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Photographie, Musique et Géographie...



La photographie, qui est aujourd’hui répandue sur toute la surface du globe et qui atteint partout un si haut degré de perfection, compte, en France, un personnel de quinze à dix-huit mille personnes, réparties dans deux mille ateliers. Le chiffre d’affaires annuelles pour la photographie dépasse trente millions de francs, d’après les documents officiels.

Il nous serait difficile d’analyser les diverses photographies exposées ; nous nous bornerons à citer quelques noms : — Goupil, la photographie Monge, Lefman, Liébert, Lumière, le célèbre photographe de Lyon, la photographie hippique de M. Delton, Pierre Petit, Reutlinger, Tourtin, Yves et Barret, et la Société française des archives photographiques, historiques et monumentales.

Dans la classe des instruments de précision, — qui ont été très-sensiblement perfectionnés depuis quelques années,—nous citerons tout d’abord une véritable curiosité, c’est l’Arithmomètre, inventé par M. Thomas, de Colmar, et perfectionné par M. Thomas, de Bojano.

L’Arithmomètre est une machine au moyen de laquelle les personnes les moins familiarisées avec les chiffres peuvent faire toutes les règles de l’arithmétique, de même que les hommes de science peuvent résoudre en quelques instants les problèmes les plus compliqués.

Simple, et surtout très-solide, cette machine offre l’avantage d’éviter toute fatigue dans les calculs.

L’Arithmomètre a subi d’importantes simplifications, qui ont rendu la machine aussi parfaite que possible. On peut en donner une idée exacte en disant qu’avec cet instrument on multiplie 8 chiffres par 8 chiffres en 18 secondes; qu’on divise 46 chiffres par 8 chiffres en 24 secondes, et que l’extraction d’une racine carrée de 16 chiffres se fait, avec la preuve, en moins d’une minute et demie. Ce qui précède permet d’apprécier les services immenses que rend cet instrument. Avec son aide , une demi-heure suffit pour faire, sans aucune fatigue et avec une exactitude mécanique, le travail d’une longue journée passée sur les chiffres, et on comprend facilement quelles énormes économies de temps et d’argent résultent de son emploi.

L’inventeur a fait des expériences en notre présence et nous avons constaté un résultat excessivement rapide.

Soit, par exemple, à multiplier le nombre 2,749 par 3,957. En 18 secondes, à peine, l’Arithmomètre donne le produit 19,877,793 ; — de même que 17 secondes suffisent pour trouver 1,111,111,088,888,889, produit de 99,999,999 par 11,111,111.

Pour soustraire 69,839,989 de 85,639,468, un simple tour de manivelle, qui ne dure pas une demi-seconde, amène le nombre 5,799,479.

Qu’il s’agisse de diviser 9,182,736,456,483, 022 par 69,889,989 : en 75 secondes, vous trouverez pour quotient 131,482,501, et pour reste 32,950,533.
La réduction d’une fraction ordinaire en fraction décimale s’obtient instantanément avec autant de chiffres décimaux qu’on peut en désirer.
Même facilité, enfin, pour l’extraction des racines carrées et cubiques; pour l’obtention du quatrième terme d’une proportion ; pour le calcul, d’après la propriété du carré de l’hypoténuse, du troisième côté d’un triangle rectangle dont deux côtés sont donnés ; pour la résolution générale des triangles, avec le concours des tables de lignes trigonométriques naturelles, etc., etc.

Le Téléphone était né trop longtemps avant l’Exposition pour passionner beaucoup le visiteur ; son application semble d’ailleurs avoir quelque peine à entrer dans la pratique.

Nous mentionnerons, entre autres curiosités, le photomètre de MM. Dumas et Reynault, l’appareil à tracer les cadrans solaires de M. Viatour, les petites machines à vapeur de M. Radiguet, modèle réduit pour démonstrations, les compas de marine de M. Pastel-Vinay, etc., etc.

Il faudrait malheureusement un volume entier pour traiter d’une façon bien intelligible et intéressante la question des instruments de précision.

Constatons, et les hommes spéciaux seront d’accord avec nous, — que la fabrication des instruments de précision français est en grand progrès et supérieure à la plupart des fabrications étrangères.

Le nombre des fabricants d’instruments de précision est d’environ 483 ; on compte 2,609 ouvriers en moyenne et le total des salaires s’élève- à 4,848,400 francs en moyenne.

