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Industrie Extrative, Produits Divers



M. Turgan, — dont l’autorité et la compétence sont absolument incontestables, surtout en cette matière, — a écrit dans ta France les lignes suivantes concernant les mines et
la métallurgie :
« La classe 43 débouche sur la galerie Rapp, où elle manifeste sa présence par le brillant dressoir du comptoir Lyon-Allemand, où le public ne se lasse pas d’admirer les lingots d’argent et d’or, les fils de ces métaux précieux dont on fait les monnaies, les médailles et tous les objets que l’on veut conserver inaltérables.

« A côté est l’installation galvanoplastique de Christofle, où sont les produits de l’industrie nouvelle basée sur le nickel et la fabrication des alliages blancs.
Au pied sont des blocs composés de minerais de ce métal ressemblant à peu près à de la malachite. Dans la vitrine, ce même minerai, sous le nom de Noumeïte, est taillé en cabochons verts qui sont en couleur verte ce que les cabochons de turquoise sont en bleu. Le métal réduit se présente non en saumons, mais en grosses gouttelettes consolidées, dont les plus importantes atteignent presque le volume d’une noix ; le métal déposé par la galvanoplastie donne aux objets métalliques une couverture brillante et difficilement oxydable qui les met à l’abri de la détérioration. Au moyen de ce nickel et dans les proportions à divers titres, on compose des alliages plus ou moins blancs, sur lesquels l’argent est ensuite déposé galvanoplastiquement.

« Au centre du tableau, M. Christofle a disposé les différents états d’une cuiller et d’une fourchette avant d’être arrivées au point où on les couvre d’argent. L’usine de Saint-Denis, où se fait l’affinage du nickel et la fabrication du métal à couverts, occupe 345 ouvriers sur les 1,320 employés dans les usines de M. Christofle.

« Le nickel pur fondu pour anodes coûte 14 fr. 50 le kilogramme ; le même métal pur en grenailles vaut 10 fr. 50 ; allié de 50 % de cuivre, 6 fr. 40.

« Relevons, en passant, le chiffre de 64,210,220 grammes, environ 65 tonnes d’argent déposé électriquement sur les pièces fabriquées par la maison Christofle.

« Si l’on entre dans la galerie de la classe 43, on est d’abord frappé par l’installation de MM. Letrange et Cie, dont les usines de Saint-Denis et de Romilly sont justement célèbres. On se rappelle la magnifique installation qu’avait faite, en 1867, cette importante maison, à laquelle on avait attribué un très-grand emplacement à l’entrée du vestibule d’Iéna.

« Limitée cet année par l’espace, elle a dû se contenter de présenter des spécimens généralement réduits de ses nombreuses fabrications, montrées au Champ de Mars dans l’état où on les livre au commerce et sans avoir subi aucun travail supplémentaire d’exposition.

« Le cuivre rouge brut affiné en plaque et en lingot, laminé en planche et en barre, forgé et martelé sous toutes formes : étirés en tuyau sans soudure ou en cylindres tréfilés, en baguettes et en fils emboutis, ouvrés de toutes manières; cette exposition s’étage autour d’une grande bassine qui de loin attire les visiteurs.

« Le cuivre, allié au zinc et à l’étain à l’état de laiton, de bronze ou de demi-rouge pour la bijouterie, est exposé sous toutes les formes où l’industrie l’emploie; le plomb, laminé, étiré ou repoussé, forme des tables, des tuyaux, des baguettes, des fils pour tous les usages de ce métal; le zinc se montre en minerai, en lingots neufs ou refondus, en feuilles, en plaques, en élément de piles électriques, en clous fabriqués à la mécanique pour doublage et sous la plupart des formes qu’accepte ce métal si utile dans l’industrie moderne, au double point de vue physique et chimique.

« La production annuelle de la maison Letrange est d’environ douze millions de kilogrammes.

« Nous trouvons, chez le même exposant, de nouvelles applications du cupromanganèse dont la teinte blanche, au lieu de se rapprocher du gris comme les alliages du nickel, est plutôt légèrement rosée. Introduit dans le laiton, le cupromanganèse en blanchit la teinte jaune et en augmente la dureté et la ténacité; allié seul avec le cuivre, il produit un métal susceptible d’un beau poli et dont la couleur varie du rose au blanc, suivant la quantité de manganèse dans le mélange.

« A côté, sont les fils de cuivre et de laiton produits par les usines de M. Mouchel, à Tillières et Boisthorel, fils qui jouent aujourd’hui un rôle si important dans la télégraphie électrique ; pour ce dernier emploi, il est indispensable que chaque millimètre d’un long fil ait exactement la même proportion chimique, le même diamètre, le même poids. Quand il s’agit de centaines et de milliers de kilomètres, on comprend quelle doit être la difficulté de fabrication. Pour montrer à quel degré de finesse ses établissements peuvent filer leur laiton, M. Mouchel a mis sur la tête d’une poupée de coiffeur une véritable perruque blonde tout en cheveux métalliques.

« Au milieu de cette salle, est le petit temple élevé par la Société royale asturienne, que je croyais une société belge, bien qu’elle ait en France un établissement très important à Auby-lez-Douai ; dans ce temple, outre des statues et d’autres objets en zinc fondu, la Compagnie royale asturienne expose des minerais de zinc de ses mines de Réocin, situées dans la province espagnole de Santander, du zinc brut et des feuilles de zinc laminé ; l’une d’entre elles, sur une épaisseur de 8/10 de millimètres : au centre, est un tableau peint sur plaque de zinc.

« A l’extrémité de la galerie se trouvent les cuivres, laitons et les zincs de MM. Oesger et Mesdach, une des plus puissantes et la plus sage des maisons de commerce des mé-
taux, dont l’usine principale française est à Biache-Saint-Wast (Somme) ; puis vient une petite salle carrée, où la place a été bien parcimonieusement répartie aux échantillons des mines, carrières et salines du sol français. Là, se trouvent des types de houilles grasses et maigres, des phosphates, des terres plastiques ou réfractaires, des ocres et des blocs de sel gemme, des pierres lithographiques et, enfin, tout ce qui, à la surface ou dans les profondeurs de notre terre française, peut être industriellement employé.
« Dans cette même salle se trouvent des spécimens, des photographies, des aquarelles montrant les produits et le mode de travail d’une fabrication déjà ancienne, à l’état rudimentaire, mais toute nouvelle comme grande industrie. Cette exposition, très intéressante, a été dressée par M. Ernest Borde, directeur actuel de l’usine des Blancs minéraux de Meudon.

« Tout le monde connaît ces petits cylindres friables vendus sous le nom de blanc d’Espagne ou de blanc de Meudon, et utilisés dans la vie domestique pour tant d’usages; leur matière, simple carbonate de chaux pur, est aujourd’hui employée par un grand nombre d’industries, soit loyalement, com’me dans la production de l’acide carbonique des eaux de seltz, pour l’empâtement des mastics, des caoutchoucs, des toiles cirées, des bitumes; soit pour des usages moins avouables, que le fabricant lui-même doit ignorer.

« On comprend, du reste, sans les énumérer, quelles applications a déjà et peut avoir .dans l’avenir un corps absolument blanc, sans odeur ni saveur, pouvant être réduit en poudre aussi ténue que les farines les plus fines et les poudres les plus impalpables, auxquelles il peut être impunément mêlé, car il n’est pas toxique.

« L’usine qui est située à Meudon même, a été montée avec un véritable luxe de machines et d’appareils, que l’on peut s’étonner de rencontrer dans une production semblant, au premier abord, aussi simple; mais le regrettable M. Paul Borde, fondateur de l’usine, avait compris que, plus la matière à traiter est à bon marché, plus il faut réduire
la main-d’œuvre, et il n’avait rien épargné pour arriver à ce résultat : machines motrices , broyeurs mélangeurs , agitateurs, moyens de transport automatiques, tables sécheuses, tout est exécuté sur le dernier modèle et dans la plus absolue perfection.

« Dans ces derniers temps, on vient d’établir à Meudon trois presses-filtres continues, du système de M. Tissot, construites par M. Durenne, et qui rendent les plus grands services pour le dessèchement rapide des pâtes.

« Nous engageons les industriels qui ont vu cette presse-filtre au repos dans l’annexe de l’avenue de Labourdonnaye, â aller la voir fonctionner industriellement à l’usine de Meudon.

« Avec de très légères modifications, cette machine peut servir à un grand nombre d’industries diverses, comme presse à jus de betteraves, à huile, et jusqu’à un certain point comme pressoir à raisin, enfin toutes les fois qu’on a à exprimer un liquide contenu en excès dans un corps quelconque.

« Il est, je crois, difficile de trouver un meilleur instrument, lorsqu’il aura été adapté normalement à chaque genre de production. Toutes les fois qu’il est possible de changer un effet alternatif en effet continu, il y a toujours grand avantage à le faire ; depuis longtemps l’on avait cherché la presse-filtre continue.

« Sur les étagères de la Société des blancs minéraux, nous trouvons aussi des pâtes colorées où le carbonate de chaux est teinté dans les bassins mêmes. Il y a là encore toute une série d’applications à différentes opérations industrielles pour lesquelles l’acquisition à bon marché et par tonnes toutes préparées de pâte colorée, constituera une grande économie et d’argent et de temps.

« Plus loin est l’installation si intéressante de la maison Japy de Beaucourt. Les mouvements de montres et de pendules, la serrurerie, la quincaillerie, les vis à bois, l’introduction des broyeurs anduzés dans la vie domestique, le petit modèle de maison ouvrière et surtout ce qui n’est pas exposé au Champ de Mars, et ce qui ne saurait être trop admiré et répandu, les institutions ouvrières qui régissent les nombreux établissements fondés par M. Adolphe Japy, avaient bien mérité la récompense élevée dont cet industriel a été honoré.

« Dans la salle suivante, est la belle installation de la Société des usines à zinc du Midi, fondée dans l’Hérault vers 1870; elle a établi au bousquet d’Orb, à l’entrée même d’une des galeries du charbonnage de Graissessac, une fonderie de zinc considérable qui commence à prendre un grand développement depuis que les difficultés inhérentes à l’introduction, en France , d’une industrie nouvelle et aussi peu connue ont été surmontées.

« La création de cette fonderie, comprenant également un laminoir, a déterminé la découverte et facilité l’exploitation de gîtes métallifères français considérables et dont l’exposition de la Société du Midi donne des échantillons non pas de quelques kilogrammes, mais de plusieurs tonnes. Un bloc de blende, d’un seul morceau, taillé aux Avinières, près du Vigan, mesure plus d’un mètre cube. Les calamines, les blendes, les galènes d’une grande richesse, du zinc brut, du zinc pour fonte d’art, du métal laminé et du repoussé démontrent que la France est aussi riche en minerais et aussi habile en métallurgie que l’Allemagne et la Belgique.

« Plus loin, les yeux sont attirés par la grande marmite contenant quatre mille litres de liquide pouvant être renfermés dans 1,300 kilogrammes seulement de métal fondu en fonte par la grande famille de Rozière, près de laquelle les cultivateurs, venus en grand nombre depuis deux mois dans le Champ de Mars, font toujours foule devant le grand panneau couvert de lames de faux par l’aciérie de Pont-Salomon.

« Les métallurgistes, les constructeurs de wagons ou de pièces d’artillerie ont étudié le dressoir de M. Martin de Sireuil, l’inventeur du célèbre four Martin, qui a fait dans l’industrie des aciers fins une aussi grande modification que l’appareil Bessemer dans la fabrication des aciers en grande masse et des fers homogènes.

« Les aciers coulés sans soufflure, le métal pour bandage de roues comprimées à l’état liquide l’essieu coulé creux, les cuirasses, les canons de fusil et tous les échantillons de M. Martin ont été un bon sujet d’études pendant les quelques mois qui viennent de s’écouler.

« Comme nouveautés, nous devons signa-1er les fers creux et tirés en tubes par la maison Mignon et Rouart dans leur usine do Montluçon. Les visiteurs remarquent surtout un serpentin, fabriqué d’une seule pièce, sur 12 mètres de long et un diamètre égal dans toute son étendue et le grand serpentin de 92 mètres qui surmonte la colonnade de gros tuyaux élevée dans le milieu de la classe 43.

« On ne saurait s’imaginer l’importance de notre commerce de métaux ; ainsi, la ferblanterie produit un nombre presque infini d’objets divers dont la valeur atteint par année près de cent millions de francs ; la quincaillerie et ses dérivés transforment chaque année trois mille tonnes de fers estampés et emboutis, do tôle recuite, de fontes émaillées, de fontes malléables, de crémones, de verrous, de serrures, de charnières exportées dans le monde entier.

« Sans compter les grosses forges et les ateliers de construction, dans un seul département, celui des Ardennes, trente mille ouvriers sont employés aux produits de la serrurerie, à la fabrication des boulons et des vis.

« Parmi les nombreuses industries françaises, aucune plus que l’industrie des métaux ne doit attirer davantage l’attention du gouvernement et des Chambres ; aucune n’a plus besoin de dispositions législatives bien étudiées, de moyens de transports économiques bien conçus et surtout prochainement exécutés. »

LES BOIS BRUTS. LES BOIS DÉBITÉS ET OUVRÉS.
LES PRODUITS FORESTIERS ACCESSOIRES.

La classe dans laquelle nous entrons est très intéressante et fournirait matière à de longues dissertations, à des études approfondies, si on voulait écrire un ouvrage spécial et technique.

Pour nous, qui ne faisons que passer, nous nous bornerons à signaler au lecteur les plus curieux des échantillons exposés, ce qui lui donnera une idée des mille façons dont on est aujourd’hui parvenu à utiliser le bois.

Au point de vue de la beauté et de la dimension, nous ne connaissons rien de plus remarquable que le magnifique bloc de bois de chêne exposé parM. Relouze, dans le parc du Champ de Mars, devant l’Ecole militaire.

Nous voyons tour à tour le bois réduit en feuilles pour parquets, préparé pour la confection des brosses, arrangé en manches pour outils de toutes sortes.

Voici plus loin des tiges de fèves pour la papeterie, des formes, des embouchoirs, des planches à bottes, des baguettes à gants, des sabots, des cuves, des manches à balais et enfin toute l’industrie forestière des Vosges.

Les autres curiosités de l’industrie forestière se trouvent au parc du Trocadéro, dans les pavillons que nous avons déjà visités.


LA CHASSE ET LA PÊCHE.

Les produits do la chasse sont les fourrures et les pelleteries, les poils, les ^soies de porc, les crins, l’ivoire.

Les fourrures, cela va sans dire, étaient la great-attraction de cette classe.

Il y avait foule surtout devant les animaux représentés en grandeur naturelle, notamment devant le lion étranglant un marcassin et attaqué lui-même par un énorme boa.

Cette scène dramatique attirait et retenait la foule.

Les fourreurs français peuvent être contents d’eux-mêmes ; leur exposition a été de beaucoup supérieure, non comme matière première, mais comme exécution, comme élégance, comme fini aux expositions étrangères.

Quoi de plus ravissant que cette belle robe de velours rouge bordée de marte zibeline? Quoi de plus gracieux que ces fleurs en fourrures ? Encore une mode nouvelle qui apparaît à l’horizon.

Enfin, notons l'insecticide Vient qui se trouve là bien à sa place et qui semble le gardien de toutes ces luxueuses et coûteuses choses.

Les principaux produits de la pêche sont les éponges et les fanons de baleine.

Les éponges sont un grand objet d’importation et une source de commerce considérable.

Une des vitrines les plus regardées était celle de la maison Herbert et Cie, qui a exposé de magnifiques coraux.

Dans la même classe, deuxième section, figurent les engins de pêche et de chasse.

Les engins de chasse sont peu représentés; on ne voit guère que des pièges en petit nombre; les engins de pêche, en revanche, sont nombreux et donnent une idée très complète des procédés employés pour surprendre les diverses sortes de poisson.

La maison Moriceau, la maison Trosseille, avaient des vitrines particulièrement remarquables et devant lesquelles s’arrêtaient tous les amateurs.


LES PRODUITS DIVERS.

La classe des produits agricoles non alimentaires comprenait le coton, le chanvre et le lin, les cocons, le houblon, le tabac, le miel et la cire, le tan, les fourrages.

Nous n’entrerons pas dans le détail de ces diverses expositions ; nous en avons déjà parlé en différentes fois et déjà nous avons, en appréciant l’objet manufacturé, parlé de la matière première, de son origine et de ses applications.

Nous avons parlé un peu de la manutention des tabacs, quand nous avons parcouru leur pavillon dans le parc du -Champ de Mars; le lecteur nous permettra cependant de revenir sur ce sujet et d’appuyer sur quelques détails intéressants.

Une des plus curieuses machines du pavillon des tabacs, et partant une des plus entourées, était la machine à fabriquer les cigarettes.

Le tabac tassé par l’ouvrière, dans une espèce de rigole à portée de la machine, on présente à cette machine l’extrémité d’un immense rouleau de fin papier.

Elle le saisit aussitôt, le coupe à l’endroit voulu, remplit de tabac l’étroite feuille, la roule, la ferme à l’une des extrémités et la lance par un tube dans un panier disposé pour la recevoir.

Il y a après cela la machine à vérifier le poids des paquets de tabac. Les paquets, préparés par une autre machine, à colonne d’eau, sont présentés à celle-ci : elle s’en empare au moyen d’une griffe et les place sur une balance qui, s’ils ont le poids voulu, les laisse retomber dans un panier placé au centre; si le paquet est trop lourd, la balance le rejette à droite ; s’il est trop léger, elle le rejette à gauche. C’est la première fois que cette ingénieuse machine, d’invention récente, figure dans une exposition.

Une autre machine ne laisse passer, du tabac, à priser que les grains suffisamment fins et rejette les autres pour être manipulés à nouveau. Diverses opérations, le mouillage, le séchage, etc., se font à la main, d’autres au moyen de machines très élémentaires et qui n’ont en conséquence rien de bien curieux.

En face de la galerie des machines en activité sont exposés les modèles réduits des diverses machines employées dans les manufactures de l’Etat : laveuses mécaniques, torréfacteurs, laminoirs, cylindres sècheurs, appareils à râper, à hacher, à presser, essoreuses, etc.

L’industrie des produits chimiques comprend un grand nombre de branches qui n’ont entre elles d’autres liens que ceux que le chimiste leur impose par ses combinaisons.

Les produits chimiques proprement dits, couleurs, vernis et encollages, stéarinerie et corps gras, savonnerie et huiles, travaillées, produits pharmaceutiques, telles sont les cinq grandes divisions des produits chimiques.

Le progrès des produits chimiques est démontré par la progression énorme delà production de l’acide sulfurique qui, dans l’espace de dix années, s’est accrue de dix millions et a atteint le chiffre énorme de 90 millions de kilogrammes.

Passons maintenant à l’application des produits chimiques et parlons d’abord des vernis français et italiens ; citons en première ligne l’exposition de l’usine Dugny.

Grâce aux perfectionnements qu’il a apportés dans son mode de fabrication, M. Rouquier-Millius, directeur de l’usine, est enfin parvenu à soustraire notre pays au tribut qu’il payait depuis longtemps à l’Angleterre.

Après des études approfondies sur les différents procédés de fabrication, après des essais cent fois faits et cent fois recommencés, où il fallait tenir compte des prix de la matière première; ainsi que des frais de main-d’œuvre et d'outillage, il en est enfin arrivé, en 1874, à un résultat complet.

Le vernis obtenu était, après expérience et comparaison faites, plus durable, aussi beau et de beaucoup moins cher que le vernis anglais.

Ce fut alors seulement que commencèrent les difficultés et qu’il fallut lutter contre la prévention et l’esprit de routine ; M. Rouquier-Millius n’échappa pas à ce terrible écueil, devant lequel bien d’autres ont succombé.

Voyant l’obstination avec laquelle les grandes Compagnies de chemins de fer refusaient l’adoption de ses produits, il dut proposer de faire à ses frais les travaux de vernissage d’un certain nombre de wagons, offrant ainsi un moyen sûr de comparaison.

Les expériences durèrent plusieurs années, au bout desquelles force fut de reconnaître au vernis Rouquier-Millius une supériorité manifeste sur les vernis anglais.

Dès lors, plusieurs Compagnies ne firent plus usage que de ce vernis, abandonnant même le vernis anglais superfin caisses, qui avait jusque-là paru indispensable.

Tel est le progrès incontestable et important au point de vue de l’industrie nationale qui a été réalisé à l’usine de Dugny.

