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Joaillerie, Bijouterie, Dentelle, Lingerie...



LA JOAILLERIE.
LA BIJOUTERIE.

La bijouterie et la joaillerie étalent maintenant à nos yeux leurs éblouissants trésors.

La vitrine la plus remarquée était celle de M. Dumaret, où se trouvait exposée la fameuse rivière achetée par la commission de la loterie nationale.

Elle se composait de 32 brillants du blanc le plus pur, aux feux divergents lançant des gerbes étincelantes ; cette parure était montée avec une légèreté extraordinaire.

Parmi les autres attractions de cette vitrine, nous citerons aussi une admirable opale de Hongrie et une ombrelle dont le manche était formé de grosses perles de corail rose enchâssées dans des brillants.

Le Palais-Royal et la rue de laPaix étaient, cela va sans dire, représentés par leurs produits les plus remarquables.

Quelques mots concernant les diamants.

La découverte des gisements diamantifères nouveaux, par l’abondance soudaine de ces pierres sur les divers marchés, a toujours eu pour effet immédiat l’abaissement du prix des diamants, suivi d’ailleurs d’une réaction plus ou moins sensible.

C’est ce qui s’est produit lors de la découverte des champs diamantifères du Cap, mais dans une proportion beaucoup moins considérable qu’à la découverte des mines du Brésil. Ces découvertes sont rares, en somme, et les crises qu’elles provoquent importantes à proportion ; quant aux fluctuations de prix qu’elles accusent, ce n’est pas de cela que nous voulons nous occuper en ce moment,' c’est du mouvement produit par la découverte des diamants du Cap dans l’industrie de la taille, surtout au profit de la France, depuis l’Exposition de 1867.

On n’a qu’à consulter le Catalogue, à la classe 39, groupe IV, pour pouvoir juger de l’influence exercée sur l’industrie de la joaillerie par cette découverte, dont le bruit commença justement à se répandre pendant le cours de la dernière Exposition de Paris.

Il y a dix mille nègres, mulâtres ou indigènes employés aux mines de Kimberley, et 3,300 lapidaires hollandais, français ou belges occupés à la taille de ces diamants, presque tous expédiés en France ou en Angleterre.

La valeur du produit de ces mines, depuis leur ouverture, en 1869, est d’environ 350 millions de francs.

A l’Exposition de 1867, une seule nation figurait pour la taillerie des diamants : c’était naturellement la Hollande. Mais depuis, Paris a grandement développé cette industrie, qui est représentée en France avec honneur, notamment par la taillerie de Sepmoncel (Jura). Paris compte aujourd’hui trois établissements de ce genre. La plupart des diamants qui y sont travaillés proviennent du Brésil, de Rio-de-Janeiro et de Bahia.

Quant à la façon dont se taille le diamant, nous en avons entretenu le lecteur quand nous lui avons fait parcourir la galerie du travail manuel.

Dans un de ses intéressants numéros, le Journal des Voyages a raconté la découverte d’un diamant étonnant :
Ce diamant, qui ne pèse pas moins de 244 carats et qui, par ses proportions, équivaut au tiers du Kohinoor, a été découvert, en Afrique, dans la concession de terrains diamantifères du capitaine Jones.

Il est vrai, dit le Standard, que cette merveilleuse pierre précieuse n’est pas absolument de la plus belle eau, tous les diamants d’Afrique laissant à désirer sous ce rapport ; elle est, 'en effet, légèrement jaune, mais sans aucune apparence de paille, et les experts au jugement desquels elle a été soumise ont déclaré qu’elle peut être taillée en brillant avec très-peu de déchet, comparativement du moins.

Cela établit, naturellement, une différence considérable dans la valeur de la pierre brute.

Le Kohinoor, en effet, a perdu à la taille plus des deux tiers de son poids; il pesait 900 carats ; il n’en pèse plus maintenant que 270. Si le diamant du capitaine Jones, car c’est ainsi qu’on l’appellera probablement, ne perd que la moitié de son poids entre les mains des lapidaires, il pèsera 122 carats et sera à peu près de la moitié du Kohinoor. Dans tous les cas, il rivalisera avec le fameux diamant le Sancy.

