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Galerie des Machines et ses Annexes


Galerie des Machines et ses Annexes à l'exposition de Paris 1878

Une promenade à travers la galerie des machines, au palais du Champ de Mars, est tout un voyage, mais un voyage intéressant. Il aurait pu l’être davantage encore ; malheureusement diverses causes ont empêché que l’exposition des machines fût complète et vraiment universelle, et parmi ces causes nous nous bornerons à rappeler l’hésitation trop prolongée du Congrès des États-Unis à prendre une résolution quant à la participation de ce pays à l’Exposition universelle. Le retard qui en fut la conséquence contraignit les exposants américains à se préparer avec trop de hâte. L’exposition des États-Unis n’en est pas moins très belle et moins incomplète peut-être que la nôtre; mais elle brille surtout par un choix extrêmement intéressant de ses machines agricoles, qui ne figurent pas dans les machines que nous visitons aujourd’hui.

Les machines agricoles , en effet, font partie du matériel agricole général, que nous explorerons à son tour. De même les locomotives figurent dans le matériel des chemins de fer, et différents appareils de navigation dans le matériel de navigation et de sauvetage. Sauf quelques scaphandres et une ou deux locomotives exposées dans la galerie étrangère, avec des sleeping cars Pulmann, rien de semblable ne se trouve donc dans la galerie des machines proprement dites.

En somme, l’exposition actuelle est, en ce point, inférieure à celle de Philadelphie , nous devons l’avouer franchement. Elle est très intéressante malgré cela, et marque suffisamment les progrès accomplis depuis dix ans. Nous y avons remarqué plusieurs machines Corliss, Woolf et Compound. A propos de la machine Corliss, nous rappellerons qu’à Philadelphie c’était une gigantesque machine de ce système qui donnait, seule, le mouvement à toutes les autres, Le jour de l’inauguration, le président Grant et M. George Corliss, en appuyant chacun sur un levier, mettaient toute la galerie en mouvement. Nous avons eu une inauguration d’autre sorte; la force motrice, au Champ de Mars, est d’ailleurs très divisée : nous ne pouvions donc avoir qu’une inauguration célébrée d’après un programme rebattu, dont l’enthousiasme populaire constituait toute la partie originale.

Les machines Compound se distinguent des autres en ce qu’elles ont deux, souvent même trois cylindres combinés, pour éviter la perte de chaleur qui se produit pendant la détente dans les cylindres trop longs. La machine Woolf est construite d’ailleurs sur les mêmes principes. La machine Corliss, déjà remarquée à Vienne en 1873, n'a qu’un cylindre, mais de chaque côté de ce «cylindre sont adaptés un tiroir-échappement et un tiroir-admission se manœuvrant indépendamment l’un de l’autre, pouvant être ouverts ou fermés au moment opportun et recevoir une impulsion d’une rapidité telle qu’ils démasquent presque instantanément les lumières. La première dans la navigation, la seconde dans les manufactures, ces deux machines ont produit une véritable révolution par l’économie considérable de combustible qu’elles permettent de réaliser. Sans la machine Compound, la navigation à vapeur serait bien loin de pouvoir atteindre l’importance qu’elle a aujourd’hui.

Le spectacle que présentait la galerie des machines françaises, lesquelles occupaient à elles seules autant de place que toutes les machines de la section étrangère, présentait un spectacle féerique.


COUP D’OEIL GENERAL

Jetons d’abord, avant d’entrer dans cette splendide galerie, un coup d’œil général sur l’ensemble :
En pénétrant dans la section française par la porte de la galerie d’Iéna, nous nous trouvons au milieu des machines à coudre, à piquer, à ourler, à broder, de toute forme et de toute dimension. Plus loin, ce sont des machines à fabriquer des chapeaux de feutre et des chapeaux de paille, à battre le cuir, à fabriquer du chocolat, des pastilles, des pâtes alimentaires, des savons, des bougies; des machines à plisser, à tuyauter, à clouer et à visser les chaussures, à faire de la passementerie ; des appareils de sondage et de plongeage ; des broyeurs divers, presses hydrauliques, ascenseurs, appareils de distillerie et de sucrerie ; scieries mécaniques et machines-outils d’Arbey et autres, pour le travail mécanique du bois ; machine à débiter le bois pour les allumettes; machines à tarauder, à fileter, à cylindrer, à affûter les scies, etc.

La Compagnie de Fives-Lille expose un moulin à canne pouvant produire 3,000 hectolitres par jour ; une machine pour l’extraction du minerai, produisant 450 tonnes, destinée à Béthune ; une machine à glacer, etc. Voici une presse Thonnelier et un balancier pour frapper des médailles, et l’on en frappe, en effet, dont le visiteur s’empare volontiers, à titre de souvenir de l’Exposition. Non loin de. là se trouvent des appareils à boissons gazeuses, puis des machines à débiter le liège, à faire des bouchons, à boucher les bouteilles, à fabriquer des tuiles, des briques tubulaires; une taillerie de diamants. Citons encore plusieurs grues et machines élévatoires diverses, des moteurs magnéto-électriques variés, des machines à vapeur dont une du système Corliss, des pompes à vapeur, une machine rotative à double cylindre faisant jusqu’à 2,000 tours par minute, une trieuse magnéto-électrique pour séparer le fer ou le nickel des minerais mélangés.

La Compagnie de Bessèges expose une laveuse mécanique pour la houille, réduction de celle qui est en activité sur les lieux d’extraction et qui rend 300 tonnes de charbon par jour ; divers autres appareils d’extraction et de préparation des minerais, machines à agglomérer la houille, appareils de sondage et de forage des roches, précèdent ou suivent celles-ci, ainsi que des soufflets d’une grande puissance, une machine à air froid de M. Giffard, des laminoirs. Voici une machine à fabriquer des chaînes de montre en cuivre doré, et qui n’en fabrique pas moins de 15,000 mètres par jour, à ce qu’il paraît. Viennent ensuite les machines à peigner, à carder, à filer, à tisser le coton, le lin, le chanvre, la laine, la soie, etc. ; à fabriquer le velours, le tricot, le drap, les tresses, les rubans, les lacets et bien d’autres choses encore. Toutes ces machines sont en mouvement ; si quelques-unes se reposent, ce n’est que momentanément ; il suffit d’attendre ou de repasser devant elles une heure ou deux heures plus tard pour les voir fonctionner, et c’est un spectacle qui vaut la peine d'être vu et même revu.

Ce qui reste à voir de la galerie française est occupé par les différents systèmes de presses autographiques, lithographiques et typographiques dont la série se termine par la magnifique collection des machines Marinoni pour le tirage des journaux ; des appareils de fonderie de caractère, de stéréotypie, machines à fabriquer le papier, etc. ; enfin une machine à composer et à distribuer mécaniquement, sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir.

Entrons maintenant dans l’exposition détaillée des plus importantes de ces machines.

Si le lecteur le veut bien, nous commencerons notre visite par la galerie nord, mais avant d’y entrer, nous donnerons quelques instants à une installation qui a obtenu à la fois et un succès d’intérêt et un succès de curiosité.


LES MACHINES d’IMPRIMERIE.

Entrons maintenant dans la galerie des machines.

Quel brouhaha ! outre le bruit des voix, vous entendez les grandes orgues entonnant majestueusement leurs hymnes.

Vous embrassez d’un seul coup d’œil toute cette superbe galerie.

Ce n’est qu’un immense fourmillement d’acier, les pistons, les arbres de couche, tous les nerfs enfin de la mécanique, vont, viennent, montent, redescendent, lancent des éclairs en accomplissant leur course furieuse, mais calculée à une seconde près, et chacune d’elles fait entendre sa voix qu’une oreille exercée sait distinguer à travers le tumulte.

En effet, tout le monde sait que de même que chaque créature humaine a un son de voix qui lui est propre, de même chaque machine a aussi sa voix â elle.

La première machine qui s’offre à nous, c’est la machine Marinoni.

Les machines d’imprimerie offrent un intérêt très-grand. Dans l’exposition anglaise nous avons admiré la fameuse machine rotatoire Ingram; dans l’exposition française, nous trouvons une machine du même genre qui nous a paru supérieure ; nous .voulons parler de la grande machine Marinoni, qui a distribué, chaque jour pendant l’Exposition, des milliers d’exemplaires du Petit Journal.

M. Marinoni, du reste, a fort brillé à l’Exposition de 1878.

Il a exposé huit machines typographiques de son système. Sa presse en blanc, dite presse universelle, a servi à imprimer, le jour même de l’ouverture de l’Exposition, le journal l’Exposition de Paris, sous les yeux d’une foule curieuse et enthousiaste. C’est elle d’ailleurs qui servit toujours au tirage de Y Exposition de Paris. Elle est munie des rouleaux chargeurs mobiles, pour lesquels M. Marinoni est breveté, et dont l’emploi prooduit des tirages si légers et si nets, en même temps qu’il donne à l’encre plus de brillant et de vigueur.

Les machines rotatives faisant la retiration ont été construites et vulgarisées par la même maison. Elles sont employées depuis 1867, époque où elle en monta sept, à six margeurs, pour l’impression du Petit Journal. Leur grand succès est dû à l’adjonction de deux inventions aussi de Marinoni : le séparateur de feuilles, permettant d’envoyer celles-ci à autant de receveurs mécaniques qu’il est nécessaire, et la marge collante, qui donne une très grande vitesse avec le nombre de margeurs nécessaire pour alimenter la machine. La continuité de leur travail est assurée aujourd’hui par l’emploi du papier continu ou sans fin.

On verra par notre dessin la disposition donnée à ces machines, où tous les cylindres sont sur une même ligne verticale.

Le tirage est de 40,000 exemplaires par heure du format des petits journaux à un sou, et de 20,000 du format des grands journaux. Cette machine en outre coupe, compte et plie les journaux avec le pliage ordinaire des feuilles françaises,à cinq plis. Ce dernier perfectionnement est appliqué pour la première fois ; il ne fonctionne encore ni en France ni à l’étranger.

En face de M. Marinoni, nous trouvons la superbe machine rotative de Jules Derriey, d’une production égale et d’une application peut-être plus précieuse encore, puisqu’elle peut, sans aucune autre modification qu’un changement d’engrenages, s’adapter à plusieurs formats différents. Cette presse rotative est à papier continu, à clichés cylindriques, qui peuvent recevoir au besoin des clichés galvaniques, ainsi que cela se pratique pour l’impression du Monde illustré, chez M. Dalloz. Elle est munie d’un appareil pour séparer et compter les feuilles, qui sont envoyées mécaniquement par paquets de cent sur le plateau de sortie. Lorsque la machine, comme celles qui sont à Y Imprimerie nationale, au Moniteur, est disposée pour plusieurs formats, le coupage du papier se fait avant l’impression au moyen du simple changement d’engrenages que nous avons dit.

Le grand avantage de cette machine, très-simple, très-solide et très-petite, c’est que le conducteur en possède toutes les pièces sous les yeux et littéralement à la portée de sa main. Le mouillage du papier se fait par une machine spéciale ; l’eau est placée dans une cuve située entre le rouleau de papier qui se déroule et celui qui s’enroule. Dans pette cuve tourne un cylindre de métal à une vitesse beaucoup moindre que celle du rouleau de papier. La feuille de papier venant du rouleau sec est obligée de passer sur un cylindre de métal, qui entraîne par sa rotation une légère couche d’eau ; des rouleaux placés eu avant et en arrière du cylindre de métal obligent le papier à lécher le cylindre de métal et à l’essuyer. Le papier ainsi trempé est employé vingt-quatre heures après sur la machine à imprimer ; la feuille enroulée sur chaque mandrin a 5 kilomètres.


LA PRESSE ALAUZET.

Presse rotative à illustrations.

Voici encore un de nos constructeurs les plus estimés : M. P. Alauzet a construit une presse rotative expresse à illustrations, qui est un des étonnements de cette classe 60, si fertile en surprises. Cette machine admirable de précision, de douceur dans le jeu, fonctionne avec une seule composition, économisant ainsi les clichés et les traits de mise eh train ; en outre, elle réalise la suppression complète de tous cordons. Le papier sans fin est mouillé, coupé et plié mécaniquement, l’encre est transmise aussi mécaniquement, dans ses réservoirs, appelés encriers. Enfin, disposition commune d’ailleurs à toutes les
machines Alauzet et très-précieuse, un frein solidaire du levier de débrayage permet d’arrêter instantanément la marche de la machine.

Celle-ci produit environ 4,000 exemplaires par heure, de lm,64 de long sur Om,57 de large, trempés, imprimés, coupés et pliés.

M. Alauzet expose aussi une machine lithographique très-perfectionnée, dans laquelle, par une disposition toute spéciale de calage, il a rendu presque impossible la casse des pierres ; puis une machine à deux couleurs, pour format double raisin, dont l’encrage est admirablement combiné. Tous les gens du métier apprécient l’extrême importance de ce dernier point il en est peu qui ne connaissent le système breveté dû à M. Alauzet, par lequel on obtient une touche correcte, fine et uniforme.

Signalons en passant les grands progrès accomplis dans la construction des machines chromolithographiques, qui donnent aujourd’hui des résultats d’ailleurs vivement appréciés par le public, qui ne cesse de les entourer au Champ de Mars.


LA MACHINE ZINCOGRAPHIQUE DE M. WIBART.

Dès 1818, Senefelder, l’inventeur de la lithographie, avait indiqué la possibilité d’appliquer ce procédé à l’impression sur planches de zinc. Depuis lors on avait recherché vainement le moyen de rendre ce procédé pratique; la préparation des planches était insuffisante, le zinc ne pouvant d’ailleurs s’appliquer ni se fixer de façon assez rigide sur la machine lithographique ordinaire.

M. F. Wibart est parvenu à apprêter le zinc, à y dessiner; écrire, reporter, à y fixer ou aciduler l’écriture, le dessin, les reports, les décalques, avec plus de facilité, avec moins de main-d'œuvre, avec plus de finesse et de solidité qu’on n’opère sur la pierre lithographique. La perfection du résultat est au moins égale, les planches de zinc se conservent indéfiniment sans altération et offrent l’avantage de se découper à volonté dans tous les formats.

La machine qui emploie les planches ainsi préparées pour l’impression est à mouvement circulaire continu, affectant la forme d’un laminoir dont les deux cylindres, pouvant se rapprocher à volonté, donnent une pression aussi énergique qu’on le désire. Le plus gros occupe la partie centrale de la machine, et reçoit sur environ la moitié de son développement la planche de zinc, qui s’y trouve appliquée au moyen de mâchoires tournantes, par lesquelles elle est fixée de la façon la plus rigide. L’autre moitié du cylindre sert de table pour la distribution de l’encre. Le plus petit, qui se trouve à côté et un peu au-dessous du gros, est le cylindre imprimeur, portant la feuille de papier.

