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Section Anglaise


Section Anglaise à l'exposition de Paris 1878

Architecte(s) : W.-H. Lascelles, R. Norman Shaw, Gilbert R. Redgrave, Doulton de Lambeth, Tarring et Wilkinson, Redgrave, William Cubitt et Cie, Colliuson et Lock, Collcutt

Les constructions séparées par des jardins dont la série constitue la façade typique de la section britannique, au Champ-de-Mars, sont au nombre de cinq.

La première, édifiée par M. W.-H. Lascelles, sur les dessins de M. R. Norman Shaw, reproduit, en imitation de brique rouge, une maison du temps de la reine Anne.

La deuxième, désignée sous le nom de pavillon du prince de Galles, a été bâtie sur les dessins de M. Gilbert R. Redgrave; c’est un spécimen très-réussi de l’architecture du temps d’Élisabeth, sur lequel nous nous proposons de revenir.

La troisième, à façade de brique rouge et terre cuite, destinée au service de la Commission, est l’œuvre de M. Doulton, de Lambeth, guidé par les dessins de MM. Tarring et Wilkinson.

La quatrième construction est peut-être la plus caractéristique de toutes.
C’est un cottage rustique, dans ce vieux style anglais encore si en faveur dans le Cheshire, dont la charpente en bois forme cadre à des panneaux de plâtre. Le dessin de ce cottage est dû à M. Redgrave, architecte delà Commission britannique, et il a été exécuté par les ouvriers même de MM. William Cubitt et Cie, appelés exprès â Paris. Nous donnons aujourd’hui le dessin de cette remarquable construction.

Enfin la cinquième et dernière de la série représente un spécimen de l’architecture du temps de Guillaume et Marie. Elle a été construite par MM. Colliuson et Lock, sur les dessins de M. Collcutt.

EN DETAILS:

La première maison qui s’offre à notre vue vous représente une habitation bourgeoise pour la campagne ou la province.
Le constructeur de cette maison est, M. Lascelles ; l’architecte M. Norman Shaw. Son système présente le grand avantage d’être très-économique ; on peut avoir une maison pour quelques milliers de francs.

Construite dans un style très-charmant et surtout très-aimé des anglais, le style du temps de la reine Anne ; elle a trois étages, vastes, spacieux, aérés, et meublés suivant la façon de l’époque, par MM. Jackson et Araham.

Le rez-de-chaussée sert d’antichambre ou plutôt de salle d’attente ; c’est là que le visiteur se débarrasse de son manteau et séjourne en attendant qu’on le reçoive.

La pièce est large, on y respire, on y peut faire une véritable promenade; la fenêtre, placée à un mètre d’élévation à peu près, est large, mais peu haute ; elle répand dans la pièce un jour honnête et très-discret ; elle éclaire la vie de famille, elle ne la divulgue pas.

Au premier étage, se trouve le salon ; au second les chambres à coucher, au troisième les chambres de domestiques. La cuisine, que nous avions oublié de mentionner, se trouve naturellement au rez-de-chaussée, à droite de l’antichambre.

Les meubles ont moins entièrement que la maison le style de l’époque ; mais ils en sont l’imitation presque exacte.

Meubles, fauteuils, sièges, lits, tout cela est large, solide, confortable ; tout cela est fait de ces solides bois anglais si justement renommés et, détail à noter, tous les meubles sont massifs, il n’y a pas de plaqué. Ouvrez les secrétaires, les tiroirs vont et viennent avec une étonnante facilité ; le bois dont ils sont faits né joue pas.

Tous les ornements sont en cuivre ouvragé.

Dans cette maison, nous avons remarqué, entre autres curiosités, une magnifique cheminée de l’époque, que nous allons vous décrire.

La plate-forme de la cheminée est à peu près à hauteur d’homme, comme la boiserie qui fait le tour de la pièce.

Au-dessus de cette plate-forme, est établie une sorte d’étagère à deux étages, mais une étagère comme vous n’en avez jamais vue en France ; le premier rang, celui qui se trouve immédiatement sur le dessus de la cheminée," présente trois petites glaces formant cadres devant lesquelles on pose des vases, services à thé, etc.; le second rang, lui, est orné de la même façon, mais avec cette différence que la glace qui le décore est d’un seul morceau et occupe toute sa largeur.

Ce genre d’ornementations superposées se rencontre, du reste, assez souvent, et quelquefois d’une façon bien plus compliquée, dans les meubles de l’époque, surtout dans les meubles à usage de bureau.

Cette maison sert pour les conférences de la Commission royale Britannique.


LE PAVILLON DE SON ALTESSE LE PRINCE DE GALLES.

La forme extérieure de ce pavillon n’a rien qui séduise beaucoup l’œil ni l’esprit.

