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Pays-Bas


Pays-Bas à l'exposition de Paris 1878

LES BEAUX-ARTS.

Genre, paysage, marines, quelques portraits, des natures mortes, voilà de quoi se compose l’exposition des artistes néerlandais. Il y manque les toiles archéologiques de M. Alma Tadéma, qui s’est fait Anglais et expose dans la section anglaise ; elles auraient jeté une vive lueur sur cette exposition, mais il n’y faut plus penser: ajoutons cependant que, malgré cette désertion, elle est encore fort remarquable. Les artistes hollandais ont conservé les traditions des vieux maîtres; les sujets simples et vrais, les scènes familières, les tableaux d’intérieur rendus avec une coloration douce, parfois un peu sombre même, dominent, et on y reconnaît une sincérité d’exécution qui fait passer quelquefois sur les fautes de dessin.

En tête se présente M. Josef Israëls, un décoré de 1867, avec quatre tableaux charmants : Seule au monde, pauvre femme pleurant au chevet de son mari mort ; les Pauvres du village recevant l’aumône, composée de quelques poissons et de restes de pain, d’un bateau de pêcheurs rentré au port; le Diner des savetiers et Y Anniversaire, hes sujets choisis par M. Israels ne sont point gais ; mais ils impressionnent fortement, étant traités avec conscience, sans aucune exagération et avec une sûreté d’exécution remarquable.

M. van Haanen expose deux toiles parues au salon de 1876, et dont la première, les Ouvrières en perles à Venise, obtint alors une 3e médaille ; l’autre est un type de jeune Vénitienne. Le Corpus delicti de M. Boks est amusant, mais très-amusant; il s’agit d’une cuisinière et d’une femme de chambre comparaissant devant « Monsieur », pour donner des explications sur la découverte qu’il vient de faire d’un shako ! la cuisinière est tranquille ; son attitude, aussi bien que sa laideur, témoigne de son innocence ; il n’en est pas de même de la jeune femme de chambre rousse, dont les protestations sont trop animées pour être sincères. Cette scène est bien traitée; elle indique chez l’artiste un sentiment très-fin du comique et une entente parfaite de la mise en scène. L’exécution, en outre, est irréprochable. Au restaurant, de M. P. Oyens, nous présente un monsieur qui se prépare à déguster son potage et ne demande qu’à être regardé. Le Combat dans la neige, de M. van Seben, ne changera rien à la carte de l’Europe; ce combat se livre entre moutards revenant de l’école, tous gonflés d’une ardeur belliqueuse pleine de promesses qu'ils ne tiendront peut-être pas.

Une scène d’intérieur pleine de charme, c’est le Sois sage ! de M. Mélis. L’aïeule est endormie dans son fauteuil, et, tandis que le père lit près d’une fenêtre, la mère, allaitant son dernier-né, recommande du regard aux autres enfants, assis à une table basse, de garder le silence. Cette scène est très-animée; le silence y parle, si l’on peut dire ; dans cette pièce où il y a tant de choses, depuis le fauteuil de la grand’maman jusqu’au berceau du petit, tout est exact, dans la tonalité voulue, et éclairé de la lumière qui convient. Citons encore l’Enrôleur, la Pointe de l’épée, la Pointe du pinceau, de M. Herman ten Kate; les Maraudeurs, de M. M. ten Kate; l’Enfant sauvé (1421), de M. J. ten Kate jeune; les deux Poissardes de Scheveningue, de M. Verveer; le Retour du marché au poisson, de M. Sadée; le Flûtiste, de M. Steeling; l’Intérieur de maison d Hindeloopen, de M. Sebes; le Salon des antiquités du musée communal de Haarlem, de M. S. Altmann; le Chœur de l'église principale de Bréda et le Poète J. Van den Vondel, employé au mont-de-piété, mis à la retraite par le bourgmestre d’Amsterdam, de M. J. Stroebel; l’Auditoire complaisant et les Amis de la maison, de M. David Blés; les Apprêts du voyage, de M. Scholten ; le Combat de cavalerie et les Bohémiens, de M. Bombled; l’Intérieur en Hollande, le Faquin, Au bord du Zuyderzée, Pendant la guerre, de M. Burgers; In memoriam, jeune fille assise sur une tombe, un bouquet à la main, de Mlle Schwartre ; une Porte à Sneck et une Rue de Delft, de M. Klinkenberg.

Signalons maintenant les marines de M. Mesdag, habitué de nos Salons : d’abord le Départ et le Retour du bateau de sauvetage de Schéveningue, portant secours à un schooner anglais, en novembre 1869, deux toiles qui ont paru au salon de 1876, puis la Levée de l'ancre, à Schéveningue; celles de MM. Artz, Gruyter, Storm van S’Gravesande, Rust, Maris, Hilverdinck, Ivoster; les Paysages de MM. de Bock, van de Sande Backhuysen, Apol, van Starkenborgh, de Vogel, Roelofs, Greive, Bilders, van Borselen, Mrao van Houten Mesdag, etc.; les fleurs et les fruits de Mlle A. Haanen (raisins), de MUe Rosenboom (Camellias), de Mlle A. Stolk (fleurs), de Mlle Vos (oranges), de Mlle Molyn (azalées), de Mlle van de Sande Bakhuysen (fleurs et fruits) et, en fait de nature morte, la langouste de M. P. Haaxman.

