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Colonies Françaises


Colonies Françaises à l'exposition de Paris 1878

Nos colonies ! Quand on songe au passé, on regrette amèrement qu’elles ne soient plus ce qu’elles étaient jadis.

Les colonies que possède actuellement la France sont : — l’Algérie, la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe et ses dépendances, Saint-Pierre et Miquelon, le Sénégal et ses dépendances, les comptoirs de la côte occidentale d’Afrique, le Gabon, la Réunion, Mayotte, Nossibé, Sainte-Marie de Madagascar, Inde, Cochinchine, Océanie, Nouvelle-Calédonie.

Le lecteur nous permettra de ne lui parler ici de l’Algérie qu’au point de vue géographique et administratif, puisque nous avons, au début de cet ouvrage, visité déjà le pavillon de l’Algérie dans le parc du Trocadéro et examiné en détail l’exposition si intéressante et si pittoresque de notre grande colonie.

La superficie de l’Algérie est de quarante-trois millions d’hectares carrés. Elle a trois zones parallèles à la mer :
1° La zone montagneuse du littoral, qui, sauf de rares plaines peu étendues, forme un bourrelet le long du rivage de la Méditerranée ; elle est occupée par la fraction de la race berbère connue sous le nom de Kabyles. Ces montagnards pratiquent la petite culture, travaillent le fer, se livrent à quelques industries grossières, habitent des maisons en pierre, groupées en village plus ou moins compactes. C’est la patrie de l’olivier, de la vigne, du figuier, et sur quelques points on élève du gros bétail.

2° La zone intérieure, formée, sauf quelques massifs montagneux, par une série de plaines qui s’étendent depuis la frontière de Tunis jusqu’à la frontière du Maroc; elle est habitée par des populations auxquelles le docteur Warmer a donné le nom, un peu baroque mais très juste., de Berbères arabisés ou d’Arabes berbérisés. Us pratiquent la culture pastorale et produisent presque exclusivement des céréales ; ils habitent sous la tente et se déplacent chaque année, suivant les saisons )et les besoins des travaux agricoles, dans un rayon qui ne dépasse pas les limites respectives de chaque tribu ; on ne rencontre ni jardins ni vergers, les arbres sont très rares ; ils possèdent de nombreux troupeaux de moutons et élèvent des chevaux.

3° Enfin la zone la plus rapprochée du désert, comprenant d’immenses steppes où la culture n’est possible, sur certains points, que les années pluvieuses, auprès des cours d’eau que l’été ne dessèche pas, auprès des sources abondantes.

L’enseignement est, à l’heure actuelle, complètement organisé en Algérie et il donne les résultats les plus satisfaisants.

Au point de vue commercial, les affaires prennent un développement qu’il est intéressant de constater.

L’Algérie, d’après le dernier relevé officiel, a fait venir de France pour 1,920,831 fr. de meubles ; 1,974,394 fr. de verres et cristaux; 1,324,672 fr. de faïence, porcelaine et grès commun; 367,013 fr. de poterie de terre grossière.

Les tissus n’ont pas été moins heureux. On relève comme importation de France : — 38,607,409 fr. de tissus de coton, 4,437,150 fr. de tissus de chanvre, 8,511,069 fr. de tissus de laine, 3,031,185 fr. de tissus de soie, 1,441,390 fr. d’articles de mercerie.

L’Algérie a fourni à l’exportation : — 3,410,000 tonnes de minerai de fer (36 millions de francs), 14,300 tonnes de minerai de cuivre (1,400,000 fr.), 35,700 tonnes de minerai de plomb (11 millions def rancs).

Elle a exporté 19,046 tonnes d’écorce ii tan, soit 3,809,000 fr.

L’exportation de l’alfa a atteint le chiffre de 59,000 tonnes de 1,000 kilogrammes chacune.

Ces quelques chiffres suffisent pour donner une idée du développement commercial de l’Algérie et des progrès de la colonisation.

Parcourons maintenant l’exposition des autres colonies.

La Guyane a envoyé des bois superbes, dont l’ébénisterie et la construction pourraient tirer grand profit.

Outre ses tabacs, ses rhums, son caoutchouc, son café, son manioc, ses épices, ses paniers en bambou, outre les poteries fabriquées dans les pénitenciers, outre de fort curieuses fleurs faites avec les plumes multicolores des oiseaux qui vivent sous son ciel, elle a envoyé des minerais aurifères et des pépites des placers de Kourouaie et de l’Approuague. Ces placers ont, en 1876, rapporté plus de cinq millions de francs.

Saint-Pierre et Miquelon, — cinq mille âmes de population en tout,—ont envoyé des filets et des ustensiles de pêche. La pêche de la morue est leur principale ressource.

La Martinique a envoyé des collections de coquilles, des armes appartenant à l’histoire rétrospective, des bois de teinture, du tabac, et surtout du café, ainsi que des sucres, des liqueurs, du rhum, du tafia, etc.

L’enseignement y est en bonne voie et les travaux d’élèves qu’elle expose méritent d’être notés.

La Guadeloupe a envoyé des produits similaires. Notons seulement les excellentes confitures de goyaves que fabrique Mme Toutoute, une négresse devenue une des plus importantes négociantes du pays.

Voici maintenant le Sénégal avec ses gommes arachnides, son indigo, sa cire, ses oiseaux de paradis, ses merles cuivrés, ses perroquets et ses colibris.

Voici le Gabon, avec ses ivoires d’éléphant et d’hippopotame ; puis la Cochinchine, qui se distingue particulièrement au point de vue alimentaire.

Nous avons remarqué principalement de la viande boucanée ayant dix ans de préparation : c’est de la chair de buffle battue et séchée au soleil, contenant sous un petit volume une bonne quantité de matière nutritive, pas très délicate naturellement ; voici maintenant des canards conservés par des procédés analogues ; puis des nids d’hirondelles, des poissons salés, du poivre du Cambodge, du tabac; des échantillons de thao, propre à remplacer la baudruche; du coton, de la soie, des nattes et le métier pour les faire, des filets de pêche, des barques annamites ; du cuir de porc et des plumes de pélican. Voici un modèle d’habitation annamite, des livres imprimés en caractères indigènes, des moulages pris à Angkor-Wat, I dans le Cambodge ; citons enfin de fort jolis petits meubles incrustés de nacre, et les vases et jardinières fabriqués avec des pieds d’éléphant au cuir tanné et aux ongles polis, j Notons enfin les ivoires de l’Inde française,ses bois, ses peaux et ses mousselines, les conserves alimentaires, le sucre, le café, le cacao et la vanille de la Réunion. Nous terminerons en mentionnant le huîtres perlières de Taïti qui constituent la plus grande curiosité de son exposition.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878