Nous ne reviendrons pas sur la stéarinerie ni la savonnerie dont nous avons parlé précédemment et dont nous avons indiqué suffisament le mode de fabrication avec les progrès réalisés.

Avant d’aborder les produits pharmaceutiques, nous demanderons au lecteur la permission de placer sous ses yeux, à propos des produits chimiques, quelques extraits d’une conférence que M. Bertin, professeur à l’association polytechnique, a faite sur les dérivés de la houille, c’est dans le journal la France que nous trouvons ces extraits :
« Partant d’un morceau de charbon de terre, Bertin a successivement passé en revue les divers produits qui en dérivent, pour arriver enfin à ces riches couleurs que l’on emploie aujourd’hui pour teindre la laine et la soie. Cette industrie n’a pas plus.de vingt ans d’existence, et comme il est intéressant de savoir comment on peut teindre une robe en bleu, en rose, en violet ou en jaune avec un morceau de charbon, nous allons suivre, si vous le voulez bien, le conférencier et constater que dans un morceau de houille distillé, rien, absolument rien, n’est perdu.

« Nous savons déjà que le charbon, en distillant, produit du gaz, des eaux ammoniacales et du goudron en abondance comme résidu du coke.

« Nous connaissons déjà l’usage du gaz.

« Le coke est employé au chauffage et vendu directement au consommateur.

« Restent les eaux ammoniacales et le goudron, longtemps sans emploi, encombrant les usines, et sources aujourd’hui de richesses énormes.

« Des eaux ammoniacales on retire l’ammoniaque, d’un usage fréquent en médecine ; mais, surtout, elles servent à former le sulfate d’ammoniaque, employé en agriculture comme engrais. C’est le seul sel ammoniacal dont il faille encourager l’emploi et qui produise un effet vraiment utile sur les terres qu’il doit amender.

« Le goudron est formé de carbures d’hydrogène, de bases et d’acides en proportions variables ; mais, si on le distille, il se sépare simplement en huiles légères, huiles lourdes et brai.

« Le principal usage du brai, matière noire, épaisse, à cassure brillante, est de faire des agglomérés ou briquettes. On s’en sert comme d’un ciment pour agglutiner toutes les parcelles de coke que l’on ne peut vendre, ni brûler, et qui «Mit longtemps embarrassé les usines. On obtient ainsi un combustible donnant beaucoup de chaleur, s’allumant rapidement, facile à emmagasiner et que toutes ces qualités font rechercher.

« Les huiles lourdes, abandonnées à elles-mêmes, à une température un peu basse, laissent déposer la naphtaline que l’on emploie en médecine et qui déjà peut fournir une teinture : le brun Bismarck.

« Débarrassées de la naphtaline, les huiles lourdes servent à l’injection des bois. On sait qu’on rend les bois plus durables en injectant dans leurs cellules une matière antiputrescible, qui remplace la sève. On espère, avec les huiles lourdes, faire ainsi durer les traverses de chemin de fer aussi longtemps que les rails d’acier qu’elles supportent.

« Des huiles lourdes on tire encore le phénol ou l’acide phénique, si employé en médecine, et d’autres produits dont le plus remarquable est l’acide picrique, matière colorante jaune très énergique, car 1 gramme d’acide picrique suffit pour teindre un kilogramme de soie.

« C’est surtout des huiles légères que l’on tire les matières colorantes en abondance. Il serait trop long d’énumérer tous les procédés suivis, car chaque nuance exige une pratique spéciale ; mais, comme toutes ces couleurs dérivent de Y aniline, nous verrons seulement comment on peut l’obtenir.

« Les huiles légères fournissent une matière bien connue, la benzine, dont les services dans les ménages sont les moindres qualités. La benzine sert à dissoudre le caoutchouc et la gutta-percha, et par suite à obtenir ces matières en couches excessivement minces. Elle sert à rendre le papier transparent sans le rendre gras, et, enfin, forme la nitro-benzine, que l’on emploie dans la parfumerie commune pour remplacer l’essence d’amandes amères.

« La nitro-benzine, à son tour, fournit l’aniline, qui est un poison violent, mais qui, à elle seule, donne toute la gamme des couleurs, d’une pureté et d’un éclat incomparables.

« Nous ne saurions trop engager les lecteurs que ces questions peuvent intéresser, à visiter à l’Exposition la belle collection des couleurs d’aniline exposée dans la section française, classe des produits chimiques.

« Enfin, nous ferons remarquer encore que ces matières colorantes sont d’un emploi très facile, qu’il suffit de tremper l’étoffe à teindre dans une dissolution chaude de ces couleurs, qu’elles n’exigent ni apprêt, ni mordant, et qu’en somme si on les avait toujours connues, l’art de la teinture n’aurait jamais existé.

« Et tout cela est obtenu avec un morceau de charbon ! »

En traitant de la stéarinerie et des corps gras, nous avons oublié de parler de la maison Arlot, d’Aubervilliers ; c’est une des plus grandes fabriques de suif.

Tous les jours, quarante voitures de la. maison vont chercher chez les 1,800 bouchers de Paris et de la banlieue quelque chose comme sept à huit millions de kilogrammes de graisses, de déchets, etc.

