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Parfumerie, Bronze d'Art, ...


Parfumerie, Bronze d'Art, ... à l'exposition de Paris 1878

La parfumerie, qui n’avait autrefois qu’une importance restreinte, est devenue aujourd’hui une de nos grandes industries.

Paris en est devenu le grand centre.

Les départements, surtout ceux du Midi et notamment les villes de Nice, de Cannes, de Grasse, fournissent les matières premières qui sont envoyées à Paris où on les manufacture.

Pour donner au lecteur une idée de la grande extension qu’a prise l’industrie de la parfumerie, nous placerons sous ses yeux les quelques détails suivants, qui lui donneront une idée de la progression de la production et lui montreront l’importance du chiffre d’affaires quelle représente aujourd’hui :
kilos. francs.
1836............ 800,000 6,000,000
1840............ 1,100,000 7,000,000
1856.......... 1,S50,000 10,000,000
1866 ........... 3,500,000 16,000,000
1876 ........... 2,500,000 17,000,000


Ces chiffres représentent le total de l’exportation ; nous n’avons malheureusement pas pu trouver le chiffre exact de la consommation intérieure.

L’Angleterre, la Belgique, les possessions espagnoles en Amérique, le Brésil, l’Allemagne et les États-Unis sont les pays où notre importation est le plus considérable.

Enfin, il ressort de tout ce que nous venons de dire que, sous le rapport de la parfumerie, le monde entier est à peu d’exceptions près tributaire de notre industrie.

L’exposition de la parfumerie française a été très-intelligemment organisée.

Ce n’était pas seulement l’élément féminin qui l’honorait de sa visite. Les hommes y accouraient, attirés parla séduction des parfums, par l’embaumement perpétuel de l’atmosphère.

Outre ce charme incontestable, l’exposition de la parfumerie présentait un côté excessivement pittoresque.

Devant chaque vitrine, les demoiselles, chargées de les garder et d’en faire les honneurs, étaient armées d’un propulseur chargé d’un liquide odorant dont elles envoyaient des gouttelettes sur les cheveux, sur les vêtements des personnes qui le désiraient.

Non-seulement personne ne s’y refusait, mais tout le monde le réclamait avec empressement; aussi les jolies parfumeuses avaient-elles fort à faire.

Passons maintenant à l’examen des principales vitrines. Voici, entre autres, la maison Gellé frères.

Comme l’a fort bien dit un de nos confrères de la France, cette maison est une de celles dont l’importance est connue de tous ; le jury lui a décerné la médaille d’or.

Fondée en 1826, rue d’Argout, la maison vit le choix du public s’attacher dès 1g début à ses produits. Aussi dut-elle, quelques années plus tard, installer à la Chapelle une usine modèle où furent fabriqués les premiers savons de toilette en grande chaudière.

En 1849, le local devenant insuffisant, il fallut créer à Neuilly-sur-Seine une nouvelle fabrique.

MM. Gellé frères avaient des premiers compris l’importance de la vapeur comme force motrice et comme principe de fabrication; aussi n’hésitèrent-ils pas à en faire, dès cette époque, l’application pratique; ce fut là un immense progrès.

Rasée en 1870 pour les besoins de la défense de Paris, l’usine de Neuilly fut transportée à Levallois-Perret et reconstruite avec tous les perfectionnements nouveaux que signalaient une longue expérience et les progrès accomplis par la science moderne.

La parfumerie à la glycérine, qui constitue une des branches principales de la maison, fut apportée par M. Eug. Devers, un savant chimiste, que la mort a trop vite enlevé à la science.

L’accueil fait à l’inventeur et à son produit montre suffisamment combien la maison Gellé frères sait apprécier ce qui est vraiment supérieur. Le succès de cette parfumerie est la récompense naturelle de l’union de la science et de l’industrie.

Pour l’aider dans sa tâche, la maison s’est attaché un personnel nombreux et fidèle, 175 employés ou ouvriers, dont le tiers compte de dix à quarante ans de service.