C’est, comme on le voit, un joli chiffre.


LA MUSIQUE.

La musique a joué un rôle important à l’Exposition de 1878 et le lecteur trouvera à la fin de ce livre, dans un dernier chapitre intitulé : — Ephémérides de l'Exposition, la longue nomenclature des fêtes qui ont eu lieu dans la salle des fêtes du Trocadéro.

Dans le palais du Champ de Mars, on peut dire que la musique a fait florès ; les grands orgues Cavaillé-Coll, les orgues de la galerie du travail manuel, enfin les pianos de la section musicale française et de la section étrangère attiraient toujours de nombreux visiteurs qui ne ménageaient pas les bravos mérités aux artistes tout heureux d’un succès incontestable.

Commençons par les pianos; ils étaient d’ailleurs et comme toujours les plus nombreux.

Voici d’abord les pianos Pleyel, Wolff et Cie, ils sont bien connus, mais ce qui l’est moins, c’est une amélioration récente que nous devons signaler.

Cette amélioration s’appelle la pédale tonale, elle épure l’harmonie et le sentiment du son, et détruit l’insupportable grasseyement de l’ancienne pédale.

Les pianos Herz et les pianos Erard ont été très-appréciés aussi et cela d’autant plus qu’ils avaient soin d’alterner leurs auditions au lieu de jouer tumultueusement comme la plupart de leurs confrères ; il en est résulté souvent une cacophonie à faire fuir les plus braves, alors que les pianos, les trombones et les violons se mettaient de la partie et que la voix puissante des orgues brochait sur le tout.

Henri Herz a exposé un piano de 18,000 fr., c’est un bijou, c’est même trop beau.

Ce ne sont que ciselures, dorures, festons, astragales, etc.

Les harpes de la maison sont fort dignes d’intérêt sans doute, mais, sérieusement, qui donc joue de la harpe aujourd’hui?

Nous parlions tout à l’heure de l’amélioration apportée à la pédale par MM. Pleyel et Wolff.

Voici sur les moyens d’améliorer le son du piano, quelques intéressantes lignes de M. Treille :
« En 1717, un facteur de clavecins avait imaginé le clavecin-vielle, ainsi nommé parce qu’il était semblable à une vielle posée sur une table, parce qu’au lieu d’archet on y avait mis une roue, parce qu’enfin ses sons ressemblaient à ceux de la vielle. On en retrouve encore les dessins dans les collections de l’Académie des sciences.

« Vers la fin du dix-huitième siècle, un Milanais du nom de Gerti inventa un instrument en forme de clavecin, monté de cordes de boyaux, lesquelles étaient jouées par des archets de crin.

« En 1806, à la première exposition de Paris, aux Invalides, un nommé Schmidt présenta un instrument fort complexe, composé d’un premier clavier avec un mécanisme de piano ordinaire, et d’un second clavier destiné à faire mouvoir de petits archets cylindriques qui faisaient résonner des cordes de boyaux. Puis vint l’orchestrino, de Pouleau; le violincembalo, de l’abbé Feutin; le sostenante-piano-forte, de Mott; le plectro-éphone, de Gaine. Tous ces essais ne donnèrent que des résultats imparfaits et ne résolurent point le problème. C’était à un ingénieur italien, M. Luigi Caldera, que devait revenir l’honneur de trouver la solution, et à M. Henri Herz de la mettre en pratique avec des perfectionnements appréciables.

« Le mélopiano n’est autre chose qu’un piano ordinaire par sa construction extérieure; mais, à l’intérieur, il contient un mécanisme correspondant par un rouleau avec les cordes vibratoires, et par une troisième pédale et une genouillère extérieures avec l’artiste qui joue.

« Selon que l’artiste met le pied plus ou moins longtemps sur la pédale, il prolonge plus ou moins longtemps la note ou l’accord, en même temps qu’il augmente à volonté l’intensité et le volume du son, — sans que cette addition au mécanisme ait enlevé à l’instrument rien de sa souplesse.

« Le touché conserve toujours cette douceur et ce moelleux qui distinguent les instruments de Henri Herz. — Et maintenant, si l’artiste laisse là la troisième pédale, et qu’il ne s’en serve plus, immédiatement il peut se servir du piano comme d’un piano ordinaire.

« J’ai entendu jouer d’un instrument ainsi pourvu de cet adjuvant, et j’avoue que les sons acquièrent par lui une puissance, une sonorité, une étoffe, un charme que n’ont pas, certes, les instruments qui sont encore en usage.