Les portraits de MM. Bisshop et Hendricks sont à peu près les seuls à citer. Il y a enfin quelques animaux : Bétail dans la prairie, de M. Savri, les Moutons, de M. Lebret, les Chevaux, de M. Nakken, qu’il serait injuste de ne pas signaler.


LA COMMISSION NÉERLANDAISE.

La Commission royale néerlandaise pour l’Exposition do 1878 a droit aux remerciements de tous pour le zèle intelligent et le concours dévoué dont elle a fait preuve dans .’exercice de ses fonctions.

Cette Commission se composait de trente membres, voici les noms des dignitaires :
S. A. R. le prince Henri des Pays-Bas, président d'honneur.
Le chevalier G. J. G. Klerck, à la Haye, président.
Le chevalier C. Hartsen, docteur en droit, vice-président.
M. W. J. A. Jonckbloet, docteur ès lettres, secrétaire.
M. L. Mulder, docteur ès sciences, trésorier.
M. Martin Coster, commissaire délégué.
Le Comité exécutif, composé de neuf membres, avait le chevalier G. J. G. Klerck pour président, et le chevalier C. Hartsen pour vice-président.


COUP D’OEIL GENERAL SUR L’EXPOSITION HOLLANDAISE.

L’exposition hollandaise n’est pas la moins attrayante de toutes celles qu’abrite le Champ de Mars.

Les deux aveugles du Figaro lui ont rendu hommage et nous ne pouvons nous empêcher de reproduire leur récit plein d’esprit et d’humour.

« A côté de ses redoutables et formidables voisins, la France et l’Angleterre, le petit royaume des Pays-Bas risquait fort de passer inaperçu à notre grande Exposition. Cependant, une idée ingénieuse de MM. les commissaires de la section hollandaise a suffi pour y attirer constamment de très-nombreux visiteurs.

« Ces messieurs doivent connaître à fond la nature humaine. Ils savent que l’enfant n’est jamais complètement mort dans l'homme.

« Voyez plutôt la foule qui ne cesse de s’étouffer dans le groupe des jouets français. Les plus grands poussent des cris d’extase devant une poupée qui dit papa et maman. Les commissaires néerlandais ont compté sur l’amour de tous pour les exhibitions enfantines, et voilà pourquoi le principal attrait de leur section consiste en une collection de figures de cire.

« Ces figures, fort habilement faites et merveilleusement habillées, ont beaucoup d’amateurs. Il est difficile de reproduire avec plus d’exactitude et d’entrain, ni avec une meilleure entente de la mise en scène les costumes si pittoresques et les mœurs si spéciales des Pays-Bas. Nous n’avons pas la prétention de décrire ces poupées curieusement groupées ni ces intérieurs complets avec leurs meubles, leurs faïences, leurs armes de prix, leurs objets d’art, ni cette chambre de paysan qui rappelle les magnifiques tableaux réalistes d’Israëls et dans laquelle tous les accessoires — pourtant absolument exacts et rapportés du pays même — semblent d’une autre époque ou tout au moins de quelque contrée lointaine et bizarre. Le lit fait dans une armoire provoque pas mal de sourires. Hâtons-nous de dire qu’on en trouve de pareils non-seulement chez tous les paysans hollandais, mais encore dans quelques maisons d’Amsterdam, bien que la capitale néerlandaise ne se trouve qu’à douze heures d’express de Paris. Les Hollandais ne renoncent pas du jour au lendemain à leurs us et coutumes. Leurs aïeux couchaient dans des armoires ; pourquoi n’y coucheraient-ils plus?

Ce qu’il a été impossible de transporter au Champ de Mars, et d’exhiber aux promeneurs internationaux, c’est la propreté excessive qui règne dans ces intérieurs de paysans. Les employés de la section hollandaise ont beau épousseter consciencieusement meubles de poupées, ils n’arrivent pas à donner aux visiteurs une idée des parquets luisants, des bahuts éclatants, des murs en briques de faïence qui serviraient facilement de miroir. On sait qu’il est des villages néerlandais où il est défendu — sous peine d’amende — de cracher dans la rue !

« Mais si — devant cette exhibition de poupées de cire — on n’a aucune idée de la propreté du pays, on doit s’en faire une, parfaitement fausse, de sa moralité en voyant le groupe représentant un jeune homme et une jeune fille de l’île de Walcheren (Zélande).

« Le buste légèrement rejeté en arrière, la jeune fille s’appuie contre la poitrine du jeune homme. Ses lèvres se penchent vers le front de sa compagne, tandis que leurs mains vont se serrer tendrement. Eh bien, on peut s’en rapporter à nous, il ne se passe rien d’immoral sur ce petit pont de Zélande. Ce jeune homme et cette jeune fille sont tout simplement des amoureux — rien de plus. Amoureux, ils le sont au su et au vu de tout le monde. Ils ne laissent pas échapper une occasion pour se retrouver ensemble sur les petits ponts. Alors — comme dans le musée de cire de l’Exposition — le jeune homme pose un doux baiser sur le front de sa belle, il lui serre la main jusqu’à la broyer, puis c’est tout. Cela peut durer ainsi pendant des années. Cependant,
au bout de ce laps de temps plus ou moins long, les parents se disent :
« —Nos enfants ont l’air de s’aimer, qu’en pensez-vous, compagnon?
« — Pour moi, je crois qu’ils ne se voient pas d’un mauvais œil !
« — Eh bien, on pourrait les marier?
« — Pourquoi pas ?
« Alors d’amoureux ils deviennent fiancés. Ils continuent, plus que jamais, à traverser ensemble les petits ponts et à s’y embrasser avec ardeur. Quelques années se passent encore, après quoi, les parents s’étant de nouveau consultés, le mariage est consommé, à la grande surprise de quelques commères qui trouvent qu’on a été bien vite. »

Tous ces personnages de grandeur naturelle forment un véritable musée, représentant de nombreuses scènes de mœurs locales.

