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Suède - Norvège


Suède - Norvège à l'exposition de Paris 1878

Architecte(s) : Thrap-Meyer

Parlons d’abord de la façade que la Suède et la Norvège ont établie à l’entrée de leur exposition, et qui n’est pas une des moindres curiosités de la rue des Nations.

MM. Clovis Lamarre et L. Gourgaigne, dans leur excellent ouvrage : Suède et Norvége et l'Exposition de 1878 (1), ont très-heureusement défini le caractère et le sens du bâtiment qui nous occupe. Nous leur empruntons leur description :
« La Suède et la Norvège ont construit dans la rue des Nations une façade qui peut servir de spécimen des vieilles constructions Scandinaves. Dans l’ordonnance générale domine le style byzantin ; mais ce n’est plus ici le style pur, tel que le révèlent les constructions civiles et religieuses, antérieures au XIIe siècle.

« L’empire byzantin a exercé, par sa politique et par ses actes, une grande influence sur les premiers siècles du moyen âge. Il est peu de pays où l’architecture ne se soit inspirée des traditions artistiques de Constantinople. La France, où le style gothique devait prendre un si merveilleux développement, possède de beaux spécimens d’architecture byzantine; à plus forte raison, cette influence s’est-elle exercée dans les pays voisins de l’empire d’Orient. Est-il besoin de rappeler les origines grecques de la Russie et de Moscou la Sainte?

« Est-ce par la Russie que le style byzantin a pénétré en Scandinavie? Le goût des arts de l’Orient a-t-il été rapporté dans le Nord par des soldats de la fameuse garde varangienne, revenus au pays natal? Nous ne saurions le dire. Constatons d’ailleurs que le style byzantin, ainsi colporté à travers l’Europe, par des artistes le plus souvent anonymes, n’a pas toujours conservé ses caractères originels. Chaque peuple l’a modifié tour à tour selon ses goûts, ses habitudes, ou les nécessités matérielles qui s’imposaient à lui.

« La construction de la rue des Nations est élevée sur piédestaux. ; on prévient ainsi les effets dangereux de l’humidité du sol. Au-dessus des piédestaux, jusqu’au premier étage, le bâtiment est formé de madriers du pays. Les assises sont à deux faces prismatiques, la partie saillante en haut. C’est une bonne précaution contre le glissement sur les joints et l’infiltration des eaux. La galerie du premier étage est ornée de frises avec feuilles et palmettes, qui entourent aussi les baies des fenêtres.

« Au rez-de-chaussée, au milieu de la construction, s’ouvre une porte qui donne accès dans les sections de la Suède et de la Norvège. Cette entrée se compose de deux colonnettes soutenant un auvent à forte saillie. Le motif est, gracieux et concorde bien avec l’ensemble. Adroite et à gauche de l’entrée s’élèvent deux escaliers en bois, conduisant au bureau des commissaires suédois et norvégiens.

« Aux deux extrémités du bâtiment se dressant deux pavillons. Le pavillon suédois se termine par un pignon pointu à deux versants. Le pavillon norvégien affecte, plus que le précédent, la forme d’un chalet. Entre les deux pavillons court une toiture de bois revêtue de planchettes découpées en forme d’ardoises.

« En somme, la façade de Suède et Norvège, très-justement admirée, fait grand honneur aux architectes qui ont dressé le plan et présidé à la construction. »

Si complète que soit cette description, nous ajouterons quelques détails. L’édifice est du style roman du XIIe siècle.

Les bois qui le composent ont été sculptés par des artistes du pays et ce sont des ouvriers du pays qui ont construit le chalet du Champ de Mars, dans lequel figure la tourelle de la maison de Gustave Wasa.

Le visiteur aura remarqué sans doute combien la forme cintrée prédomine dans l’architecture suédoise et norvégienne ; en voici la raison :
Quand la civilisation a pénétré dans la Scandinavie, quand l’art de construire y a pris naissance, les premiers constructeurs ont pris comme premiers types de leurs créations le cercle et le rectangle qui étaient la forme des premiers abris que l’homme trouva dans la nature.

La forme circulaire provient, pense-t-on, de l’abies excelsa, sous lequel les nomades et les voyageurs s’abritaient, et la forme rectangulaire de celle des cavernes qui abondent dans les rochers Scandinaves.

Enfin, M. Victor Meunier dit dans le Rappel : « La construction suédo-norvégienne est simple, mais elle a sa physionomie à elle. C’est bien un chalet, avec ses toits aux larges rebords projetant leur ombre sur son front, ses écailles en briques de bois couvrant la toiture et les soubassements, ses crêtes de bois déchiqueté hérissant les faîtes. Mais les larges arcades des fenêtres aux cintres surhaussés, leurs colonnettes aux chapiteaux massifs, les cordons d’ornement couvrant les murs, lui donnent une curieuse parure de vieille église romane, copiée en sapin. Des détails tout locaux, comme l’auvent à pignon aigu porté sur deux colonnettes qui abrite la porte, complètent l’aspect. Cela a une mine à la fois paysanne et archaïque, tout à fait caractéristique. On reconnaît la parenté des antiques églises de bois de Norvège, chalets croisés de basilique, dont la rusticité montagnarde s’affuble d’une héraldique toilette byzantine ou gothique et où il semble que le ranz des vaches doit répondre au plain-chant. »

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878