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Exposition du Creusot


Exposition du Creusot à l'exposition de Paris 1878

Ce magnifique pavillon, — derrière lequel se trouvait, par parenthèse, un gigantesque wagon-transport pour les grosses pièces de remparts, construit pour le gouvernement italien, — ce magnifique pavillon a été très visité.

Au seuil de la porte d’entrée, se trouvait le spécimen en bois du fameux marteau-pilon, et tout le monde regardait avec admiration ce spécimen de la plus grande force qui ait encore été obtenue par l’homme.

Pénétrons dans le pavillon ; en face de la porte d’entrée, le premier objet qui frappe nos yeux est la statue de M. Eugène Schneider ; c’est un bronze magnifique de Chapu, fondu par M. Thiébaut.

Au bas de la statue, un enfant en vêtements de travail, l’outil à la main, suit, d’un regard sérieux et attendri, le geste de sa mère qui lui montre la statue; le visage de la femme rayonne sous un profond sentiment d’amour et de gratitude ; sa bouche entr’ouverte semble murmurer des paroles de reconnaissance.

M. Eugène Schneider a été le véritable fondateur du Creusot; M. Henri Schneider, son fils , continue aujourd’hui la grande œuvre de son père.

Devant cette statue, nous voyons d’abord le plan en relief des usines du Creusot ; il donne une idée très exacte de leur disposition ; les fours , les hauts-fourneaux, les aciéries, les ateliers de construction, le grand marteau, rien n’y manque.

Des tableaux statistiques, appendus aux murs, renseignent le public sur la situation industrielle et commerciale de l’établissement du Creusot; l’établissement occupe une superficie de 423 hectares.

Voici les chiffres les plus intéressants :

Personnel :
15,252 Employés, contre-maîtres et ouvriers.

Production :
Houilles.............................. 549.000 tonnes
Fontes.................................. 155.000 —
Fers et aciers........................ 126.000 —
Ateliers de construction. ............... 25.000 —
Consommation :
Houilles................................ 572.000 tonnes.
Coke.................................... 155.000 —
Minerais................................ 400.000 —
Eau................................... 3.500.000 M.cub.
Gaz................................... 2.200.000 —
M. Turgan estime que, si tous les appareils étaient en marche, la capacité de la production se chiffrerait comme il suit :
Houilles.............................. 700.000 tonnes.
Fontes.................................. 155.000 —
Fers et aciers.................... . 160.000 —
Ateliers de production.................. 30.000 —

L’administration de l’usine du Creusot se préoccupe du sort de ses employés et ouvriers et leur facilite les moyens de s’assurer une existence stable et heureuse.
Dans le pavillon du Champ de Mars, on remarquait des modèles d’habitations ouvrières avec jardin ; habitations commodes et bien aménagées.

L’ouvrier veut-il devenir propriétaire? Il verse à l’administration du Creusot un petit capital et choisit le type de la maison qu’il désire.

L’administration lui fait construire sa maison dans les prix les plus doux ; il en prend possession et le remboursement de la dette s’opère au moyen de petites retenues sur la paye.

Il y a ainsi à l’usine plus do 3,000 ouvriers propriétaires.

Le Creusot est arrivé à constituer un véritable centre de population, qui a ses sociétés chorales, ses fanfares.

M. Schneider a créé des écoles : l’instruction y est gratuite et obligatoire; les enfants reçoivent un enseignement professionnel conforme aux aptitudes qui se révèlent en eux.

Le service médical est gratuit; ce sont les propriétaires de l'usine qui le rémunèrent.

Continuons notre visite à travers l’exposition de cette magnifique usine qui emploie sans cesse 281 machines, soit 13,334 chevaux-vapeurs, 1,030 machines-outils, et 38 marteaux-pilons à vapeur, y compris celui de 80,000 kilogrammes dont nous avons déjà parlé, mais sur lequel nous reviendrons tout à l’heure.

Voici d’abord la machine de 2,640 chevaux, destinée au navire le Mytho.

Le Creusot en a construit, pour le Redoutable, une trois fois plus forte, car elle est de 6,000 chevaux ; on en voit le dessin tout auprès de la machine du Mytho.

Admirez ce magnifique porte-hélice brut de forge, qui a 18 mètres de longueur et qui pèse 21,000 kilogrammes.

Voyez encore ce magnifique lingot d’acier de 120,000 kilog. ; naturellement c’est une imitation en bois, car le spécimen qui existe à l’usine n’aurait pas pu être transporté.

De ce côté, nous voyons un fragment de cuirasse pour navire. La cuirasse a 80 centimètres d’épaisseur. Quel projectile pourrait la traverser.

Nous ne pouvons que noter la collection aussi complète qu’intéressante de tout l’outillage, les échantillons de houilles, de minerais, de fontes.

Le four à puddler rotatif, une invention spéciale à l’usine, fonctionne de la façon que voici :
Ce four est caractérisé par un ensemble de dispositions mécaniques assurant la continuité de sa marche, malgré sa haute température développée dans la partie tournante. Le tambour est à double paroi avec circulation d’eau. La paroi intérieure porte, au milieu de la longueur, une nervure transversale qui, à chaque révolution, divise la charge en deux parts.

Lorsque l’opération est terminée, on obtient par charge deux boules du poids de 400 à 500 kilogrammes chacune.

Deux fours de ce système fonctionnent aux usines du Creusot et ont déjà produit plus de 10,000 tonnes de fer. Leur production par jour est de 20,000 kilogrammes par vingt-quatre heures, en chargeant la fonte à l’état liquide.

Nous allions oublier de mentionner l’appareil à deux hélices du Foudroyant, de 8,000 chevaux.

Avant de terminer, parlons une dernière fois du fameux marteau-pilon, afin d’en faire bien comprendre le mécanisme et le jeu :
Cette gigantesque machine se compose de deux montants soutenant à leur partie supérieure un cylindre à vapeur. La distribution de la vapeur est réglée au moyen d’un levier coudé qu’un aide, placé sur une plate-forme fixée à l’un des montants, fait mouvoir : un enfant peut suffire à cette besogne. Le marteau, soulevé quand la vapeur arrive sous le piston, ne retombe pas seulement par l’effet de son propre poids, mais par l’addition à ce poids de la force produite par la vapeur agissant sur le piston. Une énorme masse de fonte dans laquelle une panne est fixée, tel est le marteau proprement dit; cette panne est mobile et peut être remplacée sans beaucoup de peine par une autre en cas d’accident, ou par tout autre engin, suivant le travail à exécuter, Quant à l’enclume, elle est fixée dans une chabotte au moyen de coins de fer, ou dans des fondations d’une solidité et d’une résistance considérables. On comprend que le marteau-pilon est surtout employé à forger et à souder de grosses pièces qu’on ne pourrait travailler sans son secours ; mais il sert aussi à étirer et à parer, et on peut lui confier au besoin le travail des pièces les plus délicates ; car, si c’est grâce à lui que nous avons le bonheur de posséder les canons Krupp, Palliser et autres, il est très capable d’arrêter sa chute au contact d’une coquille de noix sans la briser.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878