Voici la nomenclature de ces scènes :
1° Bourgeoise aisée de la ville de Leuwarde. (Frise) (régente d’une maison d’orphelines) avec une orpheline de la Haye.
2° Bourgeoise aisée de la ville de Hindeloopen (Frise) avec une jeune fille et un enfant, dans un intérieur de Hindeloopen, allant à l’église pour faire baptiser un nouveau-né (costume d’autrefois).
3° Fiancé et fiancée du village de Nunspect (Gueldre).
4° Jeune fille des environs de la ville do Bréda (Brabant septentrional) et jeune fille des environs de Dordrecht (Hollande méridionale).
5° Jeune homme et jeune fille de l’île de Walcheren (Zélande) : le droit de passage.
6° Jeune homme et jeune fille de l’île de Zuid Béveland (Zélande) : plaisir d’hiver.
7° Ménage de l’île de Marken : pêcheur sa femme et son enfant.
8° Poissonnier du village de Huizen et poissonnière du village de Zandvoort (Hollande septentrionale).
9° Mère et fils du village de Volendam au Zuiderzée.
10° Père et fille du village de Scheveningue près La Haye (Hollande méridionale).
11° Orpheline luthérienne évangélique d’Amsterdam (costume d’autrefois, changé depuis 1870 ) et orpheline d’Amsterdam.

Toutes ces scènes sont rendues avec une grande exactitude; la naïveté des physionomies est notamment prise sur le vif.


ENSEIGNEMENT. LIBRAIRIE. MUSIQUE.


L’enseignement est très-avancé aux Pays-Bas ; l’exposition scolaire de ce pays se compose surtout de documents très-complets,il est vrai, et qui indique admirablement l’organisation pédagogique ; mais, malheureusement, à part quelques travaux d’élèves exposés par l’Institut des aveugles et l’Ecole professionnelle, rien ne parle suffisamment aux yeux du visiteur.

La librairie et l’imprimerie sont dignement représentées et on voit que la Hollande voudrait retrouver la place qu’elle occupait au temps où le monde s’arrachait ses elzevirs.

Parmi les principales publications exposées, nous citerons le Journal d'entomologie, publié par la Société d'entomologie de la Haye, 20 volumes avec 240 planches coloriées, rédacteurs MM. Alberda, S. C. Snellen van Vollenhoven et F. W. van der Wulp, à la Haye. La Société entomologique qui, à l’instar des sociétés de Paris et de Londres, se constitua en 1845, prit pour but spécial la connaissance de la faune entomologique des Pays-Pas. Se contentant d’abord de publier les comptes rendus de ses assemblées, elle décréta en 1858 la publication de mémoires sous le nom de Tijdschrift.

Comme ces Mémoires sont rédigés tant en hollandais qu’en langue française, allemande et latine, l’étude en est donc très-facile pour les pays voisins.

Chaque volume contient 12 à 14 planches pour la plupart magnifiquement coloriées, donnant ainsi des images presque vivantes des objets qu’elles représentent. Les principaux dessinateurs sont MM. Snellen van Vollenhoven, van der Wulp, A. Brants et A. J. Wendel. Ce dernier en est aussi le graveur.

Nous citerons encore un ouvrage de l’imprimeur Langenhuijsen ; c’est un volume in-4°, contenant la bulle Ineffabilis dans divers idiomes et dialectes des Pays Bas et de ses colonies, imprimé sur vélin en caractères qui ne se trouvent plus dans le commerce. La reliure est en métal doré, rehaussé d’émaux et de pierres précieuses.

En ce qui concerne la musique, il n’y a guère que des pianos, et, franchement, la nuance qui distingué un piano étranger d’un autre piano étranger, tous deux copiés plus ou moins sur des modèles français ou viennois, nous paraît assez difficile à saisir.

La musique est, en revanche, représentée d’une façon infiniment plus pittoresque dans la partie réservée aux Indes néerlandaises.

« Les seuls instruments indiens que j’ai vus au palais du Champ de Mars, dit M. Weber, dans le Temps, viennent des Indes néerlandaises et se trouvent dans la galerie du Travail, près de l’École militaire. Il n’y a que des instruments à percussion, qui peuvent être rangés en deux clashes : les tambours, les tamtams et les cloches, puis un assez grand nombre d’instruments à lames ou à bassins sonores, sorte de grands harmonicas en bois ou en métal. Les corps sonores dans ces instruments sont, en effet, soit des lames de bois (comme dans le xylophone), soit de grosses lames de métal, ou enfin des bassins métalliques, variant de dimension, selon le son que les lames ou les bassins doivent donner. D’après Fétis (Histoire générale de la musique, tome II, page 308), les instruments de ce genre sont originaires du continent indien, d’où ils se sont répandus à Java, à Batavia, dans l’Indo-Chine et chez les peuples de race jaune. « La plupart de ces instruments, dit Fétis, ont quinze, seize ou dix-sept lames. » Cependant, dans les instruments de l’Exposition universelle, le nombre des lames ou des bassins est de huit, de onze ou de quatorze notes, excepté pour le kinnery à lames de bois, qui a vingt lames.


