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Tunisie


Tunisie à l'exposition de Paris 1878

Le pavillon du bey de Tunis est une construction carrée fort simple extérieurement et se composant intérieurement d’un vestibule donnant accès dans une salle centrale, ou à peu près, ayant au milieu un petit bassin avec jet d’eau; les murailles sont recouvertes d’une sorte de mastic brillant offrant un dessin mauresque aux couleurs vives et variées, simulant la mosaïque. La voûte de cette salle, comme celles des autres, d’ailleurs, à dentelures multicolores, est formée non pas précisément d’arcs, même outre-passés, mais de deux lignes droites dont les bases reposent sur le chapiteau de minces colonnettes, et qui se rencontrent à leur extrémité supérieure, formant un angle au-dessus duquel règne une frise peinte : c'est l’architecture arabe dans ses traits caractéristiques, tels qu'ils se sont modifiés dans l’Afrique occidentale. L’aspect de cette salle est très-gai, s’il ne satisfait pas entièrement le dilettante en fait d’art.

Une portière se soulève au fond pour donner accès dans un salon charmant. Ce salon est de forme oblongue; le plafond est en mosaïque du pays, d’un dessin très-riche et très-artistique; il est éclairé par des fenêtres étroites, découpées en fer à cheval, et garnies de vitraux de couleur; les murailles sont tendues d’étoffe de soie brodée de soie et d’or, les portières en tapisseries et les tapis sont de fabrication tunisienne.

De chaque côté s'ouvre une espèce d'alcôve garnie de divans, avec de riches tentures d’étoffe de poil de chameau. Au milieu, divers petits meubles, guéridons en laque et marqueterie de nacre chargés d’aiguières, de narghilés, et du brasero indispensable au fumeur arabe, turc, berbère ou flamand, et, chez l’un comme chez l’autre en cuivre repoussé, quelquefois gravé, comme c’est ici le cas; les autres meubles sont en général des diminutifs du premier, ce sont proprement de petites tables qu’on serait plus disposé à prendre pour des sièges, des coffres et autres choses semblables. Ajoutons à cela les étagères chargées de poteries magnifiques, et les râteliers d’armes damasquinées, incrustées d’or ou d’argent et ornées de pierres précieuses, et nous serons bien près d’avoir tout vu.

Ceci prouve une fois de plus combien le proverbe a raison qui prévient de ne pas s’en tenir aux apparences. Mais, en dépit de tout, la copie du Bardo, exhibée en 1867, et maintenant occupée par le personnel et les instruments de l’observatoire de Montsouris, faisait meilleure figure que le pavillon tunisien de 1878; il donnait une idée plus grande et peut-être plus vraie de l’architecture nationale, s’il ne donnait pas des mœurs l’idée que ses mercanti ont évidemment mission de populariser : je préfère pourtant encore à ceux-ci les cavaliers touaregs de 1867.

©L'Exposition Universelle 1878