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Colonies Portugaises



L’exposition des colonies portugaises, qui se trouve dans le pavillon de l’avenue de Suffren, est intéressante à visiter. Les colonies que le Portugal possède aujourd’hui sont les derniers débris de la grande puissance d’autrefois. Ce petit peuple, si intelligent, si actif, si intrépide, peut dire qu’à une certaine époque, il a presque tenu le monde dans sa main.

Passons rapidement en revue cette exposition.

A droite et à gauche de la porte d’entrée du pavillon, deux farouches Indiens, la lance en main, regardent les visiteurs d’un œil terrible : on se rassure en constatant que ces descendants du Zamorin sont des mannequins de bois parfaitement inoffensifs.

Dans des vitrines, on trouve de très-curieuses collections de monnaies indiennes, des bois et des ivoires travaillés avec un soin exquis. Le panneau central, au fond du pavillon, est décoré d’une panoplie disposée en soleil, et qu’on a formée de piques, de lances, de flèches, de haches, de kriss, de poignards et d’armes de toute espèce.

L’ensemble des colonies que le Portugal possède actuellement présente une superficie totale de 1,918,778 kilomètres. Elles sont placées chacune sous l’autorité directe d’un gouverneur général, cumulant les fonctions civiles et militaires.

Les îles du Cap-Vert sont d’une fertilité étonnante. On y récolte en abondance le lichen et l’indigo. On y trouve en quantité les cocotiers; dattiers, pignons d’Inde, dragoniers, tamarins; elles produisent aussi le séné, le manioc', le coton, les bananes, les oranges, les citrons et un vin qui égale en qualité celui de Ténériffe.

Dans la Guinée portugaise, le caoutchouc est la culture qui domine.

La colonie de Saint-Thomas produit un excellent café, le manioc et le cacao. La cannelle croît naturellement partout, et on y récolte le poivre d’Inde et le gingembre doré. Les principaux arbres.fruitiers sont le manglier, le cocotier, le palmier, l’acajou, le bananier et l’oranger.

La colonie d’Angola, une des plus importantes des possessions portugaises, compte près de 430,000 habitants. Ses exportations atteignent un chiffre élevé et consistent principalement en coton, huile .de palme, caoutchouc, café, cire, ivoire, gomme-copal, etc.

La colonie de Mozambique fait à peu près le même commerce, mais dans des conditions moindres.

Le territoire portugais de Macao fait partie de f ile Hiang-Chan, au sud-est de l’empire chinois, à l’embouchure du fleuve de Canton. Il a 4 kilomètres carrés de superficie et compte une population de 71,000 âmes, composée pour la majeure partie de Chinois et pour le surplus de Maures, de Parsis et de chrétiens.

Quant à File de Madère, qui est assez proche de la métropole et qui fut la première découverte des Portugais, elle est située dans l’Atlantique, à 690 kilomètres de la côte occidentale d’Afrique, que délimite le mont Atlas. Sa population est d’environ 13,000 habitants.

Vue pour la première fois en 1334 par un Anglais, Robert Macham, l’île ne fut réellement découverte qu’en 1419 par le Portugais Joao Gonçalvez Largo. Ce n’était alors qu’une immense forêt, d’où son nom (madeira en portugais veut dire bois). On y mit le feu,v et la tradition veut que l’incendie ait duré sept ans. Le climat de Madère est un des plus tempérés du globe. Aussi l’île produit-elle des vins célèbres dans le monde entier.

La manière de pressurer le vin est toute primitive à Madère. Les grappes sont jetées dans de grands pressoirs et foulées aux pieds de façon à en extraire tout le jus quelles, renferment.

Les vins qu’on récolte sur les versants nord et ouest de l’île arrivent le plus souvent à Funchal, la capitale. Comme il n’y a pas de môle au port, les bateaux restent ancrés au large, à proximité de la [côte. Les fûts sont lancés par-dessus bord et à chaque fois un homme de l’équipage se jette à l’eau, et s’appuyant des deux mains sur un tonneau, le pousse au rivage. Cette manutention élémentaire, dont les procédés rappellent les descriptions virgiliennes, ne me déplaît pas. Il y a quelques années, elle se pratiquait encore à Menton où l’on déchargeait ainsi un navire près du rivage. Le bleu profond de la mer, tacheté çà et là par les fûts jetés par-dessus bord ; le va-et-vient des matelots bronzés, vêtus de guenilles aux couleurs voyantes, plongeant dans le flot et chantant une mélodie traînante, avec une poésie plus grande que la veste de velours des facteurs attendant les steamers anglais de Douvres ou de Calais. C’était un tableau à la Léopold Robert que le soleil v éclairait de ses plus beaux rayons, comme pour lui donner plus de saveur et de couleur locale.

Le moût du raisin, à Madère, versé dans des outres de peau de chèvre ou de mouton, est porté à dos d’hommes par des portefaix
d’une force herculéenne qu’on appelle borracheiros.

En 1876, l’île a exporté 87,644 décalitres de vin représentant près de 2,500,000 francs.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878