A la vitrine de la maison Delettrez, nous retrouvons le célèbre opoponax qui naquit vers les dernières années de l’Empire et qui a conservé sa vogue, puis les savons satin, les savons au suc de laitue, les savons à la glycérine, l'eau de Cologne du grand cordon, la poudre dentaire Delettrez, etc., etc.

M. Ernest Mayer, qui dirige aujourd’hui la fameuse maison Pinaud, expose entre autres produits ses compositions aux violettes de Parme, dont le parfum si fin, si délicat, est le seul, croyons-nous, qui puisse rivaliser avec l’opoponax.

Le dernier chiffre d’affaires de cette maison est de 2,500,000 fr.

Ceci vient à l’appui de ce que nous disions en commençant au sujet de l’importance actuelle de la parfumerie au point de vue industriel.

La maison Pinaud paye de patente et d’impositions la somme ronde de 24,000 fr., à la régie et à l’octroi 65,000 fr.

La consommation, en matières premières, se répartit comme suit : 95,000 litres d’alcool, 105,000 kilog. de graisses fines pour la fabrication des savons, 23,000 kilog. de pommade, de graisse et d’huile parfumée, 25,000 kilog. d’autres huiles de provenances diverses, et enfin les machines à vapeur qui mettent en œuvre cet immense matériel dévorent annuellement 325,000 kilog-. de charbon!

Elle fabrique 140,000 savons par an.

Un dernier détail, qui fait le plus grand honneur à ceux qui gouvernent cette maison.

Ils assurent une rente à l’ouvrier qui passe son existence dans leur usine ou au service de leur maison.

En effet, l’art. 5 du règlement porte que : « Toute ouvrière ou ouvrier employé à la fabrique pendant cinq années consécutives reçoit, sans aucune retenue sur son salaire, une gratification annuelle de 50 fr. en un livret de la Caisse d’épargne ou en un titre de rente française.

«A partir de dix ans de travail, cette gratification est portée à 100 fr.; de quinze ans, à 150 fr.; de vingt ans, à 200 fr., limite d’accroissement. »

Enfin, grâce à cet excellent système, un ouvrier, entrant à la fabrique à l’âge ordinaire des apprentis, c’est-à-dire à quinze ans, est assuré d’avoir, en prenant sa retraite à l’âge de soixante-cinq ans, un capital de 21,862 fr. 42 c. en toute propriété, et suffisant pour vivre sans travailler.

Voici maintenant la maison Violet, encore un des noms connus de la parfumerie.

Le savon royal de Thridace, le savon veloutine, une quantité de produits au champake, au foin coupé, figurent dans la vitrine et attirent l’attention des dames.

Notons aussi la crème Pompadour, si précieuse, paraît-il, pour conserver aux visages féminins la fraîcheur et la finesse du tissu de la peau.

La parfumerie Oriza a attiré aussi notre attention.

Savez-vous ce que c’est que l’oriza?

L’oriza est une sorte de mosaïque de parfums.

Vous prenez de la rose, de la violette, toute la flore européenne, toute la flore indienne ; vous mélangez le tout, vous le combinez et vous obtenez... l’oriza !

Ce n’est pas plus difficile que cela, mais personne n’y avait encore songé.

Tout, cela se conçoit, est à l’oriza dans cette vitrine : oriza-savon extra ; oriza-hay, eau de toilette au bouquet de foin coupé, vinaigre des Alpes, oriza water, essence-oriza pour le mouchoir, réséda d’Italie, oriza-lis ; oriza-oil, huile surfine pour lustrer les cheveux, etc., etc.

Citons encore l’exposition de MM. Vibert, qui ont d’excellents produits et qui les donnent dans des conditions do bon marché exceptionnel et l’exposition de M. Beaurain, dont les savons sont d’excellente qualité.