LE MOBILIER ET LE VÊTEMENT

C’est encore la commission royale qui expose le plus d’objets de mobilier; du reste, dans tous les groupes et dans toutes les classes, on retrouve cette commission, ce qui montre avec quelle sollicitude on s’est occupé en haut lieu de rendre attrayante, utile et flatteuse pour le pays l’exposition hollandaise.

La plupart sont des souvenirs historiques, c’est ainsi que nous voyons un couteau de poche de Guillaume le Taciturne, une coupe de Guillaume III, un verre à vin en cristal, qui porte les portraits pointillés de Guillaume V et de la princesse sa femme, une boîte en ivoire ciselé, sur le couvercle de laquelle se trouve le portrait de Pierre le Grand.

Nous ne dirons rien des autres meubles, leur qualité est incontestable ; mais ils ressemblent lux meubles de tous les pays.

La manufacture royale de Deventer a des tapis turcs exécutés par elle et qui sont de toute beauté.

L’orfèvrerie a deux chefs-d’œuvre exposés par MM. Van Kempen père et fils.

Ce sont : 1° Le vase nautilus, représentant les armes symboliques de la Zélande, conçu et effectué par ordre de l’assemblée provinciale, et offert au roi des Pays-Bas au vingt-cinquième anniversaire de son règne, en commémoration des grandes œuvres exécutées, sous sa protection, en Zélande.
2° Un plateau héraldique, orné des armes du royaume et des provinces et d’un trophée de guerre, etc., présenté au roi par les officiers des gardes civiques néerlandaises, à la même occasion que le nautilus.

Ces deux pièces monumentales ont été exposées par autorisation du roi qui les a mises à la disposition du président de la commission royale pour l’Exposition.

Nous voici arrivés aux tissus, c’est là que la Hollande triomphe; c’est là, en effet, que nous trouvons ces toiles dont la réputation est et ne cessera jamais d’être universelle.


L’INDUSTRIE EXTRACTIVE ET LES TRAVAUX PUBLICS.

Cette industrie est représentée en première ligne par l'ile de Billiton :
L’île de Billiton fait partie des possessions néerlandaises dans l’Archipel Indien ; elle est située à 3 degrés de latitude septentrionale et à 106 degrés de longitude orientale de Paris; son étendue est de 119 lieues géographiques.

Depuis une dizaine d’années l’île de Billiton produit des quantités assez considérables d’étain de première qualité.

En 1852, le gouvernement néerlandais céda l’exploitation de l’île de Billiton à Son Altesse Royale le prince Henri des Pays-Bas et à M. le baron V. G. van Tuyll van Serooskerken pour un espace de quarante années.

En ce temps-là, l’île se trouvait dans un état de barbarie et de stérilité ; sa population était très-peu nombreuse, son agriculture et son commerce dans la condition la plus primitive, et son industrie parfaitement insignifiante. Les habitants des côtes (surtout les Secca’s qui naissent, vivent et meurent à bord de leurs pirogues) n’exerçaient que la piraterie ; on ne trouvait que quelques chemins et très-peu de ponts ; en un mot, il y avait bien des obstacles à surmonter avant de songer à une exploitation tant soit peu lucrative. Mais, malgré ces difficultés, on se mit à l’œuvre et on poursuivit le but avec la plus grande et la plus louable activité.

Huit ans plus tard, en 1860, la société anonyme pour l’exploitation de l’île de Billiton fut fondée, elle continua la susdite concession et elle l’exploite actuellement sous la haute protection du prince Henri des Pays-Bas.

Le territoire, où se trouvent les mines, est divisé en quatre districts, nommés Tandjong-Pandan, Mangar, Boeding et Dindang.

L’influence que l’exploitation a exercée sur la condition de l’ile et de ses habitants, a été des plus favorables.

La population indigène s’est accrue du double ; la culture du riz s’est développée ; le commerce avec les îles voisines, et surtout avec Singapore, s’est étendu d’une manière considérable ; les habitants des côtes et les Secca’s mènent une vie aussi rangée que laborieuse et sont employés au chargement et au débarquement des navires, ainsi qu’aux transports de l’étain et de toutes sortes de marchandises.

Nulle part on ne découvre la moindre trace de piraterie ; l’île est entrecoupée par des chemins plus ou moins larges ; des ponts ont été jetés sur les rivières et les ruisseaux, et l’on apporte le soin le plus minutieux à l’entretien de tous les travaux.

L’île de Billiton qui, il y a une trentaine d’années, n’était qu’une charge onéreuse, rapporte maintenant des avantages considérables.

L'exposition des travaux publics offre aux hommes spéciaux un attrait particulier. Ils y trouvent en effet une quantité de plans et de dessins représentant les ponts, les digues, les barrages et les canaux dont l’usage est forcément répandu en Hollande, et dont l’exécution, perfectionnée par une pratique longue et continuelle, ne laisse rien à désirer.

Les dessins représentant le dessèchement du lac de Harlem nous ont semblé particulièrement intéressants.

Le lac de Harlem, ayant une surface de 18,154 hectares, a été desséché dans la période comprise entre 1840 et 1852.

Pour obvier aux difficultés résultant de ce dessèchement pour l’écoulement des eaux d’un grand nombre de polders environnants, il était nécessaire de construire trois machines à vapeur et d’améliorer le canal de décharge près de Katwijk.

