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Chauffage et Eclairage



Cette classe est une de celles qui ont le plus retenu l’attention du public, car elle intéresse le confortable de l’intérieur et il a remarqué que, depuis un peu déjà, à l’exemple de nos voisins d’outre-Manche, nous attachons chaque jour plus d’importance à ce confortable dont nos pères se montraient si dédaigneux.

Parmi les procédés relativement nouveaux de chauffage et d’éclairage dont l’emploi tend à se généraliser, nous citerons le grand et puissant agent moderne : le gaz.

Aussi les fabricants d’appareils pour l’adaptation du gaz au chauffage et à l’éclairage étaient-ils nombreux.

Commençons par ceux qui nous ont le plus frappé.

Le gaz chez soi, ainsi pourrait-on caractériser le but et l’effet de l’appareil exposé par M. Lascols. Le jury, en grand seigneur, qui ne doit aucun compte de ses fantaisies, a refusé avec persistance de l’examiner, mais il est bon cependant que nous prévenions le public qu’il existe un moyen de jouir des avantages calorifiques et éclairants du gaz, même lorsqu’on est éloigné des villes ou des centres qui, seuls, possèdent des usines spéciales.

Le système de M. Lascols est appliqué avec le plus grand succès dans bon nombre de châteaux, d’ateliers, d’usines, d’institutions, où il fonctionne avec régularité. Ce n’est plus une invention dans la période des tâtonnements; l’expérience l’a consacrée et perfectionnée et l’on peut y recourir à coup sûr. Ainsi l’on sera débarrassé des lampes fumeuses et fétides, exigeant une attention continuelle et des lanternes plus tristes encore qui remplissent si médiocrement leur office dans les corridors et les communs.

Le gaz produit par l’appareil Lascols est le résultat de l’air ambiant traversant des couches d’essence minérale; il ne contient pas de traces de sulfures, n’attaque ni les peintures, ni les dorures, et peut s’appliquer à tous les usages industriels ou de cuisine, comme le gaz ordinaire, qu’il surpasse par la beauté de sa flamme.

Quant à l’appareil en lui-même, il se compose d’un soufflet, d’une cloche d’air et d’un carburateur.

Nous ne pouvons entrer ici dans aucun détail technique ; les intéressés peuvent en voir le fonctionnement rue de Malte, aux Magasins Réunis, que M. Lascols éclaire par son système. Qu’il nous suffise de dire que l’appareil est automatique, qu’il ne peut se déranger, et qu’en l’employant on peut faire chez soi, sans se déranger, sans aucun soin, le gaz nécessaire à son éclairage et à son chauffage.

Le prix de revient du mètre cube de ce gaz instantané varie avec celui de l’essence minérale, mais il ne dépasse pas 30 centimes.

Au milieu de cet encombrement d’ustensiles de cuisine et de tous les aspects, voici un petit appareil judicieusement et justement baptisé cuisine à la minute, qui a tout de suite obtenu une grande faveur auprès de nos officiers, appelés spécialement à profiter de ses avantages. Il consiste en deux assiettes en métal blanc, s’emboîtant hermétiquement avec un support (trépied), qui se renferme dans l’appareil quand on ne s’en sert pas. Rien de plus léger ni de moins encombrant. Nous ne voyons rien de si commode pour les pêcheurs, les chasseurs et les touristes.

L’usage en est très-simple. S’agit-il de faire cuire une côtelette? On la met dans l’assiette inférieure après l’avoir saupoudrée des épices voulues, on place l’autre assiette en couvercle, puis on installe cette boîte close sur le trépied. Avec une moitié de journal, on fait des baguettes légèrement tordues que l’on brûle l’une après l’autre sous l’appareil, et au bout de quatre minutes la viande est cuite à point et d’une saveur parfaite; la graisse retenue dans l’assiette peut servir en quatre autres minutes à cuire des pommes de terre coupées en tranches minces. En huit minutes, vous pouvez donc avoir un repas.