Avant le diamant Jones et dans les mêmes lieux, il y a environ trois ans, il en avait été trouvé un autre, le fameux diamant Spalding, qui pesait 288 carats et demi et était par conséquent d’environ un tiers plus gros que le trésor du capitaines Jones. La différence n’est cependant pas très-grande, et si le plus petit des deux peut être taillé avec aussi peu de perte qu’on l’espère, il pourra dans sa forme finale éclipser le Spalding.

Il est remarquable qu’il y ait si peu de gros diamants dans le monde; il n’y-en a pas vingt de proportions supérieures, et certainement on n’en compte pas deux cents qui soient dignes d’être spécialement notés. Le plus gros diamant, sur l’authenticité duquel il n’y ait aucun doute, est celui du rajah de Matran, qui est d’un tiers plus gros que le Kohinoor, et pour lequel, il y a de longues années, il a été offert au rajah deux bricks de guerre complètement armés et un demi-million de dollars.
Cette offre séduisante a été refusée par le motif que cette pierre porte bonheur, et que les destinées de la dynastie du rajah y sont attachées.

De Kohinoor a apporté, en général, toute autre chose que du bonheur à ses propriétaires.

Les Hindous croient, suivant le général Fytehe, qu’il est essentiellement funeste, et qu’il apporte une ruine certaine dans les mains de qui il tombe. La dynastie mogole, disent-ils, a dégénéré à partir du jour où Aurungzebe l’a possédé ; il a de même porté malheur à la race de Rungeet-Singh. Le vieux souverain du Punjab, croyant écarter de sa maison ce mauvais présage, légua « la Montagne de lumière »au temple de Yaggernath, mais ses successeurs refusèrent de s’en dessaisir. On sait leur sort.
Après la joaillerie, la bijouterie.

La bijouterie comptait un nombre considérable d’exposants ; les bijoux en doublé-or-étaient en énorme quantité.

Cette industrie a pris un immense extension et conquis une importance commerciale réelle depuis que le goût de la parure a envahi les classes peu aisées et que les femmes, plutôt que de ne rien porter, aiment mieux séparer de bijoux en doublé, voire même de bijoux faux.

La bijouterie de deuil montrait une fort belle collection de bijoux en imitation de pierres de jais, en corne de buffle et en bois durci.

Encore une industrie aussi importante que récente.


LES CHALES. LES DENTELLES. LA LINGERIE, ETC.

L’industrie des châles, par suite des caprices de la mode, subit une incontestable période de décadence. A Paris du moins, le châle ne se porte presque plus. Qu’est devenu le temps où il était de tradition que le futur déposât dans la corbeille de noce un superbe cachemire? Dans la classe ouvrière, le tartan remplaçait le cachemire.

Nous avons assisté déjà à la fabrication du cachemire des Indes par les Indiens eux-mêmes, nous n’avons donc pas à y revenir.

Disons tout de suite que nous avons vu des châles magnifiques d’une valeur considérable, entre autres ceux de la maison Verdé-Delisle, de la maison Dalsème, et les châles brochés, imitation du cachemire de l’Inde, de la maison Pin, fils, et Clognet, de Lyon.

Il y a plusieurs catégories de châles : — les châles brochés et lamés, les châles dits tartans, les châles unis et brodés, enfin le châles imprimés.

Les châles imprimés , dont l'invention n’est pas très-ancienne, se fabriquent dans les environs de Paris, notamment à Saint-Denis et à Puteaux.

La production annuelle des châles est d’environ 15,000,000 de francs.

Arrivons à la dentelle.

« Le poème de la dentelle a été fait, s’écrie un des rédacteurs du Rappel, et l’on a raconté son histoire. C’est d’Italie qu’elle nous vient; et c’est je ne sais sous quel roi de France, à l’époque où les Italiens, leurs écrivains, leurs artistes et leurs artisans, étaient en vogue chez nous, que fut installée, aux environs d’Alençon, toute une colonie de dentellières, à laquelle il était imposé de ne travailler que pour la cour. C’est ainsi que nous avons eu le célèbre point d’Alençon. Puis, est venu le point de Chantilly que font les paysannes normandes de Bayeux, Lisieux et Caen. Les dentelles flamandes, les Valenciennes, à leur tour, ont la vogue. Quant aux magnifiques travaux d’art que faisaient jadis les Vénitiens, le point de Venise, leur secret s’était perdu dans la suite des temps. Ce sont des Français qui l’ont retrouvé, et je ne sais rien de plus beau que les tentures en point de Venise qui sont exposées dans la section française.