Ces machines à vapeur servent à mettre en mouvement des roues élévatoires de 6m,60 à 5m,80 de diamètre et de 2m,50 à lm,80 de largeur, élevant l’eau à 1 mètre de hauteur avec 7 à 10 coups de piston par minute.

La digue d’enclos, comprenant le lac entier, a une longueur d’environ 60,000 mètres.

Le dessèchement a eu lieu au moyen de trois machines à vapeur avec pompes pour l’épuisement des eaux.

Une de ces machines a onze pompes en fer de fonte de lm,60 de diamètre et 2m,85 de cours de piston.

Les pistons font six coups par minute et élèvent l’eau à une hauteur de 4m,50 ; chaque pompe fournit par coup 6 mètres d’eau.

Les deux autres machines ont chacune huit pompes de im,85 de diamètre avec le môme cours de piston et la même capacité que la machine mentionnée en premier lieu.

Le nombre des coups par minute est de 6 à 6 1/2 ; et le volume d’eau par coup, pour chaque pompe, est de 6 1/2.

Le volume d’eau qui a été épuisé s’élève à 832 millions de mètres.

Le dessèchement a eu lieu aux frais de l’État pour la somme d’environ 14 millions de florins, dont 9 millions sont rentrés par la vente des terrains et par d’autres revenus, de sorte que le dessèchement n’a coûté que 4 millions 1 /2 de florins.


LES MACHINES.

Nous trouvons peu de choses à dire des machines ; nous signalerons cependant les manomètres de M. Schottking.

Ces manomètres sont d’une construction bien différente de celle des autres.

Le ressort d’acier destiné à être poussé par la vapeur est couvert d’un ressort de métal blanc, préservant le premier de l’oxydation, souvent cause d’une indication inexacte.

Ce système a donc un grand avantage sur ceux dont le ressort d’acier est poussé directement par la vapeur. Au milieu du ressort une pièce de cuivre à surface d’acier poli est appliquée, se mouvant également avec le ressort par la poussée de la vapeur. Sur la surface d’acier se trouve un poinçon d’acier joint à un levier de cuivre, se mouvant librement d’une côté autour d’un axe d’acier, tandis qu’à l’autre bout du levier se trouve un autre poinçon d’acier, courant le long d’un pas de vis, attaché à l’indicateur.

A la modification la plus insignifiante de la poussée de vapeur le ressort pousse le levier et le fait marcher le long du pas de vis.

Par ce mouvement l’aiguille se meut et indique sur l’échelle le degré d’extension.

Ce système de manomètres est employé dans les fabriques de salammoniaque où les manomètres d’un autre système ne peuvent être utilisés que pendant un temps fort court.

Nous signalerons aussi les locomobiles de MM. Stork frères et Cie, fabricants à Hengelo.

La locomobile horizontale est de la forme généralement approuvée comme la meilleure ; ces locomobiles sont fabriquées en Hollande sur une grande échelle par la maison Stork.

Disons que la locomobile demi-fixe est préférable à tout autre système parce que la chaudière se trouve dans une position horizontale; par l’isolement absolu de la chaudière; par la manière dont la locomobile a été construite, surtout en ce qui regarde la manivelle en forme de disque graissant le bouton automatiquement et le régulateur; et enfin par la construction de la chaudière qui, pourvue d’un grand nombre de tubes horizontaux, peut produire beaucoup de vapeur avec peu de charbon, ce qui la met à même de pouvoir concourir avec le générateur à foyer intérieur système Cornwall.

La machine à vapeur horizontale est d’une construction très-solide et d’un bas prix.

La machine est munie de deux tiroirs, dont un pour la distribution et un pour la détente ; ce dernier, de dimensions très-petites, peut être facilement mis en mouvement, tandis que le régulateur règle la position de la bielle qui accouple le tiroir à la coulisse de l’excentrique. La position du tiroir est réglée de manière à faire travailler la machine avec admission de la vapeur d’un vingtième jusqu’à la moitié de la course du piston.


NAVIGATION.

Les Hollandais sont naturellement grands constructeurs ; ils ont fait figurer parmi les curiosités de leur exposition maritime des plans et dessins de diverses embarcations.

Voici d’abord la description d’un lougre destiné à la pêche du hareng ; nous nous bornons à la description de l’intérieur qui est la plus intéressante :
En commençant par l’avant on y trouve un traversin appelé bitte, auquel est pratiqué un taquet pour y attacher les câbles d’ancre.

Ensuite on vient à la plate-forme qui sert d’entrée au logement de l’équipage, puis aux cales.

Les cales sont séparées par des cloisons, et chacune couverte de deux écoutilles ; le sel, l’eau, les tonneaux, le lest et les vivres s’y serrent, pour les remplacer plus tard par du hareng.

Près de la septième écoutille sont placées les huches, une à stribord et une à bâbord.

En retirant les filets, le hareng tombe dans ces huches, dont la capacité suffit pour une pêche médiocre. Cependant si la pêche est abondante, les huches s’ouvrent et le superflu du hareng se serre dans la cale n° 6, en ouvrant les petites écoutilles carrées de cette cale.

Les deux ais appelés Dinsdagen, qui se trouvent à travers le navire, entre les huches, y sont placés pour empêcher que le hareng ne se répande sur le pont. L’ais placé entre les deux Dinsdagen, appelé meeuw (mouette) et qui, au moyen des taquets qu’on y voit, peut être changé de place, sert à conduire le hareng à la cale, où le pêcheur veut le serrer.