L’encrier, les rouleaux preneurs, les distributeurs, les toucheurs et chargeurs sont disposés avec toutes les précautions voulues pour que l’encrage soit parfait et l’impression absolument nette.

La machine dont on verra le dessin peut être mue à bras ou à la vapeur et installée sans fosse ni maçonnerie ; elle fonctionne sans secousses, sans bruit, et sans coûter plus cher qu’une machine lithographique; elle tient bien moins de place, est moins lourde et produit davantage. Le calage et la mise en train sont évidemment moins difficiles, puisque l’épaisseur de la feuille de zinc est régulière. L’utilité de cette machine provient surtout de l’énorme économie qu’elle procure par la différence de prix en faveur du zinc sur les pierres, de plus en plus rares et chères, par la facilité de manipulation, de magasinage des planches de zinc. Enfin le tirage opéré sur celles-ci peut être beaucoup plus considérable que sur les pierres. Les résultats obtenus permettent aujourd’hui de prédire à M. Wibart un grand avenir pour son invention.


UN CHEF-d’OEUVRE TYPOGRAPHIQUE.

Nous venons de parler des machines typographiques, l’occasion est donc propice pour rappeler au lecteur un véritable chef-d’œuvre qui lui aura peut-être échappé; car il est surtout, appréciable par les spécialistes.

Un typographe, M. Sixte Albert, expose en effet au Champ de Mars, galerie des machines, dans la section consacrée à là typographie, deux épreuves de dessins obtenues au moyen de simples filets typographiques, ainsi que les formes, — on ne peut dire ici des clichés qui ont servi à les tirer, et dont l’examen seul peut donner une idée des difficultés vaincues. Ces deux épreuves, d’une exécution magnifique, sont le Diagramme des vents, d’après la théorie de l’illustre hydrographe américain Maury sur la circulation atmosphérique, et le Laocoon que nous avons reproduit dans une précédente livraison.

Nous n’y insistons pas autrement, car, après avoir vu l’épreuve, c’est la forme qu’il faudrait voir, avec son enchevêtrement de filets de toutes les dimensions, surtout de très-petites, courbés, tordus, croisés dans tous les sens, témoignant d’un vif sentiment artistique, d’une habileté et d’une patience assurément peu communes. Si nous avons, du reste, rappelé les travaux des devanciers de M. Sixte Albert, c’est surtout pour montrer combien ils sont peu nombreux, et aussi comme on apprécia leurs mérites. Nous ne doutons pas que ceux de M. Albert, peut-être encore plus grands, ne reçoivent leur récompense.

Ajoutons que, dans un but de simplification, M. S. Albert, abandonnant le sentier battu de l’assemblage des filets à onglet, assemble les siens à angles droits ou par épaulement, avec une rectitude si grande qu’il n’y paraît rien à l’impression.


LES MACHINES A COUDRE.

Les machines à imprimer étaient près de la galerie du travail manuel, les machines à coudre se trouvaient à l’entrée du palais, devant la galerie d’Iéna.
Parlons tout de suite de ces gracieuses machines et rappelons d’abord en quelques mots rapides ce que nous avons dit de leur invention quand nous avons examiné les spécimens envoyés par les pays voisins . l’invention de la couture à la mécanique est due à un Français, Thimonnier, né en 1832 à l’Arbresle (Rhône). C’est à l’Amérique et à l’Angleterre pourtant qu’on doit l’introduction de§ machines dans la couture. C’est Elias Howe qui, le premier, a trouvé le moyen de les rendre faciles et pratiques.

Entendez-vous ces mille et mille tic tac?

Nous sommes dans le royaume des machines à coudre, il faut renoncer k les compter, mais on ne peut s’empêcher de remarquer l’adresse et l’infatigable agilité des jeunes et gracieuses mécaniciennes qui les manœuvrent.

Voici d’abord la machine à apprêter les tiges à élastiques, de M. Mayer.

Cette nouvelle apprêteuse, dit l’inventeur, est unique dans son genre, par sa grande simplicité, par son peu de volume (0,50 cent, carrés), par la propreté de sa préparation, par sa vitesse (quatre minutes par paire),parce qu’elle évite le rabattement des doublures à l’aiguille, parce qu’elle remplace avantageusement les ouvrières rares dans ce genre de travail dans les petites villes, attendu que la première personne venue, homme ou femme, voire même un enfant, peut en moins de deux heures apprendre à la faire fonctionner.

Voici maintenant la Silencieuse de Brunswich, la machine Américaine et la New-express.

La même maison expose des machines à coudre sans bruit.

Une leçon suffit pour en apprendre le fonctionnement et elle ne cause jamais de fatigue.

Elle est propre à toutes les industries : les tailleurs, couturières, lingères, confectionneuses, corsetières, les apiéceurs , culottiers, giletiers, tapissiers, cordonniers, etc., peuvent s’en servir.

Marchant à grande vitesse, la rapidité avec laquelle le travail s’exécute et la rémunération lucrative' qu’on en retire la rendent précieuse pour tous ceux qui ont besoin d’une excellente machine.

Il y a aussi la machine à presser les vêtements.

Cette machine est aussi indispensable aux tailleurs que la machine à coudra.

Ce qu’il y a de plus pénible dans leur métier, c’est l'usage de ces carreaux lourds et incommodes, qui brûlent les mains, fatiguent la poitrine, et finissent toujours par détruire la santé la plus robuste.

Avec la machine à presser les vêtements, ce danger disparaît. Simple et d’un emploi facile, la machine fait un pressage très-énergique, sans causer 1 a moindre fatigue à l’ouvrier, et le travail se fait mieux et plus vite qu’avec les carreaux ordinaires.

Pour faire le pressage à la main, l’ouvrier est obligé d’avoir toujours trois ou quatre fers au feu ; avec la machine à presser, cet inconvénient est évité, le carreau chauffé intérieurement conserve pendant plusieurs heures le même 'degré de calorique, avec une économie de combustible de plus de 50 %.

Tous les maîtres tailleurs et ouvriers, qui sont munis de machines à presser, en ont depuis longtemps reconnu les avantages.

Voici la Mignonne, de M. Escoude, une gracieuse petite machine à coudre de famille; puis les machines Brion : la Petite Silencieuse, à chaînette à un fil, trois guides ; le Petit Bijou, marchant à la main et au pied, cousant la lingerie, la toile, le drap et faisant la piqûre des deux côtés, etc., etc.

La maison Peugeot expose des machines à coudre françaises de divers calibres, entre autres une Surjeteuse. L’invention est absolument nouvelle.

Parlons maintenant de la maison Hurtu et Hautin.

Voici d’abord trois remarquables types de machines de famille : la Merveilleuse, la Productive et l'Abeille, solides et élégantes, que leur prix modique met à la portée de toutes les bourses.

Vient ensuite la machine à fil poissé, ingénieuse création qui, outre l’économie de 90 °/0 qu’elle offre sur la main-d’œuvre, rend de précieux services à l’industrie, et notamment à la sellerie, en cousant jusqu’à des épaisseurs de cuirs de plus de trois centimètres.

MM. Hurtu et Ilautin nous montrent encore une machine à broder, au moyen de laquelle on imite, à s’y méprendre, les magnifiques dentelles d’Alençon, de Chantilly, de Valenciennes, les tentures en point de Venise, etc. On brode avec non moins de succès les chasubles, les mouchoirs, les robes, les manteaux, etc., etc.

Enfin nous citerons une machine suspendue, disposée pour réaliser, tout en les cousant et par l’effet de la piqûre même, les contours les plus gracieux sur les couvre-pieds ou autres objets ouatés.

Voici les machines de MM. Mutel et Dupont, qui plissent depuis un millimètre jusqu’à quatre centimètres de profondeur sans changement de cylindre.
Elles plissent le papier, la mousseline, la percale, la laine, la soie, enfin toutes les diverses sortes de tissus ; les constructeurs garantissent trois mille mètres de plissés par jour.

MM. Jacob et Goulard exposent un nouveau modèle de machine à coudre comportant un nombre d’aiguilles illimité avec écart variable entre chaque aiguille, spécialement destinée aux travaux de ouatage pour fourrures et confection, aux fabricants de coiffes de casquettes et autres industries analogues.

Cette nouvelle disposition permet d’exécuter en une seule fois, très rapidement et avec une régularité parfaite autant de piqûres parallèles que la machine a d’aiguilles.

Outre cet avantage important, les machines sont d’un mécanisme très-simple et par conséquent d’un usage facile.

Elles n’exigent pas plus de force que les machines à une seule aiguille et n’occupent pas plus d’espace.

Pour qu’elles répondent aux diverses industries auxquelles elles sont destinées, on a créé quatre modèles dans lesquels la longueur du bras varie de 20 à 55 centimètres, la distance entre chaque aiguille peut varier selon le désir de l’acheteur et on construit la machine d’après les dimensions qui sont indiquées.
Citons encore la Favorite des Dames et la Canadienne de M. Vigneron, de délicieuses petites machines douces et silencieuses, enfin, à l’usage des femmes du monde ; puis le Pose-bouton américain, les machines à coudre à 12 fr. S0, la machine de M. Légat pour coudre les chapeaux, etc., etc.


LE MATÉRIEL DES MINES.

Aujourd’hui, il y a des mines qui extraient, par dix heures, d’une profondeur de plus de cinq cents mètres, jusqu’à 600 et 800 tonnes. Il a donc fallu améliorer le matériel.

La Compagnie de Fives-Lille failles câbles plats à peu près exclusivement en acier ; on multiplie leurs torons pour laisser une plus grande souplesse aux fortes sections exigées par les charges à enlever. Les cages sont à plusieurs étages pour recevoir un plus grand nombre .de wagonnets, et presque toujours en acier pour réduire le poids suspendu.

En même temps, l’on a multiplié et simplifié les appareils de sûreté, parachutes, évite-molettes, signaux, etc., pour en rendre le fonctionnement plus sûr, malgré les vitesses de circulation admises aujourd’hui dans les puits. Les châssis à molettes en fer se sont généralisés, parce qu’ils permettent de réaliser une nouvelle condition de sécurité, en établissant les molettes à une plus grande hauteur au-dessus de l’orifice des puits. Les guidages rigides, en bois ou en fer, remplacent aussi généralement les guides en câbles ronds partout où la remonte des ouvriers à la cage exige un parachute efficace. C’est d’ailleurs aujourd’hui la règle de monter ou descendre les ouvriers à la cage, partout où l’exploitation dépasse 300 mètres.

Les deux machines exposées par Fives-Lille et destinées aux mines de Béthune sont établies avec tous les perfectionnements que nous venons de signaler. Elles sont horizontales et couplées sur un même arbre par des manivelles à angle droit. Les pistons à vapeur ont 900 millimètres de diamètre et 2 mètres de course. Les câbles s’enroulent sur des tambours dont le diamètre initial mesure 2m,50 et dont le diamètre final, pour une profondeur de 800 mètres, n’est pas moins de 7m 150. Celui des bobines est de 8 mètres.

Tous les leviers de manœuvres sont réunis à portée de la main du mécanicien, qui se tient entre les deux machines, en face de l’espace libre entre les deux bobines, de façon à voir les cages arrivant à l’orifice du puits; les appareils de sonnerie et les signaux, joints à des dispositions particulières fort ingénieuses, mais un peu trop techniques, sont combinés de façon à parer à un oubli par un mouvement automatique de tout un système de tringles qui, au besoin,' agit pour éviter un accident. Les irrégularités et les arrêts dans le fonctionnement, toujours graves en matière d’extraction, sont également évités par la solidité parfaite des bâtis, par la simplicité de forme de tous .es organes qui, en préservant de tout déplacement anormal, garantissent à l’ensemble une complète stabilité. La distribution, du système Audemar, est faite dans chaque machine par quatre soupapes, dont deux d’émission et deux d’échappement.

Nous mentionnerons rapidement deux dessins représentant, l’un des machines à comprimer l’air (5 mètres cubes par minute à 5 kilogrammes de pression), employées dans les mines de Béthune, d’Anzin, de Vicoigne et de Nœux ; l’autre un chevalet d’extraction avec planchers et charpentes métalliques, exécuté pour les mines de Liévin, et dans lequel tout a été combiné de façon à réunir le plus grand nombre de chances contre un accident.

La visite de la galerie des machines est, le lecteur le voit, aussi intéressante qu’instructive ; mais il ne faut pas oublier qu’une partie de ses merveilles se trouvait dans l’annexe de la galerie.

C’est ainsi que la plupart des grandes Compagnies, celle des mines d’Anzin entre autres, exposaient dans cette annexe des plans en relief très intéressants, ceux d’une mine de charbon avec habitations et installation à la surface.

Pour se rendre un compte exact de l’exposition de la Société de Terre-Noire (la Voulte et Bessèges), il faudra se rendre au parc du Champ de Mars où cette Société a élevé, pour l’exposition de ses produits, un élégant pavillon qui se trouve dans le parc du Champ de Mars, près de la porte de la Seine derrière le pavillon du Creuzot, et qui lui a coûté, dit on, 80,000 francs.

On y remarque tout d’abord un ingénieux relief hypsométrique des mines, fer et houille, de Bessèges, arrangé de telle sorte qu’on peut suivre du regard les travaux intérieurs des galeries à différents niveaux, étudier la base et l’épaisseur des couches de minerai, tous les détails en un mot que le système des sections ne laisserait voir que très imparfaitement.

Les produits manufacturés de cette Société sont principalement des chaînes de marine et des poutrelles en fer; des tubes d’acier pour pièces de canon, des frettes, des canons achevés, des tubes de fonte pour tuyaux, pour projectiles creux, etc. Nous y remarquons un cylindre de presse hydraulique et un levier en acier, sans soufflures, pour une machine de 400 chevaux, et un beau modèle de machine soufflante Compound, à double cylindre : un des cylindres, pesant 10,700 kilogrammes, est exposé derrière le modèle.

Les forges de Terre-Noire furent les premières en France à adopter le procédé Bessemer pour la fabrication de l’acier, et cette adoption a nécessité toute une série d’expériences fort intéressantes, présidées par M: Euverte, le directeur de la Société, pour arriver à la découverte de la quantité exacte de manganèse qu’il convient d’introduire dans le fer au moment de la fusion. L’exposition de la matière première, à différents degrés de perfection, depuis l’état du minerai, en passant par ceux de fer plus ou moins mélangé de manganèse, pour finir par celui de fer manganésé à dose convenable, devant être jetée dans le métal incandescent, constitue une des parties les plus curieuses et les plus instructives de l’histoire de la fabrication de l’acier.

