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Chine


Chine à l'exposition de Paris 1878

Entre le Japon et l’Espagne, la Chine élève sa façade caractéristique, bien caractéristique en vérité, si elle n’a que ce mérite, avec ses angles relevés vers le ciel: les toits en Chine suivent l’exemple des paupières, et je ne serais point étonné qu’il en fût de même partout où l’on obéit à son propre génie.

La façade chinoise représente une construction carrée, aux murs couleur d’ardoise décorés de losanges et d’octogones tracés en blanc. Deux baies fermées d’un châssis en bois artistement découpé, de couleur blanc azuré, sont percées dans ce mur de chaque côté d’une porte massive rouge vif, bizarrement décorée de saillies cylindriques de même couleur, dont le centre est orné de pièces de monnaie d’or percées d’un trou carré. Cette porte est surmontée d’un écusson portant une inscription chinoise en caractères dorés, gardé par deux guerriers indigènes en bois peint, sculptés avec un art infini et armés jusqu’aux dents. Au-dessus, un couronnement en bois noir découpé, formant un double toit aux angles retroussés comme il convient.

M. Camille Pelletan a décrit cette façade avec enthousiasme :
« L’exposition chinoise s’ouvre de la façon la plus intéressante par une façade reproduisant, dit-on, un morceau d’une des quatre enceintes de Pékin. Cela forme un gros mur sur lequel est peint une sorte de carrelage couleur d’ardoise. Le mur est percé de fenêtres en treillage découpé d’un gris bleu, et d’une haute porte dont les battants, d’une charpente formidable, armée de bouts de poutres rondes, sont peints en rouge sanglant. Au-dessus de la baie, se penchent assez bizarrement des groupes de poupées dorées, représentant des soldats, et deux formidables dragons ailés, onglés, hérissés, tenant dans leur gueule, l’un un sabre, l’autre un étendard. Une bande d’ornements chimériques court au haut du mur. Un clocheton étageant au-dessus les uns des autres ses toits aux bords retroussés, couronne la construction et complète sa physionomie.

« Un pan de mur, entièrement tapissé de nattes où se dessinent en couleur des caractères chinois, sépare la façade du Céleste Empire de celle du Japon, qui n’est pas moins intéressante. L’entrée, qui s’ouvre sous un léger auvent de bois, est précédée d’une barrière de charpente massive ; sur le mur sont peints, dans des cadres de cette ornementation exquise dont le Japon possède le secret, une carte du pays et un plan de Tokio, la capitale. Un jardinet ravissant, entouré de treillages en bambou, orné de deux beaux vases bleus, rafraîchi par deux fontaines de porcelaine en forme de fleur, versant dans une vasque verte des filets d’eau par tous les pétales de sa corolle, égaye la façade de sa végétation.

« Ainsi nous apparaît, dans le pêle-mêle tumultueux de toutes les architectures, ce monde encore nouveau de l’extrême Orient, et qui exerce sur tous les visiteurs de l’Exposition une attraction si irrésistible. »

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878