« Ce qui caractérise la dentelle à la main et ce qui fait son prix, c’est, autant que sa finesse, sa couleur un peu mate, un peu jaunie. Il faut cinq années pour construire une immense pièce de dentelles comme celles que l’on voit à l’Exposition. On conçoit donc que de telles œuvres d’art et de patience atteignent des prix fous. »

De leur côté, MM. Hippolyte Gautier-Des-pretz, dans leur excellent ouvrage intitulé : Les Curiosités de iExposition de 1878, formulent leur appréciation dans les termes suivants :
« Les exposants de dentelles françaises sont peu nombreux cette année, mais tous les genres sont représentés d’une façon brillante. Le point d’Alençon est toujours la première dentelle du monde par la richesse de l’ensemble, la délicatesse des détails et la difficulté de l’exécution, Un des plus beaux volants qu’on ait jamais vus figure dans la vitrine de la maison Lefébure, on y voit également le devant de sa robe, qui est à la même hauteur. Voir à la même vitrine des points Colbert, des blondes, blanches et noires de la fabrication de Bayeux ; puis un éventail et une bande d’un genre nouveau à l’aiguille.

« La vitrine de la Compagnie des Indes expose une belle pointe de dentelle de Caen, dite de Chantilly, de belles blondes, une riche pointe et surtout un délicieux écran de Chantilly. Dans ce petit tableau de dentelles, car c’en est un, on voit groupés des amours riants que l’on croirait gravés au burin.

« Dans l’exposition collective de Caen, on peut voir la dentelle dite de Chantilly sous toutes ses formes , pointés , volants , ombrelles, etc.

«Dans celle de Mirecourt, qui est-le centre de la fabrique dentellière des Vosges, nous trouvons un volant Louis XVI grand style, reproduisant un groupe de dentelles que l’on ne retrouve plus maintenant que chez les antiquaires et dans les musées nationaux, genre charmant, oublié depuis un siècle : la mode a remis en faveur ce genre aujourd’hui fort apprécié; on trouve aussi de beaux points de Venise et de France, exécutés au fuseau, des Valenciennes au fil de lin que l’on croirait venir de la garde-robe de Marie-Antoinette ; enfin une garniture Louis XV, composée d’un volant, d’une ombrelle et d’un mouchoir d’un point entièrement nouveau. Il faut signaler aussi les dentelles d’ameublement fabriquées en Franche-Comté ; les dames et les prêtres regardent avec intérêt deux nappes d’un fini et d’un dessin exquis, un entre-deux et sa dentelle en points de Venise pour rideaux, exécutés à Venise d’après des points anciens. Il ne faut pas médire non plus des dentelles au fuseau du Puy, dont la production varie de 30 à 40 millions par an. On aperçoit dans les deux vitrines qui sont au milieu de la salle les divers échantillons de cette fabrication ; sa guipure est sans rivale, et sa dentelle torchon est appréciée de tous, malgré son bon marché. Nous ne sommes, plus à l’époque de cette marquise ;qui, apprenant que les dentelles allaient baisser de prix, fit avec dédain : « Je n’en porterai plus.» Nos contemporaines ont changé de manière de voir et elles ont eu raison. »

Passons sur les tulles après avoir dit toutefois qu’ils représentent un chiffre d’affaires de 83,000,000 francs et arrivons à la broderie.

« Nancy a le monopole de la broderie mécanique, Paris le monopole de la broderie à la main.

« Dans la galerie du vêtement, la broderie à la main triomphe : étoles, chasubles, parements d’habits préfectoraux ou de dignitaires étrangers, broderies blanches pour mouchoirs ou draps de lit. On peut voir des draps de lit brodés à 7,000 francs. Y dort-on mieux que dans les autres? Le vêtement féminin fait orgie de broderies. Il n’y a pas une vitrine qui ne-contienne deux ou trois manteaux brodés, deux ou trois robes brodées. La broderie, c’est le caprice, c’est la grâce, c’est la femme. La brodeuse, elle, c’est l’artiste de l’aiguille, la fée de la fantaisie. Quels doigts agiles et délicats il faut pour donner au vêtement de la jeune femme ces ornements indispensables qui sont de mode aujourd’hui, et qui seront de mode toujours !