Citons surtout Valcool de menthe de M. Ricglès et le lait autéphelique de Candès, deux produits, — il vaut mieux dire deux découvertes, — qui soutiennent depuis nombre d’années une réputation bien méritée.


COMMENT SE FABRIQUE LE SAVON.

Nous ne voulons pas nous borner, en écrivant le compte rendu de l’Exposition de 1878, à rappeler au lecteur, sèchement et méthodiquement, c’est-à-dire à la façon d'un catalogue, les innombrables objets qui ont frappé ses yeux.

Nous nous efforçons, chaque fois que cela nous est possible, de lui faire connaître ce que la vue seule de l’objet fabriqué ne lui a pas révélé et n’a pas pu lui révéler, c’est-à-dire le secret de la fabrication.

La façon dont on produit, la façon dont le bois, le fer, les diverses matières premières, enfin, se transforment, les phases qu’elles traversent avant de devenir l’objet manufacturé livrable au public, voilà ce qu’on trouvait dans la galerie du travail.

Un manufacturier marseillais, M. Arnavon, a fait au Trocadéro sur le savon de Marseille une intéressante conférence dont nous empruntons le compte rendu partiel à l’ingénieur du journal la France :
« L’industrie du savon est très-importante ; on pourra se faire une idée de la place considérable qu’elle tient, en songeant que le blanchissage remue en France plus de 2 milliards de francs par an. Mais à la tête de cette fabrication, autant par l’ancienneté de cette réputation que par l’importance de ses produits, c’est notre ville de Marseille qui marche bien en avant, et c’est avec raison et avec une juste fierté qu’un manufacturier marseillais, M. Arnavon, est venu faire, au palais du Trocadéro, une conférence intéressante sur la fabrication spéciale du savon de Marseille.

« M. Arnavon, et il ne faut pas s’en étonner, possède bien son sujet ; il a cette qualité, énorme pour un conférencier, que l’on est convenu d’appeler la parole facile. Mais il sait aussi trouver des accents émus et touchants, et c’est avec un vif sentiment de gratitude et d’admiration qu'il a rendu hommage àM. Chevreul, qui lui faisait l’honneur de présider la séance, et qui, il y a quarante ans, a découvert et formulé le premier la théorie de la saponification.

« Est-ce à dire que la fabrication du savon ne date que de cette époque ?—Non pas! Mais on fabriquait du savon sans se rendre compte des opérations chimiques qui se produisaient. Le hasard, la pratique, le temps avaient fait découvrir un procédé de fabrication que l’on ne considérait presque que comme un tour de main, et que l’illustre chimiste venait proclamer un modèle de perfection au point de vue scientifique.

« Le savon se préparait dans les Gaules bien avant que les Romains en eussent fait la conquête. Puis, c’est dans Pline que nous retrouvons certains emplois du savon qui font sourire de nos jours, mais qui furent fort en vogue à cette époque. On l’employait pour guérir les maladies de peau, et on le faisait entrer dans la composition d’un grand nombre de remèdes. On eut pour le savon, à l’état de produit pharmaceutique, l’engouement que l’on a aujourd’hui pour d’autres panacées célèbres, et pour exploiter ses vertus curatives, on alla jusqu’à fonder une savonnerie à Pompéi, savonnerie dont on montre encore aujourd’hui les vestiges aux touristes.

« Vers le VIIe siècle, cette industrie fit des progrès importants. On trouva le moyen de débarrasser, à l’aide de la chaux, les soudes naturelles des acides qui les accompagnent et l’on prépara ainsi une nouvelle et singulière application du savon.

«En ce temps-là, en Italie, la beauté était blonde, et c’est au savon que la coquetterie féminine s’adressait pour obtenir les nuances à la mode. Les Vénitiennes ne se contentaient pas de passer sur leur balcon de longues heures au soleil, la tête couverte du chapeau sans fond nommé Solana ; elles humectaient encore avec une eau de savon leur belle chevelure, pour neutraliser le dangereux effet d’un soleil brûlant, tout en aidant son influence décolorante.

