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Province de Brabant


Province de Brabant à l'exposition de Bruxelles 1935

© L'Epi
Architecte(s) : Van Hall

A l'angle de l'avenue des Athlètes et de l'avenue Coloniale, en face du Palais du Congo, le Pavillon de la Province de Brabant était situé.

Œuvre de l'architecte Van Hall qui l'édifia sous la direction de M. Metdepenninghen, architecte de la Province, il se présentait sous la forme d'un grand hall donnant accès à trois salles.

Une galerie extérieure couverte était décorée de magnifiques photos aériennes illuminées le soir, et représentant les principales institutions créées ou subsidiées par la province.

L'ensemble du Pavillon était d'ailleurs éclairé par des tubes luminescents qui soulignaient toute la beauté de ses lignes harmonieuses.

Le hall d'honneur consacré à l'arrondissement de Bruxelles était orné de fresques prestigieuses. Le peintre Firmin Baes avait évoqué un Brabant allégorique : ses lettres, ses arts, son industrie, ses transports. M. Colin, la Forêt de Soignes en automne. M. Pinot symbolisait Bruxelles Port de Mer; M. Rogy avait représenté le marché aux Fleurs de la Grand'Place et M. Masui la culture dans l'Ouest-Brabançon.

Le centre était occupé par une fontaine monumentale d'une ligne fort heureuse, ornée de quatre répliques du Cracheur de l'Hôtel de Ville de Bruxelles.

Au sommet de cette fontaine se dressait un diminutif du Saint-Michel de Marin, placé derrière la balustrade de la Banque Nationale, rue du Bois Sauvage.

Les hautes verrières au-dessus du portique d'entrée étaient formées par des vitraux, œuvre de Vermeersch, représentant les armoiries de Vilvorde, Saventhem, Ohain, Assche, Bruxelles, Boitsfort, Waterloo, Tervueren, Dieghem, Grim-berghen, Ixelles, Dilbeek et Haecht.

A droite et à gauche de cette vaste salle s'ouvrait un large couloir, où des dioramas artistiques, conçus par les artistes peintres Masui et Hermans, rappelaient les oeuvres de la province, situées dans l'arrondissement de Bruxelles :

1. Ecole provinciale de culture maraîchère et de floriculture à Anderlecht, dont le but est de préparer les élèves à la profession de maraîcher ou de fleuriste.


2. Ecole provinciale de Boulangerie, Pâtisserie, Confiserie et Chocolaterie à Bruxelles qui donne les notions scientifiques et pratiques nécessaires pour former des boulangers, pâtissiers capables d'accomplir leur travail suivant les méthodes modernes, avec le meilleur rendement et la meilleure garantie de qualité.

3. Ecole professionnelle de Batellerie Jean Dubrucq à Bruxelles IL Le but de l'Institution est de faciliter l'exécution des dispositions légales organisant l'instruction primaire des enfants de batelier; d'assurer, en outre, leur instruction professionnelle, d'encourager et de préparer les vocations à la navigation sur les canaux, les fleuves ou la mer.

4. Institut Provincial pour Estropiés à Bruxelles, qui s'assigne pour mission de pourvoir à l'éducation primaire et professionnelle des infirmes et estropiés des deux sexes et à la rééducation des victimes d'accidents. L'organisation comprend : un service de traitement orthopédique avec consultation gratuite, et des cours de cordonnerie, de reliure, de vannerie, de tailleurs et de bourrellerie-maroquinerie.

5. Institut Pasteur à Bruxelles. Directeur M. le Professeur Jules Bordet, Prix Nobel, Président du Conseil de Direction Scientifique de l'Institut Pasteur de Paris. L'Institut Pasteur s'occupe de l'Etude et de la prophylaxie des maladies transmissibles.

