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Exposition Horticole



L’exposition horticole nous a fait voir une série de véritables bijoux artistiques. Toutes les industries, du reste, — c’est aujourd’hui un fait indéniable, — tendent à envahir le domaine de l’art.

Aussi, la serrurerie horticole a-t-elle été très brillante : grilles, serres, meubles et kiosques de jardin, treillages, etc., etc.
Nous n’avons pas l’intention de faire la description de l’innombrable quantité de serres, grilles, instruments de jardinage, pompes, etc., qui ont figuré au Champ de Mars ou au Trocadéro.

Cependant, il serait injuste de ne pas donner ici une petite place à l’un des instruments du matériel horticole, qui ont le plus contribué au progrès remarquable réalisé dans la tenue des jardins et des propriétés d’agrément. Il s’agit de la Tondeuse archimédienne qui donne à nos pelouses parisiennes un cachet si élégant, un aspect si flatteur pour l’œil.

C’est elle, en effet, qui depuis huit ans est seule employée par la ville pour faucher le gazon des squares, jardins et promenades, et cela grâce à la supériorité reconnue qu’elle a sur tous ses similaires.

La même supériorité s’est affirmée au concours du 8 août dernier, sur la grande pelouse du Champ de Mars où se trouvaient en présence huit des principaux exposants. Le travail obtenu variait peu par la durée, mais considérablement par la qualité. « La Tondeuse Williams, bien qu’un peu moins légère à manier, dit le rapport officiel, a semblé au jury faire le meilleur travail, et laisser peu de choses à désirer. Dans l’essai fait sur les plantes-bandes et les bordures en pente, la même tondeuse a également été classée en première ligne.

En somme, continue le rapport, le public horticole possède des instruments perfectionnés qui permettent d’entretenir les gazons en parfait état et qui peuvent être employées par l’ouvrier le moins exercé. C’est un des nombreux progrès apportés récemment à l’entretien et à l’embellissement des jardins publics et privés. »

Ce progrès est dû pour beaucoup à M. Sepher, l’intelligent directeur de la maison Williams et Cie, 1, rue Caumartin, à Paris, qui depuis l’introduction de la tondeuse en France n’a cessé de la perfectionner et d’en vulgariser l’usage. Notre dessin montre suffisamment ce qu’est devenu entre ses mains cet ingénieux outil. Nous ferons seulement remarquer encore avec le jury que les engrenages, qui étaient à découvert dans la machine américaine primitive, exposés à des bris et à des engorgements, ont été rente fermés dans une boîte parfaitement close. De là, plus de solidité et de légèreté. La maison Williams construit son appareil en France et en livre annuellement plus de deux mille au commerce et à la consommation. »

Aussi, la Tondeuse archimédienne a-t-elle obtenu la médaille d’argent, la plus haute récompense décernée aux instruments do cette catégorie dans la classe 85.

D’une construction très simple, son couteau hélicoïdal tranche l’herbe avec précision, puis la répand sur le sol, y maintenant ainsi la fraîcheur de la rosée ou de la pluie, et lui fournissant un engrais naturel précieux. Fait non moins remarquable et reconnu constant par l’expérience, la coupe répétée des mousses tue et fait disparaître radicalement la mousse, cet ennemi des pelouses et des prairies. Ces deux circonstances sont celles qui ont principalement fait apprécier cet appareil dans la pratique.

Toutefois, quand il s’agit des grandes propriétés, la Tondeuse-Williams est modifiée : ses proportions s’agrandissent : elle est en ce cas traînée par un âne ou par un cheval ; l’herbe est alors projetée dans une boîte de dispositions telles qu’on peut la vider en un tas par un simple mouvement de la main du conducteur, sans arrêter la marche de l’animal. C’est ce modèle qui, à Paris, fonctionne chaque jour sur les grandes pelouses de l’avenue du bois de Boulogne.