Chaque huche est divisée en deux parties au moyen de deux ais placés l’un sur l’autre pour empêcher que le hareng ne soit trop secoué.

On trouve en dehors du navire, devant chaque huche, un rouleau sur lequel passent les filets en les reprenant.

Ensuite on trouve la chambre aux filets. Cette chambre se trouve immédiatement derrière les huches et est couverte de deux écoutilles.

Derrière cette chambre se trouve celle qui sert à serrer les cordages des filets ; il y a dans celle-ci encore une séparation au delà de laquelle se serrent les voiles.

Puis on vient au cabestan devant lequel se trouve un rouleau pour conduire les cordes.

On voit au bâbord l’habitacle, dont le but est généralement connu, et après lequel suit immédiatement la plate-forme qui est l’entrée de la cabine, servant de logement au patron.

Sur le bord de la poupe, se trouve des deux côtés un taquet appelé Kram (crête) pour conduire les cordes; sur le pont, se trouve encore une huche mobile appelée Warboek (huche à remuer) avec une braille pour remuer le hareng après qu’il est caqué et y mêler du sel.

L’équipage pour la pêche du hareng se compose de quinze hommes.

La pêche du hareng sur un tel navire se fait à l’aide de filets longs ensemble de 140 brasses, attachés à des cordes munies de lièges et tenus flottants par 70 lignes longues ensemble de 1,085 brasses.

Voici maintenant la description d’une chaloupe pour la pêche de la morue.

En commençant par l’avant, on voit au bâbord un bossoir qui sert à soutenir l’ancre ; à l’intérieur de la proue un traversin, appelé bitte, qui est pourvu, au milieu, d’un taquet (bolder) pour y amarrer le câble d’encre. Par derrière on trouve une échelle en bois de sapin pour empêcher le frottement des câbles.

Dessous la bitte se trouve une cale fermée d’une écoutille pour serrer le câble. Derrière cette cale est le logement de l’équipage qui est couvert d’une toiture (vooronder-huisje). A stribord on trouve une huche aux lamprées comme les deux modèles ci-joint. Derrière le mât de misaine il y a une cale fermée par une écoutille et derrière cette écoutille il y a la partie supérieure couverte d’une grille.

Le vivier est divisé en trois parties : il a une longueur de 7m,64 et une profondeur de lm,13 et reçoit l’eau par le moyen d’environ 800 trous dans le bordage. A l’intérieur delà gamelle du vivier, un peu au-dessus de l’eau, il y a un taquet avec des ouvertures pour y pouvoir prendre des flezs et des merluches avec une corde à la queue, tandis que le cabeliau nage librement dans le vivier.

Les deux écoutilles aux deux côtés de la grille couvrent les lieux où le poisson est pris dans le vivier; on obtient le passage au vivier en ôtant les coulisses placées dans la gamelle du vivier.

L’écoutille suivante se trouve vis-à-vis le passage à la cale et aux autres localités. Les deux écoutilles aux deux côtés du grand mât couvrent les cales où on garde les poissons. Dans ces cales, boisées de zinc, sont placées des planches pour cacher les poissons morts, qui sont mis en glace moulue pour les garder de la gâte.

La dernière écoutille sert à couvrir la cale dans laquelle on garde la glace qui sert pour les poissons. Ensuite on voit la plate-forme qui donne entrée à la cabine, servant de logement au patron et au pilote.


LES FLEURS.

Les fleurs ne pouvaient manquer d’occuper la place d’honneur dans l’exposition hollandaise et, dès les premiers jours de l’Exposition, le public s’empressait pour contempler ces splendides tulipes qui sont la fleur nationale des Pays-Bas et dont les Hollandais sont au moins aussi fiers que de leur passé historique et de leurs beaux-arts.

Dix-sept exposants ont envoyé leurs produits.

Parmi eux, nous citerons notamment la Société d’horticulture et de marchands grainiers, Bloemisten vereeniging, de Harlem. Voici la description de son exposition que tout le monde a admirée :
Parterre en mosaïque de tulipes, de 17 m. sur 15 de diamètre, aux armes de la ville de Harlem, avec l’inscription Haarlem-Holland.

Le parterre renfermait environ 40,000 tulipes des variétés doubles : Rex rubrorum, rouge; la Candeur, blanc; Princesse Alexandrine, brun.
Toutes ces tulipes avaient été plantées en novembre 1877.

Malheureusement, les tulipes n’ont pas vécu longtemps et les premiers visiteurs de l’Exposition, seuls, ont pu les admirer dans l’éclosion de leur beauté et de leur magnificence.


LES ARMES.

L’art militaire est mieux représenté ici que dans la plupart des autres expositions.

Le ministère de la guerre de La Haye a envoyé notamment une remarquable voiture-tente-ambulance, due au lieutenant-colonel du génie J.-H. Kromhout.
Cette voiture contient :
1° Une tente d’ambulance dont la voiture forme le support lorsque la tente est déployée ;
2° Un équipement d’ambulance de campagne. La voiture s’attelle de quatre chevaux.

Avant de dresser la tente on fixe sur le toit de la voiture les deux drapeaux, celui de la nation et celui de la convention de Genève.

Ensuite on déroule les quatre pans qui doivent composer la tente ; on les boutonne avec les garrots qui s’y trouvent et on tend la tente au moyen des cordelles et des piquets, en soutenant en divers endroits par des étendards la partie de la tente faisant toit.

Dans l’intérieur de la voiture se trouvent deux tables do pansement, des brancards-lits, des lanternes, des ustensiles, etc.

