Retour - Liste Pavillons

Maison de la Fontaine (Section française des Eaux et des Forêts)


Maison de la Fontaine (Section française des Eaux et des Forêts) à l'exposition de Bruxelles 1935

© L'Epi

Gaétan Sanvoisin, dans « Les Débats », louait avec infiniment de raison les organisateurs qui eurent l'idée charmante de reconstituer à l'Exposition de Bruxelles, la maison de l'illustre fabuliste pour y loger la représentation de l'Administration des Eaux et Forêts : « Voilà de la poésie d'exportation, écrivait-il, et presque un sujet de fable; parlant de l'auteur des « Deux Pigeons », Sainte-Beuve n'a-t-il pas dit : « C'est notre Homère ».

Et il poursuit, citant André Hallays : à Château-Thierry, Charles de la Fontaine, conseiller du Roy, maître des Eaux et Forêts du duché et sa femme, demoiselle Valentine Pidoux, vivaient à l'abri de ces murs paisibles, empreints d'une majesté discrète de greffe ou d'étude de notaire : « rue des Cordeliers, rue montante et tortueuse au pied du château ». « Nous sommes en 1621, la maison a été sinon bâtie, au moins restaurée un demi-siècle auparavant... »

Au bout d'un jardinet, une arcade modeste ouvrait sur une cour semée de gravier; à droite, un corps de logis sans étage devait être l'habitation du portier; on trouvait à l'intérieur l'exposition d'un emballeur parisien (Tailleur), montrant comment les bibelots les plus fragiles peuvent voyager sans craindre de dommage; des bois sciés annonçaient le compartiment des Eaux et Forêts (Colin); une toile bleu et or servait de décor à un oiseau blessé d'une flèche, un bel oiseau blanc, rose et or... Le puits familier était à deux pas de l'huis.

Retraversons la cour, gravissons les degrés du perron, pourvu d'un escalier double aux proportions simples et harmonieuses. La porte s'ouvre... Au mur du couloir d'entrée, une carte de la France forestière, dressée par M. Daubrée, conseiller d'Etat, directeur des Eaux et Forêts; à gauche, un vaste salon blanc, aux poutres apparentes était tapissé de bois polis, les uns précieux, aristocratiques, les autres, modestes, venus des forêts gauloises, mais auxquels des polissages savants, des vernissages ingénieux donnèrent le velouté, le soyeux des fourrures les plus moelleuses; un grand panneau de Félix de Gray, représentait une forêt bleu et or, celle de Brocéliande sans doute, que hantaient l'enchanteur Merlin, la fée Viviane...

Des marchands de bois — ils portaient de vieux noms français, comme Simon, Balayn, Miguet, Randon, Rachet, et ce délicieux Ducceur-joly (de Luisant, Eure et Loir, par dessus le marché), montraient des panneaux de bouleau, de chêne, de noyer, mais aussi de ces bois exotiques qui s'appellent : Tamos, Padouk, Amboinc, Acajou drapé, Okoumé, Sapelli... Leurs tons gradués avec art se déployaient en éventail, se repliaient en paravent, et leurs panneaux encadraient des Fables de Jean de la Fontaine, commentées avec un goût raffiné, dans des nuances passées, par le peintre spirituel Félix de Gray. Voici les Deux Pigeons : « Amants, heureux amants, voulez-vous voyager... ? ».

Le salonnet voisin était réservé pour une bonne part aux manifestations de l'activité du Touring Club de France : plans, maquettes du refuge alpin d'Huez (dans l'Isère), du chalet-laboratoire du Lautaret, carte des routes touristiques, des tables d'orientation, diorama des Gorges du Verdon...

Un escalier tournant menait à l'étage où revivait le souvenir du Bonhomme immortel; on débouchait dans un étroit cabinet de travail que dominait le portrait de la fidèle amie, Madame de la Sablière; ce cabinet, comme le grand salon qui lui faisait suite, fut meublé, aménagé avec le concours de la Société des Marchands d'Art, de Tableaux et Curiosités de Paris, sous la présidence de M. Jacques Helft. Ici, de vieux livres sont empilés sur la table; un exemplaire de l'Enéide est ouvert entre les bras d'un antique fauteuil... Une lanterne, un écritoire, une plume d'oie auraient appartenu au Fabuliste, de même que des mappemondes placées dans le salon.

Un étroit couloir y menait, tapissé de petits panneaux où André Gagery aligne les acteurs principaux de la comédie à cent actes divers : Perrette, le laboureur et ses enfants, le meunier, son fils et l'âne. Dans des vitrines, voici des vues de Château-Thierry et de Paris, des éditions rares, des portraits de la Fontaine, voire une statuette en biscuit — gloire bien fragile...
Un grand tapis de la Savonnerie portait au centre le blason aux trois fleurs de lis : il aurait été tissé pour Louis XV; des portraits : Louis XIV, par Ranc le père (prêté par le Musée de Ver-sailles), Jean de la Fontaine, sa femme et son fils (ils ont donc existé — la renommée du fabuliste les a si bien oubliés...). Des fauteuils, de nobles torchères, des porcelaines, un joli secrétaire rouge et or...

Les dernières pièces montraient des expériences de reboisement, les forêts des Alpes et de la Provence, la propagande scolaire, les uniformes de l'Ecole Nationale des Eaux et Forêts de 1825 à 1935, de précieux documents sous verre, évoquant toute l'histoire des forêts françaises depuis le temps des Roy s; et sous les arbres du jardin, des troncs apportés par des exposants semblaient attendre la toilette que leur fera le bûcheron...

© Le Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Bruxelles 1935