Un modeste portique en figure l’entrée; il est flanqué, de chaque côté, de deux fenêtres grillées, entre lesquelles on remarque des niches pour recevoir des statues ; le premier et unique étage répète la conception architecturale du rez-de-chaussée, avec cette différence que le portique qui encadre la fenêtre du milieu est surmonté d’un chapiteau massif assez semblable au couronnement des arcs de triomphe et sur lequel flotte le drapeau britannique. Les deux fenêtres du premier étage, absolument pareilles à celles du rez-de-chaussée, au-dessus desquelles elles sont mathématiquement placées, sont surmontées d’espèces de petits dômes dont on a quelque peine à reconnaître la nationalité.

Au rez-de-chaussée, l’espace libre entre les petits pilastres de pierre est rempli par des briques rouges dont les interstices sont scellés avec du plâtre ; l’effet n’est pas vilain, mais il est ordinaire ; au premier étage, où il n’y a plus de pierre de taille, toute la maçonnerie se compose de ces briques rouges; pour en rompre la monotonie, on a eu recours à des sortes de losanges en briques noires qui tranchent un peu sur le rouge sans atteindre complètement le résultat cherché.

Pénétrons à l’intérieur, quelle différence et quelle révélation ! On comprend que l’architecte, en homme pratique, a résolument sacrifié la forme au fond, l’apparence au confortable; en effet, la disposition des lieux est parfaitement combinée pour la commodité de ceux qui doivent l’habiter ; l’aménagement est admirablement conçu à tous les points de vue.

On remarquera d’abord la largeur et la hauteur de ce rez-de-chaussée; l’espace n’y a été épargné dans aucune de ces deux dimensions, ce qui démontre le grand sentiment de l’hygiène que possèdent les architectes anglais.

L’architecte, — M. Redgrave, n’oublions pas de le nommer, s’est aussi préoccupé de la question de la lumière. Il n’a pas voulu un grand jour, il n’a pas voulu non plus un demi-jour. Il a donc éclairé son rez-de-chaussée par en haut. Le plafond de chaque pièce de ce charmant pavillon est remplacé par un vitrage. Ce vitrage est coloré de façon à donner à chacune des pièces qu’il éclaire le degré de lumière qui lui convient.

On s’en rend facilement compte au cours d’une visite attentive.

La forme de ce pavillon est un rectangle très-peu allongé, presque un carré; ce rectangle est coupé dans sa longueur et dans sa largeur en trois parties inégales ; il comprend donc neuf pièces.
Le vestibule est décoré sévèrement; les boiseries sont hautes, les peintures sont vert foncé ; au mur, de chaque côté de la porte des appartements, un bouclier argenté ; à droite, l’escalier qui conduit à l’étage supérieur ; à gauche, une grande salle pour les gens de service. Le sol est orné d’une mosaïque simple et sévère.

En face de nous, une grande salle : c’est la salle à manger.

Le vitrage est assez clair, ses dessins violets, assez rares et espacés, diffusent peu la lumière qui tombe d’aplomb sur la vaste table chargée d’un magnifique service-or.

Les murailles sont garnies de hautes boiseries, au-dessus desquelles ont été.tendues de riches tapisseries anglaises, représentant les principales scènes des Joyeuses commères de Windsor et provenant de la manufacture royale de cette ville.

On marche sur un épais tapis à dessin riche, sur fond bleu, sobrement coloré.

Les meubles sont recouverts de velours vert, de velours qui ressemble au velours d’Utrecht.

Derrière la table, une vaste cheminée, dans le style de celle que nous avons décrite plus haut ; au-dessus de cette cheminée, le portrait de la reine d’Angleterre.

Sur d’élégants buffets, placés aux deux côtés de la porte, ce ne sont qu’aiguières, vases précieux, services qui constituent des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie.

Deux pièces donnent sur la salle à manger, l’une à droite, l’autre à gauche.

Celle de gauche est le fumoir du prince de Galles ; celle de droite est le boudoir de la princesse, un bijou, quelque chose de féerique.

En arrière de ces deux pièces, attenant l’un au fumoir et l’autre au boudoir, se trouvent deux cabinets de toilette ; un couloir qui passe derrière la salle à manger sert de communication entre eux.

Le fumoir du prince est meublé avec un goût admirable. La lumière qu’il reçoit rit douce et favorable au repos comme au travail. La boiserie est haute, la tenture murale se compose de grands panneaux de velours verts. En haut, une bordure très-riche fait le tour de l’appartement ; elle représente des chinoiseries sur fond or.

Ce genre de chinoiseries est fort curieux ; nous le retrouvons sur un paravent qui est à l’entrée du fumoir ; le fond est or, le dessin est en soie de couleurs ; cela représente des vases de fleurs et des plantes grimpantes avec des oiseaux.

Devant la cheminée, un bureau, en face duquel vous voyez appendus au mur d’un côté le portrait du prince, et de l’autre celui de la princesse de Galles ; tous deux sont peints sur porcelaine et extrêmement réussis.

Un autre petit bureau, — bureau de travail, — se trouve du côté opposé à la cheminée ; l’encrier est en or, ainsi que les chandeliers.

