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Pavillon Agricole Espagnol


Pavillon Agricole Espagnol à l'exposition de Paris 1878

Architecte(s) : Albert de Quintana

Le pavillon que le commissaire général de la section espagnole, M. Emilio de Santos, a eu l’heureuse idée d’élever dans le parc du Champ-de-Mars, se trouve dans cette partie du parc qui s’étend de la porte de Grenelle au pont d’Iéna tout près du pavillon de la principauté de Monaco et devant l’exposition particulière de la Société de secours aux blessés. Construit et aménagé sous la direction de M. Albert de Quintana, qui en a voulu faire une petite merveille et y a pleinement réussi, le pavillon espagnol n’a été ouvert qu’assez tard au public (il a été inauguré le 21 juin), lequel s’est rattrapé comme il a pu en y faisant des visites réitérées dont il répandait ensuite dans son propre sein la relation enthousiaste.

Dans une galerie extérieure sont exposés divers objets ressortissant plus ou moins à l’agriculture, des travaux de sparterie, des cordages, des échantillons des produits forestiers, et surtout des échantillons nombreux des minerais divers dont le pays est si riche encore, bien que l’exploitation laisse à désirer. Mais le visiteur s’arrête peu dans cette galerie. Les bois, les cordages, les minéraux, cela se voit un peu partout ; mais on lui a parlé des merveilles de l’intérieur, et il a hâte d’en jouir pour en rendre témoignage à l’occasion.

L’intérieur du pavillon est divisé, non pas précisément en deux salles, mais en deux parties distinctes. Dans la première sont exposés les produits miniers et surtout agricoles proprement dits, toutes ces richesses d’un sol qui ne demanderait qu’à être mieux travaillé pour devenir un des plus fertiles du monde. Les céréales et l’olivier y poussent presque sans le secours de l’homme. Amandes, bois de réglisse, drogueries et mille autres produits nous viennent aussi de la péninsule ibérique. Tous ces produits de l’Espagne, et ceux de ses colonies aussi, produits de la Catalogne, de l’Andalousie, de l’Extremadura, des iles Baléares ; produits des mines de San-Juan de las Abadesas ; produits divers des Canaries, des Philippines, de Cuba et de Porto-Rico, sont rangés dans la première partie du pavillon, dans un ordre parfait pour l’étude des richesses agricoles de ce pays, et d’une façon pittoresque et séduisante pour l’œil du visiteur. Cependant c’est le fond du pavillon qui l’attire irrésistiblement, car il aperçoit déjà, à travers les trois grandes’ arcades qui le séparent de la partie où il se trouve, une orgie de lumière et de couleur inondant un décor de féerie mauresque.

Cette partie du pavillon affecte des airs d’antique chapelle, mais ornée dans un style et dans un goût éminemment profanes. De quelque côté qu’on se tourne, on ne voit que des bouteilles, liqueurs et vins, dont les couleurs curieusement assorties forment comme un dessin d’un agréable motif, habilement tracé sur une riche tapisserie. Sur les murs, autour des piliers, au plafond, formant stalactites, on ne voit que des bouteilles et toujours des bouteilles. Le plafond est vitré, et sous les vitres on a attaché, le goulot en bas, au moyen de porte-bouteilles en fil de fer, des bouteilles pleines de liqueurs jaunes et rouges, de sorte que lorsque le soleil vient les frapper, les reflets en passant à travers les liqueurs en projettent alentour les différentes couleurs, ainsi que le feraient des vitraux d’église. Or ces rayons de lumière colorée viennent frapper des glaces inclinées qui les réfléchissent et multiplient à l’infini les images qu’ils illuminent.

L’effet est magique ; la plume se refuse à le décrire ; et un travail d’art et de patience à la fois a pu seul le faire obtenir d’éléments si singulièrement rassemblés : il paraît qu’il n’y a pas moins de 30,000 bouteilles concourant à cette décoration lumineuse!

Ajoutons que, près de l’entrée du pavillon, une jeune Espagnole bien authentique vend aux visiteurs des cigares et des cigarettes et du tabac d’Espagne sous toutes ses formes, au plus juste prix, avec un très-agréable sourire par-dessus le marché.

©L'Exposition Universelle 1878