunes gens avec des bottes molles montant jusqu’au genou, une chemise rouge, agrafée sur le côté gauche (le la poitrine, flottant sur le pantalon bouffant et retenue à la taille par un gilet de velours noir.

Peut-être verrons-nous un de ces paysans coiffé du chapeau de feutre évasé, garni de fleurs ou de plumes de paon, s’asseoir à l’écart; il arrachera aux cordes d’une grossière petite guitare quelques sons discordants, puis il balancera sa tète avec la nonchalance d’un enfant qui se berce lui-même, et chantera à demi-voix, sur un air mélancolique et monotone, une de ces interminables chansons nationales qui célèbrent les beautés poétiques de la neige et de l’hiver.

C’est ainsi que nous connaîtrons les mougiks, ces fanatiques de l’eau-de-vie et de saint Nicolas, comme si nous avions fait le voyage de Moscou.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée