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Exposition Agricole


Exposition Agricole à l'exposition de Paris 1878

La section française d’agriculture est installée sur le quai d’Orsay, dans deux galeries parallèles tardivement construites, occupant chacune une superficie de 10,000 mètres carrés et s’étendant du pont de l’Alma à l’entrée du Champ de Mars, c’est-à-dire à la naissance de l’avenue de La Bourdonnaye. Cette double galerie est coupée transversalement par une allée de 2,000 mètres carrés de superficie, décorée de statues d’animaux, et dont le centre est occupé par la brasserie Fanta où les virtuoses tziganes se font entendre à un certain moment du jour.

Des deux galeries de la section agricole, l'une, celle qui longe le parapet, contient les produits des champs les plus variés : pommes de terre, betteraves, blés, seigles, orges, avoines, maïs, chanvres, lins, plantes oléagineuses, produits forestiers, etc.; expositions particulières, classées par départements ; expositions collectives des comices et sociétés agricoles; exposition des fermes-écoles et colonies agricoles diverses, notamment de l’asile ' d’aliénés de Saint-Robert, en Dauphiné, qui présente en outre toute une collection de bas, gants, genouillères, etc., en fourrures de lapin, pour la guérison des douleurs. On y remarque aussi une étagère de bouteilles de champagne et une série de fioles de vins des différents crus analysés par M. Gauthier-Laroze, de Clermont-Ferrand, qui dévoile les vertus et les défauts de chacun.

On trouve encore dans cette galerie divers appareils curieux, parmi lesquels nous citerons la gaveuse artificielle pour engraisser la volaille en dépit qu’elle en ait, un appareil à traire mécaniquement, nous en reparlerons tout à l’heure, un autre à faire le beurre, et de petits outils ingénieux pour découper artistement les éléments d’une bonne julienne. Les dessins et modèles en relief d’exploitations rurales y sont assez nombreux, mais ce côté de l’Exposition nous a semblé étonnamment faible et les modèles exhibés un peu fantaisistes en général.

Signalons enfin le chemin de fer agricole de M. Cotelle, qui nous paraît appelé à un grand avenir, grâce à sa simplicité pratique et à son bon marché. Ce chemin de fer se compose^de câbles faisant office de rails, supportés au-dessus du sol, de 12 à 15 centimètres, au moyen de traverses, et sur lesquels on fait rouler des wagons ayant des roues à gorge. Une heure suffit pour poser un kilomètre de voie ainsi construite, une demi-heure pour l’enlever, et le mètre de voie, pour les usages agricoles, coûterait 1 fr. 50 environ ; c’est seulement le modèle de ce chemin de fer qui se trouve ici, il faut descendre sur la berge pour voir' l’original et assister à la manœuvre ; et cela en vaut la peine.

L’exposition du matériel agricole, qui se trouve dans l’autre galerie, donne une très-grande idée des progrès accomplis depuis quelques années seulement, non pas précisément sous le rapport des perfectionnements apportés à la construction des machines, mais, ce qui vaut beaucoup mieux, quant au développement de cette construction, qui indique l’emploi courant des machines en agriculture. Naguère encore, les constructeurs étaient en fort petit nombre, et il existait à peine quelques centres de construction sur toute la surface du pays ; aujourd’hui il y a des constructeurs établis sur presque tous les points de la France; s’ils s’y sont établis, et pour faire des machines agricoles, c’est qu’on y a besoin de ces machines, car ici la demande doit nécessairement précéder l’offre et y mettre même quelque insistance. C’est donc le progrès des procédés mécaniques de culture plus que celui de l’art de construire les machines agricoles que nous avons à constater ici, et nous n’en sommes fâché en aucune façon.

Voici donc une quantité considérable de charrues, de semoirs, de herses, de rouleaux, de ratissoires et de houes à cheval : des faucheuses, des faneuses, des râteaux à cheval et des moissonneuses. Lorsque ces derniers instruments ont fait leur œuvre, c’est le moment de recourir à la botteleuse de M. Guitton, de Corbeil, que plus d’un visiteur non rural regarde fonctionner avec un véritable plaisir. Voici maintenant des batteuses de tous les modèles, batteuses en long, batteuses en travers ; puis les tarares, puis les trieurs de grain.