Avec ces matières premières, la maison Arlot arrive à fabriquer annuellement un million de kilogrammes de suif qu’elle livre à la savonnerie et à la stéarinerie, un million de kilogrammes de savon de ménage, et trois millions de kilogrammes d’engrais très recherchés par l’agriculture.

Les produits pharmaceutiques principaux sont : l’opium, le quinquina, l’ipécacuana, le séné, l’aloès, etc., sans parler des produits secondaires tels que les alcaloïdes végétaux, l’acide salicylique, le chloral, etc.

Nous ne reviendrons pas sur le pavillon des eaux minérales auquel le lecteur se souvient d’avoir rendu une visite longue et détaillée.

Nous voici arrivés aux procédés chimiques de blanchiment, de teinture, d’impression et d’apprêt.

Nous empruntons au document officiel la définition très complète et très concise à la fois qu’il a donnée de ces quatre industries :
« Le blanchiment, la teinture, l’impression et l’apprêt sont quatre industries qui ont pour but d’approprier à nos usages les matières textiles, d’origine animale ou végétale, très-rarement utilisées à l’état brut. Les usines où s’effectuent ces opérations travaillent généralement à façon.

« Le blanchiment débarrasse les tissus des corps gras ou résineux qu’ils contiennent.

« Pour les fibres animales, le dégraissage se fait par des bains successifs de savon et de soude, et le blanchiment par l’acide sulfureux; pour les fibres végétales, les parties résineuses sont attaquées par des lessivages à la chaux et le blanchissage se fait ensuite au chlore.

« On double les opérations et on azure le tissu avec un mélange de bleu et de violet, quand il doit rester blanc et n’est pas destiné à l’impression.

« Le tissu destiné à la teinture doit subir les opérations suivantes :
« 1° Grillage. — Le tissu écru, tel qu’il tombe du métier, est garni d'un duvet abondant qu’on enlève en passant les pièces, soit sur une plaque métallique demi-circulaire chauffée au rouge, soit dans une flamme de gaz fortement activée par un courant d’air comprimé.

« 2° Dégorgeage. — Les étoffes, après le tissage, sont en général grasses et souillées de taches. On les purifie par des passages en eau chaude, des bains de savon, de carbonate de soude et des rinçages. Ainsi dégorgées, elles sont envoyées à la teinture.

« 3° Teinture. — La teinture consiste dans une combinaison intime de la matière colorante avec la matière textile qui compose le tissu. Cette combinaison n’a pas toujours lieu directement ; il faut avoir recours à des produits intermédiaires, appelés mordants, qui sont en général des sels d’alumine, d’étain, de fer ou de cuivre, auxquels on ajoute des acides et divers autres produits chimiques. Les colorants forment avec les mordants des laques insolubles résistant au lavage.

« L’apprêt a pour but de faire disparaître les poils et duvets dont sont garnis les tissus et qui se sont relevés pendant les manutentions de la teinture. Pour arriver à ce résultat, on se sert de la machine dite tondeuse. Après avoir été soumise à l’action de cette machine, l’étoffe est légèrement humectée avec de l’eau pure ou de l’eau gommée, et ensuite séchée par divers procédés qui lui font acquérir de la souplesse et de la fermeté.

« Impression. — L’imprimeur, comme le teinturier, emploie les matières colorantes et les mordants. Les dessins sont gravés sur des planches de bois ou sur des cylindres en
cuivre. Les gravures enduites de couleurs sont appliquées sur le tissu préalablement blanchi et dégorgé ; c’est ce qui constitue l’impression.

« La découverte de la laque et de l’extrait de garance, et celle plus récente de l’alizarine artificielle, ont permis d'imprimer tout à la fois les couleurs garance et les couleurs ordinaires et de les fixer par un même vaporisage. »

Le lecteur nous saura gré de compléter les renseignements que nous venons de placer sous ses yeux.

M. Blanche, manufacturier à Puteaux, a fait sur ce sujet une conférence très-complète ; nous empruntons au compte rendu de la France les passages les plus intéressants :
« C’est l’Inde surtout, le pays par excellence des plantes tinctoriales, qui peut être considérée comme le berceau de l’art de la teinturerie. Bien plus, dès les temps les plus reculés, on employait les mêmes méthodes auxquelles on a recours aujourd’hui, et Pline, qui a expliqué tout au long la façon dont s’y prenaient les anciens habitants de l’Inde, pour obtenir les riches couleurs de leurs tissus, a fait une peinture encore exacte des moyens dont se servent aujourd’hui les Indiens.

« Nous dirons tout à l’heure en quelques mots quelles sont les pratiques mises en œuvre ; mais auparavant, afin de bien éclairer la question, nous allons fixer quelques principes et développer quelques notions.

« Il ne faut pas confondre les matières colorantes avec les matières colorées ; les unes sont en usage en teinture, et les autres en peinture. Pour être employées, les premières doivent être dissoutes dans l’eau, afin d’imprégner complètement les étoffes qu'elles doivent teindre; les secondes, au contraire, doivent former avec l’huile, la gomme ou l’eau une pâte que l’on enlèvera avec un pinceau, pour la fixer sur l’objet à peindre. Enfin, comme dernière distinction, les premières ne cachent pas l’étoffe qu’elles embellissent, et les secondes masquent complètement le bois, la toile, le papier ou la matière, quelle qu’elle soit, sur laquelle on les a appliquées. Il est en outre curieux que certaines matières tinctoriales ne possèdent pas la nuance qu’elles donnent au tissu, et nous en verrons un exemple frappant avec l’indigo.