« C’est seulement à partir du XIIe siècle que la fabrication du savon se révèle à l’état d’industrie. Les fabriques proprement dites ne datent que de cette époque. Les progrès furent dès lors rapides, mais ce n’est que sous l’influence de l’infatigable sollicitude de Colbert, que Marseille enleva à ses rivales, Savone, Gênes et Alicante, le renom qu’elles s’étaient acquis dans la fabrication du savon. Au mois de mars 1669, Colbert affranchit le port de Marseille de tout impôt et favorisa la fabrication du savon par une série d’édits de réglementation ou de franchise. La supériorité des savons fabriqués à Marseille atteignit alors un tel degré, que le Sénat de Gênes s’en émut. Il décréta que tous les savons fabriqués à Gênes qui seraient reconnus de mauvaise qualité seraient brûlés en place publique et le décret fut exécuté.

« Aujourd'hui il y a à Marseille plus de cent fabriques qui assurent le travail de 20,000 ouvriers, autant pour les besoins propres que pour les industries qu’elles ont fait naître. Mais ce n’est pas tout : Paris, Nantes, Rouen, la Suisse, l’Allemagne, l’Angleterre lui ont emprunté ses procédés de fabrication et lui rendent cet hommage de donner à leurs produits le nom de savons deMarseille.

«Malheureusement, les falsifications n’ont pas tardé à se produire. On a introduit dans le savon des corps étrangers qui augmentent son poids au détriment de sa richesse. On y a mis de la terre, du talc pulvérisé ; mais il est facile, dans ce cas, de s’en apercevoir, car le talc se touche du doigt, le savon étant grenu, et se dépose en une couche terreuse dans toutes les opérations du lessivage. On y a mis de l’eau, mais c’est ici qu’intervient la marbrure que l’on considère avec raison comme un indice de la bonne qualité du savon.

« Pour obtenir la marbrure, on ne laisse pas au savon coloré et insoluble qui s’est séparé du produit utile le temps de se déposer ; on saisit le bain par le refroidissement et le moulage, lorsqu’il descend en filets au milieu de la masse. Or cette opération ne peut se faire que lorsque le savon ne renferme pas une trop grande quantité d’eau, car c’est une véritable combinaison chimique qu’un savon, et elle exige un poids fixe d’eau pour se constituer.

« Mais on ne fait pas à Marseille que des savons marbrés, on fabrique aussi une infinité de produits spéciaux qui répondent à des besoins particuliers et qui prennent les noms des huiles ou des graisses qui entrent dans leur composition.

« Les savons de toilette sont faits avec des huiles de bonne qualité, du suif ou du beurre. A la fin de la cuisson, on brasse un peu vivement pour enlever le savon et lui donner de la légèreté ; on l’aromatise avec des essences et on le moule.

« Pour rendre le savon transparent, on le dissout dans l’alcool chaud et on le coule dans des moules ; la masse solidifiée est d’abord opaque ; elle ne devient translucide qu’au bout de quelques jours.

« En résumé, la fabrication du savon de Marseille est une industrie des plus importantes et des plus florissantes en ce moment, grâce au dégrèvement récent des taxes qui pesaient sur elle. Il faut souhaiter que la concurrence loyale fasse des économies importantes dans la fabrication et fasse baisser beaucoup le prix, encore trop élevé, de cette substance de première nécessité.

« Mais il faut se défier de la facilité avec laquelle on accueille quelquefois les plus étranges innovations.

« En voici un exemple : Un grand industriel empruntait au blanc d’œuf l’albumine dont il avait besoin pour ses apprêts, mais il lui restait les jaunes, dont il ne pouvait arriver à consommer qu’une faible partie bien qu’il eût condamné son nombreux personnel ouvrier au régime de l’omelette à perpétuité.