D’ailleurs on peut y préparer toutes les viandes, les œufs, le poisson, les légumes: la vapeur qui se forme contribue beaucoup à la cuisson, empêche le mets de s’attacher au fond et de brûler.

Cette ingénieuse invention, ainsi que la bouilloire à vapeur, à peu près de la même forme, est due à M. Couza, exposant, 59, rue Meslay, à Paris.

Les appareils à gaz que nous avons vus à l’Exposition étaient marqués au coin d’un goût véritablement artistique.

A propos de l’exposition de MM. Seiler frères, le rédacteur de la France signale avec raison une suspension de salle à manger Louis XIII en bronze nickelé. Cette pièce, d’un style très-pur, se distingue par son extrême légèreté; la lampe du milieu, descendant avec contre-poids, est entourée de quatre bouquets formant un ensemble de dix-sept lumières ; à côté, on remarque une ravissante petite lampe de boudoir.LouisXVI, en bronze doré, avec médaillons ; il est à regretter que cette œuvre d’art ne soit pas mieux en vue. Ce n’est point là l’écrin qui convient à une telle perle.

Voici plus loin un thyrse de salle de billard, style pompéien, à trois abat-jour, d’un aspect sévère et de grand goût ; la garniture bronze vert antique est du plus heureux effet. Très-original le lustre chinois à cinq lumières en bronze noir frotté : je gage qu’il a excité la curiosité de plus d’un connaisseur.

Çà et là des bouquets, des bras, des appliques, des lampes à gaz portatives pour bureaux, des lanternes de vestibule : parmi ces dernières, j’ai fort admiré une tête de chien en bronze d’art servant d’appareil pour porte cochère ; l’idée est originale et parfaitement rendue.

Mentionnons le lustre Louis XVI à douze lumières montées sur deux rangs avec poignards en cristal, et, comme pièce de grand volume, un autre lustre à douze lumières, exposé dans l’annexe du Champ de Mars.

L’exposition de M. Bengel présente, tant pour l’éclairage que pour le chauffage, des modèles variés et gracieux.

Cette maison, aujourd’hui une des plus importantes, fut fondée en 1853 et commença par la fabrication des becs brevetés en porcelaine, qui ont été adoptés et sont restés depuis cette époque les modèles types de la ville de Paris.

C’est également à M. Bengel qu’est due l’introduction en France, vers 1855, des fourneaux de cuisine au gaz, dont on peut voir de jolis spécimens dans l’annexe du parc (pavillon spécial de la classe 27).

Mais c’est surtout depuis 1856, époque à laquelle il joignit à sa fabrication les appareils d’éclairage en bronze, que cette maison prit l’extension considérable qu’elle occupe aujourd’hui. Parmi les pièces de goût que je retrouve dans sa vitrine, je désignerai spécialement : une suspension de salle à manger, façon Saxe, en bronze émaillé ; une lampe mauresque à cloisonnés en bronze doré, irréprochable de style et d’exécution ; un lustre gothique d’église en vieux fer et or, d’un aspect sévère et convenant parfaitement à l’emploi qui lui est destiné ; une série de lampes pour salles de billard, des lanternes d’antichambre, des appliques et bouquets de tous styles, etc. Il y aurait là encore de bien jolies choses à signaler, qui perdent à être dites et qu’on doit voir pour justement apprécier. Je veux, avant de terminer, dire deux mots du nouveau calorifère au gaz qu’a exposé M. Bengel et dénommé : calorifère hygiénique. Le but de cet appareil est de produire, d’une quantité de gaz déterminé, le plus grand effet calorique en concentrant dans la partie chauffée toute la chaleur produite par la combustion. Grâce à une disposition spéciale, l’oxyde de carbone se trouve dissous dans la vapeur d’eau par un jet de vapeur qui vient frapper la flamme en augmentant sa puissance calorique.

De cette façon, la combustion est complète et aucune déperdition n’a lieu ; ce mode de chauffage ne présente aucun danger, est simple et peu coûteux.

Nous citerons maintenant au hasard de la plume le fourneau à quatre moufles de MM. Cuau aîné et Cie, à l’usage des chimistes, verriers ou céramistes, enfin le calorifère à ailettes creuses.

