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Armes



Nous avons pensé que, les armes constituant une industrie à part et appartenant à un genre spécial, il était préférable, au lieu de les étudier en plusieurs fois, de les distraire des diverses classes où elles se trouvaient disséminées dans l’Exposition et de les grouper en un chapitre spécial sous la rubrique : les armes.

De cette façon, nous croyons que la revue en sera plus facile et l’appréciation plus commode au lecteur.

Les premières armes que nous rencontrons se trouvent dans la classe 40, ce sont les armes portatives elles armes de chasse.

Paris et Saint-Etienne ont presque exclusivement le monopole de cette fabrication.

Fusils, revolvers, épées, pistolets, on en voit de tous les genres, de toutes les formes.

Les munitions ne manquent pas non plus et la vitrine de M. Gevelot attirait justement sous ce rapport l’attention des connaisseurs.

Dans la salle des objets de chasse, ce ne sont que carniers, guêtres, cartouchières ; la poire à poudre et le sac à plomb ont disparu à tout jamais, depuis que les chasseurs, obéissant à la mode nouvelle, bien plus commode d’ailleurs, ont adopté la cartouche.

Un peu plus loin, ce sont les fleurets, les plastrons, les masques, les gants et les sandales.

Dans la troisième salle, figure la magnifique exposition de Saint-Etienne.

M. Laisant, dans le Rappel, a trouvé et a dit très-nettement que cette exposition lui paraissait insuffisante.

« Ce troisième salon et une partie de la pièce suivante sont occupés par des armes de guerre et par des accessoires de l’art militaire, tels que l’habillement du soldat, les objets de campement, les cafetières pour les armées, etc. Tout cela se réduit à peu près à rien. Ce sont les débris, les épaves de la fameuse classe 68 : « Matériel et procédés de l’art militaire, » dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises, et dont on ne saurait trop rappeler les tristes mésaventures. Un comité avait été formé, qui contenait des sommités militaires. Mais les bureaux de la guerre, toujours vigilants, jugèrent qu’il y avait là un danger public, prétendirent s’opposer à l’exposition de toute arme d’un système en usage dans l’armée ou susceptible d'y être mis en usage. Là-dessus, les membres du comité, jugeant avec raison que leur mission devenait inutile et même légèrement ridicule, donnèrent leur démission. Je ne saurais les en blâmer; mais les bureaux de la guerre auraient eu bien des raisons, à ce compte, pour donner, eux aussi, leur démission.

Disons un mot d’une petite invention qui peut avoir son côté pratique et dont l’auteur est M. Wohlgemutte.

Il s’agit d’un crochet dépendant du sac et servant à suspendre le fusil, afin de diminuer pour le soldat la fatigue d’une longue marche, fatigue qui semble augmenter le poids du fusil.

A rapprocher de cette invention, dont le but humanitaire est bien évident, celle de l’ingénieur Bazin, inventeur de la brouette militaire.

M. Bazin, songeant au surcroît de fatigue que le poids du sac cause au soldat pendant les longues marches, s’est mis à chercher pour le sac un moyen de transport autre que les épaules de l’homme.

Voici ce qu’il a imaginé : deux fusils pour brancards, une planchette porte-sacs, deux petites Toues en acier montées sur un essieu du même métal, le tout se montant et se démontant en moins d’une minute, et la brouette est construite.

Ce serait fort commode sans doute, excepté par exemple pour marcher dans les terres labourées.

Et puis, en cas de surprises, si rapide que soit le démontage, n’y aurait-il pas là un inconvénient, peut-être même un danger?

Terminons ce chapitre des armes, — trop court à notre gré, mais la pauvreté de cette partie de l’Exposition ne nous permet pas de plus longs développements, — terminons ce chapitre en citant les intéressantes lignes suivantes que M. Florian Pharaon a écrites dans la Chasse illustrée et qui sont relatives à l’industrie des armes dans la Kabylie :
« Les canons de fusil, dit-il, y sont fabriqués par parties de trente à quarante centimètres de longueur. On corroie un morceau de fer de la longueur voulue, et l’on fait une lame ayant pour largeur le développement du canon. Cette lame est enroulée sur un mandrin, de manière que les bords du fer soient rapprochés l’un de l’autre, sans néanmoins se toucher. Une petite tringle de fer carrée est ensuite introduite dans l’intervalle qui sépare les bords et en facilite la soudure.
« Cette soudure se fait par petites parties et en plusieurs chauffes, jusqu’à ce que le tube soit complet. Lorsque tous les tubes partiels destinés à constituer le canon sont terminés, on les soude bout à bout.

« Toutes les culasses sont soudées. En sortant de la forge, ces canons sont alésés au moyen d’une machine appelée teurn.

« Les canons des fusils arabes sont garnis d’incrustations. Pour appliquer ces ornements, on commence à graver les dessins en creux à l’aide du burin, puis on introduit dans les creux des morceaux de cuivre découpés ; on resserre ensuite les bords du fer au moyen d’une langue-de-carpe, et enfin on affleure le tout à la lime.

« On pourra voir les résultats de cette fabrication naïve dans la vitrine où sont exposées (au palais algérien) les œuvres d’Ali-ben-Mohamed-Arab, d’Areski, de Mââman-ben Mââman, de la tribu des Beni-Yenni, tribu qui monopolise à peu près seule la fabrication des armes à feu en Algérie.

« Il y a cinquante ans à peine, l’armurerie de l’Algérie était renommée dans les pays barbaresques, et le dey d’Alger, parmi les objets qui accompagnaient le tribut annuel à la Porte, adressait au sultan deux fusils richement niellés, destinés à l’usage personnel du souverain.

« Nous avons au musée d’artillerie des spécimens de l’arquebuserie arabe de la belle époque, entre autres un fusil richement monté, qui fut donné au roi de France, en 1689, par Chââban-Pacha, successeur du fameux Mezzomorte, dey d’Alger.

« Il eût été intéressant d’exposer à côté des produits contemporains ces vieux échantillons de l’arquebuserie arabe. Cela eût été instructif et pour les visiteurs et pour les armuriers indigènes surtout, qui eussent pu y trouver des modèles précieux pour leur industrie. »

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878