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Exposition de la Compagnie d'Eclairage et de Chauffage par le Gaz



l’exposition de la compagnie parisienne d’éclairage et de chauffage par le gaz.

A peu de distance du pavillon du Creusot, à côté de celui où le ministère des travaux publics avait logé son intéressante exposition, on remarquait un élégant chalet à la toiture dentelée ; c’était là que se trouvaient exposés les appareils de la Compagnie parisienne d’éclairage et de chauffage par le gaz.

Le lecteur nous saura gré de consacrer quelques lignes à cette grande compagnie qui constitue chez nous, en quelque sorte, une entreprise nationale et dont l’organisation si parfaite et si accomplie sert de modèle non pas seulement en France, mais encore à l’étranger.

Parlons d’abord du gaz lui-même.

Peu de personnes connaissent le nom de son inventeur.

L’homme qui, le premier, découvrit l’emploi du gaz et son application, s’appelait Philippe Lebon, et ce fut en 1799 qu’il prit un brevet pour s’assurer la propriété de son invention.

Peu de temps après, Philippe Lebon entrevoyait la possibilité d’utiliser le gaz comme force motrice.

Aujourd’hui, le problème est résolu, grâce à la machine Lenoir qui fit son apparition en 1860 et qui, jusqu’à présent, a été trouvée parfaitement suffisante.

La Compagnie Parisienne s’occupe néanmoins de l’étude d’une nouvelle machine à gaz, récemment imaginée par M. Otto, qui semble résoudre d’une manière plus satisfaisante encore et plus générale que les précédentes, le problème de l’application du gaz d’éclairage à la production de la force motrice.

Cette machine réunit, en effet, les avantages de la machine Lenoir et de la machine Langen et Otto, sans en avoir les inconvénients : forme bien appropriée aux installations restreintes, suppression de l’électricité, marche silencieuse, réduction de la consommation de gaz. Nous la croyons appelée à un véritable succès.
Deux spécimens de ces machines ont fonctionné à l’Exposition : l’une dans le pavillon spécial de la Compagnie, l’autre dans l’intérieur du palais du Champ de Mars.

Comme l’a très justement écrit, dans une de ses intéressantes notices, M. Camus, l’actif et éminent directeur de la Compagnie, la construction des machines à gaz offrait des difficultés particulières. Le temps qui s’est écoulé entre les premiers essais et la construction d’une machine réellement pratique, donne la mesure des efforts qu’il a fallu faire pour atteindre le but que Philippe Lebon avait en vue.

Mais, entre la réalisation d’une invention et son exploitation industrielle, la distance est souvent très grande. En 1863, la machine Lenoir allait tomber dans l’oubli. L’élévation de son prix de revient décourageait les constructeurs, qui ne trouvaient pas dans des prix de vente, même excessifs, la rémunération de leur travail. La Compagnie Parisienne qui fournit le gaz nécessaire aux machines à gaz fonctionnant dans son périmètre, eut la pensée de se contenter du bénéfice réalisé sur le gaz ainsi consommé et de fabriquer des machines pour les vendre à prix coûtant. Par cette .combinaison, qui conciliait ses intérêts avec ceux du public, elle a conservé à l’industrie parisienne le bénéfice d’une invention éminemment française.


L’ECLAIRAGE DE PARIS

La Compagnie, on le sait, est chargée de l’éclairage de la capitale ; constituée sur des bases définitives en 1855 par la réunion des différentes sociétés qui, à cette époque, se partageaient l’éclairage de Paris, elle se vit, lors de l’annexion qui eut lieu en 1860, obligée d’éclairer 7,000 hectares au lieu de 3,288 qui composaient primitivement le périmètre parisien.

Le gaz fabriqué dans les différentes usines est dirigé sur Paris au moyen de conduites de gros diamètre qui convergent vers le centre de gravité de la consommation situé aux environs de la pointe Saint-Eustache. Ces conduites de sortie, au nombre de 20, où le gaz circule, à certaines heures de la soirée, avec une vitesse de 5 à 6 mètres par seconde, peuvent débiter plus de 130,000 mètres cubes à l’heure. Communiquant toutes entre elles, elles forment un vaste réservoir où viennent puiser des conduites de moindre importance, qui se ramifient elles-mêmes à l’infini pour porter le gaz à une pression convenable sur tous les points de la capitale.

Il résulte de cette disposition que toutes les usines concourent à l’alimentation du réseau desservi par la Compagnie, de telle sorte que, dans le cas où l’une d’elle viendrait, par accident, à suspendre sa fabrication, le service de l’éclairage se trouverait instantanément assuré par le gaz venant des autres. La longueur des canalisations établies tant dans Paris que dans les communes de la banlieue est de 1,759,259 mètres.

Le diamètre maximum de ces conduites est de 1 mètre ; le diamètre minimum, aux extrémités du réseau, de 0m,054.

Le diamètre moyen est de 0m,150.

Depuis 1856, la Compagnie ne pose plus que des tuyaux de tôle plombée et bitumée. L’emploi de ce système a rendu les accidents et les ruptures de conduites extrêmement rares et a réduit de moitié les pertes de la canalisation, mais il se prêtait mal au raccordement des conduites entre elles. Le défaut de rigidité de la tôle ne permettait pas,' en effet, de faire usage de pièces de raccord en fonte. On y a suppléé au moyen de pièces en plomb fixées à l’aide de colliers. Ces raccords en plomb répondent aux mêmes besoins que les croix et coudes en fonte, tout en présentant sur eux l’avantage de pouvoir être fabriqués immédiatement, dans chaque cas, suivant les positions respectives des conduites à mettre en communication.