6. Institut Provincial des Sourds-Muets et Aveugles à Berchem-Sainte-Agathe. Le but de cette institution est de procurer aux enfants sourds-muets ou aveugles une éducation et une instruction convenables. Métiers enseignés : musicien, accordeur, brossier, casquettier, coupeur-tailleur, canneur, cordonnier, dactylogragraphe, dessinateur industriel, ébéniste, graveur, jardinier, lithographe, masseur, menuisier, typographe, sculpteur et vannier.

Deux dioramas montraient, l'un une vue caractéristique de la salle des délibérations du Conseil provincial du Brabant et l'autre un aspect de l'entrée des bâtiments techniques de la Province, à Bruxelles.

La salle contiguë était une apothéose de l'arrondissement de Nivelles. La peinture était traitée au camaïeu tons bleus sur fond vieil argent. Au centre, une statuette reproduisait Jean de Nivelles, par Collet.

Aux murs, d'admirables compositions évoquaient : l'agriculture dans la région de Jodoigne, par Louis Buisseret; la procession de la Collégiale de Nivelles par Lempereur; la métallurgie de Clabecq par Paulus. Une exposition touristique susceptible d'attirer l'attention du visiteur sur les sites, monuments, curiosités et beautés artistiques du Brabant complétait la présentation. Une carte touristique exécutée par l'artiste peintre E. Tytgat constituait le point central de cette démonstration, complétée à droite et à gauche par la projection de deux films reproduisant cent et onze photographies de sites, monuments, œuvres d'art choisis dans 57 communes groupées en deux itinéraires.

Quelques dioramas résumaient les diverses institutions de la province créées dans l'arrondissement de Nivelles :
Université du Travail à Nivelles qui a pour but de fournir aux travailleurs de la région, les connaissances nécessaires à l'exercice raisonné de leur profession : travail du bois et du fer, dessin industriel, comptabilité, conducteurs et correspondants — coupe et confection, gilet d'homme — art ménager.

Ecole normale provinciale pour Jeunes Filles qui a délivré 373 diplômes.

Ecole d'Agriculture de Wavre qui poursuit la formation de jeunes agriculteurs, ayant des connaissances raisonnées de culture, d'élevage, de mécanique, les mettant à même de conduire les travaux de la ferme.

Ecole de Viticulture et d'Arboriculture à La Hulpe. L'institution a pour but de former, par un enseignement théorique et pratique des praticiens viticulteurs et arboriculteurs possédant leur métier et capables de l'exercer suivant les méthodes modernes d'exploitation.

Et l'intéressante œuvre de la Ferme-Ecole de Waterloo qui a pour but d'instruire et d'éduquer, suivant les méthodes appropriées, les enfants présentant des déficiences ou anomalies du système nerveux ou du cerveau.

Les travaux manuels qui y sont enseignés comprennent : le ménage, les travaux de la ferme, le jardinage, la couture, la cordonnerie, la menuiserie, la vannerie.

Faisant pendant à la salle de l'arrondissement de Nivelles, celle de l'arrondissement de Louvain, était ornée au centre par une statuette du sculpteur Vandevoorde figurant le tribun louvaniste Pierre Coutereel.

La décoration de cette salle était traitée au camaïeu sanguin sur fond vieil argent. On y voyait, synthétisé par Van Humbeek le pèlerinage aux bougies de Montaigu; Swijncop y avait brossé la Grand'Place de Louvain avec des étudiants; Logelain avait traité un paysage vivant de Tirlemont.

Une carte héraldique de René Lynen retenait l'attention par son originalité. Trente-six blasons communaux peints sur verre par le peintre-verrier Colpaert attiraient le regard. Ici aussi des dioramas initiaient le visiteur aux œuvres et institutions provinciales de l'arrondissement.

Le Palais de Justice de Louvain : construit d'après les plans de l'architecte Francotte pour remplacer l'ancien palais appartenant à la province et incendié en août 1914.

Ecole de Culture maraîchère et de Floriculture de Louvain : dont le but est de former des praticiens maraîchers possédant un métier et capables d'augmenter rationnellement le rendement des cultures.