Il ne paraît pas possible de réunir une surface de chauffe plus grande sous un volume aussi restreint. L’appareil que M. Cuau aîné a exposé dans le Palais occupe un emplacement de 1 mètre de large sur 1 m. 56 de profondeur, l’enveloppe en briques comprises, et présente avec ses deux tubes de circulation une surface de chauffe de 35 mètres, c'est-à-dire qu’il peut chauffer un cube d’air de 3,300 mètres, autrement dit une habitation ayant 20 mètres de long, 13 mètres de large et 12 mètres de hauteur. C’est là assurément un heureux résultat.

Au point de vue salubre, toutes les garanties nous semblent assurées, car les surfaces de fonte ne rougissant jamais, préservées qu’elles sont par une garniture en terre réfractaire, l’air n’est jamais surchauffé.

Voici maintenant le calorifère phénix de M. Pierre Gough. Ces calorifères s’alimentent d’eux-mêmes et n’exigent aucun entretien. Figurez vous un tube de fonte renfermé dans une enveloppe en tôle. La partie inférieure de ce tube repose sur la grille du foyer; une fois le feu allumé, on remplit complètement le réservoir que l’on ferme au moyen d’un couvercle ; de la sorte, le tirage se fait extérieurement, c’est-à-dire entre le cylindre qui contient le combustible et l'enveloppe de tôle.

Le grand avantage du calorifère phénix est de donner une chaleur douce et uniforme ; le combustible ne se renouvelle que toutes les douze heures.

L’appareil breveté de M. Milhomme fils mérite aussi de fixer l’attention :
Le nouvel appareil de M. Milhomme, présenté à l’Exposition de 1878, a donné des résultats remarquables.

La division de la fumée dans les tubes, qui forment l’objet principal de l’invention, a donné une grande puissance de chauffage dans un appareil relativement restreint. Les gaz de la combustion, plus facilement dépouillés de leur calorique par les nombreuses surfaces en contact, arrivent refroidis dans la cheminée de départ.

Aussi peut-on avec ce système, pour obtenir le même développement de calorique, faire usage utilement d’un foyer moins fort que dans beaucoup d’autres appareils.

Les dimensions des coffres et des tubes peuvent être modifiées suivant les emplacements, ainsi que leur nombre, ce qui permet d’en faire la construction dans tous les endroits désignés par les architectes et les propriétaires. C’est pour ce motif qu’il n’a pas été fait de série numérotée ; l’appareil se fait pour chauffer, avec un seul foyer, un volume d’air variant entre 200 et 10,000 mètres cubes. Il peut se construire dans des caves ou sous-sols qui ont peu de hauteur.

Sur beaucoup d’autres systèmes, il présente encore l’avantage de transmettre plus vite, après l’allumage, l’air chaud envoyé aux bouches parles surfaces de chauffe multipliées.

Des ventilations s’établiront suivant les besoins.

Tous les combustibles peuvent être utilisés dans le foyer.

Les saturateurs se placent à volonté.

On ne saurait trop encourager les perfectionnements du calorifère.

N’est-il pas, en effet, le mode de chauffage le plus commode, le «plus hygiénique, puisqu’il procure :
1° Répartition égale de la chaleur dans les pièces ; 2° maintien constant d’un degré uniforme de température ; 3° suppression dé nombreuses causes d’incendie ; 4° propreté des escaliers et des appartements ; 5° augmentation de la durée de l’immeuble par sa meilleure conservation ; 6° diminution de la main-d’œuvre et de la peine des gens de service ; 7° éloignement d’accidents autrefois si nombreux dans les chambres d’enfants ; 8° enfin, économie de combustible.

Une mention encore aux petits fourneaux de cuisine de M. Tommaire :
Ces appareils sont élégants, bien solides et très-faciles à transporter, ils remplacent avec avantage les cuisinières en fonte, ils ont un four relativement grand qui rôtit parfaitement, une étuve en dessous du four, un réservoir à eau chaude, la plaque de dessus chauffe bien sur toute sa surface.

