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Meubles



La fabrication des meubles a pris en France une très-grande extension, surtout la fabrication des meubles à bon marché.

Le meuble à bon marché exerce sur la population besogneuse l’influence la plus salutaire et la plus moralisatrice. La perspective de pouvoir acquérir un mobilier bourgeois et de pouvoir jouir de la tenue et du confortable des classes dites supérieures donne à ces braves gens l’habitude d’abord, puis l’amour de l’ordre et de l’économie, vertus qui éloignent du cabaret.

Parlons un peu d’abord de la fabrication des meubles.

D’après la notice du catalogue officiel, la fabrication des meubles de luxe en France * était, il y a quelques années encore, l’un des monopoles de l’industrie parisienne; mais, dans ces derniers temps, quelques maisons importantes ont été fondées à Lyon, Bordeaux, Marseille, Nantes, Caen, Toulouse, etc.; néanmoins, Paris est demeuré le centre de fabrication le plus important.

On peut évaluer à 27,000 environ le nombre des ouvriers qu’occupe l’industrie de l’ameublement en France. En 1872, on comptait, à Paris seulement, 4,340 établissements producteurs, toutes spécialités comprises, et 14,266 ouvriers Si l’on compare ces chiffres à ceux qui sont relevés dans la statistique de 1860, on constate que, dans cette période de douze années, le nombre des ouvriers s’est accru de 1,001 et celui des patrons de 803.

L’ébénisterie emploie les bois indigènes, hêtre, chêne, sapin, noyer, à la confection des meubles à bon marché ; les bois exotiques, acajou, palissandre, thuya, bois de rose, bois de violette, dont les prix varient de 20 à 70 francs par 100 kilogrammes, à la fabrication des meubles de luxe, et enfin, mais plus rarement à cause de leur grande valeur, l’amboine, l’amarante, le citronnier, l’érable et l’ébène. Les marbres précieux et autres,la porcelaine peinte, les bronzes, ne servent qu’à l’ornementation et n’entrent que pour une part relativement minime dans la fabrication.

L’industrie des meubles n’occupe qu’un nombre très-restreint d’enfants, comme apprentis tourneurs, et de femmes, comme cannières ou vernisseuses. Le travail à l’heure tend à remplacer généralement, sauf chez les menuisiers, le travail aux pièces.

Le taux des salaires s’est élevé depuis 1867 ; pour les ébénistes, il varie de 60 à 75 centimes l’heure; pour les sculpteurs, de 60 centimes à 1 franc et 1 fr. 25 cent.

Les moyens mécaniques ont pu être avantageusement appliqués à la fabrication des meubles à bon marché; mais, dans l’industrie des meubles de luxe, les machines ne servent qu’à débiter les bois de placage et à tirer les moulures.

La valeur des meubles, sièges, billards, etc., fabriqués annuellement en France, est d’environ 80 millions ; dans cette évaluation les matières premières figurent pour 33 %, la main-d’œuvre pour 55 % et les frais généraux pour 12 %. L’industrie parisienne fournit à elle seule les trois quarts de la production nationale.

Il résulte de la statistique des douanes que l’exportation des articles d’ameublement s’est élevée en 1875 au chiffre de 18,046,759 fr., supérieur de 5,673,678 francs à celui de 1867, et que la valeur des importations, qui, en 1867, était de 1,225,188 francs, ne s’est accrue que de 414,071 francs pour atteindre, en 1875, 1,639,259 francs.

L’ébénisterie revient de plus en plus à la fabrication des meubles massifs ; les meubles Renaissance et Louis XIII sont chaque jour plus recherchés, et l’industrie est arrivée à copier d’une façon très-satisfaisante les formes anciennes en les appropriant aux exigences de la vie moderne.

Pour aider à l’éducation professionnelle des apprentis, on a fondé en 1866 à Paris, sous le nom de Patronage des enfants de l’ébénisterie , une Société qui a créé des concours professionnels auxquels sont appelés chaque année tous les apprentis indistinctement; en même temps une école a été ouverte pour l’enseignement du dessin appliqué à l’ameublement, du dessin d’ornement et du modelage. Cette institution contribuera sans doute encore à maintenir l’ébénisterie au rang qu’elle-a su conquérir.

Les meubles de luxe ont été très-largement représentés ; tout le monde a admiré les splendides bahuts, crédences, bibliothèques, buffets du XVIe siècle ou de la Renaissance, exposés notamment par les maisons Drouart, Laloude, Blanqui, Fourdinais, Gallais, Cablence, etc., etc.

L’éloge de ces maisons n’est plus à faire; mais nous devons dire qu’elles se sont surpassées cette année.

Il est vrai que cette splendide exposition internationale a excité chez tous un tel enthousiasme et une si grande émulation !