A droite de la cheminée, un petit canapé fond gris uni.

Il y a beaucoup d’objets d’art dans cette pièce, mais cependant on a réussi à éviter l’encombrement.

Le fumoir se ferme au moyen d’une tenture de velours grenat, que retiennent des embrasses formées de petits losanges dorés.

Derrière le fumoir, le cabinet de toilette du prince.

Dans un petit cabinet, dont les murs sont peints en vert tendre, se trouve un élégant lavabo, orné de sujets aquatiques peints sur porcelaine ; il se ferme au moyen de tentures bleues ; à côté une petite pièce pour changer de costume, puis le passage de communication dont nous avons parlé, et nous voici chez Sa Gracieuse Altesse la princesse de Galles.

Le lavabo et le cabinet de toilette diffèrent peu de celui du prince. Naturellement, il n’en est pas de même du boudoir.

Ce boudoir est absolument délicieux.

Les murs ont pour tentures de grands panneaux bleus ; tout l’ameublement d’ailleurs est bleu.

A côté d’une délicieuse petite table à ouvrage, un écran semblable comme ornementation à celui que nous avons remarqué chez le prince, mais sur fond bleu ; en face de la table, un petit bureau de dame.

Ailleurs, des meubles en bois de rose, un fauteuil, un canapé, quelques chaises, et c’est tout.

Dans le fond du boudoir, une grotte artificielle avec fontaine jaillissante, animaux aquatiques, herbes marines, etc. Elle est tapissée de glaces disposées de façon à présenter l’apparence d’une grande profondeur et à produire de beaux effets de réflexion.

Ce boudoir est, nous le répétons, un véritable bijou de goût et de délicatesse ; il se ferme au moyen d’une sorte de voûte, drapée de portières provenant de l’École royale des travaux d’art à l’aiguille.


LES AUTRES FAÇADES.

La première façade que nous remarquons après le pavillon princier, c’est la maison en terre cuite et en poterie construite par MM. Doultœn et Cie, et décorée intérieurement par MM. Shoolbred et Cie.

Aussi est-elle toute rouge du bas jusqu’en haut, à part une demi-douzaine de médaillons émaillés qui en rompent la monotonie.

Sa façade est très-élégante, et il est indéniable qu’elle charme tout le monde, mais il paraît assez difficile de dire, au point de vue architectural, à quelle époque ni à quel genre elle se rattache. Il y a de tout, en effet, sur cette façade ; il semble même que l’auteur se soit passablement inspiré du genre mauresque.

La maison a deux étages.Le rez-de-chaussée se compose de deux fenêtres à ogive coupée reposant sur des colonnettes,dont les chapiteaux sont faits de feuilles d’acanthe.

L’étage supérieur comprend trois fenêtres également à ogives, ornées d’innombrables colonnettes dont les chapiteaux font fouillis. Une balustrade à jour, et qui ferait croire à l’existence d’une terrasse, achève le couronnement du petit édifice.

L’intérieur est garni par les soins d'un exposant de meubles style Reine-Anne. Vous voyez que nous rencontrons ce style partout. Il est, nous le répétons, très-choyé en Angleterre, il le doit sans doute à son élégance, ainsi qu’à la commodité qu’il comporte.

La quatrième a pour constructeurs MM. William Cubitt et Cie, dont c’est le début comme exposants ; on la désigne ordinairement comme le pavillon du Canada, parce qu’elle est affectée aux réunions des membres de la Commission de cette possession anglaise, et a été en outre décorée et meublée par les soins d’exposants canadiens.

La cinquième enfin, construite dans le style anglo-hollandais du temps de Guillaume et Marie, a été décorée dans le même style par MM. Collinson et fils.

Cette façade est absolument différente de la précédente ; d’abord elle est toute blanche, ensuite elle a, quoique bien simple, l’avantage de représenter une époque définie, celle d’Elisabeth.
Elle n’a que deux étages, un rez-de-chaussée et un premier ; elle occupe très-peu de terrain, mais comme le terrain a été bien utilisé ! Le premier étage surplombe considérablement ; il est soutenu par quatre colonnettes en bois tourné, qui forment une sorte de péristyle extérieur devant le rez-de-chaussée. La salle est naturellement un peu sombre, mais, si vous montez au premier, quel spectacle s’offre à vous !

Vous trouvez, meublé dans un beau style, un vaste salon dont la façade se compose uniquement de châssis vitrés. La lumière pénètre ainsi à flots dans le salon et de votre fauteuil vous pourriez découvrir le paysage à plusieurs lieues à la ronde.

Attenante au salon, est une pièce assez grande et servant de chambre à coucher. Egalement en pleine lumière, elle e§t munie de tout le confortable et de toute l’élégance imaginables.

Le jour où nous l’avons visitée, elle contenait un lit à parade en fer, avec montants en cuivre doré. Parmi les objets de literie, nous avons remarqué une couverture de lit en soie ornementée qui valait 1,500 francs.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878