Économie réelle sur le combustible, 15 centimes par jour pendant l’hiver pour faire la cuisine et se chauffer en même temps.

Une mention aussi à son calorifère à régulateur automatique.

Ce nouveau calorifère se distingue des autres appareils en ce que la combustion se fait régulièrement, et cela naturellement au moyen du régulateur automatique dont il est muni. Par le regard incliné pour la commodité de la vue on peut examiner la marche de la combustion.

Quand le coke est suffisamment rouge dans le foyer, on place la lentille à un cran de la crémaillère qui la rapproche plus ou moins de l’orifice de la prise d’air selon la chaleur que l’on veut obtenir.

Par ce système , la combustion se règle d’elle-même. Lorsqu'elle devient trop vive, l’air d’alimentation fait appliquer la lentille devant l’orifice où elle se trouve : le tirage cesse et par conséquent le feu se ralentit. Dans ce cas le tirage n’ayant plus lieu avec la même intensité, la lentille se reporte en avant, permet un nouvel accès à l’air et la combustion se ranime; fait de cette manière, le calorifère se règle automatiquement, la combustion se fait d’une manière régulière, et la température est toujours égale, sans qu’on ait besoin de s’en occuper, et ce, jusqu’à complète extinction de combustible.

Cet appareil n’a pas de grille et n’exige pas de clef de tuyau. Il ne craint aucune concurrence sous le rapport de l’économie, de la propreté et delà facilité du service.

Ce sont les appareils les plus convenables pour établissements publics, serres,bureaux, escaliers, corridors, écoles, hôpitaux, aussi bien que pour magasins, ateliers, appartements, salles à manger, etc., etc.

Il ne reste plus qu’à vous parler d’une invention très ingénieuse de M. Mousseron.

Ici je cède la parole à mon confrère Trocadéro, de la France :
« Aujourd’hui, le chauffage des appartements s’est élevé à la hauteur d’un art; il suffit pour s’en convaincre d’une visite à la classe XXVII. Parmi les expositions de nos divers fabricants, je signalerai d’abord celle de M. Mousseron, qui est, sans contredit, la plus remarquable au point de vue des progrès réalisés.

«Tout le monde connaît les divers appareils créés par M. Mousseron : c’est d’abord son poêle-calorifère à foyer réfractaire, puis son calorifère pyrométrique d’un chauffage économique et hygiénique; voici encore les appareils Mousseron, s’adaptant à toutes les cheminées. Loin de s’arrêter dans cette voie de progrès, M. Mousseron est arrivé à supprimer la déperdition de chaleur, provenant du contact des foyers caloriques avec l’air extérieur. Pour parer aux dangers qui devaient résulter de la suppression des tuyaux, que fallait-il? Détruire l’oxyde de carbone que produit la combustion. Ce résultat, vainement cherché jusqu’alors, est atteint par le Brasero-Mousseron.

« Les expériences faites en haut lieu en ont attesté l’éclatante supériorité, de nombreux rapports scientifiques ont signalé les résultats obtenus, et d’importantes applications en ont été le résultat.

«L’appareil se compose : d’une grille, d’un foyer contenant le combustible et d’une cloche renversée, percée d’une infinité de trous, qui permettent le tirage ; à sa partie inférieure, la cloche repose sur la grille; elle est surmontée d’une bouilloire remplie d’eau qui absorbe l’acide carbonique, dégagé dans la combustion, et annihile ses effets malfaisants.

« Le tout est renfermé dans une enveloppe élégante, montée sur roulettes, qu’on peut transporter d’une pièce dans une autre, comme on le ferait d’une chaufferette. Une fois l’appareil chargé, on n’a plus à s’en occuper tout le jour; il dégage une chaleur douce absolument régulière et sans être étouffante.

« Il est employé avec grand succès dans les hôpitaux où, à cause de ses qualités, il remplace pour les malheureux poitrinaires le climat de Nice. C’est donc bien là le plus facile, le plus économique et le plus sain de tous les modes de chauffage connus jusqu’à ce jour. »

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878