Que de curiosités de divers ordres dans cette galerie des machines toujours si fréquentée !

On se souvient de la scie à ruban, à l’aide de laquelle on découpait tout un mobilier dans un bloc de bois gros comme le poing, et cela de telle façon que le tout se remboîtait si bien après l’opération, qu’il semblait que le bloc de bois n’eût pas été touché.

Il y avait aussi la machine à transvaser les bouteilles, la machine à boucher, et, plus loin, on rencontrait des instruments pour déboucher.

Tous les genres d’outils se trouvaient là, à la grande joie du public qui examinait les uns ou les autres, suivant qu’il appartenait à tel ou tel corps d’état.

Les machines à composer excitaient aussi la curiosité, mais à un degré moindre ; elles ne paraissent pas absolument pratiques.

Voici plusieurs années déjà que cette idée tourmente les inventeurs.

Pas un n’a obtenu le succès.

Et le petit ascenseur que tout le monde tenait à essayer?

Et les fauteuils où ,on se faisait peser? Combien de personnes doivent avoir soigneusement le ticket qui constatait leur poids !

A quelques pas de là, considérez, je vous prie, cette gigantesque panoplie qui occupait un pan de mur de près de cinquante mètres de largeur et qui se composait uniquement de scies.

Au centre une immense scie circulaire, qui mesurait 1 mètre 80 de diamètre, frappait les yeux.

C’était l’exposition de M. Mougin qui a fait faire de sérieux progrès à ce genre de fabrication.

Autrefois nous étions tributaires de l’Allemagne et de l’Angleterre, aujourd’hui nous exportons dans tous les pays.

Et la machine à faire les sacs !

Comme M. Ernest d’Hervilly l’a spirituellement décrite dans le Rappel. L’ouvrière que M. Virey nous montre, et qui fait ad libitum deux sortes de sacs, des petits et des moyens, serait capable de faire, des seconds, 63 millions par an, et des premiers 94 millions. Elle découpe, plie et colle des moyens 130 par minute, et des petits, 180 : faites le calcul.

« Car, on n'a qu’à lui fournir du papier, elle se charge du reste. On lui donne un rouleau de papier, elle rend autant de sacs que ce rouleau en peut fournir. Et ni déchet, ni gratte.

«La machine se présente sous forme d’une table plus longue que large : à un de ses bouts, en contre-bas, est placé le papier enroulé sur un axe tournant. On engage le bord libre de cette immense feuille dans les organes de la machine, et on rend à celle-ci la liberté, c’est-à-dire le mouvement ; après quoi, il n’y a plus qu’à observer le fameux précepte des économistes : laissez faire et laissez passer ; le papier est pris dans un engrenage, il y passera tout entier.

« Rangés selon la longueur de la table, une suite d’organes travailleurs, entre lesquels toutes les opérations à faire sur un morceau de papier pour en faire un sac ont été réparties, donnent à chaque fragment découpé dans la grande feuille toutes les façons nécessaires.

«Tout d’abord, en effet, ce fragment est automatiquement découpé ; c’est la première opération. En même temps qu’il est séparé du rouleau, deux petites entailles sont faites dans un de ses bords, perpendiculairement à ce bord ; entailles dont la hauteur détermine celle des replis qui constitueront le fond du sac. En même temps encore, mais sur le bord opposé au précédent, est formée une échancrure qui, lorsque le sac sera fini, se trouvera tout entière comprise dans un de ses côtés. Ce côté se trouvera donc moins élevé que l’autre, de sorte que le sac pourra s’ouvrir sans tâtonnement, sans temps perdu et sans que l’épicier ou le droguiste ait besoin de prendre des airs d’ange bouffi et de jouer le rôle d’Eole. »

On remarquait dans cette galerie, aussi bien que dans son annexe, un grand nombre de machines à tisser.

Nous allons vous donner la description d’une de celles qui nous ont le plus frappé.

C’est la machine à tisser la laine de MM. Piérard-Parfaite et fils, de Reims, constructeurs mécaniciens et filateurs de laine.

Après qu’une batteuse a ouvert la laine d’une manière continue et fait tomber les poussières sans détériorer les mèches, on fait passer celles-ci à travers le bain et les fourches du dégraissoir.

L'appareil que MM. Piérard-Parfaite ont construit pour le dégraissage automatique avec injecteur à vapeur, est une machine admirable.

L’avant-train est d’une combinaison spéciale, donnant moins d’évaporation et de déchets que les cardes doubles, parce que la laine est mieux aménagée et tout aussi bien cardée qu’avec ces dernières.

Il faut ensuite lisser et sécher la laine, en la faisant passer dans de nouveaux bains d’eau savonneuse, puis sous des cylindres-qui pèsent sur elle avec une très forte pression afin d’en exprimer tout le liquide ; de là les rubans viennent entre quatre gros cylindres sécheurs qui sont chauffés à la vapeur ; les rubans passant sur leur pourtour se sèchent au fur et à mesure qu’ils avancent vers le cannellier, ils se renvident commodément sur de fortes bobines.

Celui-ci est armé d’entonnoirs combinés de façon à renvider les rubans complètement mis à plat, de façon à éviter les coupures si nuisibles à la régularité du travail. Les bobines, en même temps qu’elles tournent sur elles-mêmes avec une vitesse linéaire uniforme à leur circonférence, reçoivent par des crémaillères spéciales un mouvement de va-et-vient qui effectue l’envidage dans les meilleures conditions. Les rubans dans leur parcours sont constamment dirigés par des guides empêchant toute déviation et assurant exactement leur entrée dans les bassines, leur engagement entre les rouleaux et les cylindres.

Le grand mérite de cette machine, c’est de donner à l’ouvrière toutes les facilités pour conduire et surveiller l’opération, de façon à éviter les déchets onéreux qui se produisent généralement dans ce travail compliqué, réalisé d’une manière continue.

La laine a été étirée, puis peignée au peigne amovible ; elle est de nouveau étirée, laminée par des appareils spéciaux, puis enroulée en bobines par une grande machine qui a la longueur d’un métier. Elle passe ensuite sur le métier à filer.

Engrenages qui présentent sur les broches à cordes une économie considérable de force motrice.

Une autre amélioration consiste dans l’application à ce métier du brise-mariages Dauphinot, qui peut d’ailleurs exister sur les métiers de tout système à filer les textiles.

Il a pour objet d’enlever sur le métier à filer les fils accidentellement doublés, qui, sous le nom de mariage, occasionnent dans les tissus des barres par lesquelles ils sont considérablement dépréciés.

Pendant la sortie du chariot, le brise-mariages étant au repos, les crochets sont relevés au-dessus des cylindres étireurs ; quand le chariot arrive aux deux tiers de sa course, le mécanisme représenté fait tourner la poulie de commande et tout le système s’abat lentement entre les fils.

S’il y a un mariage, il sera saisi par l’un des crochets, et, lors de la rentrée du chariot, l’arbre de main-douce tournant en sens contraire déroulera la chaîne de commande ; à ce moment, les crochets, ramenés vivement dans leur position primitive par l’action du contre-poids, enlèveront les fils et les briseront.

Le métier comprend 500 broches. Les bobines sorties de ce métier passent par la bobineuse verticale, qui les prépare pour les mettre sur le râtelier d'ourdissoir. Des cylindres de ce dernier, les fils rassemblés parallèlement sur une très-grande largeur sont encollés sur la machine spéciale, qui est représentée aussi dans notre supplément. Cette encolleuse est à dévidage mécanique et renvidage automatique, donnant une tension uniforme aux fils de chaîne ; le plateau de friction sert alors de modérateur, sans que l’ouvrier encolleur soit obligé de le régler constamment. La bassine est chauffée au bain-marie : les entrées et sorties de vapeur et d’eau sont libres, il n’y a donc plus d’accidents à craindre ; la température se conserve plus constante et devient plus facile à régler :
il suffit de mettre un thermomètre dans le bassin du trop-plein, au lieu d’attendre que l’action d’échauffement se soit produite dans la colle. Cette bassine reçoit deux gros cylindres presseurs avec un petit cylindre plongeur et un tendeur en cuivre pour que les fils subissent bien l’action de la colle.

La disposition de leurs supports et des coussinets obvie à l’écoulement de la colle, ce qui a lieu lorsqu’ils sont placés en dehors de cette bassine.

Parmi les générateurs, nous citerons le générateur inexplosible de MM. J. Belleville et Cie.

Un groupe de trois cents chevaux de ces générateurs était affecté au service de la force motrice de la section française et fournissait en outre la vapeur à plus de quarante machines en marche toute la journée.

La vaporisation contrôlée de ces générateurs pendant les mois de Juillet, Août et Septembre et relevée d’après les chiffres du compteur d’eau plombé, s’est élevée à 3,865,370 kilogrammes de vapeur, au lieu de 1,840,000 kilogrammes prévus par le marché passé avec le Commissariat général de l’Exposition.

La quantité de charbon brûlé dans le même temps a été de 440,720 kilogrammes, soit une production de 8 k. 770 de vapeur sèche par kilogramme de charbon brut (tout venant maigre d’Aniche), y compris les allumages, heures de suspension de travail et l’extinction journalière des feux.

Un jet de vapeur permanent, pris sur la conduite générale, permet de constater que la vapeur produite est toujours parfaitement sèche.

Depuis le 20 avril, date de la mise en marche des générateurs Belleville, il n’a été procédé à aucun nettoyage intérieur des tubes de ces générateurs, malgré leur production de vapeur double de celle prévue au marché; leur service n’a pas été interrompu un seul instant pour nettoyage ou entretien.


LES GRANDES MACHINES OUTILS.

La machine-outil est aujourd’hui dans une voie de progrès qui ne s’arrêtera plus.

La machine- outil, ainsi que son nom l’indique, n’est que l’organe ordinaire, plus considérable par ses dimensions, et recevant l’action mécanique d’un moteur plus puissant que le bras de l’ouvrier, mais accomplissant identiquement la même fonction que l’outil mû par ce dernier. Son but général est de transformer une masse solide en lui assurant une forme et des dimensions déterminées, en vue desquelles l'outil est rigoureusement construit. La masse doit en conséquence posséder une parfaite stabilité, et l’outil des conditions de travail absolument géométriques.

On s’en rendra compte aisément pour peu qu’on garde le souvenir d’avoir vu un ouvrier à l’œuvre. La machine-outil présente sur l'outil manuel l’unique mais immense avantage d’une action plus régulière et plus rapide et d’une production bien plus considérable. Le progrès consiste évidemment à lui donner un fonctionnement plus automatique, plus vigoureux et capable d’aborder de plus grosses pièces.

Les machines-outils à façonner les métaux comprennent un grand nombre de catégories, selon la diversité des façonnages qu’elles doivent accomplir. Les tours de toute espèce, les machines à fileter et à tarauder, à fraiser, à cisailler, à cintrer, les marteaux-pilons, les estampeuses, les étireuses, etc., composent les branches les plus connues, sans parler des machines spéciales aux métaux précieux et aux travaux de précision.

Là encore nous retrouvons la Compagnie de Fives-Lille, qui exerçait tant d’attraction sur les visiteurs de l’Exposition.

Les établissements de cette importance qui contiennent des outils sur une grande échelle, sont d’admirables appréciateurs des qualités indispensables aux instruments dont ils ont besoin. C’est pour cela que presque tous se sont mis à les fabriquer eux-mêmes et qu’ainsi ils ont donné à cette construction une perfection remarquable.

De ces machines, l’une peut raboter des pièces de 3 mètres de long sur 1m,50 de large; le plateau mobile est actionné par une vis à large écrou; il a au retour une vitesse plus grande qu'à l’aller; sans entrer dans aucun détail technique, nous ajouterons que les formes et les dimensions des pièces principales sont établies de façon à éviter toutes vibrations nuisibles au bon fonctionnement, et qui pourraient donner de mauvais résultats pour le travail produit.

A côté, on voit une machine à mortaiser des pièces de 0m,300 de hauteur sur 0m,800 de largeur et 0m,950 de longueur. Les pièces fixées sur le plateau circulaire peuvent avoir pour chaque course de l’outil vertical, ensemble ou séparément, des avancements automatiques variant de 0m,0005 à 0m,002. L’arbre à manivelle cémenté et trempé est retenu, du côté du bouton, dans des coussinets de rat; trapage de jeu, avec coin à vis du côté opposé, dans une bague de fer également cémentée et trempée.

C’est surtout dans la mécanique générale que l’industrie française manifeste le progrès continu réalisé moins par des découvertes nouvelles que par l’intelligence de plus en plus complète des vraies conditions imposées aux appareils moteurs. La note caractéristique se trouve principalement dans l’application croissante du principe économique de la division du travail, qui permet d'arriver à des produits d’une perfection autrefois réputée chimérique.

Le véritable progrès de la mécanique peut se résumer aujourd’hui dans le fait même de l'emploi de plus en plus général de la vapeur.

La locomobile est en usage courant dans toutes les industries, même dans l’agriculture.

L’effort du constructeur tend d’ailleurs à réduire à la plus faible limite la consommation du combustible par rapport au travail produit.

Nous sommes bien loin encore de la réalisation des données théoriques; toutefois l’économie de combustible par le contact plus immédiat de la chaudière et des cylindres est devenue plus fréquente, grâce à l’emploi général des locomobiles, des machines demi-fixes, et, dans les machines fixes elles-mêmes, au soin apporté dans le mécanisme de la distribution.

Deux types nouveaux paraissent être entrés dans les habitudes de nos industriels; la machine à détentes Corliss, Sulzer ou autres, où la distribution s’opère par quatre orifices indépendants, munis de robinets automatique ment manœuvrés par la machine; puis les machines Compound, dans lesquelles deux cylindres inégaux, séparés par un réservoir de vapeur, permettent de faire varier à volonté la détente entre des limites très écartées, et aussi de faire agir simultanément la vapeur directe dans chacun d’eux, de manière à développer des effets plus énergiques.

