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Grande-Bretagne


Grande-Bretagne à l'exposition de Bruxelles 1935

© E. Sergysels
Architecte(s) : Howard Robertson

Le sentiment qui guida la participation britannique à l'Exposition de Bruxelles se trouvait brièvement, mais clairement exprimé dans une inscription bilingue flanquant les entrées de la cour centrale : « Au Peuple belge, ce pavillon est dédié en reconnaissance d'un siècle d'amitié ».

La conception et le plan de ce pavillon monumental marquaient en quelque manière, le début d'un concept nouveau dans l'architecture d'exposition; son emplacement à l'angle formé par la jonction de deux des avenues principales commandait, dans une certaine mesure, sa disposition; on tint au surplus à lui donner un aspect « digne et stable », caractéristique des réalisations de la Grande-Bretagne, tout en
l'appariant aux édifices voisins, la plupart du style très moderne.

D'autre part, on préféra s'en tenir cette fois à l'exposition d'un petit nombre de produits spéciaux importants, plutôt que de disséminer les efforts dans un amoncellement d'objets de moindre intérêt. Ces considérations d'ordres divers présidèrent au choix de l'aspect général et de la disposition du pavillon.

L'édifice principal se trouvait à l'angle des Avenues du Parc Royal et des Coudriers; il se composait d'une rotonde élevée, entourée de galeries concentriques; au milieu luisait un énorme globe terrestre illuminé. L'architecte, M. Howard Robertson, avait placé sur l'axe central en guise d'entrée un haut portique, surmonté d'un plafond en acier inoxydable, dans lequel se miraient six colonnes élancées; sur le même axe, en face de l'entrée, se trouvait la Galerie Royale, dont les vestibules menaient de chaque côté aux expositions industrielle et commerciale.

Par de petits escaliers, le visiteur montait d'abord du rez-de-chaussée à un balcon d'où il pouvait contempler la sphère en son entier; d'un autre plan, il pouvait l'étudier en détail. Elle était surplombée d'un plafond figurant le ciel étoile; les tons en changeaient constamment suivant le mouvement des astres; et ces clartés variées se reflétaient dans des panneaux d'acier inoxydable couvrant les parois, ainsi que dans un vaste écran de verre noir, placé au fond de la salle. Cet ensemble aux tons sobres, presque sombres, donnait à ce hall un aspect peu commun de grandeur et de majesté.

Au centre, tournait la grande sphère, montrant tous les pays du monde tour à tour éclairés par le jour ou plongés dans la nuit, l'Empire britannique, teinté de rouge, occupant près d'un quart de la surface du globe. La Belgique et le Congo Belge étaient colorés aux couleurs nationales et facilement reconnaissables. Cette boule en acier et en verre, pesait plus de dix tonnes; sa circonférence dépassait vingt mètres; rien pourtant ne trahissait au dehors le mécanisme qui la faisait évoluer; elle était si délicatement posée, qu'il suffisait d'une légère pression de la main pour la mettre en marche et que le mouvement de la foule des spectateurs, pressés autour d'elle la faisait vibrer de droite à gauche. Les heures et les minutes étant gravées sur la balustrade qui l'entourait, on pouvait ainsi se rendre compte de l'heure qu'il était dans les divers pays du monde.

Autour du Hall d'entrée, deux galeries, garnies de dioramas, montraient le rôle joué par l'Empire britannique dans la production des matières précieuses ou indispensables à la civilisation moderne : l'or, le nickel, le caoutchouc, la laine, la laque. D'autres dessins illuminés montraient l'importance du commerce britannique avec les diverses parties de l'univers.

En face de l'entrée principale, se trouvait le Salon royal, sobrement décoré mais contenant des collections du plus vif intérêt ; les portraits du Roi Georges et de la Reine Mary, entourés de mannequins portant les uniformes les plus connus, les plus glorieux de l'armée britannique — tels les cavaliers de la Garde du Corps, les grenadiers de la Garde, les gardiens de la Tour de Londres...

Tout un panneau était consacré aux années que le Roi Léopold III passa au fameux collège d'Eton; des photos montraient le jeune Souverain en costume de collégien, la chambre qu'il habita, une porte ancienne sur laquelle, selon l'usage, il grava son nom, suivi du nom du duc de Gloucester. Des baldaquins surmontaient ces évocations de la monarchie britannique, de l'amitié anglo-belge.
Entre les portes, des vitrines enfermaient des pièces d'orfèvrerie empruntées aux musées, aux trésors des cathédrales, aux archives des Corporations.

Derrière ce pavillon central, une pelouse verdoyante s'allongeait entre deux galeries blanches, enfermant les stands de firmes importantes dans tous les domaines de l'activité industrielle ou commerçante. Citons : l'édition et la librairie, les arts décoratifs de la table (argenterie, porcelaine, linge de table, verrerie, etc.); la Foire des Industries britanniques, laquelle se tient chaque année à Londres et à Birmingham; les grandes compagnies de navigation, ou d'aviation, les Ecoles industrielles, et de très nombreuses firmes indépendantes dans la plupart des fabrications.

Cet imposant ensemble était surmonté d'un phare unique en son genre, placé à l'arrière du dôme central et d'une puissance de trois millions de bougies. Spécialement construit en vue de l'Exposition de Bruxelles, ce phare, dont la source lumineuse était complètement dissimulée, disposait d'un mécanisme ingénieux; il permettait l'émission de rayons divers, formant dans le ciel des dessins compliqués et qui pouvaient éventuellement servir à la transmission de messages lumineux.

Enfin, derrière le pavillon, au bout de la pelouse, s'étendait un ravissant jardin anglais, avec des talus herbeux, une pièce d'eau ombragée de saules, des parterres librement dessinés — évoquant la vieille Angleterre, les parcs délicieux épandus autour des cottages et des manoirs. Cet ensemble se complétait d'une taverne où l'on dégustait les bières anglaises et de quelques magasins dont un réservé aux objets d'art hindou.
La Grande-Bretagne était également représentée au Salon d'Art Moderne par des oeuvres caractéristiques; dans le patio d'architecture (on voyait ici cent cinquante photographies et dessins retraçant l'évolution de l'art de bâtir en Grande-Bretagne, au cours des dernières années); dans le Palais de l'Art Ancien par des toiles admirables de Reynolds, de Gainsborough, de Raeburn, de Romney, de Hogarth, par des paysages, des intérieurs d'étables, signés de peintres moins illustres, mais dignes de la grande Ecole anglaise.

© Le Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Bruxelles 1935