« Un chimiste, aussi ingénieux qu’habile, eut l’idée de transformer ces jaunes d’œufs en savon. Cette originale conception eut son moment de succès, mais on ne tarda pas à se rendre compte que le jaune d’œuf ne pouvait produire qu’un savon discutable et coûteux.

« Une autre invention avait au moins le mérite de ne pas altérer le produit chimique en lui-même et de se baser sur une connaissance bien profonde du cœur humain.

« Un industriel avait remarqué que l’on use rarement le savon jusqu’au bout. Lorsqu’il n’en reste plus qu’un petit morceau, qui correspond au centre du savon primitif, on le jette généralement pour en reprendre un neuf. Notre chimiste imagina de remplacer cette partie du savon par une matière inerte et bon marché. Une pierre, un galet par exemple. Il avait ainsi créé : le savon à noyau ! »

Avant de clore le chapitre de la parfumerie, nous demanderons au lecteur la permission de poser la question suivante :
Comment se fait-il que la parfumerie ait été classée dans le groupe du mobilier, alors que sa place véritable était indiquée dans le groupe du vêtement et de ses accessoires ?


LES BRONZES d’ART. L’HORLOGERIE. LA COUTELLERIE, ETC.

Les bronzes d’art brillent d’un éclat tout particulier et, sous ce rapport encore, la supériorité de l’exposition française nous paraît incontestable ; il est vrai que le bronze, qui fut un peu moins recherché durant une certaine période, a retrouvé aujourd’hui une vogue qui n’aurait jamais dû le quitter.

L’exposition de la maison Barbedienne est naturellement une des plus brillantes, les œuvres les plus remarquables comme conception, comme exécution, comme fini, abondaient et faisaient l’admiration générale.

Quel plaisir, quelle fête des yeux quand on regardait le David avant le combat et le David vainqueur, de Mercié, le Chanteur florentin, de M. Paul Dubois, l'Education maternelle de M. Delaplanche, et enfin le Louis XIII de Rude !

Citons aussi les deux bustes en bronze vieil argent de Marguerite de Valois et de Catherine de Médicis.

Naturellement, cette partie de l’Exposition comprend un nombre considérable de pendules en bronze et de candélabres.

Nous nommerons au hasard les bronzes d’art et d’ameublement de la maison Martinet, la serrurerie d’art de la maison Masson dont l’établissement boulevard Richard Lenoir a l’aspect d’un véritable musée.

Quant aux fonderies du Val d’Osne, elle est absolument admirable; l’Exposition était pleine, du reste, de ses bronzes, de ses statues, etc.

L’horlogerie était représentée principalement par Besançon.

Besançon occupe actuellement quarante mille ouvriers qui produisent environ cinq cent mille ébauches de montres par an.

Elle lutte victorieusement avec l’horlogerie génevoise qui est obligée maintenant de compter avec l’horlogerie française et l’horlogerie américaine.

Aux heures, aux demies, aux quarts, toutes ces horloges, toutes ces pendules, qui sonnaient en même temps, constituaient un véritable carillon.

Nous devons reconnaître cependant que la plupart de ces pendules étaient dans un désaccord absolu entre elles et que, — chose étonnante, — ce n’était pas tout à fait dans la classe de l’horlogerie qu’il convenait de se rendre si on voulait être renseigné exactement sur l’heure.

C’est Saint-Nicolas d’Aliermont, dans la Seine-Inférieure, qui a vu naître l’industrie horlogère française ; elle possède aujourd’hui douze fabriques qui occupent un millier d’ouvriers.

Nous avons déjà parlé de Besançon, nous n’y reviendrons pas ; les autres villes où fleurit l’industrie horlogère sont Morez, dans le Jura, et Montbéliard.