Ecole Normale provinciale pour Garçons à Tirlemont : (section française et flamande) 524 diplômes d'instituteur ont été délivrés par cet établissement depuis sa création.

Ecole Normale provinciale pour Jeunes Filles à Louvain : section flamande. Elle a délivré 135 diplômes.

Ecole provinciale d'Agriculture à Tirlemont :
son but est de donner aux jeunes agriculteurs des connaissances raisonnées de culture, d'élevage, de mécanique, les mettant à même de conduire les travaux de la ferme suivant les méthodes modernes d'exploitation, les instruire, guider et éclairer, sur place, dans l'exécution de ces travaux.

La vaste salle centrale, plongée dans une atmosphère ambrée était remarquable d'intérêt documentaire.

Des graphiques montraient les progrès réalisés par la Province; l'accroissement de la population, le nombre de communes et d'habitants desservis en eau potable, le développement industriel, les progressions de crédits accordés pour les chemins de grande communication ou ruraux, la population et les communes desservies ainsi, le kilométrage de lignes assurées par les Chemins de fer Vicinaux, les sommes portées aux budget pour les routes provinciales, les habitations à bon marché, les sommes prévues pour combattre le chômage et soutenir les œuvres sociales, les subsides et encouragements à l'agriculture, ceux accordés aussi à l'enseignement général et à l'enseignement technique.

Deux cartes lumineuses donnaient un aperçu fidèle du développement de la distribution d'électricité et de gaz dans le Brabant.

Au fond de la salie, une immense carte de 8 mètres sur 6 m. 40 mettait en valeur par jeux de lumière, les routes de l'Etat, les routes provinciales, les cours d'eau et les institutions provinciales. Cette carte, véritable chef-d'œuvre, avait été exécutée par la S. A. Hypsos, la partie artistique par M. Sano, la partie électrique et mécanique par le docteur-ingénieur Timmermans.

C'est en présence d'une assistance nombreuse que M. le Baron Houtart, Gouverneur de la Province, inaugura le 29 mai le Pavillon du Brabant.

Après avoir souhaité la bienvenue aux personnalités qui honoraient de leur présence la cérémonie, M. le Baron Houtart prononça le discours suivant :
"Dans ce petit pavillon provincial, ne vous attendez pas à trouver une foire d'échantillons des richesses naturelles et industrielles du Brabant. Les blés dorés et les racines sucrières, les houblons qui rendent si savoureuses nos bières brabançonnes, les raisins de Hoeylaert ne sont point exposés ici en spécimens dignes de la Terre Promise. Les produits métallurgiques de la région de Qabecq, les soies artificielles de Tubize, les pavés de Quenast, les farines et les pâtes alimentaires des usines semées le long des canaux et de la Dyle, les sucres de Tirlemont, ne les cherchez pas dans cette enceinte, lis triomphent en d'autres galeries.

Notre édifice n'est pas élevé à la gloire des intérêts matériels du Brabant; il cherche à être le domaine de l'esprit et du cœur. Il tend à démontrer que cette province n'est pas seulement une entité administrative ou une masse économique, mais une réalité vivante, riche des traditions de son passé, coopérant au bien général dans l'allégresse du travail et le sourire de la nature, soucieuse aussi de préparer son avenir.

L'histoire des Brabançons s'inscrit dans les monuments qui jalonnent la province : leur ardeur guerrière dans les châteaux-forts, leur foi dans les collégiales et les cloîtres, leur farouche autonomie dans ces hôtels de ville qui s'élèvent avec orgueil sur les places publiques. Tout ce passé, vous le trouverez évoqué dans une carte héraldique et dans une vue cavalière dignes des plus exquis imagiers de jadis. Jean de Nivelles, Pierre Coutereel, le
tribun louvaniste, saint Michel dominant Bruxelles, évoquent en ces salles les trois chefs-lieux d'arrondissement et leur histoire. Mais rien ne dira mieux ce que la Belgique doit au Brabant que l'emprunt fait par le jeune royaume au vieux duché, de ses armes et de son drapeau : cet hommage, les claquements de deux oriflammes tricolores l'affirment dans le vent, au sommet de ce pavillon.

