Retour - Liste Pavillons

Csarda et Musiciens Tziganes



Une des curiosités les plus populaires du Champ-de-Mars est certainement la csarda ou auberge hongroise, construction
en bois, couverte de chaume, qui a été élevée sur un terrain cédé par la section espagnole, sur le côté de l’Exposition qui borde l’avenue de Suffren. La csarda est malheureusement de dimensions trop exiguës pour contenir la foule énorme de visiteurs qu’elle reçoit chaque jour. Elle se compose d’une salle commune et d'un portique surmonté d’un petit balcon. Sur une estrade attenante, un orchestre de seize musiciens tziganes, ou plutôt hongrois, panachés de deux ou trois Tziganes plus ou moins authentiques, qui constitue l’attraction la plus puissante du lieu.

Ces musiciens exécutent des morceaux hongrois variés, alternés de musique allemande, sans omettre les valses les plus compliquées de Strauss, le tout avec aisance et régularité, mais aussi avec une trop grande sécheresse de jeu, augmentée encore d’un mouvement trop rapide, toutefois aux applaudissements des auditeurs, ce qui est le principal. Leurs instruments sont des violons, des altos, des violoncelles, des contre-basses, une petite clarinette et un tympanon, instrument à cordes frappées, espèce de piano à l’état embryonnaire. Mais ce qui singularise le plus ces artistes déjà si curieux, c’est qu’ils paraissent ignorer la fatigue. Faire de la musique dix-huit heures par jour leur paraît tout aussi naturel qu’à un piano mécanique, avec lequel on pourrait leur trouver plus d’un autre point de ressemblance. Us jouent à la csarda de onze heures du matin à cinq heures du soir; puis au restaurant Fanta, quai d’Orsay, jusqu’à neuf heures; ensuite à l’Orangerie des Tuileries, jusqu’à onze heures. Après cela, il n’est pas rare qu’ils soient requis par quelque riche particulier de venir ajouter à l’éclat du bal ou de la soirée qu’il donne l’éclat exotique de leur jeu, réquisition à laquelle ils répondent toujours de la meilleure grâce du monde.

Quant k la csarda elle-même, autant que nous avons pu eu juger par une première expérience, elle paraît s’être imposé la mission de nous faire sentir que la cuisine hongroise a pour particularité d’accommoder toute chose à la sauce au piment rouge. Cela ne nous déplaît pas absolument, mais pousse trop à la consommation des vins, qui sont excellents. Nous recommandons surtout le Dioszegï Bakar et le château Palugyay : c’est la sauce qui fait passer le piment, et qui ferait passer bien autre chose s’il était nécessaire.

©Exposition Universelle de 1878