Voici le chiffre de la production horlogère française :
francs.
Paris.......................... 22,000,000
Saint-Nicolas................... 1,500,000
Cluset.......................... 1,500,000
Besançon...................... 24,000,000
Morez.......................... 4,000,000
Montbéliard..................... 9,000,000
Total.................. 62,000,000


La coutellerie se subdivise en coutellerie articulée ou à ressorts, coutellerie à lames fixes, telle que couteaux de chasse, de bouchers, de cuisine, etc.; ciseaux, rasoirs, et quincaillerie d’acier poli.

La coutellerie française a pour principaux centres de fabrication : Thiers, Langres, Nogent, Paris et Châtellerault.

La coutellerie française fait annuellement une somme d’affaires qui peut être évaluée à 22 millions de francs au moins ; mais elle a, nous devons l’avouer, peine à lutter contre l’article anglais.

La classe 29, qui comprend la maroquinerie, la tabletterie et la vannerie, représente une des parties les plus essentielles de ce qu’on appelle l’article de Paris et qui est si recherché dans le monde entier.

Nous ne nous arrêterons pas devant ces vitrines si gracieuses pourtant ; nous serions entraînés trop loin s’il nous fallait décrire tous ces ravissants bibelots qui ont fait la joie des visiteurs et qu’on achetait avec tant d’empressement.

Nous ne quitterons pas cette classe sans citer une de ses plus admirables merveilles, le vase de Gustave Doré :
Gustave Doré est un dessinateur universellement célèbre, c’est un peintre de valeur pour que la critique s’attache à ses chausses avec des ardeurs de meute affamée toutes les fois qu’il lui en offre l’occasion, c’est aussi un sculpteur de talent, et il manie la pointe d’acier avec succès ; tout le monde savait cela, c’était déjà de l’histoire ancienne. Or, voici qu’il s’est avisé de modeler un vase colossal, une chose inattendue, même de lui, un chef-d’œuvre, ma foi !

Une place d’honneur a été donnée au Champ de Mars à cette œuvre nouvelle du puissant artiste ; elle se trouve dans le passage qui conduit de la porte Rapp au pavillon de la Ville de Paris. Ce vase a été modelé en forme de bouteille à vaste panse, d’un dessin élégant et gracieux. Du haut en bas grouille une fourmilière d’amours, de nymphes, de faunes et de satyres, se tirant, se heurtant, se lutinant, se bousculant au milieu des pampres et des raisins, paraissant çà et là lutter à qui arrivera le premier au sommet, c’est-à-dire au goulot, pour s’y désaltérer, je présume. Cependant quelques amours sont déjà à califourchon sur le bord de ce goulot, se faisant toutes sortes de joyeuses grimaces et se moquant des efforts des autres.

Tout autour du pied, une nouvelle cohue d’amours en bas âge s’escrime à presser le jus des grappes, ou folâtrent avec des insectes, ou poursuivent de petits reptiles qui fuient dans l’herbe. — Mais toute cette foule mythologique n’est pas jetée au hasard sur la panse rebondie, le long du col, autour du pied de ce vase singulier: autant de groupes, autant d’épisodes distincts et bien marqués, sans parler des amours isolés à qui leur étourderie fait faire une culbute périlleuse et inopinée.

C’est une œuvre charmante. Toutefois ce n’est que le modèle en plâtre, car le temps eût manqué pour le couler en bronze, le ciseler, le finir avant l’ouverture de l’Exposition ; mais c’est un modèle soigné, paré avec amour, en état d’être présenté avec succès, les tons verdâtres qui le déguisent en bronze font vraiment illusion. Cela n’ajoute pas au mérite du vase, sans doute, mais du moins le fait valoir.

Avant de terminer, nous demanderons au lecteur la permission de l’entretenir de quatre beaux panneaux sculptés qui ont été fort remarqués dans un magasin de Paris et qui ressuscitent les merveilles de la Renaissance.

Ils sont tirés tous les quatre d’un manuscrit de la bibliothèque de Nantes, intitulé :
Les Monuments de la Monarchie française avec les figures de chaque règne que l’injure des temps a épargnées, par le R. P. dom Bernard de Monlfaucon, religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur.