Nous profiterons de l’occasion pour dire à nos lecteurs que la maison Williams est le dépôt complet et authentique de tous les appareils d’économie domestique si usités et si célèbres en Angleterre et en Amérique. La plupart de ces engins sont d’une utilité qui n’a d’égale que l’économie qu’ils procurent dans le ménage. Nous nous bornons à cette indication pour rentrer promptement dans notre sujet et aborder l’intéressante question des fleurs.


LES FLEURS A L’EXPOSITION.

On peut dire que l’exposition de 1878 était enfermée dans un véritable cercle de fleurs et de feuillage, et ce ne fut certes pas là un de ses moindres charmes.

Nous allons passer en revue rapidement les principales merveilles horticoles qui y ont été admirées, non sans avoir rendu tout d’abord hommage à la vigilance avec laquelle les exposants entretenaient leurs plantes et les remplaçaient par d’autres dès qu’elles étaient passées.
Saluons d’abord les belles roses d'Angers de MM. Lévêque et Leroy et particulièrement celles de M. Margotten.

Voici maintenant de splendides glaïeuls de MM. Souillard et Brunet, les deux ou trois cents variétés d'œillets de MM. Gauthier-Dubois et Hachard ; saluons dans les cultures de M. Vilmorin cette ravissante fleur, si jeune quoique si vieille, et surtout si française, qui grimpe si gaiment autour de la mansarde qu’elle semble embrasser, la capucine !

La même maison exposé aussi des phlox, autrement dit flammes, plantes du mois de juillet.

M. Legendre Garriau a eu des pivoines d’une incomparable beauté et des balsamines ravissantes.

Dans la serre de M. Vallerand, on voyait des gesneriacées splendides.

Citons encore le massangea lindeni, une broméliacée du Pérou, dans la serre de M. Linden.

Cette plante vaut plusieurs milliers de francs.

Parmi les plantes curieuses et peu connues nous citerons la dionée dite attrape-mouche. Cette plante, qui croît dans la Caroline, au milieu des marais, est une plante dangereuse pour les insectes ! Chacune de ses feuilles a deux lobes demi-ovales qui se referment brusquement sur le malheureux insecte qui se trouve percé par les dards entrecroisés des lobes ; ceux-ci ne se rouvrent que quand l’insecte a cessé de vivre.

Citons encore les népeutes, qui viennent de Bornéo ; à l’extrémité de quelques-unes de leurs feuilles se trouve une urne toujours pleine d’une eau agréable à boire et fraîche comme l’eau de source.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire les mosaïques de fleurs que le public a pu voir en divers endroits, notamment sur la pelouse du Trocadéro.

Ce genre d’amusement n’a d’autre mérite que celui de la patience et nous semble, en outre, d’assez mauvais goût ; cela ressentait à des images d’Épinal.


CURIOSITÉS AGRICOLES ET HORTICOLES.

L’EXPOSITION DE FRUITS

Des fruits, des légumes, des produits agricoles et horticoles de toutes sortes, se rencontraient dans toutes les galeries. Dans quelques-unes on y révélait au public des procédés de culture fort intéressants.

Ainsi, dans la galerie qui se trouvait voisine de la tranchée, M. Boudront exposait des spécimens de culture champignonnière ; dans sa circulaire, il explique ainsi son procédé :
1° Prendre environ un mètre cube de fumier frais de chevaux, de préférence non castrés, bien mouillé d’urine ; le disposer en forme de meule en le tassant et le laisser fermenter pendant huit jours.

2° Au bout de ce temps, démolir la meule avec la fourche, l’éparpiller, puis la redisposer de nouveau comme primitivement en l’arrosant un peu. Laisser encore huit jours.

3° Recommencer pour la troisième fois l’opération précédente et laisser encore huit jours pour terminer la fermentation.