Nous retrouvons ici encore les ateliers de Fives-Lille avec une machine de 40 chevaux,-donnant le mouvement aux sections 10 et 11 de la galerie des machines. Passant sur tous les détails techniques, nous la caractériserons ainsi avec un ingénieur autorisé : « Elle a de faibles espaces nuisibles, une purge automatique pour les cylindres, une détente par le régulateur,'et un système très-ingénieux de tiroirs auxiliaires pour la mise en marche. »

La locomobile est de la force de 12 chevaux ; sa vitesse est de 105 tours à la minute et le diamètre de son piston de 0m,210. C’est un excellent outil, solidement établi, pourvu de tous les perfectionnements modernes. Deux machines Compound, système Demenge, l’une fixe de 40 chevaux, l’autre locomobile de 6 chevaux, sont exposées aussi par cet établissement. Deux générateurs établis par lui fournissent de la force motrice à la galerie des machines. Ils sont à foyers rectangulaires, et chacun possède une surface de chauffe de 250 mètres carrés. Ils sont alimentés par deux injecteurs aspirants, du système Turck et du système Vabe, tous deux propriétés exclusives de la Compagnie.

Le point caractéristique du perfectionnement des chaudières est, en général, dans la création du type à tubes verticaux avec double circulation qui produit une vaporisation très-rapide. D’ailleurs la liberté rendue par la législation aux constructeurs en leur faisant mieux sentir tout le poids de la lourde responsabilité qu’ils encourent, les a conduits à multiplier soins, études et précautions de toute nature. L’industrie y a gagné des générateurs d’un rendement plus économique et plus parfait en même temps que d une sécurité plus complète. Les enveloppes ont. été de préférence exécutées en tôle de qualité supérieure, plutôt qu’épaisse, et les appareils de sûreté se sont à la fois multipliés et perfectionnés.


LES APPAREILS D’ESSAI.

On sait quel est le but des appareils d’essai. C’est de donner d’une manière certaine et instantanée la force de résistance de n’importe quels métaux que l’on a l’intention de soumettre à la traction, à la compression ou à la torsion.

Nous avons remarqué de curieuses machines inventées par M. Thomasset :
Une machine à essayer les essieux et bandages, de la force de 100 chevaux;
Une machine d’essai à la traction, la même qui a servi aux essais de réception des métaux entrant dans la construction du Palais du Champ de Mars ;
Une machine d’essai à la flexion, compression et poinçonnage ;
Une machine d’essai à la traction et à la flexion ;
Une machine pour essayer tissus et papiers, de la force de 400 chevaux ;

Et, enfin, une machine pour les essais de torsion, qui est des plus intéressantes.


LES BROYEURS.

M. Turgan qui, dans la France, a traité de haut cette question, commence par donner le raisonnement suivant fait par M. Menier :
« Les deux plus grands ennemis de l’homme sont la distance et le temps : la distance est presque entièrement maîtrisée, puisque, avec le fil télégraphique et ses applications nouvelles, on a l’ubiquité intellectuelle et qu’avec les chemins de fer on atteint matériellement un résultat presque aussi satisfaisant.

« Le temps se trouve donc en partie vaincu, quant à ce qui regarde l’homme lui-même, mais la terre sur laquelle il agit, soit à la surface pour produire par la culture les grains, le vin, la viande, le sucre, la laine, le chanvre et autres produits alimentaires ou textiles, etc.; soit dans sa profondeur pour en tirer les minerais, la terre est encore rebelle à la rapidité de transformation que voudrait lui imposer M. Menier.

« Pulvérisons, dit-il ; puisque nous avons aujourd’hui étudié et dompté les forces physiques de la nature, employons-les pour la vaincre.
« Pulvérisons, car en pulvérisant nous augmenterons indéfiniment les surfaces de contact et, par conséquent, la rapidité des réactions, et nous offrirons ainsi en aliment aux plantes des matières devenues solubles en quelques mois, tandis que, naturellement, si on avait laissé ces mêmes corps à l’état de blocs, il leur aurait fallu des milliers d’années pour devenir comestibles aux êtres végétaux.

« La pratique agricole, reprend M. Turgan, de tous temps, n’a pas fait autre chose : les labours, le hersage, le roulage ont pour but de pulvériser la couche arable, afin d’y faire pénétrer l’air et l’eau, et la rendre attaquable à toutes les réactions produites par la décomposition des plantes, décomposition qui émet sans cesse des gaz à l’état naissant et principalement de l’acide carbonique, ce qui change les proto-carbonates insolubles en bicarbonates solubles.

« Jusqu’à présent, ce sont les siècles seuls qui ont accompli ces transformations.

« Pour en déterminer la marche, M. Menier a fait une série d’expériences et représente leurs résultats par les cubes dont nous avons parlé plus haut ; ainsi, il a été conduit à affirmer qu’étant donné un cube de 2 décimètres de côté taillé dans un bloc compacte ce cube ne serait dissous qu’en 6,600 ans.

« Si l’on divise ce cube en morceaux d’un décimètre d’arête, la solution s’opérera en 1,666 ans.

« En dés d’un centimètre de côté, 166 ans seront encore nécessaires.

« Concassé en fragments d’un millimètre, le solide sera dissous en 16 ans.

« Broyé en dixièmes de millimètre, un an et sept mois suffiront.

« Enfin, pulvérisé à un centième de millimètre, il ne faudra plus que 58 jours pour rendre assimilables les éléments qui le composent.

« C’est ainsi qu’on pourra utiliser comme engrais des roches contenant des proportions notables de potasse, comme les feldspaths, les granits et les roches volcaniques. Le rôle de la potasse en agriculture est aujourd’hui trop cotinu pour que nous ayons besoin d’insister sur l’importance de son emploi.»

Étudiant ensuite les différents broyeurs de MM. Carr, Bough, Anduze, Vapart, Hi-guette et la machine construite par M. Arbey et inventée par MM. Durand et Chapitel, il s’exprime ainsi :
« Parmi les broyeurs quelquefois animés, les visiteurs remarquent, dans l’annexe de l’avenue La Bourdonnaye, classe 55, exposé à côté des wagons, un appareil absolument nouveau et dont le principe est basé sur l’imitation la plus complète possible du cassage à la main.

« Il a été inventé par MM. Durand et Cha-pitel et construit par M. Arbey; il n’y a ni frottement, ni pression, ni écrasement; le concassage a lieu par le coup violent et en quelque sorte instantané de masses d’acier fondu lancées à toute volée par. la rotation d’un cylindre : l’objet à briser tombe par une trémie supérieure, glisse sur une table inclinée faite d’une plaque d’acier de trois centimètres d’épaisseur et percée de trous, reçoit le choc de la masse au .moment où la table percée devient horizontale et légèrement cintrée.

« Si les morceaux sont suffisamment réduits par le coup pour passer par les trous de la grille, ils la traversent ; ceux qui ont échappé au premier choc en reçoivent immédiatement un autre, et ainsi de suite jusqu’à parfait achèvement du travail.

« L’axe qui porte les marteaux étant animé d'une vitesse de dix-sept cents tours à la minute, on comprend à quelle formidable percussion sont exposées les matières introduites dans l’auge formée par la plaque trouée qui, après s'être étendue sous les marteaux, remonte obliquement en arrière et sert de grille à tamiser. En effet, en se relevant, après avoir frappé, les marteaux, agissant comme une pelle, enlèvent la matière broyée et la projettent violemment contre la grille.

« Plusieurs modèles de la machine Durand et Chapitel fonctionnent journellement et montrent la puissance de ce nouvel engin : il y a des marteaux depuis soixante kilogrammes jusqu’à un kilogramme, et des tamis de toutes grosseurs.

« Primitivement inventé pour la préparation du macadam, du ballast et des bétons, l'appareil a été employé avec avantage pour la pulvérisation du coke, puis pour le travail des os verts et des phosphates, afin de préparer ces matières au travail des meules ou autres pulvérisateurs.

« Le grand modèle du broyeur Baugh’s, destiné à la pulvérisation des minerais, phosphates et autres corps très durs, rappelle beaucoup l’ancien moulin à poivre dans une proportion gigantesque : un grand entonnoir en fonte, armé de fortes dents disposées en hélice, reçoit le corps à broyer ; au centre de l’entonnoir pivote un arbre armé de saillies qui chasse et presse contre les dents fixes le corps à broyer ; après une première pulvérisation, la matière passe entre deux surfaces dentées, disposées coniquement en sens inverse de l’entonnoir.

« Pour empêcher la rupture de l’appareil, en cas de coincement par le passage d’un corps trop résistant, des contrepoids sont disposés comme dans les cylindres des laminoirs.

« MM. Baugh’s ont exposé dans des bocaux toutes les poudres produites par leur appareil, depuis la blende la plus dure jusqu’à la farine de céréales. Leur étagère est très habilement disposée.

« Le broyeur Anduze, sans être aussi récent que le Vapart, date seulement de quelques années*; comme le broyeur Garr, il tourne perpendiculairement au sol, au lieu de pivoter sur un axe et de se mouvoir horizontalement à la surface de la terre comme les meules et autres broyeurs analogues.

« Comme le Carr, il doit être animé d’une grande vitesse; il agit par choc, par pression, par section et par arrachement, ce qui lui permet de réduire au besoin en fragments pulvérents des corps légers et mous. Avec le broyeur triturateur Anduze, on a fait jusqu'à de la poudre de plumes ou de bouchon. Avec cet appareil,'j’ai vu réduire en filaments pulvérents de la corde, de vieilles espadrilles, des filets de pèche ; écraser en poudre du verre, du papier, des cailloux, des phosphates, de la corne, et, enfin, mettre du blé en farine.

« L’appareil se compose d’une trémie par laquelle les objets pénètrent entre deux couronnes dentées en fonte qui passent l’une au-devant de l’autre avec un degré d’écartement plus ou moins rapproché, suivant qu’on serre ou qu’on relâche plus ou moins une vis sans fin commandée par un petit volant en dehors de l’appareil ; on peut faire agir ce volant, même pendant le travail, et varier la grosseur de la poudre à volonté.

« Les dents des couronnes forment des scies concentriques et diminuent de volume et d’écartement, en se rapprochant du bord externe ; la force centrifuge contraint la matière soumise au broyage à passer d’abord entre les plus larges, pour s’engager peu à peu entre les plus étroites.

« De grands broyeurs Anduze, destinés aux minerais, phosphates et autres corps durs et pesants, sont construits par MM. Mignon et Rouart.

« Un modèle moyen est disposé pour la mouture des blés.

« De petits Anduze de toutes formes et de toutes dimensions sont fabriqués à Beau-court par MM. Japy et réservés aux usages domestiques pour réduire en poudre le café, le poivre, etc. »


LES MOTEURS.

Nous avons parlé des générateurs de M. J. Belleville, consacrons maintenant un chapitre spécial aux moteurs; nous nommerons d’abord ceux de M. Edouard Boyer.

Le premier moteur se compose d’une machine verticale système Wolf, à deux cylindres, renfermés dans une enveloppe commune et à balancier. Un escalier circulaire, à double volée, permet d’accéder aux parties hautes de la machine pour l’entretien des pièces supérieures. La force nominale de 25 chevaux peut être facilement portée à 50 chevaux, mesurés sur l’arbre du volant et dans des conditions telles, qu’avec une détente égale à sept fois le volume de l’admission, la consommation de vapeur n’atteindra pas 9 kilogrammes par heure et par cheval.

Le second moteur est une machine horizontale à un seul cylindre, à condensation et à détente variable par un régulateur de Watt, à bielles croisées. Sa force nominale est de 50 chevaux, mais celle développée théoriquement sur l’arbre du volant est de 100 chevaux, avec la marche à cinq atmosphères, et l’admission de la vapeur pendant 1/8 de la course du piston : dans ces conditions, la consommation sera de 9 kilogrammes de vapeur par heure et par cheval.

Chacune des deux machines actionne un arbre de transmission de 50 m. de longueur sur 80 millimètres de diamètre dont les segments sont réunis par un manchon cylindro-conique.

Deux frettes en acier suffisent pour faire le serrage de cet accouplement, qui a, sur tous les systèmes connus, l’avantage de n’avoir en saillie ni boulons ni clavettes, qui sont si souvent cause d’horribles accidents. Les transmissions des machines aux arbres s’opèrent directement des volants aux poulies calées sur la transmission ; volants et poulies portent chacun six rainures en Y, dans lesquelles viennent s’insérer six câbles ronds en chanvre ou coton, qui remplacent la courroie unique. Ce mode spécial et nouveau de transmission a été employé, il y a quelques années déjà, dans certaines usines d’Ecosse ; mais c’est la première fois qu’il a été introduit en France avec succès.


LE MATÉRIEL DES EXPLOITATIONS RURALES ET FORESTIÈRES.

Cette classe comprend encore des moteurs, puis les machines de culture et de préparation du sol, les machines pour semailles et cultures en ligne, les machines propres aux moissons et à la culture des foins, les machines pour l'égrenage des céréales et autres plantes, les machines diverses et les appareils spéciaux, les bâtiments ruraux, le matériel de la viticulture, la culture des forêts et la fabrication du tabac.

Nous n’entrerons pas dans le récit détaillé de toutes ces diverses branches, nous nous bornerons à mentionner ce qu’elles présentaient de plus saillant:
En ce qui concerne les moteurs, voici d’abord les machines à vapeur et locomobiles de M. Albaret.

Citons la plus intéressante, celle qui a pour objet de faciliter le travail nocturne dans les champs.
L’appareil électrique se compose : 1° d’une locomobile ordinaire produisant la force motrice; 2° d’une potence servant à porter la lanterne et le régulateur, le tout monté sur quatre roues afin de permettre le déplacement facile de l’appareil.

La machine à vapeur locomobile, pareille au modèle habituellement employé, est du type horizontal avec chaudière tubulaire, de la force de trois à quatre chevaux ; il va de soi que, si on voulait l’employer à donner le mouvement à une batteuse, il faudrait choisir une machine plus forte.

La machine Gramme est placée sous le corps cylindrique et en avant de la boîte à feu. Fixée sur un patin en fonte, boulonné à la chaudière, elle est actionnée au moyen d’une courroie par une poulie placée sur l’arbre-manivelle de la locomobile. Le mât est à l’avant de l’appareil dont il forme certainement la partie la plus importante. Le tout est facilement transportable et ne demande aucune installation préalable pour fonctionner.

Le mât est formé de tubes en fer emmanchés les uns dans les autres et arrêtés par des frettes qui se montent et se démontent facilement. Il est aussi monté sur un axe horizontal, lequel articule sur deux tourillons. La potence peut aussi tourner autour de cet axe, afin de la rabattre pour le démontage.