Le premier représente le siège d’une ville au xvi° siècle. Le second est la reproduction d’une miniature représentant la cour du roi François Ier.

«#Il paraît, dit dom Bernard, que les visages y sont copiez d’après nature ; en sorte que si Ton avoit des tableaux connus des grands seigneurs de la cour, on pourrait les y reconnaître. Le roi est assis sur son trône, aiantle manteau roial en forme de chlamyde cet habit extérieur descend jusqu’au gras de la jambe. »

Le manuscrit de dom Bernard nous fournit également de curieux renseignements sur la miniature reproduite par le panneau voisin, ayant pour sujet le procès du connétable de Bourbon.

« Il semble, dit-il, que celui qui a fait ou commandé la peinture a voulu ici représenter la cour des douze pairs. Il en met pourtant, je ne sais pourquoi, sept d’un côté et sept de l’autre.

attachée à l’épaule droite. A son côté gauche, on voit le jeune dauphin Henri, sans barbe, et son frère le duc d’Orléans, tourné d’un autre côté. Les seigneurs de la cour qui sont aux deux côtés de son trône ont la plupart de barbe ou quelques uns qui n’en ont pas. Tous portent le collier de Tordre et sont vêtus de même ; ils ont un bonnet noir apparemment de velours où quelques-uns ont une plume attachée. On les voit tous avec une espèce de casaque à grand collet et à larges manches qui ne vont que jusqu’au coude ;

« A l’extrémité du devant de ce bâtiment soutenu sur des colonnes, où se tient l’assemblée, il a mis à la droite les écussons des six pairs séculiers, des ducs de Bourgogne, de Normandie, d’Aquitaine, des comtes de Flandre, de Champagne et de Toulouse ; et à la gauche, ceux des pairs ecclésiastiques qui ne sont pas tous dans leur rang. Reims est après Langres, mais, comme je l’ai déjà dit, ces variétés se trouvent si fréquemment qu’on ne s’y arrête plus.

« L’arrêt fut prononcé contre le connétable de Bourbon dont la fin était telle : que la cour l’a déclaré et déclare crimineux de leze-majesté, rébellion et félonnie et a ordonné et ordonne que les armes et enseignes appropriées particulièrement à la personne du dit duc de Bourbon, affichées en son honneur en ce royaume, seront rayées et effacées, et l’a privé et prive de la cognomination de ce nom de Bourbon comme ayant notoirement dégénéré des mœurs et fidélité des antécesseurs de ladite maison de Bourbon, damnant et abolissant la mémoire et la renommée à perpétuité comme crimineux dudit crime de leze-majesté, et au surplus a déclaré et déclare tous et chacun les biens féodaux qui appartiennent audit de Bourbon tenus à la couronne de France médiatement ou immédiatement estre retournez à icelle et chacun les autres biens, meubles et immeubles confisqués. » Quant au panneau du bas de la page, représentant la réception d’un chevalier de l’ordre de Saint-Michel par le roi Henri II, le manuscrit de dom Bernard ne nous fournit que le renseignement suivant :
« L’habit du roi et des chevaliers assis à ses cotez est blanc et le collier est rouge. Les armoiries qui sont au bas sont apparemment du chevalier. »

On le voit, M. Delmas a fait revivre un genre qui était depuis longtemps abandonné. On fait évidemment de bien beaux meubles aujourd’hui; les sculpteurs rivalisent de talent pour en rendre la décoration aussi riche que possible; mais encore sont-ils limités le plus souvent par la question du prix. Ce n’est pas tout que de faire un meuble artistique, il faut qu’il puisse se vendre ; aussi les fabricants n’osent ils trop se lancer dans la sculpture historique. Ils font bien exécuter quelques personnages isolés; mais aucun d’eux n’aurait voulu entreprendre ce qu’a fait M. Delmas, c’est-à-dire des panneaux contenant jusqu’à cinquante et soixante figures.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878