Différents modèles de pressoirs attirent également notre attention ; nous signalerons tout particulièrement le très-ingénieux appareil de M. Terrai des Chênes, qui est nouveau, croyons-nous. Voici du reste en quels termes M. P. Joigneaux, qui est du métier, en a parlé dans le Siècle :
« Il a pour principe la division du travail. Ainsi, au lieu de former avec les raisins une seule masse que nous appelons en Bourgogne un sac, et qu’il faut tailler ou recouper, bâcher, rebâcher, émietter et represser pour en exprimer tout le jus, M. Terrai des Chênes s’y prend d’une autre façon :
« Sur la maie ou plateau en fonte et à compartiments de son pressoir, il place des seaux en chêne, à claire-voie, solidement cerclés en fer. Dans chaque seau, il a versé 40 kilogrammes de raisins cylindrés. Cela fait, le plateau de fonte, soumis à la force hydraulique, s’élève vers le plateau supérieur également en fonte et au revers duquel sont fixés, en regard des seaux, des espèces de cônes tronqués et renversés. Ces cônes sont en bois dur ou en fonte.

« A mesure que le plateau inférieur monte et se rapproche du plateau supérieur, les cônes entrent dans les seaux de raisins, comme des pilons dans des mortiers ; ils achèvent l’écrasement et forcent le moût à s’échapper. Après l’opération, paraît il, il ne reste plus de jus dans le marc, et alors les seaux qui ont reçu* la pression sont enlevés et remplacés par d’autres qui la reçoivent à leur tour. »

Nous rencontrons ensuite des appareils pour l’échaudage des souches de vignes attaquées par la pyrale, pour le décantage et le collage de vins, des pompes à vin, pompes à eau, pompes de jardin, etc. Nous ne saurions décrire par le menu tous les objets formant cette exposition pleine d’intérêt, mais qu un agriculteur seul peut apprécier à sa valeur véritable.

Citons cependant au courant de la plume les produits de l’industrie sucrière du Nord, du comité sucrier de Cambrai, du comité d’Avesnes, les blés de Saint-Amand-les-Eaux, les chicorées de Fresne-sur-l’Escaut, les lins et les tabacs du Nord.

Regardons avec attention les 44 cartes agricoles dressées par M. Reuzé, inspecteur général de l’Eure.

Un autre sujet d’examen : voici des échantillons des salines de Saint-Nicolas, puis l’exposition de la société libre de l’Eure, puis les beurres devant lesquels un gardien est de faction, puis les expositions collectives de la société centrale d’agriculture de la Seine-Inférieure, delà station agronomique de l’Est, du comité agricole départemental de l’Aube, l’exposition collective de la Haute-Saône, celle des agriculteurs du Puy-de-Dôme, l’exposition collective du Cher, celle de la société d’agriculture de l’Indre, du comice agricole de Saintes, du Var, des Hautes-Pyrénées, des Landes, etc., etc.


LE GRAND COUVOIR FRANÇAIS.

Au bout de ces galeries, près de la passerelle conduisant au Champ de Mars, deux petits pavillons sollicitent l’attention des visiteurs : l’un abrite la couveuse artificielle, que nous mentionnions plus haut ; l’autre est une fabrique de cidre de Normandie qu’il est permis à un Bourguignon ou à un Bordelais de dédaigner, mais dont un Normand suivra toujours les opérations avec intérêt, comme c’est son devoir.

Nous devons une mention spéciale à la couveuse artificielle qui est bien la chose la plus attachante de cette partie de l’Exposition.

Le pavillon du grand couvoir français était encombré de boîtes et d’appareils un peu semblables à des instruments d’optique ; à première vue, l’on n’apercevait que de grandes caisses avec des poignées et des robinets en cuivre, une couverture dessus, de petits thermomètres.

Eh bien ! Les grandes boîtes sont des hydro-incubateurs, ou machines à faire éclore les œufs au moyen de l’eau chaude. Lorsque les tiroirs sont chauffés à une température de 40 degrés, on y installe les œufs ; on les retourne deux fois par jour, comme fait l’oiseau lui-même, et l’éclosion a lieu le vingt et unième jour. Les petits poussins viennent au monde parfaitement sains et vigoureux; ils brisent eux-mêmes leur coquille, opération dans laquelle il faut se garder avec soin de leur aider, car on leur causerait une hémorrhagie mortelle.

