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Algérie


Algérie à l'exposition de Paris 1878

Architecte(s) : Wable

Le pavillon algérien du Trocadéro, œuvre charmante de M. Wable, se caractérise par son heureuse imitation du minaret de la mosquée de Mansoura et du portail de la célèbre mosquée de Sidi-bou-Médine, à Tlemcen, avec son encadrement de faïences et d’arabesques si gracieux. Il nous reste à visiter l'intérieur et à examiner les produits y exposés dont nous avions dès cette époque indiqué un certain- nombre comme devant figurer dans les galeries.

Le milieu du palais algérien est occupé par une cour, avec fontaine orientale au centre, ornée de plantes exotiques. Cette cour est entourée de galeries à arcades mauresques gracieusement découpées et encadrées de faïences. On y pénètre par un vestibule à coupole à jour, tamisant la lumière en produisant les plus curieux caprices de réfraction.

Les murs des galeries sont couverts de cartes, plans, dessins, photographies des grands travaux exécutés ou en voie d’exécution dans notre colonie; nous y remarquons surtout les photographies des travaux de forage de puits artésiens en plein désert, dans le but, sinon de le fertiliser, du moins de le rendre accessible au voyageur. Voici les instruments et appareils qui ont servi à ces intelligents travaux, des outils de sondeur, de mineur, de carrier, car le sol algérien est riche en produits minéraux dont l’exploitation paraît se faire d’une manière sérieuse et méthodique depuis quelques années. Il y a là des trophées d’armes indigènes très-belles, mais voilà tout. Les armes à feu de fabrication indigène, kabyle pour préciser, car l’industrie des armes est entièrement aux mains des Kabyles aujourd'hui, ne valent guère que pour l’œil : un vieux fusil à piston est de beaucoup préférable dans la pratique, et la preuve, c’est que le chasseur indigène le préfère.

Ajoutons une collection complète d’ustensiles domestiques, poterie, dinanderie, buverie, fumerie ; une autre d’instruments de musique; des vêlements faits d’étoffes de coton, de laine, de poil de chèvre et de poil de chameau : gandouras, burnous, haïks; des tapis multicolores, faits d’une quantité innombrable de pièces et cotés à un chiffre encore plus considérable de francs. N’oublions pas enfin la bijouterie et la bimbeloterie kabyles, mekias et khalkhals, autrement dit anneaux de poignets et de cous-de-pied, anneaux d’oreilles, bagues, etc., en plaques et en filigrane, ornés de perles ou de pierres, en corail, etc.; et toute sorte de petits ustensiles en bois et en os.

Les collections géologique et minéralogique, très-complètes, sont peut-être encore ce qu’il y a de plus intéressant dans cette exposition. Voici la province d’Alger avec ses minerais d’argent, de plomb, de zinc, de cuivre et de fer, et ses eaux minérales de toute nature et de toute température ; Constantine possède aussi l’argent, le cuivre, le fer, le plomb, et en outre le mercure, l’antimoine, le sel, le marbre blanc et l'albâtre; enfin Oran expose des échantillons d’onyx superbes, de marbre noir, d’ardoise, d’ocres variées et de minerais de fer. Il faut citer à part les échantillons de minerai de fer magnétique de Mokta-el-Hadid, et insister sur la beauté des marbres de Tilfilah, tirés d’anciennes carrières romaines heureusement remises en exploitation. Une pierre du tombeau de Boabdil, roi de Grenade, en albâtre, est placée à l’entrée du vestibule.

Les fourrures des fauves algériens forment aussi une collection intéressante, surtout si on la rapproche de celle des peaux travaillées de chèvre, de mouton,etc., et des échantillons de laines, de poils et de soies diverses. Nous signalerons en outre quelques animaux empaillés, pour finir avec le règne animal. Mais le règne végétal n’est pas moins richement représenté. Le coton, dont nous remarquons de beaux échantillons, le lin et l’alfa y représentent les textiles (on sait qu'en outre l’alfa se transforme couramment en papier); de nombreuses plantes tinctoriales viennent ensuite; puis les tabacs, la réglisse, les céréales, enfin une collection complète de toutes les essences de bois de l’Algérie. Il va sans dire qu’une véritable armée de légumes et de fruits indigènes défilent sous les yeux des visiteurs ; de même des escadrons de bouteilles remplies de vins, de liqueurs, d’huiles et d’essences. Une abondante variété de pâtes alimentaires complète, à ce que nous croyons, cette partie de l'exposition.

N’oublions pas toutefois les spécimens des travaux des écoles indigènes, et surtout une petite collection très-intéressante d’antiquités romaines, ainsi que la vitrine contenant d’anciens manuscrits arabes enluminés, sur parchemin : un véritable petit trésor. Ce rappel fait, il nous semble bien cette fois n’avoir rien oublié d'important.

Sous le porche du palais algérien, ou dans le voisinage, de beaux spécimens des races arabe et berbère ou kabyle, sous les apparences de spahis et de turcos, se promènent lentement ou méditent accroupis : c’est la garde du palais. Cette garde du palais algérien, dont nous avons annoncé l’arrivée en son temps, a sa tente à quelques pas de là, près du café maure. C’est une vraie tente africaine, en tissu épais de poil de chameau. Sous cet abri, les indigènes qui ne sont point de service méditent, fument, jouent ou causent sans se laisser distraire par les visiteurs qui n’ont pas besoin, de leur côté, d’hésiter à satisfaire leur curiosité : chez les Arabes et les Berbères, dans des circonstances données, l’hospitalité est entière et l’hôte n’est jamais indiscret.

©L'Exposition Universelle 1878