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Perse


Perse à l'exposition de Paris 1878

L’attrait de la maison persane surtout est irrésistible, et la foule la prendrait sûrement d’assaut, au risque imminent de la faire crouler sous son poids, si on ne prenait la précaution de n’y laisser pénétrer qu’un petit nombre de personnes à tour de rôle.

La maison persane, modèle réduit d’une maison bourgeoise de Téhéran, est de forme carrée, d’une grande sobriété d’ornements extérieurs, peinte en vert avec bordures d’or. Elle est percée tout autour de nombreuses fenêtres surmontées d’œils de bœuf. Le portique de l’entrée principale se compose d’un péristyle à colonnes de pierres blanches dont les moulures du chapiteau sont rehaussées d’or. Au premier étage, loggia ornée de colonnes semblables et d’une balustrade en bois, sculptée par des artistes persans, et venue telle quelle de la Perse. Au fronton est sculpté le lion national. Le soubassement de la façade est décoré de faïence persane éclatante.

On pénètre d’abord dans un grand vestibule conduisant à un salon de repos meublé principalement de divans orientaux, et au centre duquel il existe un bassin d’où un jet d’eau s’élève, rafraîchissant l’air de cette pièce délicieuse, laquelle communique avec un petit salon de réunion. Jusqu’à hauteur d’appui, les parois de ce salon de repos et de méditation par excellence sont couvertes de tuiles émaillées aux couleurs vives ; le reste des murs, ainsi que le plafond, est décoré de peintures aux tons doux, où l’œil aussi se repose. On arrive au premier étage par un escalier étroit, suivant la mode persane. A l’entrée, salon d’attente décoré de faïences, donnant accès dans le déjà fameux salon des glaces. C’est une pièce de moyenne étendue, légèrement voûtée ; la décoration céramique du soubassement est la seule exception à la profusion de glaces qui couvre les parois de cette pièce étrange : la voûte, à elle seule, est recouverte de plus d’un million de fragments de glace enchâssés les uns dans les autres, disposés avec une bizarrerie apparente, mais de manière à produire toutes les variétés imaginables du phénomène de la réflexion; et l’effet est d’autant plus féerique que les fenêtre^ ont des vitraux colorés. Cinq lustres, entièrement faits de glace aussi, pendent de la voûte; et L'on peut se faire une idée de l’étourdissant feu d’artifice que présente cette pièce, la nuit tombée, lorsqu’on a allumé les cinq lustres en question.

C’est peut-être un peu éblouissant pour des yeux plus habitués aux brumes discrètes de l’Occident, et sans doute on n’y tiendrait pas longtemps et l’on ne tarderait guère à rechercher avidement une aimable et moins tapageuse retraite : on la trouverait là, tout à côté, dans un salon simplement décoré de peintures peu éclatantes, meublé avec un luxe discret et caractéristique. — Mais la vérité est que le visiteur passe à côté presque avec indifférence, comme il a traversé les pièces du rez-de-chaussée, tandis que le merveilleux salon des glaces le subjugue absolument.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878