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Italie


Italie à l'exposition de Paris 1878

Architecte(s) : M. le commandeur Basile

La façade italienne est délicieuse. On ne peut pas dire qu’elle soit plus ou moins remarquable que ses voisines ; elle est elle-même, son originalité fait son charme et elle a le mérite de résumer parfaitement le génie italien, avec son goût naturel, sa connaissance unie de l’harmonie en matière de couleur aussi bien qu’en matière de musique.

On ne peut que féliciter la Commission italienne du beau résultat obtenu par elle ; il faut aussi remercier Son Altesse le duc d’Aoste, qui a présidé avec tant de vigilance à l’installation de cette remarquable partie de l’Exposition.

Il est juste de donner ici quelques détails sur ce prince aimable et intelligent.

Amédée-Ferdinand-Marie, duc d’Aoste, ex-roi d’Espagne, est le second fils du feu roi d’Italie Victor-Emmanuel II et le frère du roi actuel, Humbert Ier. Il est né le 30 mai 1843.

Le prince Amédée était vice-amiral commandant l’escadre d’évolutions de la marine italienne lorsque don Juan Prim vint lui offrir la couronne d’Espagne.

On sait comment, après être monté sur le trône le 30 décembre 1870, ce prince en descendit volontairement le 11 février 1873 avec une dignité à laquelle ceux-là même qui n’étaient pas ses partisans furent les premiers à rendre hommage.

Revenu en Italie, il retrouva les sympathies de ses compatriotes qui n’avaient pu le voir partir sans regrets.

L’Exposition universelle de 1878 lui fournit l’occasion d’être utile à son^pays et il accepta avec plaisir les fonctions de président de la Commission italienne.

Revenons à la façade.

Une grande arcade, flanquée de deux plus petites à droite et à gauche, supporte une coupole majestueuse et coquette à la fois ; aux angles de la balustrade supérieure, des génies déploient leurs ailes. Auteur, le sculpteur Monteverde, qui vient de recevoir la médaille d’honneur.

Les pilastres des arcades sont en pierre blanche et les colonnes imitent le marbre cipolin.

Cette façade est un type très-exact de l’art italien au XIVe siècle.

Enfin des fresques en grisaille figurent dans l’intervalle des cintres.

Pour donner un fond à tout cet amas de couleurs diverses, mais harmonisées, on a tendu sous les arcades des rideaux rouges qui complètent l’effet qu’on a voulu obtenir.

Le visiteur qui pénètre dans l’exposition italienne par la façade rencontre d’abord une galerie qui occupe toute la largeur du monument et qui est ornée de plantes et d’arbustes.

Au-dessus de la porte d’entrée, le portrait du roi Victor-Emmanuel, en grande tenue, coiffé du casque à panache blanc.

A droite et à gauche, le portrait du roi Humbert et celui de la reine ; ce dernier est peut-être plus réussi que celui que nous avons remarqué dans la classe des beaux-arts.

Parmi les statues, — nous ne parlerons que pour mémoire des bustes insignifiants de Garibaldi et de Mazzini, — il en est devant lesquelles on est forcé de s’arrêter, d’abord, le petit mendiant, qui tend si joliment sa sébile, qui a l’air si vivant qu’on a envie de lui donner; à côté, un motif amusant: un jeune homme tient de la main droite par la peau du cou un chat et de la main gauche une souris. Dépeindre la physionomie du chat est , chose impossible.

Un autre motif très-joli aussi, c’est un petit enfant qui s’est fait mal en essayant de raccommoder son sabre de bois. Il voulait clouer un morceau de bois représentant la garde de l’arme ; il s’est donc armé d’un marteau et d’un clou. Malheureusement, au lieu de taper sur le clou, le petit maladroit a tapé sur son doigt ; aussi, il faut voir sa mine piteuse.

En entrant dans l’exposition, on trouve à sa droite une œuvre remarquable ; c’est Mozart mourant ; le grand compositeur est _ étendu dans un fauteuil, la tête renversée sur l’oreiller, un cahier de musique à la main.

A l’entrée de la grande galerie, notons en passant un sujet aquatique délicieux.

Deux petits enfants, le grand frère et la petite sœur, se tiennent serrés l’un contre l’autre sous un parapluie ; car il pleut, il pleut très-fort... de l’eau, de la vraie eau qui coule sur le parapluie et tombe aux pieds des enfants. C'est un jeu d’eau on ne peut plus réussi. Auteur, M. Andréa Boni.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878