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Belgique


Belgique à l'exposition de Paris 1878

La façade belge est splendide, à notre avis. Nous donnerons, suivant la règle que nous nous sommes imposée, l’opinion des autres à côté de la nôtre, afin qu’on ne puisse pas nous accuser de partialité.

La Belgique, dit un de nos confrères, occupe au Champ de Mars une superficie de 9,850 mètres ; c’est la plus grande étendue de terrain concédée à une nation étrangère après la Grande-Bretagne; c’est beaucoup plus que sa part proportionnelle, à ne considérer que l’étendue territoriale de ce petit pays, et c’est à peine ce qui lui revenait de droit si l’on s’en rapporte à la place considérable qu’il tient dans l’industrie et le commerce en général, dans les arts et aussi dans les sciences.
Ajoutons qu’il faudrait aller en Chine pour trouver une pareille agglomération d’habitants sur un territoire si borné.

Pour sa façade, la Belgique s’est construit un palais dans le style de la Renaissance flamande, sur les dessins de M. Emile Janlet. C’est le style dans lequel ont été bâties l’église des Jésuites et la maison de Rubens à Anvers, par exemple ; mais c’est bien autre chose qu’une réminiscence, car c’est aussi dans ce stylo qu’on bâtit aujourd’hui partout dans les grandes villes belges.

Ce palais n’est pas seulement un splendide morceau d’architecture, un spécimen fidèle d’un style qu’on peut certainement critiquer, mais que M. Janlet n’était pas libre de modifier à sa fantaisie, c’est en même temps, par un arrangement ingénieux des pierres diverses dont il est construit, une véritable exhibition des richesses incomparables des carrières de la Belgique. Voici ses marbres gris mélangés du Hainaut, ses marbres noirs de Namur, marbres rouges et bruns , pierre blanche de Cobertange, granits de Herbes, pierres de Soignies, d’Ourthe, de Tournai, d’Écaussines, briques de Marialmé, ardoises d’Herbeumont, etc., mis en œuvre avec art et présentant l’aspect d’une vaste mosaïque. Des inscriptions tracées sur le soubassement indiquent d’ailleurs la provenance respective de tous ces matériaux.

Voici maintenant en quels termes s’exprime M. Charles Blanc :
« L’architecture de la Belgique a voulu se distinguer et elle y a réussi ; toutefois, son originalité ne s’accuse guère que par la diversité et la beauté des matériaux. La Belgique possède de riches carrières de marbre. Elle a dans le Hainaut des marbres gris mélangés, appelés Sainte-Anne ; elle a des marbres noirs aux environs de Namur ; elle a aussi des brèches brunes, des marbres rouges, et ce petit granit qu’on nomme granit de Flandre.

« Ces divers matériaux ont été fort habilement mis en œuvre au Champ de Mars, dans le magnifique spécimen que les Belges nous donnent de leur architecture.

« Cet art, remarquable par la solidité, par l’excellence de l’appareil et l’emploi raisonné des matières, a aussi tous les défauts de la Renaissance.

« Partout des profils tourmentés, partout des bossages.

« Les claveaux des arcs sont alternativement mis en relief; les surfaces sont divisées, remuées, déchiquetées dans le style toscan, et à ce mouvement produit par les rentrants et les saillants de la construction s’ajoute encore la variété des couleurs résultant de la différence des matériaux : la brique, la pierre blanche, le granit gris, le marbre noir. Ce n’est pas tout : des loges, des galeries, des balcons, des balustrades, multipliant le jeu des ombres ; des frontons brisés, offrant l’image ridicule d’un toit qui s’est ouvert pour laisser passer un buste, un vase ou un bilboquet ; des corniches violentées par des enroulements de mauvais goût, des acrotères qui n’ont aucune raison d’être et qui, lorsqu’on y emploie de petits obélisques, rappellent l’image d’un jeu de quilles, enfin des cariatides engainées : ce sont les caractères de l’architecture que la Renaissance, en passant d’Italie en Flandre, y mit en honneur au XVIIe siècle, et dont le style paraît être préféré aujourd’hui en Belgique.

« Ce style n’est autre que celui dans lequel ont été bâties la maison de Rubens à Anvers, l’église des Jésuites dans la même ville, et en général les églises élevées par la Compagnie de Jésus en Allemagne, en Italie, en France, à Coblentz, à Cologne, à Dusseldorf, à Venise, à Rome, à Naples, à Paris, et dans mille autres lieux. »

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878