A l’avant de la cheminée est installé un petit treuil à chaîne commandé par des engrenages et une manivelle ; cette chaîne passe sur une poulie à gorge fixée à la partie supérieure de la cheminée; il suffit de faire tourner le tambour pour obtenir selon le sens l’abaissement ou le relèvement du mât. La lanterne est placée à l’extrémité de la potence où elle est maintenue par une corde passée sur de petites poulies. On la descend à volonté, pour changer les charbons, mettre au point les régulateurs, etc., ou bien quand on , veut changer la machine de place en vue d’éclairer un autre point. Dans ce cas, on met la lanterne sur le bâti du treuil.

Que citerons-nous ensuite? Une quantité considérable de manèges, de machines à battre, de locomotives et de locomobiles, etc.

Constatons cependant des progrès incontestables ; M. Turgan le dit en ces termes :
« Cette année, les perfectionnements des machines à récolter sont très intéressants, car on est arrivé à combiner quatre espèces de moissonneuse-lieuse, c’est-à-dire faisant non-seulement la javelle, mais encore la gerbe toute liée. Mais avant d’énoncer ces perfectionnements, ne dois-je pas, pour les cultivateurs qui n’ont jamais vu les outils nouveaux ou qui ne les ont vus qu’immobiles dans les concours régionaux, décrire sommairement ces précieux auxiliaires et dire quelles en sont les pièces constitutives.

« Une moisonneuse est une machine mue par un ou plusieurs chevaux, dont le but est de séparer du sol les tiges des céréales, les ranger parallèlement en paquets, appelés javelles, et les déposer doucement sur le champ à une assez grande distance, pour que l’attelage et la machine aient leur passage absolument libre au tour suivant.
« La pièce constitutive est un appareil coupant semblable de tout point à la tondeuse pour les chevaux, C’est une lame de scie à larges dents tranchantes, qu’un rapide mouvement de va-et-vient fait croiser avec les dents d’une barre fixe, formant peigne. Un volant fléchit légèrement la tête du blé vers la lame, en jouant le rôle de la main gauche dans le métivage à la faucille.

« Latéralement est un tablier placé à l’arrière de la lame coupante, sur lequel les bras du volant rangent parallèlement la récolte jusqu’au moment où le râteau la prend et la jette sur la terre hors de la piste de la machine.

« Le mouvement est donné le plus souvent par la rotation d’une roue dentée à l’intérieur s’appuyant sur le sol et servant en même temps de support.

« La résistance doit être inférieure à la force de traction sous peine de rupture; il faut donc que les différentes décompositions de force : résistance de blé à la section, poids des râteaux et palettes, frottements divers et autres éléments d’efforts, soient moindres que la force déterminée par le tirage des chevaux.

« Et, pour que l’attelage ne soit pas surmené, il importe que ces résistances soient notablement inférieures à la puissance qui détermine la translation en avant. »
En ce qui concerne le travail du bois, nous trouvons l’exposition deM. Arbey; ses procédés nous semblent les plus heureusement trouvés pour mener à bonne fin cette industrie, depuis l’extraction du bois dans la forêt jusqu’à ses dernières transformations usuelles dans l’économie domestique , agricole, et dans la construction. Mais cette exhibition suffit à elle seule pour donner une idée complète du degré de perfectionnement auquel la science, aidée par une volonté persévérante et un labeur acharné, a su amener cette importante fabrication.

Nous voulons parler de la scierie mécanique.

Toutes les industries travaillant le bois leur préfèrent ces scieries qui donnent la première façon aux arbres abattus, et dont le travail est à la fois rapide, privé et docile.

Lorsqu’il faut ensuite subdiviser ou dédoubler l’arbre ainsi partagé, d’une façon correcte et prompte, 1 entrepreneur doit recourir aux scieries verticales alternatives, qui servent à refendre en plusieurs traits les bois équarris de faibles dimensions ou les plateaux sortant des scieries à grume, les madriers de sapin et les bois de commerce. Ici les bois sont guidés et amenés d’une manière continue par des cylindres verticaux ; ils se succèdent sans interruption, l’un poussant l’autre, et les pièces de très grandes ou de très petites longueurs sont également entraînées. Si la provision à débiter est très considérable, comme dans les ports du Nord, où arrive le madrier uniforme de Suède et de Norvège, une disposition particulière employant jusqu’à seize lames en même temps permet de trancher deux madriers à la fois, le nombre de lames correspondant toujours au nombre de traits que l'on veut obtenir.

La scierie à lame sans fin, ou à ruban, s’emploie également pour cet usage, elle est spécialement préférée par la menuiserie et l’ébénisterie ; toutefois il faut, pour la conduire sans la fausser, sans dévier, une très grande habileté jointe à la plus vive attention.

Parlons enfin des appareils complémentaires pour le travail du bois, exposés par M. Arbey dans la classe 59.

Le façonnage mécanique du bois a exigé la construction de nombreuses machines-outils, dont le fonctionnement, soit à l’usine, soit à l’Exposition, incommode peut-être les oreilles du visiteur, mais charme ses yeux et parfois stupéfie son imagination.

Le plus parfait de ces engins est sans contredit la machine à raboter, à outils tournants et à lames hélicoïdales, du système Mareschal et Godeau, permettant de dresser et dégauchir, de blanchir, de raboter les quatre faces à la fois ou séparément.

Celle que présente M. Arbey, par la forme des lames tranchantes et leur agencement en hélice autour d’un cylindre, offre l’avantage de rendre le travail constant (2,000 tours par minute), d’éviter les chocs, de trancher les bois en biaisant, soit dans le sens; soit en travers du fil, s’ils sont noueux, d’empêcher tout éclat par la résistance uniforme de l’outil, et enfin de rejeter l’énorme masse de copeaux à côté de la machine, dont ils ne vont plus embarrasser les organes. L’application de l’hélice au rabotage du bois est assurément la plus belle des améliorations dans ce genre de constructions.


LE MATÉRIEL DES PROCÉDÉS DES USINES AGRICOLES ET DES INDUSTRIES ALIMENTAIRES.

Nous citerons tout d’abord un moulin pour extraire le jus des cannes à sucre.

Le moulin exposé peut extraire le jus de 250,000 kilos de cannes par vingt-quatre heures ; il a trois cylindres de 800 millimètres de diamètre; il est desservi par un conducteur de cannes ou planche mobile de 30 mètres de longueur et par un conducteur de bagasse de 12 mètres. On peut faire mouvoir ou arrêter à volonté le premier au moyen d’un embrayage à friction ; il amène mécaniquement les cannes sous les cylindres qui les écrasent et en rejettent la paille ou bagasse sur l’autre conducteur, lequel la conduit aux foyers des générateurs pour y être brûlée.

La machine motrice du moulin est de 55 à 60 chevaux; elle est horizontale, à changement de marche, à vis et détente par coulisse. Le régulateur reçoit directement son mouvement d’une roue d’engrenage fixée sur l’arbre du volant ; l’extrémité de ce dernier porte une manivelle qui meut la pompe élevant le jus ou vesou à la défécation ou à la carbonation, après qu’il a passé sur un tamis où il laisse les fibres de bagasse en suspension. La transmission de mouvement de la machine au moulin est composée de deux couples d’engrenages ; la vitesse de rotation des cylindres est seulement de deux tours par minute. Tous les arbres sont en acier doux ; les articulations, tourillons et boutons de manivelles, cémentés et trempés, de façon à supporter aisément toutes les pressions. Enfin tout a été combiné, dans les formes comme dans la nature des métaux employés, pour assurer à l’ensemble une stabilité complète et une conservation facile.

Voici maintenant un appareil d’évaporation à triple effet, qui peut concentrer jusqu’à la densité de 29 degrés 2,200 hectolitres de jus par vingt-quatre heures. Il se compose de trois chaudières tubulaires, de diamètres différentiels, présentant une surface de chauffe totale de 330 mètres carrés. Il réunit tous les perfectionnements connus jusqu’ici dans la construction do ces appareils, et, en outre, il offre une distribution circonférentielle de la vapeur au moyen d’une enveloppe en tôle perforée interposée entre le faisceau tubulaire et l’enveloppe extérieure de chaque chaudière, ce qui assure une répartition complètement uniforme de la vapeur.

Moyennant un tube central de grand diamètre, placé dans chaque chaudière, une grande activité est donnée à la circulation du jus, et une grande intensité à l’évaporation par le renouvellement continu des contacts. Un système de tuyaux et de robinets de communication de jus et de vapeur permet de faire sans aucun arrêt le nettoyage successif de la deuxième et de la troisième chaudière.

C’est une économie de près de 60 % qui est réalisée sur l’évaporation à simple effet. Un aspirateur de jus, alimentant la première chaudière, supprime le monte-jus ordinaire ; le vide-sirop, placé en contre-bas de la troisième chaudière, le remplace également et sert de réservoir d’aspiration à une pompe disposée pour élever les sirops à 25° sur les filtres : un condenseur tubulaire réchauffeur, avec vase de sûreté, amène les jus froids à la température de 35° à 40°, en condensant une partie des vapeurs de la troisième chaudière ; la condensation de l’autre partie est achevée par un condenseur à injection conique ; l’appareil est complété par un système de pompe à air à double effet, le service du condenseur par une pompe à sirop aspirant dans le vide-sirop, et par une pompe à eau de retour.

Passons à un autre appareil, la lingoteuse à transporteur, du système Scheibler, destinée à transformer en lingots les plaquettes de sucre provenant des pains sciés, ou produites directement d’une manière quelconque. Ces plaquettes sont placées à la suite l’une de l’autre, à une extrémité de la machine, et entraînées par des lanières sans fin passant entre les scies. La machine ne scie qu’une plaquette à la fois, mais elle travaille continuellement, de sorte que sa production est plus considérable que celle des machines à chariot mobile, dont le travail est intermittent. N’opérant que sur l’épaisseur d’une plaquette,il suffit d’une épaisseur de 6 dixièmes de millimètre à la scie, qui donne ainsi fort peu de poudre. Elle peut transformer en lingots 4 à 6,000 kilogrammes de sucre en dix heures.

Ces lingots sont transportés par le mouvement des lanières à l’extrémité de la machine, placée elle-même à proximité de la machine à casser le sucre; celle-ci obtient un vif succès auprès des visiteurs devant qui elle fonctionne toute la journée dans l’allée centrale. Elle est disposée pour casser les lingots de sucre en morceaux très réguliers, qui se trouvent tout rangés et prêts à mettre en caisse après le passage sous le couteau. Comme on le voit dans notre gravure, la femme qui y est employée n’a qu’à presser avec ses doigts les deux extrémités de la file de morceaux ; elle soulève ainsi toute la série et la pose commodément dans la caisse. Pour alimenter la machine, elle remplit chaque casier des lingots qui sont à portée de sa main ; une chaîne sans fin ramène sans cesse devant elle le plateau dès qu’il est déchargé.

Le modèle de 60 centimètres de largeur, mû par transmission, peut casser par jour 4,000 kilogrammes de morceaux de sucre rangés en caisse, par dix heures de travail, ou bien 6,000 kilogrammes de morceaux non rangés. La production du second modèle, 30 centimètres de large et mû à bras, est moindre de moitié.

Une des curiosités de la classe 52 est le porteur Decauville, le porteur Decauville n’est autre qu’un nouveau chemin de fer, basé sur le principe de la répartition des charges ordinaires sur un grand nombre d’essieux; lorsqu’il s’agit de charges fractionnables comme les produits des minés, des briqueteries, des fermes, etc., on divise la charge en fractions de deux cent cinquante à cinq cents kilogrammes mises chacune sur un petit wagon à deux essieux; s’il s’agit au contraire de charges non fractionnables comme les canons d’un fort, on répartit la charge sur deux wagons à fourche pivotante, ayant chacun trois et même quatre essieux. L’ensemble de ce nouveau chemin de fer a été appelé Porteur, et sa particularité la plus importante c’est que les rails ne faisant qu’une seule pièce avec les traverses et les éclisses, la voie peut instantanément être établie n’importe où, et élevée, transportée et réinstallée avec la plus grande promptitude.

La voie se compose de travées de cinq mètres, de deux mètres cinquante et de un mètre vingt-cinq en rails de quatre kilogrammes le mètre linéaire, fabriqués spécialement pour cet usage. Ce rail est la miniature exacte des gros rails des Compagnies, et arrive par conséquent à la plus grande résistance que puisse obtenir le fer travaillé-; employé en voie fixe, il peut supporter normalement mille kilogrammes par essieu, et cet excédant de force permet dans la voie portative de lui faire porter des charges de cinq cents kilogrammes, la voie reposant sur un sol irrégulier avec des porte à faux de deux mètres cinquante à trois mètres.

La voie de quarante centimètres a été choisie comme étant la plus rigide et en même temps la plus portative, car un homme, quelle que soit sa taille, peut porter une travée de cinq mètres, dont le poids est quarante-sept kilogrammes, en se plaçant au milieu et en prenant un rail de chaque main.

Cette voie peut porter les mêmes charges que les voies plus larges et elle a sur elles l’avantage de permettre des courbes plus prononcées et des plaques tournantes moins coûteuses.

Les voies de cinquante et soixante centimètres sont un peu moins faciles à transporter et ne doivent être adoptées que lorsqu’il s’agit de transporter des marchandises excessivement encombrantes ou d’un service dans lequel la voie doit être rarement démontée, comme le raccordement d’une usine à la gare.

Les dimensions intermédiaires se font également pour compléter des installations de chemins de fer déjà existants.

Les rails sont rivés sur des traverses d’écartement espacées de un mètre vingt-cinq et formées par une bande en fer plat; et ce qui distingue cette voie des autres analogues, c’est non seulement son extrême solidité, mais surtout sa stabilité, provenant de ce qu’elle pose sur le sol également par le patin du rail et par les traverses d’écartement ; elle ne peut enfoncer alors même que l’humidité du sol ne permet pas aux chevaux d’entrer dans les champs.

Chaque traverse d’écartement est percée de deux trous à travers lesquels on peut passer des boulons ou des tirefonds pour fixer des planches, lorsqu’il s’agit de traverser un sol mouvant, ou pour se fixer sur des morceaux de bois placés d’avance dans le sol, lorsque la voie doit rester fixée définitivement. On pose de cette façon un chemin de fer extrêmement solide, en évitant l’opération toujours fort délicate du sabotage des traverses en bois.

L’expérience a démontré que dans la plupart des cas la voie pouvait être posée fixé' sans ajouter des traverses en bois. Il suffit de faire une fouille de cinq centimètres de profondeur à la place que doit occuper la voie; on pose alors les voies droites, les courbes et les croisements au bout l’un de l’autre et on remplit avec de la terre pilonnée, de l’asphalte, ou du macadam si la voie doit être traversée par les voitures ; dans ce dernier cas, il est préférable d’employer la voie contre-rails.