A la même époque, la nécessité de tenir le gaz en charge pendant le jour, pour le chauffage industriel et domestique, a provoqué des perfectionnements nécessaires et importants dans les travaux de canalisation. La Compagnie s’est proposé de supprimer l’emploi des soudures et par conséquent du feu dans ces travaux et de pratiquer les ouvertures et percements de tuyaux sans provoquer d’échappements de gaz. Elle a atteint le premier but en remplaçant la soudure par l’application de pièces faites dans l’atelier, et le second, en fabriquant des outils spéciaux qui permettent d’ouvrir et de percer la tôle sans donner issue au gaz de la conduite, d’ailleurs isolé par l’introduction, de part et d’autre, de ballons isolateurs en caoutchouc.

On comprendra facilement, dès lors, pourquoi la consommation, qui n’était que de 40,774,400 mètres cubes en 1855, s’éleva à 116,171,727 mètres cubes en 1865 ; en 1877, elle atteignit le chiffre de 191,197,228 mètres cubes, c’est-à-dire près du quintuple de ce qu’elle était à l’origine.

-Les efforts incessants de la Compagnie pour répandre l’emploi du gaz et en faciliter l’usage dans les hôtels les plus élégants et dans les intérieurs les plus modestes, dans les vastes magasins comme dans les boutiques les plus exiguës, ont été pour beaucoup dans la réalisation de ces heureux résultats.

L’abaissement du prix du gaz contribua aussi, dans une certaine mesure, à cet accroissement de consommation.

La ville payait en effet le gaz, en 1855, à raison de 30 centimes, en moyenne, le mètre cube, aux anciennes compagnies ; le tarif des particuliers était de 40 centimes.

Les nouvelles conventions ramenèrent le prix municipal à 15 centimes le mètre cube et le prix de l’éclairage particulier à 30 centimes.

La Compagnie éclaire non-seulement Paris, mais encore cinquante et une communes des départements de la Seine et de Seine-et-Oise.

Le nombre total des becs publics s’élève à environ 42,486.

Quant à celui des becs particuliers, on peut l’estimer à 1,200,000.

La Compagnie fournit du gaz à 124,178 abonnés ; le gaz est enregistré par des compteurs spéciaux qui sont essayés dans les laboratoires de la Compagnie, contrôlés par le Service Municipal et poinçonnés par la Préfecture de la Seine.

Le capital de la Compagnie se compose de 336,000 actions, d’une valeur nominale de 250 francs, représentant une somme de^ 84,000,000 de francs, et de 266,000 obligations, représentant 111,745,000 francs.

Ces titres sont regardés comme un placement de premier ordre et on n’en est pas surpris quand on considère que les recettes brutes de la Compagnie se sont élevées, en 1877, à 69,103,784 fr. 65 c., tandis que, en 1856, première année de son exploitation, les recettes n’avaient atteint que le chiffre de 14,030,183 francs.

Le pavillon de la Compagnie du gaz à l’Exposition a coûté cent cinquante mille francs-, une visite à cette exposition offrait le plus grand intérêt.

On voyait entre les machines-Lcnoir et Olto et Langen fonctionnant au centre du pavillon, des plans excessivement curieux, ainsi que des modèles réduits de tout le matériel des usines à gaz. La production chimique y occupait aussi une large place.

Au fond se trouvait une vitrine où, dans des bocaux et des bouteilles de verre, sont enfermés les différents produits de la houille, notamment le goudron, la naphtaline, la paraffine, la benzine, l’acide phénique, et les matières colorantes : l’acide picrique, l’aniline, la fuchsine, l’alizarine, etc., dont la découverte a produit dans l’industrie de la teinture une si profonde révolution.

Dans une autre vitrine étaient exposées des soieries et des étoffes diverses teintes avec ces matières des nuances les plus vives et les plus belles.

La production du gaz est pour la Compagnie une source d’exploitations diverses et très lucratives.

Ainsi le gaz donne :

1° Le coke, environ 450 millions de kilogrammes par an.
2° Le poussier résultant du concassement du coke.
3° Les goudrons.
4° Un grand nombre de produits chimiques servant à des usages particuliers.

Rien n’est perdu, tout s’utilise ; ainsi l’eau puante qu’on relire des puisards et qui a séjourné autour des conduits du gaz sert à faire de l’ammoniaque.

L’exposition de la Compagnie parisienne du gaz comprend naturellement tous les outils, compteurs, modèles de conduite, etc., etc.

En terminant, nous allons donner au lecteur le chiffre des quantités de gaz livrées annuellement au public par la Compagnie depuis l’année 1855, époque de sa fondation :

En 1855... 40,774,400 m3
1850.. . 47,335,475
1857.. . 56,042.640
1858.. . 62,159,300
1859.. . 67.628,116
1860.. . 75,518,922
1861.. . 84,230,670
1862.. . 93,076,220
1863.. . 100,833,258
1864.. . 109,610,003
1505.. . 116,171,727
1866.. . 122,334,605
En 1867... 136,569,762 m3
1868.. . 138,797,811
1869.. . 145,199,424
1870.. . 114,476,909
1871.. . 87,481,346
1872.. . 147,668,331
1873.. . 154,397,11S
1874.. . 160,652,202
1875.. . 175,938,244
1876.. . 189,209,789
1877.. . 191,197,228

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878