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Guatemala


Guatemala à l'exposition de Paris 1878

On nous saura gré de reproduire la pittoresque description qu’a faite de ce pays peu connu M. Adolphe Boucard, qui a rédigé le catalogue spécial de l’exposition guatémaltèque :
Au Guatemala, les terres froides ne sont que fort peu habitées. On y cultive le blé et les pommes de terre.

Les terres tempérées, au contraire, sont très peuplées. On y cultive abondamment le maïs et le café. Cette dernière production, qui n’a pris un certain développement que depuis une vingtaine d’années, devient chaque jour de plus en plus considérable.

Les terres chaudes sont peu peuplées ; mais néanmoins, quand elles le sont, elles produisent beaucoup.

Le maïs, qui remplace au Guatemala le blé en Europe, y vient admirablement.

On y fait jusqu’à trois récoltes par an. Les tiges de cette plante, qui atteignent quelquefois deux et trois mètres de hauteur, produisent jusqu’à quatre épis, portant chacun 100 à 150 grains; mais, le plus ordinairement, elles ont lm,50, et en donnent deux.

Les terres basses sont couvertes de forêts luxuriantes. Les arbres les plus précieux y abondent, ainsi qu'une grande variété de palmiers. Ces arbres sont souvent enlacés par des lianes gigantesques et couverts de plantes parasites.

En plein midi, le soleil peut à peine percer cet immense dôme de verdure. La grande variété de fleurs et d’insectes, d’oiseaux à plumage éclatant et de singes gambadant d’un arbre à un autre dans les éclaircies de la forêt, offre un spectacle des plus attrayants.

On ne pourra répéter trop souvent que les forêts vierges, pendant la belle saison, ont quelque chose de grandiose et de sublime qui ne peut être compris que par celui qui les a parcourues.

Matin et soir, on entend de tous côtés le cri des animaux.

Ils prennent alors leur nourriture; mais vers le milieu du jour jusqu’à quatre heures, tout se cache, le calme est complet et l’homme alors sent sa petitesse dans cette immensité.

Une branche qui tombe, un animal qui s’enfuit, le cri soudain d’un oiseau, le bruit qu’il fait en s’envolant, vous font alors tressaillir de crainte.

C’est dans ces immenses forêts des terres chaudes que se trouvent abondamment l’acajou, lo caoutchouc et un grand nombre d’autres arbres des plus précieux; la vanille y pousse à l’état sauvage.

Ces forêts, une fois défrichées, sont propres à la culture du cacao, du coton, du tabac, de plusieurs espèces de légumineuses et enfin de la canne à sucre. Cette dernière y croît dans des proportions exagérées. Il est commun de voir des tiges de canne à sucre de quatre à cinq mètres de long.


L’AGAVE AMERICANA.

L'Agave Americana n’est autre chose que le maguey, qui sert à faire des cardes et de confectionner les hamacs.

De cette plante on extrait le pulque, boisson favorite des indigènes, surtout au Mexique.

Lorsqu’elle est vieille, elle enivre comme le vin; fraîche, cette boisson est sucrée et très-agréable à boire ; mais, un moment après l’avoir bue, on ressent des picotements sur les lèvres qui sont très-désagréables et agaçants.

On la boit généralement après quelques jours de fermentation; cette boisson est alors blanche comme du lait; on la dit très-salutaire et on prétend qu’elle purifie le sang; mais sa saveur est insupportable pour ceux qui n’y sont pas habitués.

Du jus de maguey, on fait aussi une eau-de-vie qui a la propriété d’aider à la digestion.

Parmi les graines, nous remarquons la vanille, le cacao, le café; parmi les gommes, le copal et le caoutchouc; parmi les bois de teinture, le bois de campêche.

Très-riche en cochenille, en salsepareille, le Guatemala produit en abondance le riz, les pommes de terre, le sucre, l’eau-de-vie do canne à sucre, le blé, le maïs, les bananes, l’huile de ricin.


LA TORTILLA.

A cette exposition figurent plusieurs échantillons de maïs ; nous avons remarqué une pierre appelée metate dont peu de personnes auront sans doute compris l’usage.

C’est sur cette pierre que les femmes indigènes broient le maïs après l’avoir laissé tremper depuis la veille dans l’eau, dans laquelle elles ajoutent une pincée do chaux. Elles le font bouillir et ensuite elles en font une pâte en le broyant sur cette pierre avec le pilon.

De cette pâte, elles font une galette plus ou moins épaisse, en forme de crêpe, et elles la font cuire de chaque côté sur un plat de terre.

En quelques minutes, elle est cuite et bonne à manger.

On lui donne alors le nom de tortilla. Quand on veut la conserver longtemps, on la laisse sur le feu jusqu’à ce qu’elle ait acquis une grande dureté.

Elle change alors de nom. Au lieu de tortillas, elle est appelée totopos. Dans cet état, elle se conserve pendant plusieurs mois, si ou la tient à l’abri de l’humidité.

Quelquefois, outre le sel, on ajoute au maïs de la noix de palmier, de la pomme de terre, de la banane ou de la yucca. Cette galette, ainsi préparée, a un goût très agréable.

Disons, en terminant, que la plupart des objets exposés émanent directement du gouvernement de la république; les collections officielles sont de beaucoup les plus intéressantes.

Les costumes complets d’indigènes, envoyés par le gouvernement, ont offert beaucoup d’intérêt.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878