Pour nous, qui faisons ici une œuvre populaire, nous nous attacherons particulièrement aux meubles à bon marché, qui mettent le confort à la portée de l’ouvrier et du petit employé.

Nous citerons particulièrement les canapés-lits de la maison Leroux.

Le canapé-lit est une des plus utiles créations de l’esprit, moderne et il rend d’énormes services aux personnes qui sont petitement logées, ou qui ont une famille nombreuse.

Il a en outre, généralement, un tiroir dans lequel on peut serrer des effets.

Les sièges garnis de M. Niderer ont été très-remarqués, ainsi que les sièges et meubles de MM. Rebegratte frères.

Citons un meuble infiniment gracieux, et disons-le bien vite, aussi utile que gracieux : le berceau-parachute de M. Boivin.

Un filet soutenu par des fils métalliques, affectant la forme sphéroïde, enveloppe entièrement le berceau.. L’enfant peut jouer, faire tout ce qu’il lui plaira, on n’a pas à craindre qu’il tombe ; le filet sert en outre de moustiquaire et empêche les mouches et autres insectes de tourmenter le bébé.

Ce filet s’ouvre par le milieu et ses deux parties retombent à la tête et au chevet du berceau ; voulez-vous enfermer l’enfant, vous les prenez chacune d’une main et vous les rapprochez jusqu’à jonction parfaite.

Rien n’est plus ingénieux.

Une autre invention qui doit trouver sa place ici, c’est le chariot automatique de M. Mégissier.

Tout le monde se souvient d’avoir vu à l’Exposition l’inventeur parcourant les salles avec son petit garçon, un charmant bébé, lequel marchait seul, ou s’asseyait à volonté grâce au chariot automatique.

Ce petit appareil, au moyen duquel les enfants apprennent facilement à marcher sans efforts ni fatigues, et où ils peuvent s’asseoir, se lever et marcher dans la direction qui leur convient, le tout simultanément, sans le concours de la mère, ne mesure que 0m55 de long sur 0m40 de large; son poids est d’environ 5 kilogrammes.

On peut s’en servir pour tous les enfants, depuis le plus bas âge jusqu’à deux ans et plus.

Le chariot est pourvu de crémaillères pour le régler suivant l’âge et la taille des bébés; il ne fait aucun bruit, car il est monté sur des roulettes en caoutchouc, qui ne rayent ni le parquet, ni les tapis, il procure un exercice salutaire et bienfaisant à l’enfant, sans le fatiguer, parce que, si celui-ci vient à s’affaisser, il se trouve assis sur un petit siège qu’un mouvement pourvu de ressorts relève automatiquement.

Lorsque l’enfant marche seul, il aime son petit chariot, grâce auquel il se fortifie par l’exercice qu’il se donne ; il en fait un jouet.

Au point de vue de la salubrité et de l’hygiène, l’enfant est beaucoup mieux dans son chariot que dans les bras mêmes de sa mère; il est aéré, ne s’échauffe pas, n’est pas exposé à être porté par d’autres enfants, et évite, parce fait seul, de cruels accidents.

Tous les médecins qui ont examiné l’appareil l’ont approuvé.

Ce chariot n’est nullement embarrassant; sa forme est élégante, sa construction solide ; le rond capitonné est pourvu d’un fermoir et d’une ceinture à bretelles, qu’il ne faut pas négliger de mettre à l’enfant, ainsi que la ventrière ; par exemple, il faut avoir soin que le petit frein fasse toujours arrêt sur la roulette pour empêcher le mouvement de recul quand l’enfant s’assoit.

Pour compléter le bien-être des bébés, l’inventeur a appliqué le système du chariot aux petites voitures d’enfants. Il est d’usage de conduire ces chers petits êtres au dehors, soit dans un parc, un square, un jardin ou ailleurs, pour leur faire respirer le bon air; aussitôt arrivée, la mère ou la nourrice vont s’asseoir, le bébé reste à s’échauffer, pendant que la maman ou la nounou travaillent des doigts ou de la langue. L’enfant ne profite donc pas complètement de la sortie.

La voiture remédie à cet inconvénient, car elle est simultanément voiture et chariot, rend les deux services à volonté, par une combinaison dont l’usage est facile ; l’enfant, au lieu d’être dans s$ voiture, se trouve instantanément dans un chariot, qu’il manœuvre lui-même, s’assoit, se lève , se promène, le tout suivant sa volonté ; par la même combinaison, le chariot devient voiture pour retourner à la maison.

Il y a aussi un chariot avec dos capitonné, qui se place et se déplace à volonté sur un train, aussi facilement que l’on ferait d’un panier, de sorte que l’on peut se servir du chariot chez soi, et dehors avec son train ; ce système est excellent pendant les mauvais temps et l’hiver, où on ne peut faire sortir les enfants ; et dans toute saison, surtout l’été, il remplace la voiture.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878