« Toutefois, tout le monde ne peut se servir du mélopiano ; il faut faire une étude préalable du mécanisme et s’exercer à jouer de la pédale de ce piano absolument comme on s’exerce à en pratiquer sur l’orgue. Mais je ne pense pas que cette étude supplémentaire soit un écueil bien redoutable pour les artistes qui ont l’âme et le sentiment de leur art. »

Voici maintenant un spectacle on ne peut plus attrayant et qui nous oblige à nous arrêter ; ce sont les diverses phases que traverse un violon depuis le moment où on le commence jusqu’au moment où on le finit.

Ce spectacle aurait vivement intéressé s’il avait été donné en action, dans la galerie du travail manuel.

Passons maintenant aux instruments de création plus récente :
D’abord, le piano quatuor de M. Baudet.

Inventer un piano à accord fixe, c’est-à-dire ne perdant jamais son accord, quelles que soient les modifications subies par la température ; c’est fort beau.

Le piano à queue verticale peut plaire surtout par l’originalité de sa forme.

Passons maintenant au pianista.

Qu’est-ce que le pianista? Nous céderons sur ce point la parole à M. Lissajous et à M. Turgan.

« Le pianista diffère de tous les essais qui ont été faits jusqu’à ce jour. L’appareil se compose d’un meuble de petites dimensions d’où sort une série de leviers ou marteaux en bois destinés à attaquer les touches absolument comme le ferait un pianiste avec ses doigts. On pose le pianista devant un clavier de piano à hauteur convenable, et il n’est besoin que de tourner la manivelle motrice du mécanisme pour que les doigts viennent frapper le piano et faire entendre tel ou tel morceau.

« Maintenant comment les doigts agissent-ils? Le mouvement de chaque doigt est sous la dépendance d’un soufflet moteur fonctionnant comme celui de la machine Barker, et alimenté par les deux réservoirs principaux dont la manivelle met les pompes en jeu. La mise enjeu de chaque soufflet s’effectue par l’ouverture des soupapes, qui sont sous la dépendance d’une sorte d’abrégé dont les tiges motrices aboutissent toutes à une rangée do cames placées en ligne droite, au centre et à la partie supérieure de l’instrument.

« Une série de cartons percés suivant le système Jacquart est entraînée sous ces cames qui sont soulevées ou abaissées à tour de rôle et font ainsi fonctionner les touches correspondantes. Au moyen d’une tige placée à portée de la main gauche, on modifie la force d’attaque du pianista, en même temps que la main droite, appliquée à la manivelle, règle la vitesse suivant laquelle l’exécution du morceau a lieu. Pendant l’exécution-, le pied placé sur deux pédales auxiliaires, qui se rattachent aux deux pédales du piano, peut lever, si besoin est, les étouffoirs. »

Donnons une mention aux harmoniums, notamment à l’harmonium à rubans organisés transpositeurs, qui permet de jouer de l’orgue sans savoir un bout de musique ; saluons les grands orgues Lebey, à seize tuyaux; les orgues Bruneau, de Bourget, à huit tuyaux; les fameux orgues Cavaillé-Coll, les orgues Fer mis et Pertel, et passons à d’autres merveilles.


LA. MÉDECINE. LA CHIRURGIE. L’HYGIÈNE.

L’exposition de cette classe est d’un intérêt tout à fait spécial ; nous avons eu l’occasion de parler d’un de ses services très-appréciables et très appréciés, celui des ambulances.

La Société de secours aux blessés, installée près de la tranchée, au bas du parc du Champ de Mars, a incontestablement mérité la palme ; ses installations sont admirables d’intelligence et de charité ; nous les avons décrites déjà, au début de ce livre, et nous leur avons rendu la justice qui leur est due.

Les ambulances officielles, établies par les soins du ministère de la guerre, étaient loin, ainsi que nous l’avons dit précédemment, de représenter la même perfection.

En ce qui concerne l’assistance publique, nous en avons tout dit quand nous avons parlé de l’exposition de la ville de Paris. Nous nous étendrons peu sur cette classe trop spéciale.

Nous mentionnerons, entre autres choses, le musée où étaient exposés des spécimens de maladies vénériennes.