« Les matières colorantes étant dissoutes dans l’eau, il ne suffit pas toujours d’y plonger l’étoffe pour lui donner la couleur voulue. Il y a à ce point de vue des différences énormes entre les produits textiles provenant des végétaux, comme le lin, le chanvre, le jute, le coton, et ceux qui nous sont fournis par les animaux, comme la soie, la laine, le crin, les poils de toutes sortes. On peut même utiliser ces différences pour obtenir des effets et des dessins. Ainsi, par exemple, la laine est très avide de couleur ; elle prend facilement la teinture, et les ouvriers accusent cette propriété en disant qu’elle en est amoureuse. Le coton, au contraire, se tient difficilement. Si donc dans un tissu de laine nous faisons des dessins avec des fils de coton, et si nous plongeons le tout dans un bain de garance, nous aurons un fond de laine rouge, sur lequel se détacheront en blanc les fils de coton qui n’auront pas pris la teinture.

Dès les temps les plus reculés, les Indiens s’étaient préoccupés de teindre le coton pour fabriquer leurs admirables étoffes, Y indienne et la perse. Pour cela ils avaient deviné, inventé l’usage des mordants, c’est-à-dire des sels de natures diverses dont on imprègne les étoffes avant de les teindre et qui, sans les colorer, les rendent aptes à retenir la teinture dont ils modifient la nuance. Les mordants sont de plusieurs sortes : ce sont les sels d’alumine qui donnent les nuances claires et les sels de cuivre et de fer qui donnent les nuances foncées.

« Or, voici l’admirable procédé que, déjà du temps du Pline, suivaient les Indiens. Ils enduisaient de mordant au pinceau, sur l’étoffe, les fleurs et les arabesques dont ils voulaient la décorer ; ils préparaient leurs effets en variant les sels, — notez que les mordants sont incolores,— et ils plongeaient ensuite tout le tissu dans un bain de teinture.

Les parties mordancées retenaient seules la couleur et donnaient des nuances différentes suivant les mordants employés, quoique le bain de teinture fût le même.

« C’est encore la même méthode qui est suivie aujourd’hui dans l’Inde. Et quoique nous obtenions dans nos usines des couleurs plus vives que par ce procédé si simple, le talent des artistes indiens et leur sentiment de l’harmonie sont tels que l’effet auquel ils arrivent est toujours supérieur au nôtre.

« En teinture, il n’y a que trois couleurs d’où dérivent toutes les autres, par des mélanges en diverses proportions ; ce sont : le bleu, le rouge et le jaune ; et en suivant l’histoire de l’une d’elles, on parcourt toute l’histoire de l’art de la teinture.

« Prenons le rouge pour exemple. Le rouge ancien le plus connu est la pourpre, dont on a perdu aujourd’hui le secret. On dit qu’un Phénicien, voyant son chien rougi par un coquillage qu’il dévorait sur le rivage, eut l’idée de sa fabrication. Il est certain, en effet, que l’on se servait pour la fabriquer d’un coquillage du genre murex, et l’on a retrouvé à Pompéi une fabrique de pourpre et de grands dépôts de ces coquilles.

« Il faut ensuite arriver à la découverte de l’orseille pour noter un fait saillant. On l’obtenait, on l’obtient encore, en faisant agir l’ammoniaque sur des lichens ; les lichens sont une sorte de mousse ; car quel autre nom donner à une plante qui n’a pour ainsi dire ni racine, ni tige, ni feuilles ni fleurs ? On emploie l’orseille aujourd’hui, entre autres usages, pour colorer les œufs de Pâques ou rougir l’alcool des thermomètres. Cette remarque fixera bien sa nuance dans l’esprit.

« Enfin, au quinzième siècle, Gilles Gobelin vint installer à Paris, aux bords de la Bièvre, une usine pour la fabrication du rouge de cochenille. La cochenille est un insecte exotique qui vit sur les cactus. En 1630 seulement, sous la puissante impulsion donnée par Colbert, on découvrit, à l’usine de G. Gobelin, le rouge écarlate. Enfin, en 16S0, les Gobelins devinrent propriété nationale, et on y introduisit la fabrication des tapisseries. De ce jour date pour cet établissement l’ère de prospérité qui a rendu sa réputation universelle.

« En 1690, on chercha à introduire en France la fabrication de l’indienne. Mais les procédés employés donnaient des couleurs peu solides, et les réclamations se produisirent avec une énergie telle, qu’on dut interdire cette industrie naissante.

« La défense fut maintenue plus de soixante ans. En 1758 seulement, un Suisse, Abraham Frey, qui savait le monde et connaissait le métier de courtisan, offrit à Mmc de Pompadour un ameublement complet en perse, fabriquée à la main à Corbeil. Le présent fut agréable, et Abraham Frey obtenait bientôt l’autorisation de fonder en France la première usine d'impression.