Les témoins de notre passé, c'est sur place qu'il convient de les voir et nous vous y invitons par toutes les ressources modernes du tourisme. Ainsi jugerez-vous également des aspects variés de la nature brabançonne. Les généreuses moissons de la Hesbaye, les collines de Linkebeek, les hêtrcries du Sonienbosch, la lumière argentée de notre port de mer, les bruyères annonciatrices de la Campine. les plaines morcelées du Hageland, discrètes et sobres comme des paysages de nos maîtres primitifs, vous charmeront tour à tour, autant que les patois de nos paysans wallons et flamands. Cette variété de notre province, raccourci de la patrie entière, des artistes de chez nous l'ont fixée avec piété en des toiles qui demeureront; le Brabant se réjouit d'avoir rencontré sur ce point les désirs du Commissaire général de l'Exposition de Bruxelles, qui aime à voir des œuvres durables perpétuer la gloire éphémère des World's Fairs."
Ce fut ensuite à M. Charles Gheude de dégager la signification de la participation de la Province à l'Exposition de Bruxelles.

Après avoir défini le plan auquel la participation de la Province avait obéi, et rendu hommage aux divers collaborateurs et artisans de sa réussite, l'orateur ajoutait :
"Recourant à la lumière, aux jeux et à l'éclat de l'électricité, nous avons voulu montrer tout entière, sous un imposant format et animée de mille feux, la Province telle qu'elle est, la Province avec son contour, ses divisions administratives, ses chefs-lieux, ses routes, ses canaux, ses villes et communes.

Leçon de choses. L'un de nos buts était d'intéresser et d'instruire.

Un autre était de célébrer par avance le centenaire de la Loi provinciale et de montrer l'usage que le Brabant a fait de cette Loi, au cours de près de cent années.

Le grand public n'a, d'ordinaire, que des notions assez vagues touchant le Pouvoir provincial. Pour beaucoup, la Province n'est qu'une simple division territoriale. Ils ignorent — ou ils oublient — sa loi fondamentale, l'œuvre annoncée par le Constituant de 1830 et réalisée six ans après, la raison d'être d'un pouvoir servant d'intermédiaire entre la Commune et l'Etat, chargé de satisfaire aux intérêts, droits et besoins particuliers, intellectuels, moraux, sociaux de la Région, de faire régner un Ordre provincial, de rester l'une des parties vivantes de la Nation, de former l'esprit public, de servir de barrière aux empiétements du pouvoir, de localiser les griefs, de susciter les initiatives privées, de décentraliser les problèmes, d'étouffer les germes de division, et de contribuer, par une action éclairée, à la beauté, à la grandeur, à la gloire de la Patrie commune.

C'est parce que, pendant nonante-neuf années, sous l'égide des douze gouverneurs qui se sont succédés à sa tête, neuf pendant la première moitié de cette période, trois pendant la seconde moitié, c'est parce que, ainsi guidée, obéissant avec ténacité à son devoir, quelle que fût la composition du Conseil électif qui l'animait, la Province a poursuivi une action méritoire, qu'il convenait de mettre celle-ci en relief.

Quatre-vingt-dix-neuf années — disons un siècle. Que de chemin parcouru et quelle évolution. De celle-ci vous jugerez par les diagrammes lumineux qui font parler les murs de cette salle. Vous comparerez le Brabant de 1836 à ce qu'il est devenu : sa population triplée, l'enseignement répandu à profusion, le gaz, l'électricité, les voies ferrées, les routes, les distributions d'eau, le développement industriel, les œuvres sociales, les habitations à bon marché, que sais-je encore ? un afflux d'activités essorées et de progrès réalisés, une montée progressive, une inlassable poussée vers le mieux-être et la protection éclairée et féconde des Brabançons."

© Le Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Bruxelles 1935