Il est vraiment fâcheux que l’entrée n’en ait pas été interdite aux femmes et aux enfants; un tel spectacle, excessivement intéressant pour les spécialistes, pour les personnes qui étudient, constitue une immoralité quand on le livre à la curiosité des adultes, en même temps qu’un danger grave pour les femmes se trouvant dans une situation particulière.

Les dentistes ont été naturellement assez nombreux et les mâchoires de toute dimension abondaient.

Les vraies curiosités de cette partie de l’exposition étaient les deux cerveaux mis à nu du docteur Auzoux et le spectacle de la germination de l'épi de blé.


L’HYDROTHERAPIE

Il n’y a plus à parler maintenant des avantages de l’hydrothérapie, qui sont depuis longtemps démontrés. On se préoccupe plutôt de les rendre accessibles à tout le monde, car les établissements spéciaux sont encore assez rares, et d’autre part, chacun n’a pas le loisir de s’y rendre chaque matin pour suivre un traitement régulier. Il est cependant essentiel que la douche soit prise avec persévérance, si l’on veut en retirer tout le bien possible.

« Il fallait donc pour mettre les avantages à la portée de tous à Paris comme en province, imaginer un appareil vraiment pratique, qui permît de prendre la douche chez soi sans dérangement et sans aide ; il fallait que cet appareil donnât le moyen d’obtenir sur place, sans pression d’eau, toutes les variétés de douche que l’on a à sa disposition dans les établissements avec leurs jets multiples. »

M. Walter, de la maison Walter-Lécuyer, 138, rue Montmartre, à Paris, est parvenu à réaliser ce programme ; son appareil réunit les principaux jets en usage : pluie, spirale, cercles, gros et petit jet en éventail, en lames, douches brisées, écossaises, etc.; sa puissance de projection est de 3 atmosphères, correspondant à une hauteur de réservoir de trente mètres. Le système, d’une extreme solidité, ne se dérange pas ; il se monte et se démonte sans ouvrier. Il peut être disposé partout, dans une chambre ou un cabinet. Un simple rideau entourant. l’appareil suffit pour éviter que l’eau, projetée au dehors, mouille le parquet.

La combinaison caractéristique du système Walter est dans le chargement, qui se fait par une pompe à eau. L’air est ainsi comprimé par le poids de celle-ci. Tout danger d’explosion, aussi bien que tout dérangement des organes, se trouve j,ainsi supprimé, et la personne la moins exercée petit faire fonctionner l’appareil.

C’est également la maison Walter-Lécuyer qui a construit l’appareil pneumatique du docteur Belot pour l’installation des gaz, qui a été remarqué dans la section espagnole.


ENCORE LES INSTRUMENTS DE PRÉCISION,
LE TÉLÉMÈTRE MICROGRAPHIQUE.

Le lecteur nous permettra de revenir ici sur les instruments de précision, en raison de l’importance que vient d’acquérir le Télémètre micrographique à l’Exposition.

On s’arrêtait beaucoup devant un petit instrument d’optique, que MM. Dallemagne et Triboulet, 37, quai de lu Tournelle, à Paris, appellent Télémètre micrographique. Cet appareil, qui tient moins de place qu’une lorgnette ordinaire, est d’une utilité immense. Sans les objections de pure formalité, qu’oppose notre bureaucratie routinière, il y a longtemps qu’il serait dans les mains de tous nos officiers par lesquels il est bien connu et parfaitement apprécié.

Figurez-vous une petite chambre noire, grosse comme l’oculaire d’un stéréoscope : appliquez l’œil sur l’objectif que soutient une planchette moins grande que la main, et vous verrez se dessiner devant vous, très-grossis, tous les détails, même les plus microscopiques, de la portion de carte que vous désirez étudier. Vous remarquerez en outre, se dessinant sur la carte, une série de cercles formant échelle concentrique graduée, et donnant immédiatement la distance.

La carte originale-tiendrait à peine sur une table; .ici elle est plus lisible, plus nette et plus grande à l’œil, et elle tient dans la paume de la main. Voilà le secret et l’avantage du télémètre.

Maintenant les cartes, les dépêches microscopiques, se lisent à pied comme à cheval, le jour, la nuit, à la clarté d’une bougie, d’une allumette, d’un bout de cigare, de la lune même, et cela avec une admirable netteté.

