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Royaume des Enfants


Royaume des Enfants à l'exposition de Bruxelles 1935

© L'Epi

On a dit, avec raison, que la World's Fair s' é t a i t résolument placée sous le signe de la jeunesse : gaie, fleurie, lumineuse, née d'un mouvement d'optimisme et de confiance en l'avenir, elle a vu venir à elle, parmi vingt millions de visiteurs, des milliers d'enfants : écoliers, collégiens, étudiants, membres d'Associations de Jeunesse, de toutes les confessions, de toutes les opinions. Aussi bien, leur réservait-elle à tous le plus charmant, le plus cordial accueil.
Dans un coin verdoyant, à l'ombre des hauts pylônes rouges de l'entrée Charlotte, l'enfance et la jeunesse avaient leur domaine : le Camp des Scouts, le Royaume des Enfants. A droite de l'entrée, des sapins entouraient une prairie,
et donnaient à ce coin un aspect ardennais; au milieu, quelques troncs d'arbre entouraient un « feu de camp »; le premier feu fut allumé par M. Adolphe Max, entouré des hauts fonctionnaires de l'Exposition; et tout l'été, boys-scouts et girl-guides se succédèrent sous les tentes qui, sur l'herbe rase, et dans la brise, prenaient des airs de gros ballons en train de faire le plein de gaz...

Quant au « Royaume des Enfants », il fut réalisé suivant la conception de Mme Ch. Fonck, avec le concours du service d'architecture de l'Exposition, d'après les croquis de M. Robert Puttemans, des services techniques, dirigés par M. Paul Célis, du service des plantations, sous la direction de M. Jules Buyssens, du Dr Lust, médecin-chef des Centres de Puériculture et de M. O. Goossens, directeur de l'Assistance Publique et des Œuvres Sociales de la Ville de Bruxelles.

Cette institution originale rencontra un grand succès. Pour la décrire, il nous suffira d'emprunter les lignes ci-après à un exposé que publia Mme Fonck lorsque S. M. Léopold III adopta la création « de Parcs Astrid » à établir sur le modèle du « Royaume des Enfants » de l'Exposition de Bruxelles, dans chaque chef-lieu de province, pour commémorer le souvenir de la Reine défunte.

» Les dirigeants de l'Exposition étaient préoccupés de donner au visiteur le maximum de confort. Ils s'ingéniaient à lui enlever ses soucis dès qu'il avait franchi le seuil de la cité internationale et de lui permettre d'en goûter tous les agréments.

» Il pouvait se débarrasser aux entrées, de ses bagages et même de son chien. Comment n'aurait-on pas songé aux parents désireux de s'éviter la fatigue d'avoir pendant de longues heures des enfants sur les bras, à la main ou même dans la voiturette qu'il fallait pousser ? Et d'ailleurs pourquoi n'aurait-on pas pensé aux inconvénients pour les enfants eux-mêmes d'être mêlés aux foules ?
» De là. l'idée de créer une sorte de « vestiaire pour enfants ».
» Mais bientôt cette idée rudimentaire se développa.
» Pour les tout petits, on ne pouvait se borner à les garder simplement étant donné les soins à leur prodiguer pendant un séjour plus ou moins prolongé. Dès lors, il fallait une nursery et tout l'équipement qu'elle comporte. Quant aux enfants en bas âge, mais à même de jouer, il était indiqué de leur procurer des distractions dans des locaux couverts — car il pleut parfois en Belgique! — comme en plein air. C'était la salle de jeux, une plagette de sable avec une pièce d'eau peu profonde où ils pussent prendre leurs ébats sous une surveillance permanente. Mais il y avait encore les enfants de 6 à 14 ans; comment les amuser ? Pour eux ce furent la piste pour trottinettes, le basket-ball, le net-bail et le dek-tennis, les pigeons apprivoisés, le carrousel, le théâtre des marionnettes.

Ainsi pour garder et distraire pendant plusieurs heures des enfants d'âges différents, les bébés de 15 jours à 3 ans, les petits de 3 à 6 et les plus grands, c'était constitué un ensemble d'installations variées réservées aux bambins et à eux seuls :
LEUR ROYAUME!

Ce fut en effet l'une des idées directrices de toute cette organisation, que l'enfant était maître en ce Royaume. Qu'il devait y jouir du maximum de bien être et n'y connaître que la joie; tandis que les grands étaient simplement tolérés dans un domaine où ils risquaient de venir plus souvent qu'il ne fallait, en perturbateurs. Donc, plus de grands qui font des observations, donnent des punitions, empêchent de jouer. Exclusivement des nurses, des froebeliennes et monitrices de plaine de jeu dont le rôle était de faire oublier autant que possible leur présence en donnant les soins et en assurant la sécurité nécessaire.

Et quels furent les résultats ? Les sceptiques du début — car il y en avait — furent déconcertés. En moins de 6 mois la nursery reçut 4,556 bébés, tandis que les enfants, qui connurent les joies multiples de leur Etat Indépendant, furent plus de 50,000. Même le succès de curiosité alla grandissant et l'on enregistra dans les jardins, où sans franchir le territoire réservé à la jeunesse les grandes personnes avaient accès, plus de 52,000 entrées. Ces chiffres sont éloquents. Ils traduisent la confiance que les parents, dont certains ne s'étaient précédemment jamais séparés de leur progéniture, accordèrent à la cité enfantine; ils décelèrent en même temps la satisfaction des enfants qui souvent à la fin de la journée s'en allaient le cœur gonflé de regrets.

Le but du Royaume des Enfants fut ainsi non seulement atteint mais dépassé. Ayant visé d'abord à débarrasser les parents du souci de leurs enfants pendant quelques heures, on avait réussi à créer pour ces derniers une atmosphère de joie, de saines et réconfortantes distractions.

Plus encore que les commodités qu'il comportait, le Royaume des Enfants frappa surtout les étrangers et notamment les pédagogues et les spécialistes en puériculture par l'ensemble complet et varié des installations ainsi que par l'esprit de franche gaieté qui y régnait.
Une plaine de jeux où l'on ne va que pour s'amuser, telle est la notion qui trouva une expression concrète dans le Royaume des Enfants de l'Exposition de Bruxelles.
Ainsi, par la portée progressivement étendue de son action, le « Royaume des Enfants » fut non seulement une institution utilitaire pour l'Exposition, mais en outre une sorte de champ d'expérience qui contribua à perfectionner l'organisation de « parcs d'enfants » permanents.
C'est là un des multiples exemples de l'effet stimulateur des expositions qui font naître des initiatives, non seulement concernant la production et l'architecture, mais encore dans les domaines les plus variés et les plus inattendus.

© Le Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Bruxelles 1935