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Portugal


Portugal à l'exposition de Paris 1878

Architecte(s) : L. Pascal

Rien de plus charmant, rien de plus ravissant que la façade portugaise. Comme l’a dit M. Pelletan, dans le Rappel, « il faut admirer à loisir cette merveille, encore toute fleurie du printemps de l’art portugais qui, à la fin du moyen âge et au commencement de la renaissance, couvrit les monuments d’une si exubérante végétation de ciselure.

« C’était l’époque des grandes expéditions, des épopées maritimes, où l’on voyait affluer à Lisbonne les richesses fabuleuses de l’Inde et du Brésil, découverts par les audacieux qui ont précédé ou suivi Christophe Colomb sur les océans inconnus.

« Un art tout national est né à cette époque, touffu comme la nature des terres nouvelles, glorieux comme les aventures qu’il célébrait, somptueux comme les trésors inépuisables dont les vaisseaux revenaient chargés.

« C’étaient comme des Lusiades de pierre, célébrant les conquêtes fantastiques et les espérances infinies de cet illustre petit pays, qui se partageait le globe par moitié avec l’Espagne !

« Tels furent le couvent de Bélem, élevé en commémoration du voyage de Vasco de Gama, et qui, le premier, apparaissait aux navires de retour dans leur patrie. »

Ajoutons quelques détails plus explicatifs sur cette façade.

Le portail n’est autre chose que celui du couvent des hiéronymites de Bélem, qui fut construit sous le règne d’Emmanuel, le fortuné, au commencement du XVIe siècle.

On sait que l’abbaye de Bélem (Bethléem,) fut détruite par le fameux tremblement de terre de Lisbonne.

C’est la porte de l’église de cette abbaye que M. Pascal, architecte de la Bibliothèque nationale et l’un des auteurs du monument d’Henri Régnault, a, dit notre confrère du XIXe siècle, prise pour type de la façade du Portugal sur la rue des Nations. Bien que cet artiste ait dû supprimer toute la partie haute de la porte de l’abbaye et, diminuant l’échelle de l’ensemble, ait été forcé de faire rentrer le reste du monument dans les dimensions qui lui étaient accordées, cette façade est peut-être, avec celle de la Belgique, la plus intéressante à étudier et celle qui attire le plus l’attention du public et des artistes.

La figure du milieu est l’infant don Henrique, qui, à Bélem, figure à la même place ; mais les saints qui, là-bas, figurent dans les niches, ont été remplacés par un choix de grands hommes portugais, exécutés par une série de tours de force de rapidité par MM. Watunelle et Germain, qui ont reproduit en quelques mois les sculptures innombrables de cette ornementation surabondante. Beaucoup de personnes croient que cette porte n’est qu’un moulage ; pas du tout, M. Pascal a fait une reproduction, grâce aux dessins nombreux rapportés par lui lors d’un récent voyage en Portugal, grâce aux photographies qu’il a pu se procurer et aux quelques estampes que les commissaires de la section portugaise et l’Académie des beaux-arts de Lisbonne lui ont envoyées.


Sans vouloir revenir sur la description que nous avons donnée de cette dernière façade, nous devons la compléter par quelques détails expliquant l’incohérence de style qui frappe dans cette construction d’ailleurs si intéressante.

Le motif de la première arcade est emprunté au cloître de Belem, ancien couvent de hiéronymites, aujourd’hui asile d’enfants trouvés, commencé en 1500 et présentant lui-même un assemblage des styles mauresque, gothique et Renaissance.

La deuxième reproduit un motif du grand cloître du couvent des Dominicains de Batalha, fondé par Jean Ier et destiné à la sépulture des rois de Portugal, lequel fut commencé en 1388. Le reste est presque œuvre d’imagination, inspirée de divers motifs d’architecture portugaise empruntés un peu partout.

La construction est en plâtre sur pans de bois, et les ornements en carton-pierre.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878