Et si vous êtes au milieu d’une réunion, n’ayant pour tous que cette carte lilliputienne, avec un photoscope, une lanterne magique, un appareil de grandissement, vous projetez sur un écran, toile ou mur, les moindres traits de cette carte, qui est ainsi dans tous ses détails rendue visible, tangible pour tous à la fois et en même temps.

Cette réduction photographique des cartes, suite du procédé employé pendant le siège de Paris pour réduire les dépêches, permet d’emporter toutes les feuilles de celle de France dans un portefeuille et toutes celles de l’Europe dans une giberne, y compris le télémètre bien entendu. Pour transporter notre carte d’état-major peu réduite, il faudrait un fourgon, et quel embarras pour en choisir et déployer les feuilles ?

Cette réduction photographique procure un avantage inappréciable à notre époque surtout. Elle permet de tenir toujours la carte au courant des derniers changements. On fait la correction sur le plan et l’on en tire une épreuve. Et comme il né s’agit que de tirer des épreuves, on peut fournir, à un moment donné, autant d’exemplaires qu’on veut de la carte d’une région quelconque. Avec une chambre noire, on peut obtenir des épreuves agrandies de plans quelconques. Avec une petite chambre, claire, on peut dessiner, à mainlevée, le plan du lieu où l’on se trouve. Il est bien d’autres applications très-pratiques et très-simples, qui viendront d’elles-mêmes.

Il va sans dire que les cartes, plans, etc., traités de cette manière, sont inattaquables à la pluie et aux frottements ; ils sont placés entre deux verres et la plaquette ainsi formée, insérée dans un cadre métallique, appelé porte-objet, est rattachée à l’instrument par une petite chaînette qui fait corps avec lui.

Ajoutons que l’instrument lui-même peut être livré à un prix très-modique ; quant aux cartes, la collection complète de celle de France, avec le microscope et les étuis, ne coûtera pas le dixième du prix de cette collection vendue dans le commerce.

Les plus distingués de nos savants, officiers d’état-major, géographes, topographes, etc., ont applaudi aux nombreux efforts faits par MM. Dallemagne et Triboulet, pour perfectionner leur œuvre. Nous dirons aux lecteurs curieux de voir par eux-mêmes que le télémètre reste exposé au musée de l’Académie d'aérostation météorologique, ouvert gratuitement tous les jeudis, 30, rue Rodier. Nous engageons surtout ceux qui s’occupent de l’enseignement de la géographie et du dessin de perspective à étudier le parti certain et considérable qu’ils peuvent tirer de cet appareil : nos commissions officielles d’enseignement feraient bien de s’en préoccuper.


L’ACHROMATISME

Une innovation d’une grande portée pratique a été heureusement réalisée par M. Derogy, opticien à Paris, 33, quai de l’Horloge. Cet habile constructeur est parvenu à introduire l’achromatisme dans les verres de lunetterie commerciale.

Nos lecteurs savent que cette qualité résulte de la juxtaposition des deux verres de densités et de courbures différentes, le crownglas, et le flintglass. C’est ainsi que sont fabriquées les lentilles de tous les instruments si parfaits de la haute optique et de la science.

La conséquence, que nous croyons devoir mettre en lumière, est de substituer un foyer unique aux sept foyers différents des lentilles ordinaires, de produire par conséquent l’unité réelle de l’image, d’écarter toute diffusion de lumière irisée ou colorée, qui est le résultat forcé des prismes simples.

Grâce à cette netteté parfaite de l'image l’effort visuel est moindre ; on peut user de verres moins grossissants et de numéros plus faibles; la vue se repose, s’améliore, et au bout d’un certain temps, se trouve notablement fortifiée. Nous connaissons des résultats surprenants obtenus grâce à l’emploi de ces verres, dont l’acquisition ne représente d’ailleurs qu’une modeste dépense.


L’EXPOSITION GEOGRAPHIQUE ET COSMOGRAPHIQUE

Le chef-d’œuvre de l’exposition géographique est incontestablement la carte de l’état-major; seulement, elle a été placée si malheureusement, — nous allions dire si maladroitement , — que peu de personnes ont pu l’apprécier ; pour en observer utilement le détail, il aurait fallu une longue-vue marine.