« On cite des maisons qui emploient annuellement cinq cents ouvrières, et qui fabriquent non-seulement pour Paris, mais qui envoient à l’étranger, tout brodés, mais non confectionnés, manteaux, robes et châles. Même dans la section du vêtement, on voit des robes uniquement en broderie. Les spécialistes se mesurent avec les couturières et prennent une place égale dans l’Exposition.

Dans une vitrine, on remarque une robe sur laquelle se jouent des oiseaux brodés de mille couleurs. Les branches fleuries de la garniture s’enchevêtrent les unes dans les autres, et forment un fouillis inextricable et harmonieux. Au bas, court une mousse verte que l’on croirait détachée du tronc de queL que vieux chêne, tant elle est fournie, épaisse et naturelle. Cette sombre verdure fait un heureux accompagnement aux tons nets et puissants de l’étoffe.

« Sur un autre costume est posée une tunique de dentelle. Est-ce de la dentelle?

A examiner ces mailles fines et serrées on le croirait. Et pourtant, c’est de la broderie. Quand des ouvrières arrivent à ce point de perfection, elles ne sont plus des ouvrières, elles « sont des artistes. »

La lingerie et la bonneterie attirent maintenant notre attention.

La bonneterie réalise annuellement un chiffre d’affaires de 140 millions que celui de la lingerie dépasse de 10 millions. Ceci fait éclater aux yeux l’importance commerciale de ces deux industries.

La bonneterie et la lingerie française sont renommées dans le monde entier.

A leurs côtés se trouvent les autres accessoires du vêtement; la chaussure, les gants, les corsets, les tissus élastiques, les parapluies, etc.
Nous ne pouvons nous étendre bien longuement sur ces diverses classes, nous nous bornerons à mentionner parmi les objets exposés ceux qui nous ont le plus frappé : par exemple les chaussures de M. Pinet, leur fabrication est remarquable ; citons aussi les chaussures hygiéniques de M. Bredif, composées de cuir et de bois parfaitement liés ensemble, elles réunissent toutes les qualités réclamées depuis si longtemps pour la chaussure d’hiver.

La semelle en bois, recouverte d’un cuir, préserve entièrement du froid et de l’humidité.

Cet assemblage de cuir et de bois donne à la chaussure les qualités suivantes : l'imperméabilité, la préservation du froid, l’articulation parfaitement conservée, tout en conservant l’élégance de la chaussure la plus soignée.

Ce nouveau système s’applique à toute la chaussure pour hommes, dames et enfants, et également pour la chasse.

Les chaussures de M. Victor Crevissier pour les enfants voués sont absolument charmantes.

Dans le compartiment de la coiffure, nous citerons entre autres les perruques invisibles des frères Normandin.

En ce qui concerne les objets de voyage et de campement, nous ne signalerons rien en détail. Nous nous bornerons à dire que la confection des divers objets exposés révèle de très sérieux progrès au point de vue du confortable.

Le bazar du voyage a droit à une mention spéciale. On le trouve partout dans l’Exposition.

Dans la classe qui nous occupe, le Bazar du Voyage est représenté par un magnifique étalage, où est classé tout ce qui peut rendre confortable la vie nomade ; le voyageur à pied y trouve son bagage, comme le voyageur en voiture, en chemin de fer, en bateau à vapeur et même en ballon, si j’en crois un des quatre tableaux qui ornent la classe 41 et qui ont été offerts par M. Walker. Il y a là des malles, des sacs, des sièges, des tables, des lits, des boites qui contiennent tout ce
que l’on veut, ou qui deviennent si portatifs que l’on se demande si cela ne tient pas du miracle.

Quand on regarde l’exposition du Bazar du Voyage, a-t-on dit spirituellement, et qu’on se rappelle la lettre de Mme de Sévigné à Mme de Grignan sur les malles et sur les boîtes du temps de Louis XIV, on ne peut nier le progrès.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878