L’établissement de la voie ainsi comprise ne revient qu’à 4 fr. 75 le mètre.

On sait toute l’importance qu’a prise la consommation des eaux gazeuses. L’usage en est facile pour tous ceux qui habitent les villes où ces eaux sont fabriquées industriellement. Le problème est presque aussi simple par l’élégant appareil qu’expose M. Paquet, I, cité Trévise, seul constructeur aujourd’hui du Seltzogène Lhôte, qui mérite d’être mieux connu. La physionomie de cet appareil est à peu près celle d’une cruche, entièrement en porcelaine, sans caoutchouc, ni aucun alliage métallique, de nature à donner du mauvais goût au liquide. C’est incontestablement le plus commode de tous les appareils à faire de l’eau de seltz et autres boissons gazeuses, car jamais il n’a besoin de réparation, il n’expose ni à la perte de gaz, ni à l’explosion, ni à la projection du liquide sur la table ou les vêtements. Aussi a-t-il obtenu la médaille de bronze, la plus haute des récompenses accordées à ce petit matériel.

L’emploi est de la dernière simplicité : la cruche est divisée par une cloison imperméable de porcelaine en deux compartiments; chacun de ceux-ci reçoit l’eau et la poudre spéciale dont le mélange se fait seulement dans le verre, où le gaz se forme quand les liquides s’y réunissent au sortir de chaque bec. Nous ne connaissons pas, quant à nous, d’appareil aussi satisfaisant, d’autant mieux qu’il est le moins cher de tous, et qu’un simple rinçage suffit à en entretenir la propreté.

M. Paquet expose en même temps un gracieux moulin à poivre, aussi en porcelaine, d’un mécanisme solide et soigné, destiné à figurer sur les tables, et permettant d’avoir constamment, au moment voulu, du poivre authentique, pur, aromatique et frais. En deux tours donnés au moulin, votre mets est saupoudré. C’est facile, original, et l’instrument peut se décorer pour être en harmonie avec tout le service ordinaire.

Nous citerons encore les trieurs à grains de M. Alfred Clert, constructeur-mécanicien à Niort.

Il fait aussi des trieurs pour la minoterie et la brasserie.

Le principal trieur, — le modèle n° I, — est en deux parties avec grilles et reprise automatique.

L’avantage important et incontestable de cet appareil consiste en ce qu’il se divise en deux parties égales représentant deux trieurs distincts, travaillant ensemble ou isolément.

La première partie sert à séparer les blés des graines longues : avoines et orges. On peut aussi l’employer seule à nettoyer et purger les orges et les avoines de toutes les graines étrangères qu’elles peuvent contenir.

La deuxième partie sépare non-seulement les graines rondes, telles que jarosse ou gesse, graines de moutardes, nielle et toutes graines étrangères au blé, mais encore les blés eux-mêmes, selon leur grosseur pour la semence.

Je ferai remarquer cette deuxième partie, à laquelle on vient d’appliquer un nouveau perfectionnement ou reprise automatique.

Jusqu’ici les trieurs à reprise donnaient, outre le blé marchand et le blé de semence, une qualité de blé mélangé de graines noires qu’il fallait rejeter sur la masse à trier ou reverser dans les trieurs pour lui faire subir un nouveau triage, ce qui occasionnait une grande perte de temps.

Ce trieur donne deux qualités de blé : le blé marchand et le blé de semence; on a les graines noires parfaitement pures de bon blé, c’est-à-dire ni pertes, ni déchets. Ce résultat est obtenu par le système de reprise automatique.

Les deux parties du trieur étant indépendantes et munies chacune d’un régulateur, peuvent donc se régler séparément. Elles peuvent aussi fonctionner ensemble ou séparées.

Cette facilité de séparer les deux parties, qui ont chacune 1m, 10 de long sur 70 cent de large et 1 mètre de haut, facilite le transport et permet de monter l’appareil partout où on désire opérer, le volume de chaque partie ne dépassant pas celui d’un ventilateur ordinaire.

Le rendement de l'appareil est de 2 à 3 hectolitres par jour.

Parmi les appareils.de distillerie, nous remarquons ceux de la maison Savalle fils.

La production de l’alcool est devenue aujourd’hui l’une des branches les plus importantes des industries agricoles. Pendant longtemps, on ne songeait guère à l’extraire que de la fermentation sucrée, du vin; mais, à une consommation qui prenait une extension formidable, il fallait des moyens puissants et des éléments plus nombreux de fabrication. Les fruits divers, déjà antérieurement connus comme sources d'eaux-de-vie précieuses pour leur bouquet aromatique, sont entrés pour une plus large part dans les alambics des bouilleurs ; la betterave ou plutôt sa mélasse a été bientôt, elle aussi, apportée dans les cuves ; enfin les grains, blé, orge, maïs, riz, avoine, etc., sont entrés définitivement pour une part prépondérante dans le nombre des matières que traitent nos distillateurs contemporains. C’est par millions de tonnes que se chiffre actuellement cette production.

Par quelle série de métamorphoses les procédés de fabrication ont-ils atteint la perfection qui se révèle aujourd’hui?

C’est ce que nous allons raconter brièvement :
Tout le monde connaît l’alambic primitif ; il est fondé sur la propriété qu’a l’alcool de se maintenir à l’état de vapeur à une température beaucoup au-dessous de 100 degrés, point d’ébullition de l’eau pure. Les appareils les plus perfectionnés, adoptés par nos plus grandes usines, ne sont encore que des applications plus ou moins perfectionnées de ce principe.

Nous ne dirons pas ici comment s’opère la fermentation, ni au prix de quelles précautions minutieuses s’obtiennent les moûts où l’alcool est contenu en dissolution dans l’eau. Quelle que soit la substance à laquelle on veut demander de l’alcool, il faut qu’elle subisse cette série de transformations qui l’amène à l’état de moût qui contient l’alcool à extraire.

La plupart des appareils exposés dérivent du système do distillation continue créé au commencement du siècle par Cellier-Blumenthal. La maison Derosne et Cail perfectionna ensuite ce dernier, dont elle se fit une vraie spécialité.

Le trait distinctif de cette invention était de rendre verticale la colonne analyseuse. C’est grâce à M. Savalle père que Cellier put obtenir de ses appareils un fonctionnement régulier.

M. Champonois, se préoccupant surtout des fabrications rustique.s, qui exigent des organes robustes, substitua la fonte au cuivre dans l’établissement de la colonne, et imagina une disposition plus pratique des plateaux mobiles.

Aujourd’hui M. Savalle fils construit les appareils adoptés par toutes les usines qui ont à traiter des quantités considérables. De l’aveu de ces industriels, son appareil rectangulaire distillatoire donne les résultats incomparablement les plus parfaits.

Citons encore l’appareil pour la rectification des alcools.

Voici comment on procède :
On sature d’abord les flegmes au moyen de carbonate de potasse qui fixe les acides. L’alcool ainsi purifié est envoyé dans la chaudière qui forme la base de l’appareil rectificateur. La chaleur y est apportée par des tuyaux de vapeur qui doivent amener le liquide à la température voulue ; la capacité de la chaudière est d’environ 22,500 litres; celle-ci communique avec une colonne cylindrique contenant trente-deux plateaux, portant une ouverture de 4 millimètres : chacun est creusé et forme une cuvette où vient tomber le liquide du plateau supérieur.

Dès que les vapeurs, s’élevant de la chaudière, ont acquis une tension supérieure au poids du liquide accumulé sur les plateaux, ce dernier ne peut descendre à travers les ouvertures en même temps que la vapeur monte.

Les premiers produits donnés par la vapeur alcoolique condensée renferment les éthers, et sont renvoyés dans un réservoir spécial ; puis vient ce qu’on appelle le trois-six bon goût, c’est-à dire de l’alcool renfermant 50 % d’eau, et n’ayant absolument ni odeur, ni saveur. La dégustation guide le conducteur, qui doit, aussitôt qu’il sent la plus légère altération dans le goût, envoyer l’alcool dans le réservoir dit alcool mi-fin.

Lorsque la température de la chaudière dépasse 101 degrés et arrive à 102, l’eau et les huiles essentielles, commençant à passer, viendraient altérer les produits déjà obtenus ; ôn doit donc arrêter l’arrivée de la vapeur, et le liquide des plateaux, ne rencontrant plus d’obstacles, peut traverser les petites ouvertures et retomber jusqu’en bas de la colonne, où, rencontrant l’ouverture d’un, siphon, il est conduit dans un réservoir spécial destiné aux produits de mauvais goût.
L’alcool ainsi obtenu porte 96 ou 97 degrés.

Sur 100 parties, il en contient 96 d’alcool et 4 d’eau pure. L’année dernière, M. Désiré Tavalle, s’étant appliqué à perfectionner encore l’ingénieux appareil avec lequel, dans l’usine Springer, il était arrivé à retirer économiquement l’alcool encore contenu dans les eaux de lavage des levures, a pu combiner un nouvel appareil avec lequel on retire directement des grains, de la pomme de terre et des mélasses, de l’alcool au titre élevé de 94 et 95 degrés.


MATÉRIELS ET PROCÉDÉS DIVERS.

Nous passerons rapidement sur le matériel et les procédés de diverses industries, telles que la chimie, la pharmacie et la tannerie, qui nous forceraient à entrer dans des détails trop longs et surtout trop techniques.

Tout ce que nous pouvons dire, c’est que, grâce aux progrès inouïs que la chimie a faits depuis plusieurs années, la plupart des procédés se sont améliorés en même temps qu’ils se simplifiaient et jouissaient d’une action plus rapide.

En ce qui concerne la papeterie, la teinture et les impressions, peu de chose à dire ; la papeterie emprunte beaucoup de pâte de bois à la Suisse, à la Belgique et à la Suède.

L’impression lithographique et typographique étant devenue aujourd’hui de plus en plus exigeante, les fabricants de son outillage et de ses encres ont dû la suivre dans sa voie de progrès.

La France a bien tenu son rang ; mais, en cette matière, elle a à lutter contre de redoutables adversaires : l’Angleterre et les États-Unis.

Les appareils que nous avons sont pour la plupart parisiens, lyonnais ou rouennais.

Dans l’exposition du matériel et des procédés de la couture et de la confection des vêtements, nous remarquons notamment les métiers à plisser et à rucher des sœurs Merle.
Ce métier se compose d’un cadre en bois, élégant, sur lequel sont fixées des lames en acier à distance régulière. Un second jeu de lames mobiles à charnières est maintenu d’un côté sous un presseur, et de l’autre par un ressort dans une crémaillère. Celles-ci jouant sous celles-là, entraînent en s’abaissant l’étoffe nécessaire pour plisser les volants qui sont placés sur le métier les uns à côté des autres, et même les uns sur les autres, si l’étoffe est légère.

Cet appareil présente l'avantage :
De faire, avec le même métier, toutes-les fantaisies de plis et de ruches, en les variant à l’infini. Condition essentielle pour les ateliers de confections pour dames ;
De plisser indifféremment toutes les étoffes, cachemire, alpaga, soie, velours, crêpe et mousseline, toile, etc., etc. ;

D’épargner tous les points du bâti, et de retirer du métier les plissés finis, prêts à être disposés sur le costume;

De conserver aux garnitures toute leur fraîcheur, en repassant sur le métier avec un fer ordinaire; ce qui permet de les soigner selon leur nuance et leur qualité, et aussi de repasser sur un linge humide, si l’étoffe l’exige pour être indéplissable ;

D’obtenir en une demi-heure les garnitures d’un costume ;

Et enfin de faire fonctionner le métier sans apprentissage et de pouvoir en confier le soin à une personne n’ayant jamais plissé.

Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps sur ce chapitre, nous ferons remarquer seulement que dans toutes les parties de l’habillement, vêtement, gants, chapeaux, chaussures , l’influence de la machine à coudre s’étend d une façon incroyable.

Là où la machine à coudre est impuissante, vite on invente une autre machine.

M. Dubois, de Cusset, a même inventé un appareil pour prendre mesure.

Nous voici au compartiment des objets de mobilier et d’habitation. L’emploi de la terre, les modifications qu’on lui fait subir, voilà qui vaut certes la peine qu’on s’y arrête.

La classe 59 comprend une exposition très complète de machines destinées à ces industries. Les unes préparent, divisent, corroient et malaxent la terre ; les autres fabriquent et façonnent la terre ainsi préparée en lui donnant la forme qu’elle doit garder pour subir la cuisson.

Nous sommes loin de l’antique et rudimentaire fabrication des briques, employées tout d’abord à l’édification des demeures humaines. Le travail à la main, si longtemps seul pratiqué, a fait place presque partout à celui des machines. C’est à peine si, en certaines provinces, assez pauvres en industrie, on y a encore recours pour la fabrication des tuiles.

Pour la fabrication mécanique, la terre à employer de préférence est celle qui sort de la carrière, si elle a assez de consistance pour que, pétrie dans la main, elle conserve l’empreinte des doigts sans y adhérer. Quand la saison est très sèche, on l’humecte légèrement avant de la passer aux cylindres malaxeurs ; si elle est au contraire très pluvieuse, on la durcit en y mêlant quelques déchets de tuiles et de briques sèches, non cuites, ou même de terre séchée. Les cylindres ont une telle puissance que la terre qui se détache des cannelures est échauffée et ramollie : il s’en dégage des vapeurs aqueuses, comme si on l’avait arrosée d’eau chaude.

Toute la fabrication repose du reste sur la bonne préparation des terres, qui ne sont jamais trop malaxées ; c’est au point que l’usage des cylindres a permis à certains fabricants de réexploiter des carrières abandonnées, dont les terres utilisées par les procédés ordinaires, c’est-à-dire à l’état de pâte molle, ne donnaient que des produits trop défectueux.

La terre ainsi malaxée est mise dans l’étireuse ou machine à galettes et étirée en forme de planche, ou en briques, ou enfin en tuyaux. Les galettes acquièrent une très grande solidité, car la terre subit une pression extrême, et l’on peut tenir une de ces planches par un bout, sans qu’elle se rompe. Lorsqu’on la coupe, on la trouve aussi serrée et aussi dure que du marbre très fin.