« L’industrie progressa sans discontinuer à partir de cette époque. Michel Haussmann élevait ensuite, à Rouen, une usine pour la fabrication du rouge turc ou rouge d’Andrinople, et, enfin, en 1759, Oberkampf établissait l’usine de Jouy-en-Josas. Il procédait d’abord comme les Indiens, en disposant les mordants au moyen de pinceaux ; mais bientôt il entrevoyait l'avenir immense de cette industrie et inventait les rouleaux, qui portent en relief les dessins et impriment sur l’étoffe les mordants dont on les a imprégnés ou les couleurs dont ils sont couverts ; Oberkampf fondait ainsi, en France, la véritable industrie de la teinture et de la décoration des étoffes.

« Enfin, à la suite de la Révolution française, vient la grande pléiade des chimistes célèbres, dont un illustre représentant, M. Chevreul, est encore vivant de nos jours. Les procédés que l’on se transmettait d’âge en âge, sans se rendre compte de leur valeur, furent alors étudiés, fouillés un à un, et le résultat de ces recherches, aidé des progrès croissants de la mécanique, fut le magnifique développement de cette industrie. »

Immédiatement après cette classe, d’un intérêt un peu aride peut-être, nous voici dans la galerie des cuirs.

Cette galerie, nous sommes forcés de l’avouer, n’a pas inspiré au public l’intérêt qu’elle méritait, elle était absolument désertée.

Pourtant, c’est une de nos grandes industries nationales. Le dernier relevé officiel lui assigne comme chiffre d’exportation : — 116,661,016 francs.

En revanche, l’exposition des ports de commerce où nous allons conduire le lecteur et dont la visite complète couronnera notre compte rendu du commerce et de l’industrie français, regorgeait de visiteurs.


L’EXPOSITION DE NOS PORTS DE COMMERCE

Cette partie de l’Exposition a inspiré un intérêt général et les visiteurs ne lui ont jamais manqué depuis le premier jusqu’au dernier jour.

Douze ports y étaient représentés dans l’ordre suivant : Marseille, Bordeaux, Dieppe, Honfleur, Fécamp, Dunkerque, Paris, Rouen, Brest, Boulogne, Cette et le Havre. On objectera peut-être que Paris n’est pas encore un port de mer. On pourrait presque répondre à cette objection que Paris reçoit des bateaux à vapeur anglais de la Compagnie Seine-et-Tamise, que tout le monde a vus ou peut voir opérant leur chargement au port Saint-Nicolas, en face du Louvre ; mais une raison meilleure de le voir figurer dans cette exposition, c’est que Paris est le véritable centre de notre commerce maritime, parce qu’il est le centre du réseau de nos grandes voies de communication ot l’entrepôt général des ports.

Parcourons cette intéressante galerie.

Aux murs sont appendus des plans, des dessins, des cartes, des tableaux statistiques indiquant le mouvement progressif de notre commerce maritime, le chiffre du tonnage à l’entrée et à la sortie, et celui des bâtiments à voile et à vapeur qui fréquentent les divers ports. Nous remarquons en outre deux tableaux à l’huile représentant une vue de la basse Seine et du mascaret à Quillebeuf avant l’endiguement; ces tableaux figurent dans la section rouennaise. Quant aux produits, ils conservent ici, autant qu’il est possible, leur division naturelle en produits d’importation et produits d’exportation, ou, si l’on préfère, en fret d’entrée et fret de sortie.

Le premier port qui s’offre est celui de Marseille, le port du blé.

Marseille importe les blés des contrées baignées par la Méditerranée, la mer Noire, la mer d’Azof, etc.

Son exposition était forcément très brillante ; on y voyait des riz du Piémont et de l’Inde, des légumes secs d’Italie ; des cafés et des cacaos du Brésil, de Porto Rico,, du Vénézuéla, de l’Inde, d’Haïti ; des graines oléagineuses du Levant, d’Espagne, de la côte d’Afrique, de l’Inde : sésames, arachides, colzas, lins, ravisons, pavots, etc., des sucres bruts des Antilles, de la Réunion, du Brésil, de Maurice, de Manille, de Madras, de Calcutta, les laines de l’Algérie, du Levant et de la Plata, les cotons, les soies et cocons, les plombs de Sardaigne et d’Espagne; les produits chimiques, drogueries, plantes tinctoriales, les tabacs, les fruits secs, les bois de construction et de teinture; les marbres, briques et tuiles ; les conserves, vins, liqueurs, thés, épices ; les charbons, les huiles minérales et les denrées coloniales de toute nature, en un mot.

Voici Bordeaux avec ses vins du pays pour l’exportation et ceux d’Espagne pour l’importation ; des cuirs, des peaux, des bois de construction, des douves de tonneau en chêne, les riz et les épices de l’Inde, des gommes, des tabacs et des cigares.

Voici Dieppe, Fécamp, Dunkerque, Boulogne, Brest, avec leur importante collection d’engins de pêche et de navigation ; des voiles, des cordages, de curieux modèles de steamers, de bateaux marchands et de bateaux pêcheurs ; des spécimens de planchers pour navires, planchers rabotés et embouretés, enfin des conserves alimentaires.

La Chambre de commerce de Paris a eu l’ingénieuse idée de faire dresser un petit plan de Paris en relief, sur lequel des drapeaux indiquent les catégories d’industries : rien de plus gracieux et en même temps de plus exact et de plus net que l’ensemble de toutes ces maisons, de toutes ces rues, de toutes ces avenues, de tous ces squares, de tous ces monuments si bien à leur place.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878