Les nouveau-nés peuvent très bien se passer de la poule, et ce n’est pas la moindre des surprises que fait éprouver la vue du couvoir exposé. Les petits sont là, grouillants, vifs et joyeux, doués d’un excellent appétit, et aucune poule ne s’occupe d’eux. Au sortir de l’œuf, les poussins sont placés dans une boîte spéciale, dite sécheuse, où ils sont chaudement blottis, où ils se sèchent, se ressuient, et déjà commencent à becqueter, en cuicuitant à l’envi.

Après avoir passé une journée dans la sécheuse, ils sont assez forts pour être placés sous l’hydro-mère, autre appareil également chauffé-et garni de couvertures, formant un abri protecteur qui permet aux poussins de sortir à volonté pour aller dans un petit enclos, qui entoura l’appareil, chercher leur nourriture.

Quand vous avez fait le tour du pavillon.

vous arrivez devant de petits parcs mobiles, entourés de grillages, où sont placées les « éleveuses hydromères, » et où vous voyez les poussins piaulant, gros comme des moineaux, courir, sortir pour aller picorer et gratter dans les fonds sablés; ils sont remuants et éveillés comme une bande de pierrots. Dès qu’ils sentent le plus petit froid, ils rentrent dans leur couverture comme sous l’aile de leur mère, puis ressortent un instant après pour gratter et becqueter. Rien de plus gentil que leur petit manège.

Ils ont trois jours et sont en parfaite santé. A côté, il y en a qui ont dix jours, quinze jours, un mois, et qui sont dans d’aussi bon-Mies conditions : dans une mare minuscule s’ébattent des canards, aussi éclos artificiellement.

Le matériel qui constitue le grand couvoir français se compose de trois boîtes : incubateur, sécheuse, hydro-mère; avec la lampe l’Indiscrète, la « fabrique de poulets » est outillée. Le reste, chaudières pour chauffer l’eau, auges et trémies, billots pour la nourriture, siphons et fontaines pour la boisson des volailles, est évidemment organisé de la façon à la fois la plus parfaite et la plus économique, d’après les données de l’expérience. Il en est de même de l’emplacement, de l’orientation, de l’installation intérieure et extérieure du poulailler, des chambres d’incubation et d’élevage. Il est tout simple que l’incubation et l’élevage du poulet, entrepris comme industrie, nécessitent une organisation rationnelle, où rien ne soit abandonné au hasard.

Les incubateurs sont de puissances très différentes : les plus petits peuvent faire éclore SO œufs à la fois ; les plus grands contiennent 4S0 œufs. Leur emploi est donc possible et facile pour les fermes, les maisons de campagne, les châteaux, pour tous ceux en un mot qui désirent avoir sûrement des poulets, sans s’efforcer d’en élever pour les livrer au commerce. Ces appareils leur procurent en outre une énorme économie.

Le grand couvoir français prospère et expédie sur tous les points de la France et hors de France les poussins éclos dans ses appareils : il répand ainsi la race pure de Houdan, si estimée, si productive et si robuste.

Ces expéditions ont lieu dans des boîtes sécheuses ; le fond est garni de paille douce ; un cadre d’étoffe chaude, souvent couvert de quelques poignées de plumes de poule, protège les poussins ; sur un côté de la boîte est une ouverture grillagée pour donner de l’air à l’intérieur; étant à coulisse, elle reste baissée si l’expédition se fait en hiver; si c’est en été, au contraire, elle est levée complètement, et les poussins sortent à volonté pour s’ébattre dans une avant-cour attenant à la boîte, dont le dessus est également grillagé, et dans laquelle ils trouvent la nourriture nécessaire pour le voyage.

C’est ainsi qu’on peut, sans crainte aucune, faire supporter quatre-vingt-seize heures de trajet par chemin de fer à ces petites bêtes, à peine écloses, sans qu’aucune ait le moins du monde à en souffrir. Ce trait seul prouve péremptoirement l’excellence de leur procédé d’incubation.

A deux pas de là, dans la classe 76, on trouvait une collection très considérable de matériel agricole, ainsi que de produits agricoles venus de tous les points de la France.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878