Sous la caisse de la voiture est suspendu un brancard qui porte un tonneau, pouvant contenir 50 litres d’eau. Contre les parois de la caisse sont fixés par des courroies quelques outils : une bêche, une pelle, un pic et une hache»

La voiture est surmontée d'un faux toit qui doit servir à l’aération de la tente d’ambulance lorsqu’elle est déployée.

Sous la caisse se trouve une armoire pouvant contenir des instruments de chirurgie, des bandages, du linge, dé la charpie, des boissons, etc.

Afin dé réduire à un minimum le poids de la voiture, la tente n’a qu’une paroi simple ; l’expérience a démontré que, sauf le cas où l’on veut établir des hôpitaux temporaires en hiver, la simple paroi est préférable à la double.

L’aération est suffisamment assurée par lés fenêtres à bascules du faux toit.

Le poids de la voiture-tente-ambulance, avec tente, piquets, outils, etc., etc., est do 1,500 kil. Une voiture à quatre chevaux peut
sans difficulté avoir un poids de 1,900 à 2,000 kil., de sorte qu’en cas de besoin celle-ci peut encore être chargée d’un poids do 400 à 500 kil.
La hauteur de la tente déployée est de 1m. 90 ; la largeur de 1 m. 75 ; la hauteur de la paroi verticale est de 1 m. 20. La tente mesure 8 m. 40 sur 6 m. 40, dont il faut soustraire l’étendue de la voiture qui est de 3 m. sur 1 m. 95.

La plus grande hauteur de la tente est de 2 m. 75 sans le faux toit.

La voiture-tente-ambulance doit être accompagnée du char d’ambulance de campagne, contenant des instruments, des médicaments, etc., qui ne trouvent pas de place 4ans cette voiture. Le char sert à compléter "équipement de la voiture-tente-ambulance.

Au point de vue militaire, les Indes occidentales néerlandaises n’ont rien envoyé. Il n’en est pas de même des Indes orientales néerlandaises.
Leur exposition d’armes était très-nombreuse, très-complète et très-intéressante.

Il serait trop long de la décrire en son entier, nous nous bornerons à mentionner la splendide collection que M. van den Broek d’Obrenon, qui habite Paris, a bien voulu faire figurer au Champ de Mars :
Elle comprend huit panneaux d’armes et d’instruments provenant des îles de Java, Bali, Sumatra, Bornéo, Célèbes, les Moluques, etc.

Un grand nombre de ces armes finement damassées sont fort anciennes, notamment : un Kris, dont la poignée en fer, représentant une figure d’homme, fait corps avec la lame et a été forgée du même morceau; un couteau de santrie (prêtre). Beaucoup d’autres armes sont remarquables par la finesse de leur damasquinage et la riche ornementation, soit de leur poignée, soit de leur fourreau.

Parmi les armes séparées, figurent des lances, sarbacanes, sabres, fusils, arcs, boucliers, etc.

Un de ces derniers, bouclier de cérémonie d’un chef, est en bois peint et doré, d’un dessin excessivement riche. L’épée droite à poignée de fer, incrustée de fleurs de lotus en argent, a été trouvée dans les ruines du temple de Boeroe-boedoer et est par conséquent bien antérieure au XIIIe siècle.
Le département des armes contient encore d’autres curiosités auxquelles nous devons au moins une mention.

Nous remarquons d’abord une statuette représentant Siva à cheval sur un dragon. Cette magnifique pièce en bois peint et doré mesure, avec la colonne qui supporte le groupe, une hauteur de 1 m. 30. Ses proportions sont de la plus grande élégance et son ornementation est des plus riches.

Viennent ensuite des Rechas ou Génies gardiens du Kris, puis des statuettes en bois peint et doré, richement vêtues, elles ont la main droite creusée de manière à recevoir le Kris que le chef leur confie en rentrant chez lui. Elles ont été trouvées dans le palais du sultan de Bali à Boeleleng.

Une autre statuette, en bois peint et doré, venant de Bali, représente l’enlèvement de Sita, femme de Râma, par le géant Ravana, roi de Ceylan.

La dernière que nous citerons est une statuette en bois peint et doré, ayant des ailes et une queue d’oiseau et l’extrémité du visage en forme de bec ; d’une main elle tient un glaive et de l’autre un fruit doré.

Cette idole très-vénérée, paraît-il, à Bali, représente le Gardien du temple.

Avant de terminer ce chapitre, nous dirons quelques mots de la manufacture d'armes de Delft :
Cette manufacture, fondée en 1846, fonctionne avec une locomobile de 12 chevaux et 190 ouvriers ; elle est montée pour une production annuelle de 3,000 fusils.

Les réparations aux armes à feu en usage dans les corps de l’armée y sont exécutées, tandis que la réserve des pièces de rechange, d’outils et de mesures y est tenue au complet.

Un atelier de précision et une école d’élèves maîtres-armuriers font partie de la manufacture.

L’exposition contient un fusil de petit calibre, des mousquetons de cavalerie, de maréchaussée, de sapeurs; des revolvers, sabres de cavalerie, d’artillerie, de sapeur, des sabres-couperets, scies, etc., etc.


LES INDES NÉERLANDAISES.

Cette partie de l’exposition des Pays-Bas a attiré et charmé énormément les visiteurs.

Un de nos confrères, M. Le Reboullet, a donné sur l’exposition néerlandaise d’intéressants détails :
« Les Malais sont de hardis pêcheurs qui passent leur vie à poursuivre le poisson et qui sont au moins aussi malins que lui.