4° Après avoir démoli la meule l’étendre sur une surface de deux mètres de long en forme de banc conique arrondi au sommet. Puis, recouvrir d’une épaisseur de quatre ou cinq centimètres de terre végétale de bonne qualité, dite vierge, en la tamisant, et la mouiller pour la faire tenir sur la meule.

Laisser en cet état pendant huit jours, et la couche est prête.

Le prospectus continue ainsi :
Disposition du blanc vierge de champignon.

Pour les jardins, durant l’été, la couche sera placée au nord.

Soulever avec la main, à une profondeur d’un décimètre, la couche de bas en haut, puis y déposer un petit paquet de mise de blanc (semence de champignon.) Chaque mise sera éloignée de sa voisine d’une distance de vingt ou vingt-cinq centimètres.

Jeter sur la couche, si on opère dans le jardin ou hangar, un paillis, fumier venant du cheval, pour éviter la lumière. Dans la cave, cela est naturellement inutile.

Voici la dernière recommandation de l’inventeur :
Autant que possible, et surtout à une certaine époque mensuelle, les dames devront s’éloigner de la couche.

M. Lhérault, d’Argenteuil, expose des instruments pour la culture des asperges.

Connaissez-vous l’origine de l’asperge ?

A l’époque où l’empire romain s’écroulait, les Francs avaient passé le Rhin et s’étaient établis dans ce beau pays auquels il devaient donner leur nom et qui allait s’appeler la France.

Mais leur établissement n’eut pas lieu sans une grande résistance de la part des possesseurs du sol.

Vous eussiez vu alors, après ces batailles gigantesques, après ces victoires si chèrement achetées, les guerriers francs se répandre dans les bois, et y chercher, pour rafraîchir leur gosier, que la lutte a altéré, une plante rafraîchissante, bien connue des Gaulois, qui l’appréciaient fort.

Cette plante, malgré la prédilection que lui accordait la Gaule entière, n’était cependant, de la part des habitants, l’objet d’aucune culture.
On la laissait croître dans les bois où elle atteignait une hauteur considérable.

C’était celle que les naturalistes appellent: Asparagus officinalis; c’était l’asperge. Ajoutons quelques détails :
Le soleil entre pour beaucoup dans l’existence do l’asperge ; pas de soleil, pas d’asperges.

Il semble, à la considérer, que l’asperge est reconnaissante de cette action bienfaisante ; car elle pousse, inclinée du côté du soleil levant, comme si elle voulait saluer celui qui lui donne l’existence.

On distingue trois sortes d’asperges.

1° L'asperge en branche, espèce hâtive, que l’on cueille quand elle lève à deux centimètres de terre, ce qui arrive généralement vers le 23 mars. Elle coûte dix francs la botte ;

2° L'intermédiaire, qui tient le milieu entre l’asperge en branche et l’autre espèce dont je vais parler tout à l’heure.

3° Enfin,l’asperge aux petits pois, dite espèce tardive.

Il y a aussi les asperges du midi, longues et vertes de la base à l’extrémité ; elles n’ont pas un très grand succès à Paris, je n’ai jamais pu comprendre pourquoi.

Elles ont, en effet, beaucoup de goût ; elles sont fermes,résistantes; un seul tour de feu suffit pour les faire cuire ; mangées avec de la bonne huile d’olive, c’est un vrai régal.

La plus grosse dimension que puisse atteindre l’asperge, est de 20 centimètres.

Mais, quand on veut manger de ces asperges qui sont le chef-d’œuvre du genre, il faut dépenser de 40 à 60 francs.

Un détail curieux : les asperges, qui demeurent trois ans en terre, ne gèlent pas et ne craignent pas le froid qui leur est, parait-il, nécessaire après le soleil.

Aussi, loin de les couvrir quand le froid sévit, les découvre-t-on au contraire.

Les expositions agricoles et horticoles ont été l’objet de douze séries de concours.