On avait primitivement choisi, pour y placer cette carte, le mur prolongé de la galerie des machines françaises, du côté de la porte de Tourville, vis-à-vis de l’extrémité orientale de la galerie du travail manuel ; mais le trophée Laveissière l’eût masquée complètement à la vue de la plupart des visiteurs, de ceux venant à travers cette dernière galerie, si fréquentée. On imagina alors d’élever un mur séparant la galerie du travail de l’amorce de la galerie des machines, et c’est sur ce mur qu’ont été assemblées et encadrées magnifiquement les deux cent soixante-quatre feuilles composant cette œuvre splendide ; de cette façon, le public a pu faire semblant de croire qu’il voyait quelque chose.

Le mur en question fut percé de trois larges baies formant arcades, afin que la circulation ne soit pas entravée. C’est naturellement au-dessus de ces arcades, qui ont près de 6 mètres de hauteur, qu’a été placée la carte de l’état-major dont le point nord touche presque aux corniches. Elle a de 11m,30 de hauteur sur 13m,20 de base et occupe une surface de 180 mètres carrés avec son cadre.

Cette carte immense et magnifique, déjà connue et admirée du public si nombreux qui visita notre Exposition internationale de géographie en 1873, a été dressée au 80,000m. Chef-d’œuvre de précision et de relief dans le plus grand nombre de ses feuilles isolées, elle a exigé un travail vraiment effrayant, de la part tant des ingénieurs-géographes et des officiers du corps d’état-major que des dessinateurs et des graveurs du dépôt de la guerre. Et combien sont morts avant d’en voir la fin ! C’est en 1818 que les travaux ont été commencés ; depuis cette époque jusqu’en 1873, jusqu’à aujourd’hui pour mieux dire, ils ont été poursuivis en quelque sorte sans interruption. Les frais de dessin et de gravure ont été évalués à 20,000 francs par chaque feuille, et l’on estime que l’exécution totale, sans comprendre dans ce chiffre le prix d’achat d’instruments de topographie et de géodésie nécessaires, divers autres frais matériels, les indemnités de déplacement et autres, a coûté environ 4 millions de francs.

A l’Exposition de 1878, la carte de l’état-major ne produit pas un effet à beaucoup près aussi imposant que dans la salle des Etats en 1873, où elle recevait la lumière par le haut et était placée d’une manière beaucoup plus favorable de tout point. Il faut s’en éloigner un peu, d’une soixantaine de pas, pour en bien saisir l’ensemble et les détails des lignes générales. Mais on avait à compter avec les difficultés inhérentes à une exposition générale ayant de telles proportions, et il faut reconnaître que tout ce qui était possible a été fait.

Ajoutons toutefois que, si les détails des régions septentrionales de la grande carte de France échappent aux regards, il en est un entre tous qui n’y échappe point : c’est cette ligne rouge qui s’étend irrégulièrement à l’est, retranchant du sol français ses deux provinces d’Alsace et de Lorraine, comme pour rappeler les flots de sang répandu avant d’en venir à ce sacrifice suprême.

Signalons une autre curiosité qui appartient au domaine de la géographie et qui se trouvait au pavillon égyptien, dans le parc du Trocadéro :
C’était une carte immense où sont représentées les principales explorations de l’Afrique ; des lignes tractées en couleurs différentes indiquent la route suivie par les divers voyageurs, et tout près sont accrochés les portraits de Cameron, de Livingstone et de Stanley. Deux autres tableaux donnent une idée peu encourageante des mœurs féroces des races nègres de l’intérieur de l’Afrique et de la variété ingénieuse qu’ils savent apporter dans l’exercice de leurs cruautés. C’est donc avec un sentiment de délivrance qu’après avoir contemplé à loisir ces représentations de scènes familières on arrive dans la section de ce pavillon où tout parle en des termes si éloquents des progrès de la civilisation en Égypte, comme dans la salle consacrée à l’histoire et à la géographie du canal de Suez.

Le tracé du canal est figuré sur une carte immense qui couvre toute la surface du mur; la position des villes d’Alexandrie, Damiette, Rosette, le Caire est indiquée avec soin sur cette carte, ainsi que le cours du Nil. Un grand panorama en relief du canal et des terres appartenant sur les deux rives à la Compagnie de Suez est placé sur une table qui s’étend d’un bout à l’autre de la salle. On y voit des navires à voiles et à vapeur arrivant de la Méditerranée à Port-Saïd, s’engageant dans le canal, passant devant Ismaïla, traversant à droite le Sérapéum, poursuivant leur route vers Suez, et enfin entrant dans la mer Rouge. Ces plans et ces cartes sont des chefs-d’œuvre de précision et d’exactitude.

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878