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Saint-Marin



Le vin, la laine, le fromage, les produits agricoles constituent la principale richesse de cette petite république.

Son industrie la plus ancienne est l’exploitation de la pierre. Les pierres de construction sont exportées en grande quantité et achèvent d’assurer la prospérité et le bien-être de la population laborieuse.

M. le comte C. de Bruc, qui est à Paris le chargé d’affaires de la république de Saint-Marin, a publié chez l’éditeur Dentu un intéressant volume sur le pays qu’il représente.

Fondé depuis le me siècle par un adepte du catholicisme qui s’établit sur le mont Titan et attira auprès de lui un grand nombre de ceux qui avaient à redouter la persécution romaine, ce petit État, qui s’appela Saint-Marin, du nom de son fondateur le tailleur de pierres Marinus, canonisé depuis, a su résister à tous ses ennemis et conserver son existence et son indépendance au milieu des commotions de l’Europe et des effondrements qui ont eu lieu autour de lui. C’est aux vertus et à l’esprit de justice de son fondateur, dont il a toujours observé la doctrine, qu’il doit sa situation aussi heureuse qu’exceptionnelle.

Vingt fois les nations voisines, vingt fois les évêques ou la papauté tentèrent d’asservir les Marinais ; ils surent toujours se sauver, soit par le courage des citoyens, soit par l’intercession d’amitiés voisines.

Voici quel est aujourd’hui le régime qui régit la république de Saint-Marin :
Le pouvoir législatif est exercé par le Grand Conseil princier et souverain composé de soixante membres nommés à vie. Conseil dans lequel la noblesse, la bourgeoisie et la propriété rurale sont représentées par fractions égales.

A l’exemple de l’ancienne république florentine, la législation de Saint-Marin a maintenu à la classe aristocratique le partage des fonctions publiques, qu’elle exerce d’ailleurs sans jouir d’aucune espèce de privilège.

C’est à ce Corps législatif, mandataire de la souveraineté du peuple, qu’appartiennent le vote et la réforme des lois, le droit d’amnistie et le droit de grâce.

C’est à lui qu’appartient aussi l’élection des Capitaines-Régents, des magistrats et des fonctionnaires publics. A ses côtés, fonctionne une sorte de Sénat composé de douze membres dont les deux tiers sont renouvelés tous les ans.

Enfin, l’exercice de l’autorité suprême appartient aux deux Capitaines-Régents investis tous les six mois du pouvoir exécutif. Ils ont le titre d’excellence ; dans les cérémonies officielles, ils sont vêtus de noir et portent la Grand’Croix de l’Ordre équestre de Saint-Marin, dont ils sont les Grands Maîtres durant l’exercice de leur magistrature.

L’élection des deux Capitaines-Régents a lieu chaque année le 1er avril et le 1er octobre Quinze jours avant, le Conseil souverain s’est réuni pour la préparer. Douze noms sont tirés au sort parmi les soixante membres du Conseil, et chacun de ces conseillers doit proposer un candidat éligible pour les fonctions de Capitaine-Régent. Ces douze candidatures sont alors soumises au vote du Conseil. Les six qui obtiennent la majorité sont seules maintenues et sont inscrites, deux par deux, sur les trois bulletins de vote que doit déposer chaque électeur. Chacun de ces bulletins porte rigoureusement accouplés le nom d’un noble et le nom d’un bourgeois ou d’un propriétaire. Des mandataires spéciaux sont désignés par le Conseil pour veiller à la régularité du scrutin.

C’est dans la cathédrale que s’accomplit l’élection, derrière l’autel de Saint-Marin, au chant du Te Deum. Tout citoyen âgé de vingt-cinq ans accomplis dépose ses trois bulletins dans l’urne, d’où un enfant extrait ensuite un seul bulletin. Les deux noms qui s’y trouvent inscrits sont alors solennellement proclamés par le curé, coram populo.

Aussitôt après cette cérémonie, les deux Régents, revêtus de leurs insignes, se rendent au Palais d’État, au milieu d’un cortège composé de l’évêque de Saint-Marin, des délégations des confréries religieuses, des autorités civiles et militaires, des représentants de la noblesse et du peuple, portant un riche drapeau. La musique militaire précède et la milice citadine escorte les deux magistrats qu’entoure un détachement de gardes d’honneur appelés Gardes du Prince. Accueillis respectueusement et harangués par les Régents sortant d’exercice, ils sont encore reconduits avec la même pompe jusqu’à la cathédrale, où ils reçoivent la bénédiction épiscopale.

Au presbytère, tandis que les Régents sortants sont placés sur un trône, leurs successeurs attendent sur un simple banc la bénédiction de l’archiprêtre ; après quoi le cortège se rend dans la salle du Grand Conseil où a lieu la cérémonie civile. Les nouveaux élus, en prenant possession du pouvoir, reçoivent de leurs prédécesseurs l’étendard, les sceaux de l’État, les clefs de la ville, et prêtent serment sur l’Évangile !

Complétons les renseignements ci-dessus :
Deux médecins et un chirurgien nommés par l’État doivent leurs soins gratuits à tous les citoyens.

L’organisation judiciaire comprend des tribunaux civils et une cour suprême. Les magistrats , élus pour trois ans, sont choisis parmi les jurisconsultes étrangers.

La peine de mort est depuis longtemps abolie à Saint-Marin.

La petite armée de la république se compose de tous les citoyens valides de dix-huit à soixante ans ; il n’y a d’exceptions que pour les professeurs, les magistrats, les étudiants, les prêtres, les fonctionnaires publics et les savants diplômés. C’est au gouvernement qu’appartient la nomination aux divers grades, dont le plus élevé est celui de général, exercé actuellement par le commandeur Palamède Malpelli.

Le privilège d’un grade honorifique dans l’armée de Saint-Marin est particulièrement recherché par les fils des familles nobles de Rome et de la Toscane. L’uniforme est drap bleu de ciel avec revers de drap blanc brodé d’or. Le 3 septembre, jour de la Sainte-Agathe, a lieu chaque année une revue générale de la petite armée.

Deux corps spéciaux complètent l’organisation militaire de Saint-Marin : un corps d’élite, composé des citoyens les plus distingués de l’Etat, lequel est exclusivement destiné à servir de garde d’honneur au Grand Conseil dans les cérémonies publiques, et la garde du rocher ou du fort, recrutée parmi les vétérans de la milice citadine. C’est à ceux-ci qu’est dévolu le service militaire de la ville et de la citadelle.

Une brigade de gendarmerie est chargée de la police de sûreté ; mais, là encore, pour assurer l’indépendance de la répression, les agents de la loi sont tous recrutés en dehors de l’État.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878