L’avantage des machines, outre la quantité et la qualité très supérieures de leur production, est encore des plus sensibles dans l’économie de temps qu’amène leur emploi ; les tuiles et briques ainsi fabriquées ne se déforment pas au séchoir, et peuvent être mises au four deux ou trois jours au plus après leur fabrication. Il faut donc ainsi beaucoup moins de place et de bâtiments pour les sécher.

L’une des expositions de cette famille qui nous a particulièrement frappé par la simplicité des appareils et la perfection des produits est celle de la maison Boulet.


LES TÉLÉGRAPHES.

La télégraphie est une des grandes découvertes modernes, une de ces découvertes destinées, plus même que les chemins de fer, à conduire le monde par voie expresse à ses destinées nouvelles.

M. Laisant, dans le Rappel, a écrit comme il suit l’historique de la télégraphie :
Le Ier septembre 1794, à l’ouverture de séance, Carnot montait à la tribune de la Convention, tenant à la main une feuille de papier sur laquelle deux lignes étaient écrites.

« Citoyens, disait-il, voici la nouvelle « qui nous arrive à l’instant par le télégraphe que vous avez fait établir de Paris à « Lille: Condé est restitué à la-République; « la reddition a eu lieu ce matin à six heures. »

« Je renonce à décrire l’enthousiasme que ces paroles soulevèrent dans la grande Assemblée, comme dans les tribunes : il y a de ces choses que l’on devine, que l’on perçoit et que cependant on se saurait exprimer.

« C’est ainsi que le télégraphe fut inauguré en France ; on comprend combien l’invention des frères Chappe dut promptement, dans de telles conditions, devenir populaire. Bientôt de nouvelles lignes de postes télégraphiques furent créées, le télégraphe passa dans les mœurs, non pas pour la correspondance privée, mais pour l’échange des dépêches officielles importantes, et un réseau télégraphique s’étendit et se développa sur le territoire français (je pourrais dire sur l’Europe entière) jusqu’au jour où les merveilles de l’électricité eurent pour résultat d’envoyer à la ferraille presque tout ce matériel qui avait fait à si juste titre l’admiration de nos pères.

« Ce n’est pas qu’en 1794 l’idée de correspondre à distance par des signaux fût nouvelle. C’est un procédé qui a dû prendre naissance en même temps que la langue écrite ou parlée. Sans remonter jusqu’aux temps héroïques, jusqu’à Thésée ou jusqu’à la prise de Troie, il est certain que les Grecs ont fait usage de signaux, et surtout de signaux de feu, dans leurs opérations militaires. Il est non moins avéré qu’ils conçurent et exécutèrent le plan d’un véritable alphabet télégraphique, assez pénible, on doit l’avouer, dans l’application.

« Au moyen âge, je n’ai pas besoin de le dire, la nuit régna sur la télégraphie, aussi bien que sur toutes les autres sciences. Mais dès le XVIIe siècle, de nombreux physiciens s’attachèrent à ce problème si séduisant, et si difficile avant la découverte des instruments d’optique.

« Cela ne diminua en rien le mérite de Claude Chappe et de ses frères, qui ont eu la gloire d’établir un appareil pratique, simple, rapide autant qu’il pouvait l’être à l’époque, et d’imaginer un alphabet extrêmement ingénieux, non sans avoir passé par bien des tâtonnements et bien des déceptions.

Il en est toujours ainsi dans l’histoire du progrès. Il n’existe pas d'inventeur dans le sens absolu du mot; chacun vit du patrimoine commun que lui ont légué ses devanciers ; il le met plus ou moins en valeur, voilà tout ; et il n’arrive à la solution la plus simple qu’après les plus pénibles efforts. Newton, sans Kepler, n’existe pas ; ce qui n’empêche pas Newton d’être un génie incomparable.

« Le lecteur se demande peut-être quel rapport il peut y avoir entre l’Exposition du Champ de Mars et l’invention de Claude Chappe. Si je m’arrête à ces premiers pas de la télégraphie aérienne, c’est pour plusieurs raisons. La première, c’est que le télégraphe des frères Chappe est une invention bien française, tout à fait nationale; de plus, on ne peut réellement apprécier la valeur d’une science qu’en mesurant le chemin qu’elle a parcouru depuis son origine ; en troisième lieu, il ne faudrait pas croire que la télégraphie aérienne soit détrônée par l’électricité, au point d’être « toujours » proscrite. Il y a bien des cas exceptionnels dans lesquels le télégraphe aérien peut encore seul être mis en usage ; et, aujourd’hui même, le beau réseau sémaphorique qui garnit nos côtes est muni d’appareils Chappe, instruments précieux de correspondance avec les navires en vue. Tout le monde sait quels services ce réseau rend chaque jour à la navigation maritime.

« Il est intéressant de noter ici un fait bien curieux au point de vue de l’histoire dé la science, et qu’on ne connaît peut être pas assez, bien que plusieurs ouvrages de vulgarisation en aient parlé ; c’est que Claude Chappe a passé à côté du télégraphe électrique, pressentant ainsi, sans pouvoir la mettre en œuvre, l’idée qui devait plus tard renverser toutes ses machines et bouleverser l’art de la télégraphie. La preuve s’en trouve dans un rapport célèbre de Lakanal, rapport auquel est dû l’établissement du télégraphe en France. Voici en quels termes s’exprime l’illustre conventionnel parlant de Claude Chappe:
« L’électricité fixa d’abord l’attention de ce laborieux physicien; il imagina de correspondre par le secours des temps marquant électriquement les mêmes valeurs, au moyen de deux pendules harmonisées.

« Il plaça et isola des conducteurs à de certaines distances ; mais la difficulté de l’isolement, l’expansion latérale du fluide « dans un long espace, l’intensité qui eût été nécesssaire et qui est subordonnée à l’état « de l’atmosphère, lui firent regarder son projet de communication par l’électricité « comme chimérique. »

« Lakanal avait raison ; à l’époque où il écrivait, le projet de télégraphe électrique de Chappe était chimérique, l’électricité statique étant seule connue ; avant que l’utopie devînt une réalité, il fallait que Volta, Galvani, Œrsted, Ampère eussent passé par là.

« Depuis 1844, aux États-Unis, depuis 1855, en France, le télégraphe électrique a définitivement supplanté son devancier. Les progrès dans cet art ont été si rapides que, dans notre pays seulement, nous avons vu les systèmes d’appareils les plus différents se succéder les uns aux autres à quelques années d’intervalle. Le télégraphe Bréguet à-deux aiguilles, dont les signaux représentaient exactement ceux de l’alphabet Chappe, après avoir fonctionné sur nos lignes dans les premiers temps, dut faire place au système Morse, cette merveille de simplicité que tout le monde connaît aujourd’hui, dans lequel la manipulation se fait par un. petit levier oscillant, et dont l’alphabet se compose tout uniment de points et de traits habilement combinés.

« Mais bientôt on devient plus difficile, et, pour les lignes importantes, voilà que le Morse ne suffit plus; et on le .remplace par l’appareil d’un autre Américain, Hughes, qui imprime une dépêche en caractères ordinaires avec une rapidité étonnante. 11 y a quelques années seulement de cela, et déjà le Hughes a reçu des perfectionnements qui s’accroissent encore tous les jours et permettent d’obtenir des résultats devant lesquels l’esprit reste confondu.

« Les chemins de fer, cependant, avaient pris, dès l’origine, le simple télégraphe à cadran, et ils s’y sont tenus à peu près à l’exclusion de tous autres systèmes. Il y a aussi des télégraphes à cadran dans un certain nombre de petits postes, bien que l'administration s’efforce de les faire disparaître et d’y substituer des Morse.

« Si bien qu’il existe aujourd’hui en France une variété très grande d’appareils en usage, et qui subissent les uns et les autres des modifications incessantes.

« Encore n’avons-nous pas dit un mot de toutes les applications, infiniment nombreuses, de la télégraphie à petite distance, sonneries, avertisseurs, etc., etc., dans lesquelles l’esprit ingénieux des constructeurs s’est évertué à faire mieux. Il n’est pas jusqu’aux jouets d’enfants où la télégraphie ne trouve sa place.

« Ajoutez à cela les appareils spéciaux aux transmissions transatlantiques, les procédés, relativement récents, de la télégraphie pneumatique en usage dans Paris, laquelle envoie, non pas des signaux, mais les dépêches elles-mêmes circulant dans des tubes ; et vous aurez une idée, bien incomplète encore, de l’extrême variété que présente une exposition de ce genre.

« Ce qu’on a imaginé, en fait de combinaisons mécaniques, à l’occasion des télégraphes, est extraordinaire, au point de vue de la conception comme de l’exécution. Tous ces magnifiques appareils sont-ils destinés à périr, tués par le dernier même qu’on appelle le téléphone? Pour l’instant, ils ne semblent pas trop craindre un sort si malheureux, et ils se plaisent à faire une noble contenance.

« Qu’ils y prennent garde pourtant : le progrès est inexorable dans sa marche ; pas plus que le temps, il ne respecte les droits acquis. Le télégraphe de Chappe, fier sans doute de sa patriotique origine, lançait audacieusement, lui aussi, ses bras vers les cieux, il n’y a pas trente ans ; nous l’admirions comme un géant mystérieux, non sans une certaine stupéfaction rêveuse. Et cependant, c’est à peine si nous pouvons aujourd’hui retrouver de loin en loin les ruines de la tour qui lui servait de piédestal.

« Pour communiquer la pensée humaine, il n’est plus besoin d’une puissante lunette, permettant de remarquer les mouvements qui s’exécutent à quelques kilomètres, si toutefois le brouillard veut bien ne pas se mettre de la partie. Mais un monsieur assis dans une chambre fort noire, à Brest, regarde une petite image lumineuse se promener sur un écran ; et ce petit trait lumineux lui fait connaître ce que dit au même instant un autre monsieur assis à New-York dans une chambre non moins noire.
S’imagine-t-on cette sorcellerie pratiquée au moyen âge! Le traitement infligé à l’audacieux, coupable d’un pareil tour, ne se fût pas fait longtemps attendre.
« Eh bien, de là jusqu’à la transmission instantanée de la voix humaine, dans des conditions normales et pratiques, il n’y a pas si loin peut-être. Ce n’est pas réalisable aujourd’hui'; cela pourrait bien être fait demain. »

En attendant, constatons nos richesses ; elles sont grandes et vaudraient la peine d’un inventaire détaillé.


LE PETIT OUTILLAGE DE L’ARTICLE DE PARIS.

Le petit outillage de l’article de Paris, affère,au dire du catalogue officiel, à 17 genres divers qui sont :
1° Outillage et procédés de la fabrication des objets d’horlogerie, de bijouterie, d’orfèvrerie; outillage des graveurs, outils de précision.
2° Machines servant à la fabrication des boutons, œillets, agrafes.
3° Machines à confectionner les brosses, les peignes, les cardes.
4° Machines et outils pour boucher et déboucher, capsuler, rincer et essayer les bouteilles et les flacons, pour remplir et manœuvrer les fûts, pour marquer les bouchons.
5° Machines servant à la fabrication des épingles, des aiguilles, des pointes de Paris, des clous à ferrer les chevaux.
6° Machines servant à la fabrication des capsules, des cartouches, des amorces et des briquets.
7° Machines pour la reliure.
8° Machines pour fournitures de bureau.
9° Machines pour enveloppes de lettres, cornets et sacs en papier, cols et manchettes en papier.
10° Machines servant à la fabrication des plumes, des crayons.
11° Machines à écrire.
12° Machines à empaqueter, à ficeler-, à plomber les marchandises.
13° Machines à cirer, à décrotter les chaussures, à laver et cirer les parquets.
14° Outillage etprocédés de la bimbeloterie, de la marqueterie.
15° Outillage et procédés de la fabrication de la vannerie, des-ronds de paille et des enveloppes de bouteille.
16° Presses monétaires, presses à étamper, balanciers, moutons et poinçonneuses.
17° Meules à aiguiser, pierres à brunir, etc. Nous ne reviendrons pas sur ces divers procédés que nous avons expliqués au lecteur au courant de notre visite à travers la galerie du travail manuel.

Nous lui donnerons cependant ici le détail d’une petite fabrication très-intéressante, celle de l’épingle.

Cet objet gracieux et mignon, qui coûte si bon marché, n’est fini, achevé, qu’après avoir passé par les mains de plus de vingt-cinq ouvriers.

Les épingles se fabriquent au moyen du laiton ; le laiton nous est envoyé par certaines usines du Nord qui ont fait de sa fabrication leur spécialité.

Voici donc le laiton arrivé dans la fabrique d’épingles. Il servira à produire les têtes et les tiges. Je vais essayer de vous décrire les diverses phases qu’il va traverser avant de devenir cet objet charmant que les doigts de la femme manient avec autant de grâce que d’adresse.

Le laiton arrive brut et enroulé. Il faut donc le redresser. Cette opération est exécutée par un ouvrier spécial qui est à la fois dresseur et coupeur. Il peut parvenir à dresser jusqu’à six cents toises de laiton par jour, et à fournir également par jour deux cent quarante MILLIERS D’ÉPINGLES.

Des mains du coupeur, les tiges passent à celles de l’empointeur qui les aiguise au moyen d’une meule d’acier placée au milieu d’un appareil à peu près semblable à celui qui sert aux rémouleurs.

L’épingle a désormais sa pointe, mais elle n'a pas de tête. Dans cet état, elle s’appelle hause.

Le laiton qui sert à faire les tiges sert également à faire les têtes ; le laiton est étroitement roulé au moyen d’une machine mue par la vapeur ; quand le fil s’est enroulé assez de fois pour former une tête suffisante, l’ouvrier coupe le fil au moyen d’une cisaille. Les têtes une fois fabriquées sont jetées dans une sébile et on les applique aux tiges facilement ; il suffit de faire pénétrer la tige par le bout aiguisé. La tête glisse alors jusqu’au haut de l’épingle où elle se fixe sans peine.
Les têtes d’épingles se fabriquent à raison de 1200 par heure.

L’épingle est confectionnée. On la nettoie, on polit le laiton, puis on remet le tout à la bouteuse.

La bouteuse est l’ouvrière chargée de piquer les épingles sur les bandes de papier que nous connaissons tous.

Les trous dans lesquels les épingles sont placées se percent d’avance, au moyen d’un peigne d’acier.

La bouteuse en est également chargée.

La bouteuse accomplit une besogne considérable. En effet, elle peut, en un jour, percer 120 millions de trous et y placer 15 milliers d’épingles.


CARROSSERIE, CHARRONNAGE, ETC.

Nous entrons maintenant dans une classe qui présente un attrait tout particulier, celle de la carrosserie.

Le coup d’œil en était charmant.

