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Palais de la France Métropolitaine


Palais de la France Métropolitaine à l'exposition de Bruxelles 1935

© L'Epi
Architecte(s) : Montarnal, Carlu.

A front de l'Avenue du Centenaire, la Section française, la plus vaste de l'Exposition, comprenait le Palais de la France Métropolitaine et le Pavillon de la Ville de Paris; le Palais de la France d'Outre-Mer, avec la représentation de toutes les colonies qui composent l'Empire Colonial de la République — et les Soukhs, leur « double » pittoresque; le Pavillon de l'Agriculture et celui des Eaux et Forêts, reconstituant la maison familiale de Jean de la Fontaine, à Château-Thierry. A tout cela, il sied de joindre encore la part importante que prit la France aux expositions de l'Art Ancien et de l'Art Moderne, ainsi que la représentation de ses grands réseaux de chemin de fer dans la Halle Centrale, aménagée en Gare Modèle.

Le Palais de la France Métropolitaine se dressait derrière le Pavillon de la Ville de Paris, qui semblait l'annoncer; des parterres étages, en terrasses à la française, lui servaient de péristyle. Trois portes s'ouvraient au sommet d'un perron, dans une façade aux lignes sobres, incurvée et décorée de trois panneaux largement traités, représentant la France au travail. M. Souverbie avait traduit « les Beaux-Arts », Mme Natacha Carlu « le Commerce » et M. Chastel « l'Industrie ». Les plans de l'ensemble étaient des architectes Montarnal et Carlu.

Ces trois portes donnaient accès au grand hall, ou salon d'honneur, décoré d'une très belle image de la France, par Landowski, de deux figures de Mallet, destinées au monument de Claude Debussy; de nobles tapisseries anciennes. Par une très jolie pensée, on l'avait garni de meubles, de tapis, de bibelots (grès, verreries, fer forgé, porcelaines) réalisés par les meilleurs artistes de France. On y trouvait aussi les envois des grandes maisons d'édition, associant par l'image des écrivains illustres à la présentation très artiste de leurs œuvres, due aux typographes, aux illustrateurs, aux relieurs qui continuent les grandes traditions de l'édition de France.

Derrière, un salon circulaire était orné aussi de tapisseries modernes et de morceaux de sculpture, choisis parmi les plus beaux : le Dieu Mars (Janiot), le plâtre original du « Victor Hugo », de Rodin, le « Cézanne », de Maillol, des œuvres de Gimond et Drivier; les cartons des tapisseries étaient du peintre Jeaulmes.

Tout de suite par delà, s'ouvrait la section dite « Foyer de la Famille Française ». Une suite de chambres se suivaient, meublées et décorées dans le goût le plus moderne, séduisantes au point que se renouvelaient les prodiges de Paris 1925.

M. Maurice Dufrène, aidé d'une équipe de collaborateurs qu'il faudrait citer tous, avait réalisé ici de véritables merveilles, accessibles à chacun : le hall central, la rotonde, les galeries, le grand salon, la salle à manger, le boudoir, le bureau, la chambre des parents, celle des enfants, la chambre et le studio du jeune homme, la chambre de la jeune fille, le coin de repos, la pièce réservée à la culture physique, la salle de bains... discrètement garnies de meubles pratiques, aux couleurs sombres ou claires, parfaitement adaptées à leur destination, ornées d'objets d'art où l'on retrouvait les plus grands noms de la peinture, de la sculpture, de la céramique, de la verrerie françaises. Le « Foyer Familial » donnait une haute idée des conceptions et des réalisations des ensembliers français, à la veille de l'Exposition de Paris 1937.

Tout naturellement (car les diverses sections qui se partageaient ce Palais avaient été groupées dans un ordre rigoureusement logique) on rencontrait ensuite le compartiment de l'architecture et de l'urbanisme.

Suivaient les compartiments de la Marine et de la Marine Marchande; le clou en était la maquette du « Normandie » et la reproduction — grandeur nature— d'une cabine du fameux transatlantique. Les parois, couvertes de beaux bois polis étaient ornées des pavois de la Marine dont les couleurs vives tranchaient sur ce fond sombre et luxueux. Puis venaient les Transports, la Mécanique, les Mines, la Ventilation, les Arts Ménagers, la grosse et la petite Mécanique, dont les stands bénéficiaient d'une présentation attrayante. Il y avait aussi une petite salle de cinéma très fréquentée.

En plus des locomotives et des wagons dans la Gare Modèle, les Chemins de Fer français exposaient des affiches, des photographies, des dioramas, complétant ainsi la section du tourisme que constituaient d'autre part les Villes et les Syndicats d'initiative. Le clou de leur participation était le train dans lequel on pouvait traverser toute la France, ou visiter de semaine en semaine, une des régions les plus pittoresques; un contrôleur invitait les « voyageurs » à prendre place; au coup de sifflet, le train semblait démarrer. Et devant les vitres des fenêtres, se déroulaient les plus beaux paysages de France, évoqués par un diorama mouvant.

A peu de distance, on voyait les maquettes des grands ports français et l'impressionnant ensemble de signaux maritimes, sonores et lumineux; le signal de brume, entre autres, pouvait être actionné par le visiteur. Puis encore, les compartiments de l'automobile, de la carrosserie, des cuirs et des peaux, des industries chimiques et des produits pharmaceutiques, des jouets, des eaux minérales, des stations thermales. Chaque section suivait celle qui logiquement la précède. En effet, après les stations thermales, venaient la céramique et l'alimentation : chocolats fameux, pâtes et biscuits célèbres, et dans une cave, les bières, les vins, les liqueurs...

On voyait dans de petites vitrines d'intéressants objets anciens : mesures, tasses de dégustation, enseignes, provenant des régions viti-coles et remontant à plusieurs siècles.

Le même souci d'art et d'histoire se marquait en plusieurs compartiments encore — dans celui des Poids et Mesures, par exemple, où de très beaux instruments décorés, armoriés, ciselés voisinaient avec ceux d'à présent, plus modestes; dans les compartiments consacrés aux Œuvres d'Hygiène et d'Assistance Sociale, avec les maquettes du nouvel hôpital Beaujon, des centres de puériculture ou de traitement d'affections diverses; dans celui de la photographie et de la musique.

Le cœur du Palais de la France était réservé à la mode, à la parure : vitrines où les « soyeux » de Lyon, les tisserands, les drapiers du Nord exposaient des merveilles colorées de tous les tons de l'arc-en-ciel; couloirs étroits autour desquels, dans les tabernacles de verre, étincelaient les trésors de Golconde, mis en œuvre par le génie des orfèvres, des joailliers de Paris; autres coffrets où dans des flacons aux formes variées l'âme des fleurs dort captive, sous l'éclat des parfums. En un temple circulaire, l'ironie des grands couturiers parait à la mode d'aujourd'hui le corps d'une statue grecque très belle encore sous ces atours. Et l'on rencontrait plus loin le « Coin des Messieurs », avec d'amusants mannequins, des cravates géantes; ou des vitrines rétrospectives, avec des gravures de mode jaunies, des factures de fournisseurs de « S. M. l'Impératrice et Reine Marie-Louise », amoureuse de frivolités...

Ce compartiment de la grâce et de l'élégance féminines, au centre de tant de stands graves, instructifs, attrayants, émouvants, c'était l'image de la France, souriante et grave, rieuse et vaillante à la fois.

© Le Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Bruxelles 1935