« On peut voir à leur exposition le modèle de leurs maisons aquatiques, bâties sur pilotis.

« Un observatoire leur permet de passer de longues heures à la surface de l’eau pour épier l’arrivée des bandes de poissons, comme les chasseurs, enfouis dans les roseaux, guettent la venue des canards sauvages.

« Le poisson est-il signalé, ils sautent dans leur barque, une sorte de gondole vénitienne, et fondent sur leur proie.

« Le glogol, leur principale victime, est une sèche qui fournit en abondance un liquide noirâtre d’où est extraite la sépia.

« On peut étudier à son aise, dans cette exposition vraiment pittoresque, chacun des éléments de ce métier, et, avec un peu d’imagination, il semble que l’on voit les indigènes, leurs maisons, les eaux poissonneuses et l’abondante récolte des filets. »

Avant d’entrer dans le détail de l’exposition néerlandaise, nous demanderons au lecteur la permission d’attirer tout d’abord son attention sur les boîtes à bétel.

Qu’est-ce le bétel?Une substance dont l’utilité est au moins aussi contestable que celle du tabac, mais dont l’emploi est aussi répandu.

A Batavia, le bétel a ses lettres de grande naturalisation et il est de mode, dit plus loin notre confrère, d’inviter chaque visiteur d’une maison malaise à en faire usage. J’ai souvent disserté sur cette étrange tendance qui pousse des peuples de nationalités diverses à rechercher les excitants de ce genre. Les personnes qui ne fument pas ont peine à comprendre le goût du tabac. On fume cependant, on prise et on chique dans tous les pays du monde, au nord comme au midi, à l’est comme à l’ouest. Là où le tabac n’existe point, c’est le bétel qui le remplace, une substance âpre, provoquant une abondante salivation, qui noircit les dents et les lèvres. Bizarre abus !

Et qu’on ne dise pas que ce soient là des vices accidentels, purement passagers. Delegorgue, un des plus intrépides explorateurs de l’Afrique australe, mort il y a une quinzaine d’années, racontait que le plus grand plaisir qu’il pouvait 'faire aux Cafres était de leur donner une poignée de feuilles de tabac humides. Ces malheureux prenaient de la glaise, façonnaient grossièrement un fourneau, y ajustaient un bout de roseau et, accroupis sur eux-mêmes, ils aspiraient ensuite la fumée âcre, de manière à la faire pénétrer jusque dans les poumons. C’étaient alors des quintes de toux atroces, des éternuements prodigieux ; l’écume leur en venait à la bouche; des torrents de larmes coulaient de leurs yeux, ce qui ne les empêchait pas de prendre à ce supplice un plaisir singulier.

Si les Européens ont le tabac, les Malais ont le bétel : chacun son goût. Explique qui pourra le phénomène ; il semble qu’il s’agit là d’un instinct invincible, spécial à l’espèce humaine.


LES INDES ORIENTALES.

Une exposition bien comprise doit faire voir un pays, le montrer sous tous ses aspects, en un mot le révéler.

Ce but, l’exposition des Indes néerlandaises l’a atteint complètement.

Toutes les richesses de la contrée y figurent si complètement, que le visiteur demeure saisi d’admiration devant la collection magnifique offerte à sa vue.

Voici d’abord les bois, le Djati Kemboog et le Djati Kopour, puis les bambous, les bois de fer de Beukomlen.

Nous trouvons ensuite les mines d’étain de Bangka, et celles de Bilivou, dont Son Altesse Royale le prince des Pays-Bas a pris l’exploitation en 1852 avec le baron de Tuyll de Se-rooskerken, ainsi que nous l’avons dit dans les pages précédentes.

En 1874, l’île de Billeton a produit 400,000 kilogrammes d’étain.

Les Indes orientales néerlandaises produisent, en outre, beaucoup de tabac, de sucre, de café, d’épices diverses, ainsi que du thé et du quinquina.


LES INDES OCCIDENTALES.

Les Indes occidentales sont riches aussi ; mais leur richesse est surtout alimentaire et industrielle.

Nous y trouvons une grande quantité d’échantillons de riz, de maïs, de farines et de fécules de toutes sortes ; la vanille, le rhum, les essences d’ananas et de cacao, le sucre, le café, le tabac, présentent au visiteur des spécimens de toutes les diverses espèces.

M.Stalting expose trente-sept échantillons des diverses espèces de bois Surinam; la Commission royale des Indes néerlandaises a, de son côté, envoyé dix-huit spécimens, en cire, des poissons du Surinam.

Citons enfin, en terminant, une collection de fruits du Surinam, au sirop, à l’eau-de-vie, etc. En voici la nomenclature que nous donnons uniquement pour faire venir l’eau à la bouche des gourmets :
Bananes mûres au sirop ; pommes de Cythère au sirop ; papaya au sirop ; limettes au sirop ; citron au sirop ; tamarindes au sirop ; sapotilles à l’eau-de-vie; ananas avec couronne au sirop ; ananas au sirop ; punch au rhum; extrait de vanille; bananes vertes cristallisées ; punch à la vanille ; sirop de tamarindes; goyaves en tranches, cristallisées; goyaves au sirop ; orange au sirop ; orange avec sa branche au sirop ; cœur de chou palmiste au vinaigre.

Quel appétissant dessert !

©Les Merveilles de l'Exposition de 1878