Toutes ces voitures luxueuses, reluisantes comme des mariées, étincelantes de cuivre-ries et d’argentures, présentaient un aspect tout à fait original, voire même quelque peu solennel.

Tous les genres de voitures s’y trouvaient réunis, depuis la voiture princière jusqu’à l’omnibus et au tramway.

Voici le duc, garni en sphinx, que l’élégant conduit au bois.

Voici le Dorsay à huit ressorts, M. Bail en avait de remarquables.

Voici une voiture de chasse qui peut atteler à volonté deux, trois, quatre, même six chevaux.

M. Detouches a de remarquables mail-coachs, des landaus et des phaétons, puis des coupés et des victorias du meilleur goût.

Les coupés, — notamment le coupé Zéphir, __garni de peluche de soie vert-azur et capitonné de haut en bas, sont d’une grâce et d’une légèreté ravissante.

Nous retrouvons les mômes modèles chez M. Keller.

Nous noterons particulièrement sa victoria huit-ressorts.

Les voitures de M. Binder, des frères Belvalette étaient non moins remarquées.

La Compagnie générale des omnibus de Paris, et la compagnie générale des voitures de Paris ont envoyé divers modèles de voitures.

Le reste de la classe est occupé par les divers fournisseurs des objets indispensables à la carrosserie.

Avant de terminer, disons que la carrosserie, qui fait par an une moyenne d’affaires de cent millions de francs, alimente onze corps de métiers :
Les fabricants de ressorts et d’essieux, les fabricants de roues, les fabricants d’avant-trains et de toutes pièces propres au montage, les quincailliers spéciaux, les menuisiers en voitures, les fabricants de bois cintrés, les lanterniers, les plaqueurs, les ébénistes, les sculpteurs, les passementiers.

Dans ce nombre ne sont pas compris les fournisseurs de bois, d’étoffes, de velours, etc.

La sellerie et la bourellerie comprennent les accessoires de la carrosserie, c’est-à-dire les harnais, mors, selles, etc., et les fouets, sticks, cravaches et autres.


LA NAVIGATION ET LE SAUVETAGE.

La navigation et le sauvetage, quoique réunis en une seule exposition, en forment cependant deux parfaitement distinctes.

Commençons par la navigation. Elle comprend trois parties : 1° la marine en général, 2° la marine de l’État ; 3° la navigation de plaisance depuis quelques années a pris, on le sait, une certaine importance et a fini par conquérir une place classée.

Les navires de pêche, navires à voiles, sont au nombre de 9,193 pour la petite pêche et de 397 pour la grande ; on compte près de 1139 navires au long cours, le nombre des navires similaires à vapeur est à peu près insignifiant.

Il y a actuellement 41 yachts de plaisance à voiles et 41 à vapeur.

Au premier abord, le visiteur se sentait comme perdu au milieu de tous ces cordages, de tous ces agrès, de ces mâts, de ces scaphandres, de cette multitude d’appareils divers avec lesquels la généralité du public est peu familiarisée.

Le grand attrait de cette exposition était bien certainement les bateaux de sauvetage ou autres de grandeur naturelle, puis les modèles exposés par le ministère de la marine.

Le ministère de la marine a, on peut le dire, bien mérité de l’exposition par la façon intelligente et complète dont il a choisi les objets à exposer.

Les modèles des navires : —la Dévastation, le Redoutable, le Richelieu, le Trident, le Suffren, le Duguesclin, la Victorieuse, le Tonnerre, la Tempête, le Duquesne, le Duguay-Trouin, l’Éclaireur, le Lapérouze, le Villers, le Chasseur, le Crocodile, l’Anamite, l’Allier, frappaient par leurs formidables dimensions, par leur nombreuse artillerie.

Tout autour, le public trouvait des modèles représentant des moitiés de navires, ce qui lui permettait de se rendre compte de leur conformation ; on voyait les machines dans tous les détails : enfin, cette exposition était une véritable école, parce qu’il était impossible d’en sortir sans avoir compris, tant elle avait été soigneusement organisée et tant les mille et un détails de la construction navale éclataient forcément aux yeux.

Tous les appareils de marine figuraient dans cette galerie.

Parmi les petites embarcations exposées, une des plus intéressantes était le canot de sauvetage ; on l’avait placé sur une sorte d’estrade, avec des escaliers de chaque côté, et le public ne manquait pas de monter et de remonter vingt fois pour admirer la coquille de noix dans laquelle de braves gens vont, à travers la nuit noire, malgré les lames furieuses de la mer, porter secours aux navires en danger.

Ceci nous mène à parler du sauvetage et de la Société centrale de sauvetage des naufragés qui a été fondée en 1865, puisque c’est elle qui a exposé le canot dont nous venons de parler.

Son exposition se complète d’une série de ceintures de sauvetage et enfin du matériel ordinaire de sauvetage.

L’objet le plus curieux et qui a été le plus examiné, c’est le fusil-porte-amarre, qui a déjà rendu de si incontestables services.

En dehors de la Société de sauvetage, nous citerons au hasard Y avertisseur électrique y pour annoncer les dangers d'incendie et qui consiste dans une sonnerie établie à la loge du concierge et correspondant aux divers étages de la maison ; au premier symptôme de danger, la sonnerie avertit le concierge et lui indique le lieu du danger,
* Voici un autre engin de sauvetage, c’est le gouvernail de rechange inventé par M. L. Le Guénédal, attaché au port de Bordeaux.

Le gouvernail de rechange doit rendre d’immenses services ; grâce à lui plus de navires désemparés et combien de naufrages évités !

L’invention de M. Le Guénédal a été très remarquée et les hommes spéciaux la-considèrent comme pratique.

Le nom de M. J.-B. Toselli est bien connu déjà du public, comme celui d’un travailleur infatigable qui poursuit avec acharnement la solution du problème difficile d’extraire du fond des mers les richesses qu’il contient.

Nous retrouvons au Champ de Mars sa taupe marine et ses grappins automoteurs. La vue de nos gravures expliquera sans peine au lecteur l’usage auquel ces engins sont destinés. Il nous suffira d’ajouter ici que les branches ou griffes des grappins s’ouvrent sous la pression de l’eau au moment de la descente, et se referment d’elles-mêmes aussitôt qu’elles touchent l’objet qu’elles vont saisir.

Quant à la taupe, que l’on voit figurée à droite dans notre premier dessin, elle permet à l’explorateur sous-marin de descendre et de monter, d’avancer dans tous les sens, enfin de se mouvoir à sa volonté ; elle lui donne le moyen d’éclairer le champ de ses recherches, et d’emporter avec lui les objets qu’il rencontre sur sa route.
Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de construction et de fonctionnement ; ceux qui en seraient curieux peuvent s’adresser à M. Toselli, 196, rue de Lafayette, et lui demander ses petites brochures explicatives qui sont d’un extrême intérêt.

Nous dirons seulement que les engins de cet intelligent constructeur ont été bien des fois mis à l’essai avec un succès complet, à Marseille, en Corse, sur le littoral italien, et que chaque fois Ton a constaté le grand parti qu’on pouvait espérer.

Voici maintenant des appareils très curieux et qui ont fait leurs preuves, nous voulons parler de l’exposition de M. Bazin, l’ingénieur bien connu.

Parlons d’abord du système inventé par lui, pour l’extraction du sable et de la vase.

Chargé d’un travail dans une rade de l’Océan et ayant reconnu la nécessité d’enlever une épaisseur de 4 mètres de vase à la profondeur moyenne de 22 mètres, il se vit en face de l’impuissance des dragues ordinaires, qui ne vont pas à de telles profondeurs, et qui l’exposaient à interrompre souvent le travail, par suite de la marée et du mouvement des flots. Son génie inventif eut vite trouvé un instrument nouveau.

Il songea que si, au fond d’un navire, il faisait une ouverture, l’eau envahirait la cale ; mais que si à cette ouverture il adaptait un tuyau dont l’extrémité viendrait s’appuyer sur les vases à extraire, ce ne serait plus la molécule d’eau placée auprès de l’ouverture du navire qui entrerait, mais bien la molécule d’eau placée sur la vase près de l’orifice du tuyau, et celle-ci dans son mouvement ascensionnel devait entraîner la vase.

L’idée à peine conçue, l’essai fut tenté : il réussit. Ce procédé fut dès lors employé avec succès au dévasement de la rade. Un tuyau en caoutchouc de 10 centimètres de diamètre, placé sur les vases à enlever, les amenait graduellement au fond du navire ; là une machine élévatoire les expulsait graduellement au dehors. EtTon enleva ainsi des millions de mètres cubes à cette profondeur de 22 mètres.

Cette invention, basée sur une loi physique que tout le monde connaît, semble fort simple, et elle l’est en effet ; mais il en est d'elle comme de toutes les choses simples, il fallait la trouver.

Une autre invention de M. Bazin, qui est très appréciée et qui fonctionne à l’heure qu’il est dans les placers de la Guinée, du Sénégal, du Paraguay, de l’Uruguay, du Honduras, du Pérou, de Saint-Dominique, de la Malaisie et des Guyanes, c’est le laveur-hydraulique-centrifuge.

Ce laveur forme le complément naturel de l'extracteur.

Au procédé primitif de la sébile ou buttée, M. Bazin a substitué un appareil d’une admirable simplicité, facilement transportable, sorte de battée mécanique, dont le fonctionnement utile ne dépend plus seulement de l’habileté ou de la négligence de l’ouvrier, et qui fait seul, manié par un homme, sans force motrice, le travail d’une équipe de vingt laveurs à la battée. Dix de ces appareils si simples, si légers, si peu coûteux, représentent donc un chantier de deux cents laveurs. L’industrie du lavage de l’or est doue aujourd’hui dotée d’instruments parfaits et définitifs.

A côté, nous trouvons deux types de bateaux rapides qui sont extrêmement curieux.

Tous deux sont étroits, extrêmement allongés, et évidemment conçus de manière à offrir moins possible de résistance au passage de l’eau, sous l’action du propulseur qui les pousse. Pour leur conserver la stabilité, M. Baziut a imaginé deux combinaisons nouvelles et fort originales. L’une, appliquée aux vaisseaux destinés à de petits parcours, consiste en deux balanciers, fixés de chaque côté du bord, et qui font l’office de nageoires étendues, pour maintenir le navire en équilibre.


Autre invention, par laquelle nous terminerons; en voici la description :
Six gros segments de sphère couplés comme les roues d’une locomotive à travers la carcasse du vaisseau, et placés dans le milieu de sa longueur, remplacent les balanciers que nous venons d’indiquer, dans les navires destinés aux longues traversées ; actionnées par la force de la vapeur, ces six calottes sphériques, coupées à arêtes vives et dont la surface de section, regardant le navire, est rigoureusement verticale sur le plan de la mer, roulent avec une grande vitesse et coupent l’eau. Ils n’ont pas pour fonction, comme on est tenté de le croire, de transmettre au navire la force d’impulsion ; ils doivent tout simplement fendre l’eau pouf diminuer la résistance opposée par le volume du vaisseau. Aussi ces deux types de paquebots express ont reçu le nom de bateau à balanciers et de navire rouleur.

Continuons notre promenade. Voici toute une collection de scaphandres, la population parisienne les observe avec beaucoup de curiosité, cela lui rappelle un drame au fond de la mer.

Enfin, voici le descenseur à spirales, qui nous a paru être d’une grande utilité et réunir toutes les conditions pratiques désirables.

L’appareil se compose tout simplement d’une corde incombustible. Le danger arrivant, vous en fixez le bout à votre balcon ou à l’appui de votre fenêtre.

La corde traverse une sorte de manchon métallique massif, en s’enroulant de deux, trois ou quatre tours dans une sorte de gorge en spirale fixée dans ce manchon.

Vous vous attachez au manchon par la ceinture et vous vous laissez glisser.

Il suffit d’un traction exercée sur la corde en dessous du manchon, pour qu’elle s’arrête instantanément; il vous est donc loisible de modérer ou d’accélérer, enfin de régler la descente à votre volonté.

Il y avait à l’exposition d’autres systèmes de descenseurs; mais celui-là nous a paru le meilleur, le plus simple et le plus pratique comme nous le disions en commençant.
Il offre, de plus, l'incontestable avantage de pouvoir être installé en une seconde, le temps de nouer une corde. Or, la rapidité est la première condition du sauvetage.
Revenons à la navigation.

Les Forges et les chantiers de la Méditerranée,nla Compagnie Transatlantique, la Cale de radoub de Dunkerque, les Ardoisières d'Angers, les Usines et chantiers de construction de la Seine ont exposé une grande quantité de matériaux employés dans la construction navale.

Parmi les curiosités, citons le remarquable travail de M. le capitaine d’infanterie de marine Filaz, exécuté avec une exactitude incroyable.

La navigation de plaisance était brillamment représentée grâce au patronage du Yacht-Club de France, société d’encouragement pour la navigation de plaisance, dont le président est l’amiral de La Roncière le Noury.

Toutes les sociétés qu’il subventionne avaient exposé leurs guidons, leurs pavillons, leurs trophées.

On sait que le Yacht-Club a un pavillon spécial qui lui a été concédé par le ministre de la marine.

Nous ne nous étendrons pas plus longtemps sur cette exposition ni sur les bâtiments amarrés à la berge.

Nous avons entretenu déjà et en détail le lecteur du Frigorifique, dont la visite était si intéressante.

Il nous semble que nous devons au moins une mention, — et c’est à coup sûr sa place ici,— une mention à une toute petite barque, le Nautilus, qui n’a pas trouvé accueil à l’Exposition, et qui a dû se loger dans une boutique de l'avenue Rapp.

Si jamais petite embarcation a mérité le nom de coquille de noix, c’est bien le Nautilus. Pour un peu, on le serrerait dans son cabinet de toilette.

Eh bien ! cette coquille de noix, partie do la côte américaine, a fait, en moins de cinquante jours, par une mer toujours grosse, la traversée de l’Atlantique jusqu’au Havre.

Évidemment, cela ne prouve rien ; évidemment, les deux frères William et Waller Andrews, en accomplissant cet acte, — qu’on pourrait qualifier de fou, — n’ont pas fait faire le moindre pas en avant à la navigation ; sans doute, ils n’ont rien réalisé d’utile pour l’humanité ni pour eux-mêmes.

Mais quel courage !

Et par quelle grâce du ciel le terrible Atlantique, qui parfois ne fait qu’une bouchée des gros vaisseaux, a-t-il épargné ce gamin de Nautilus qui le narguait si effrontément ?

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878