Le dernier de ces concours, qui a eu lieu quelques jours avant la clôture de l’Exposition universelle, concernait les fruits et les liqueurs ; dans le parc du Champ de Mars, autour du palais, partout où il y avait une petite place libre, ce n’était que fruits et légumes rangés symétriquement et disposés de telle sorte que le contraste de leurs couleurs créât une séduction pour l’œil.

Ah ! les beaux choux phénomènes, les superbes potirons que nous avons vus là, — que dis-je vus, — je dois dire plutôt, que nous avons contemplés avec le profond respect dû à leur ventripotente personne.

Plus d’une ménagère, en admirant ces magnifiques légumes, rêvait de pots-au-feu à dépasser l’imagination humaine. Ahl si on avait pu emporter comme souvenir seulement quelques échantillons de chaque espèce !

La poire était un des fruits les plus représentés ; nos jardiniers s’efforcent de créer de nouvelles espèces, des espèces meilleures et plus fortes.

« Pourtant, dit, dans la France, M. Alfred Dumesnil, qui a tracé une sorte d’historique de ce fruit, quelques-unes de nos poires célèbres paraissent avoir crû spontanément. La Duchesse d’Angoulême, qui à elle seule rapporte au centre de la France plus d’un million par an, fut trouvée par hasard dans le jardin d’une ferme près d’Angers, et le pied-mère atteignait presque les dimensions d’un petit chêne quelque peu avant sa mort, en 1832.

« Le Beurré Diel, plus connu sous le nom de Beurré magnifique, croissait spontané et anonyme dans un village près de Vilvorde (Belgique), lorsque Van Mons en parla, en 1819.

« D’autres poires ont été trouvées dans les jardins d’abbayes supprimées. Ainsi le pomologiste Prévost, de Rouen, découvrit le Saint-Germain gris dans le jardin des moines de Saint-Ouen ; ainsi la poire des Urbanistes, une des meilleures d’automne, semble avoir poussé spontanément dans un verger occupé par ces moines, et ensuite resté pendant longtemps sans culture.

« Le Doyenné d’hiver ou Bergamote de la Pentecôte, dont les fruits pèsent jusqu’à 700 grammes, et en mars, avril et mai se vendent souvent quinze et vingt francs la douzaine, fut trouvé au commencement de ce siècle par Yan Mons dans un ancien jardin de capucins. Le pied-mère existait encore en 1823.

« Quelques poires sont probablement anciennes : le Bon Chrétien d’hiver, dont le nom est une altération populaire de Panchresta (toute bonne), appellation qui lui fut donnée par Guillaume Budé ; le Beurré de Rance, qui passe pour s’être appelé anciennement Beurré d’hiver, et la Bergamote d’automne qu’on croit d’origine asiatique. Cette poire ne fut introduite en France qu’au XVIe siècle, avant 1333. Panurge dans Rabelais « s’esgaudissoit de bonnes poires bergamotte ». Quant à la Crassane, propagée par La Quintinie, le jardinier de Louis XIV, elle
remonte au plus à 1675, et doit son nom, dit-il, à une localité de la Nièvre, Cresane.

« La puissance humaine est secondaire dans les semis, dit André Leroy. Et cependant M. Boisbunel, de Rouen, qui a trouvé la Passe-Crassane (1855), paraît être sur la voie de grosses poires tardives, les seules qui puissent être exportées en Russie. On sait que toute poire, même la plus exquise, dont la circonférence n’excède pas un certain anneau réglementaire, est rigoureusement refusée pour l’exportation. »

Après les poires, les pommes... c’est naturellement la Normandie qui remporte la pomme.

L’horticulture étrangère a envoyé d’intéressants spécimens.

Nous citerons entre autres les fruits du Tyrol, les pommes et les poires du Danemark, les fruits du pays wallon, les expositions de la Société d’arboriculture de Bruxelles et du cercle arboricole d’Ixelles, les pommes de M. Capenick, de Gand, les oranges et les citrons turinois de M. Cirio, etc., etc.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878